‹ Hygiène sociale de l'enfanceChapitre 34 sur 212 · III · texte numérisé non relu

III

Cil A MBRES D'A LLAITEMENT. CRÈCHES

salle de traité (fig. io), une laiterie pour le transvasement immédial du lait.

Comme à Porchcfontaine on pratique de préférence l'élevage au lait cru, on recueille le lait avec des précautions spéciales, pour l'obtenir aseptiquement. Le vacher se nettoie les main- avec un

Fig. 'jo. — La vacherie modèle de la Pouponnière de Porche fontaine salle réservée à la traite aseptique.

savon antiseptique ; il savonne le mamelon et les pis des vaches, les lave à l'eau oxygénée à 12 volumes. Le lait filtré à travers un linge bouilli est recueilli dans un seau stérilisé par l'ébullition.

La Pouponnière possède enfin une cuisine pour la préparation des laits modifiés et des aliments destinés aux enfants sevrés, une buanderie, pour le lavage et la stérilisation du linge à 120".

b. Personnel. — Le personnel d'une Pouponnière destiné à soigner les enfants est le même en principe que celui d'une crèche (p. 129). Mais il comprend en outre les mères nourrices et les employés affectés aux services généraux : cuisines, buanderie, vacherie, etc.

Quant au médecin, il doit non seulement surveiller la santé des enfants, mais encore avoir sous sa direction les différents services, pour que les règles de l'hygiène soient rigoureusement appliquées. La visite médicale sera quotidienne, quel que soil le nombre d'enfants éle\és dans rétablissement.

POUPONNIERES 141

2. Fonctionnement. — Le fonctionnement d'une Pouponnière doit être méthodiquement réglé.

Pour éviter les maladies contagieuses, les mères et les enfants sont, lors de leur entrée, isolés au lazaret pendant 21 jours, avant d'être admis à pénétrer dans les pavillons. Pour le même motif, les visites des parents sont réglementées ; à Porchefon laine, ces derniers sont admis à voir leur enfant, deux fois par semaine, dans des parloirs séparés attenant à chaque pavillon ; ils doivent se laver les mains dès leur arrivée et revêtir une blouse. Enfui, les enfants et les nourrices ne sont jamais autorisés à sortir de l'établissement.

Les nourrissons sont admis dès la naissance et conservés jusqu'à deux ans. Ils sont pour la plupart soumis à l'allaitement mixte ou à l'allaitement artificiel.

Budget. — Les dépenses varient suivant l'importance de l'établissement.

A la Pouponnière de Montgeron, la dépense mensuelle par enfant était d'environ 100 francs en 1914. Ce prix élevé s'explique par le peu d'enfants admis (i3) et par la présence d'un personnel relativement nombreux ( 1 directrice, 4 infirmières. 1 jardinier.)

A la Pouponnière de Porche fontaine, le coût d'une journée d'enfant, qui au début était de 2 fr. 70. aurait été progressivement abaissé jusqu'à 1 fr. 60 en 191 \.

D'une enquête personnelle à laquelle nous nous sommes livrés dans une série de Pouponnières, il résulte qu'avant la guerre la dépense journalière par enfant atteignait en moyenne 1 fr. 70 à 2 francs.

Les ressources, variables suivant les établissements, proviennent du montant des pensions et des subventions.

A la Pouponnière de Dieppe, par exemple, qui est une institution privée, le prix de la pension était, en iqi4. de 5o à 60 francs par mois pour les enfants allaités artificiellement, de So à 100 francs pour ceux qui étaient élevés au sein ; les nourrices, qui sont admises sans leurs enfants, reçoivent les salaires en usage dans le pays.

A Porche fontaine, le budget est alimenté par diverses subventions. La pension n'était que de 4~> francs par mois en 1 9 1 4 » layette non comprise ; en 19 19, le prix de la pension a été porté à 65 francs, auxquels s'ajoute un versement mensuel de 7 francs pour la layette. Souvent, on accorde des réductions aux mères nécessiteuses ; d'autre part, les nourrices, admises gratuitement avec leurs bébés, reçoivent, pour l'élevage d'un nourrisson étranger, une indemnité mensuelle de 10 francs.

A la Pouponnière ouvrière de Leuall&is -Neuilly, fondée en [919, les prix sont les suivants : enfant nourri par la mère, 'jb francs par mois ; enfant nourri au biberon, 90 francs.

3. Résultats- — Les résultats obtenus dans les Pouponnières bien tenues sont satisfaisants.

A la Pouponnière de Porche fontaine, d'après Peraldi *, de juin iqoi à janvier 1909, il y a eu 808 enfants de nourrices et 6^0 pensionnaires, soit en tout 1.448 bébés; la mortalité totale n'aurait été que de 45, soit 3,i p. 100. Dans d'autres établissements également bien tenus, à Strasbpurgpar exemple, la mortalité atteint 1 5 pour 100.

4- Critiques- — Les Pouponnières ont soulevé, surtout à leur début, des critiques qui rappellent celles qui ont été adressées aux crèches (p. i33).

i° On leur a reprocbé,en groupant les enfants, de les exposer aux contagions. Mais ce danger est évité par un isolement de 21 jouis à l'entrée, parla répartition des enfants dans des pavillons séparés, par l'application des mesures appropriées quand survient une maladie contagieuse. L'établissement de Porcbefonlaine.cn 21 ans, n'a pas été fermé une seule fois. La rougeole n'y est jamais apparue. A deux reprises seulement des cas de coqueluche sont survenus dans deux pavillons et deux fois plusieurs cas de varicelle dans un seul pa\MIon (Raimondi).

20 On leur a reproebé la tendance naturelle des nourrices à allaiter et à soigner mieux leurs enfants que les bébés étrangers qui leur sont confiés. Cette objection n'est pas sans valeur ; mais il suffit d'exercer une surveillance active pour que le fait ne se produise pas. Si d'ailleurs il pouvait v avoir là un inconvénient, il serait compensé par l'avantage obtenu pour le bébé de la nourrice qui reste avec sa mère au lieu d'être élevé à la campagne comme il le serait si celle-ci était placée chez des particuliers.

• 3" On leur a reproché enfin de séparer les enfants de leurs mères et par conséquent d'encourager celles-ci à ne pas allaiter. 11 est facile de répondre que, si la Pouponnière n'existait pas. les mères en question, qui sont obligées de placer leurs enfants en dehors de cbez elles par leur situation sociale, n'allaiteraient pas davantage.

\ Mai dire, les Pouponnières, môme si elles n'échappent pas complètement aux critiques précédentes, répondent à un véritable besoin. Elles évitent, pour les enfants dont les mères doivent se séparer, le

1. Pekaldi, Du rôle des Pouponnières dans la lulle contre la mortalité infantile,

Thèse île Paris, 1908- 1909.

POUPONNIERES

placement libre à la campagne, qui est une éventualité fâcheuse. Elles offrent l'avantage de permettre à un certain nombre de femmes pauvres d'être, suivant une expression bien connue, les nourrices payées de leurs enfants.

5. Œuvres annexes- — De même que les crèches, les Pouponnières peuvent étendre leur rôle protecteur de l'enfance par l'annexion de certaines œuvres. De telles œuvres fonctionnent déjà à Porchefontaine.

Elles peuvent devenir des centres d'élevage par la création,

Fig. 4l. — Les Au/s de Porchefontaine, au Foyer ouvrier versaillais.

autour d'elles, dans des maisons particulières remplissant les conditions voulues, de garderies d'enfants.

A Porchefontaine, ces garderies portent le nom de Nids(Hg. /ji). Elles constituent une association maternelle et mutuelle avec \e Foyer ouvrier versaillais, société coopérative d'habitations à bon marché. Dans de petites maisons isolées et salubres, voisines de la Pouponnière, les habitants du Foyer élèvent des nourrissons avec le lait provenant des vaches de l'établissement principal, sous sa direction et sous son contrôle.

La surveillance médicale des nourrissons placés dans le voisinage

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delà Pouponnière s'exerce par une consultation de-nourrissons-goutte de lait, dont peuvent également profiter les familles voisines de l'œuvre.

A Montmorency, l'Œuvre de la Nouvelle Étoile, filiale de la Pouponnière de Porchefontaine, a créé un centre d'élevage analogue: les Nids de la Nouvelle Etoile. À Champrosay fonctionne également un centre fondé par Mme Dubost.

Ainsi comprise, la Pouponnière constitue un centre d'enseignement de la puériculture1. Sur la proposition de Pinard, l'Académie de médecine a émis le vœu que des Pouponnières soient créées et scientifiquement établies dans toutes les villes de France possédant une Ecole normale d'institutrices -.

On a proposé enfin d'annexer aux Pouponnières une Infirmerie temporaire destinée à recevoir des enfants malades étrangers à l'établissement. Nous ne pensons pas qu'il convienne d'autoriser des projets de ce genre. La Pouponnière doit être un établissement destiné à l'élevage des nourrissons et non pas un hôpital. Elle doit être organisée pour soigner les pensionnaires qui deviennent malades ; mais là doit se limiter son rôle, sous peine d'en modifier complètement le caractère.

Si nous nous sommes étendus sur la description d'une Pouponnière modèle, nous ne prétendons pas que toutes doivent recevoir une telle extension. Beaucoup de médecins de campagne, instruits de l'hygiène de l'enfance, pourraient en organiser. Il suffit de posséder une maison convenablement distribuée, de pouvoir loger quelques nourrices et d'avoir quelques vaches bien alimentées et bien soignées.

i. Durant la guerre, la Croix rouge américaine, qui a rendu les plus grands services à notre pays dans la lutte contre la mortalité infantile, a choisi la Pouponnière de Porchefontaine comme centre d'enseignement de ses dames visiteuses d'hygiène infantile.

3. Pinard, Les Instituts de puériculture après la naissance, Académie de médecine, i 4 février 191 1.

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