CHAPITRE VI
ŒUVRES DE PROTECTION DE LA PREMIÈRE ENFANCE. ASSISTANCE PUBLIQUE ET PRIVÉE
SOMMAIRE. — Assistance publique et privée.
I. Assistance publique. — 1° Secours administratifs. — A. Subventions- — B. Secours individuels : a. Secours aux mères ; b. Secours aux nourrissons : secours attribués par les communes ; secours attribués par les départements.
2° Etablissements hospitaliers. — a. Consultations obstétricales ; b. Asiles pour femmes enceintes ; c. Maternités ; <l. Asiles maternels.
II. Assistance privée. — Ligue contre la mortalité infantile. Société protectrice de l'enfance. Société de charité maternelle. Assistance maternelle et infantile de Plaisance. Œuvre de l'assistance maternelle et infantile de Grenelle. Œuvre de l'allaitement maternel. Abri maternel de Nanterre. La nouvelle Etoile des j)etits enfants de France. Œuvre des restaurants gratuits pour mères nourrices. Cantines maternelles. Foyer maternel. Ligue française des mères de famille. Association des mères île famille. Dû aux mères. Ecole <les mères. Association de l'icurre sociale du bon lait. (Eurre jiliilanthropi /ue du lait. Œuvre lyonnaise de la Samaritaine. Société de la natalité lyonnaise. Œuvre bordelaise de Saint - Raphaël.
///.Mutualité maternelle. — /" But et moyens d'action. 2° Historique.
S0 Fonctionnement. i°Budget. 5° Résultats. 6° Améliorations.
IV. Centralisation et Lnion des oel ;vhes d'assistan< e. — Utilité. — Centralisation des œuvres d'assistance: à l'étranger ; en France. Maison du nourrisson. — Union des œuvres d'assistance: 1° lnion des œuvres d'assistance à caractère général : unions par arrondissement de Paris. 2} Groupes à" assistance du nourrisson.
Malgré leur utilité, les mesures Législatives sont insuffisantes pour assurer d'une façon efficace la protection des mères et des enfants. Elles doivent être complétées par îles œuvres de protection, qui d'ailleurs ont été créées, pour la plupart, bien avant que la loi ne soit intervenue. Depuis longtemps L'assistance publique et l'assistance
privée ont rivalisé d'ardeur et d'ingéniosité clans la lulle contre la mortalité des enfants du premier âge.
Le but est double : i° aider la mère à mener à bien le terme de la grossesse, lui permettre de garder son enfant avec elle pour l'allaiter, et. si l'enfant doit être placé loin de sa mère, réaliser ce place nient dans les meilleures conditions ; 2° procurer à la mère et à l'enfant des soins médicaux et une bonne hygiène.
Des œuvres nombreuses tendent à réaliser ces desiderata. Les unes relèvent de Y Assistance publique, les autres de Y Assistance privée. I faut y joindre la Mutualité maternelle. Nous verrons d'autre part que la centralisation et f union des œuvres, en coordonnant les efforts, permettent d'obtenir de meilleurs résultats.
L'assistance publique intervient par des secours administratifs destinés à venir en aide aux mères nécessiteuses et par les soins qu'elle leur dispense ainsi qu'à leurs enfants dans les établissements hospitaliers.
i° Secours administratifs. — Chaque année des sommes importantes sont destinées par l'Etat et par les communes à secourir les mères nécessiteuses et leurs enfants. Les unes sont employées sous forme de subventions accordées aux œuvres officielles ou privées, qui pratiquent l'assistance maternelle et infantile, les autres sont distribuées directement aux intéressés, sous forme de secours individuels.
A. Subventions- — Les subventions du ministère de l'intérieur ont été portées par le Parlement, en 1908, à la demande d'Engerand, de 160.000 à /joo.000 francs. En 1909, ce crédit a été augmenté de 100.000 francs. En 191 1, à la suite d'une intervention de Gompère-Morel, il a été élevé à 600.000 francs, dans le but de venir en aide aux communes qui ont organisé l'assistance maternelle pour les femmes en couebes.
Le ministère du travail, de son côté, dispose d'un crédit spécial pour subventionner les sociétés de secours mutuels qui assurent à leurs membres un repos de quatre semaines après l'accouchement.
Les conseils généraux et les municipalités accordent également des subventions plus ou moins importantes.
B. Secours individuels. — Us sont destinés aux mères et aux enfants en bas âge.
a. Secours aux mères. — Us sont attribués parles bureaux de bienfaisance et doivent être demandés à la mairie.
UÏGILSE SOCIALE DK L EM-ANCE
a. Secours aux femmes en couches. — Depuis 1 9 1 7 , toute femme de nationalité française, privée de ressources suffisantes, salariée ou non, a droit de bénéficier des avantages que lui confère la loi Paul Strauss pendant quatre semaines après les couches (p. j'iij)-
P. SECOURS ORUCYTOIRE AUX FAMILLES NOMBRE1 SES. Il est aCCOrdé
à partir du deuxième enfant aux femmes seules, à partir du troisième enfant aux hommes seuls, à partir du quatrième enfant aux ménages (p. 1 58).
b. Secours aux nourrissons. — Ils sont attribués par les communes ou les départements.
1. Secours attribués par les communes. — Ils sont accordés à Paris par les bureaux de bienfaisance.
a. Secours en nature. — Ils consistent en distributions de lait stérilisé, de bons d'aliments, de berceaux, de layettes, etc.
p. Secours d'allaitement. — En outre, un secours de 10 à 20 lianes par mois est alloué pendant la première année de l'enfant aux mères cirant en ménage.
Certaines petites communes ont eu des initiatives intéressantes. C'est ainsi, par exemple, qu'en i8()3, Morel, maire de "\ illiers-le- Duc, a pris un arrêté accordant une gratification quotidienne de 1 franc pendant dix jours à chaque nouvelle accouchée et une gratification mensuelle de 2 francs à toute femme qui présenterait en bonne santé, à l'âge d'un an, son enfant ou un enfant confié à ses soins. A la suite de ces mesures et de quelques autres relatives à l'hygiène de l'alimentation, la mortalité infantile a été nulle de 1897 à 1900, alors qu'elle, atteignait 22 pour 100 dans la période décennale précédente.
2. Secours attribués par ues départements. — Ils sont alloués aux filles mères abandonnées, aux femmes mariées délaissées, aux veuves et aux divorcées ; aux mères dont le mari fait son service militaire, à celles dont le mari est en prison ou dans un asile d'aliénés, aux hommes mariés abandonnés de leurs femmes, aux veufs, etc.
A Paris, ils sont accordés par le service des enfants secourus, à l'Administration centrale de l'Assistance publique, et souvent payés par les bureaux de bienfaisance pour faciliter leur distribution.
Ces secours sont de plusieurs espèces :
Secours en argent, primés d'allaitement, primes d'assiduité aux consultations de nourrissons, secours en nature, transports gratuits en chemin de fer.
En multipliant les secours aux mères, on leur permet d'élever
leurs enfants et on évite ainsi l'éventualité lamentable de l'abandon ; aussi les appelle-t-on souvent secours préventifs d'abandon.
2° Etablissements hospitaliers. — Les pouvoirs publics ne se bornent pas à distribuer aux mères des secours en argent ou eu nature. Ils interviennent également par la création et l'entretien de diverses institutions destinées à venir en aide aux femmes avant, pendant et après l'accouchement, et à leur assurer des soins convenables ainsi qu'à leurs enfants.
a. Consultations obstétricales. — Des consultations obstétricales gratuites sont ouvertes aux femmes enceintes dans les Maternités des hôpitaux. Les accoucheurs y donnent les conseils d'hygiène qui favoriseront l'évolution normale de la grossesse ; ils peuvent prévenir ou traiter en temps opportun les complications et les anomalies dangereuses pour l'existence de la mère et de l'enfant.
Par exemple, à Lille, Oui, en iqio, a trouvé ioô femmes sur %l\i qui demandaient des soins particuliers. Grâce aux précautions prises et aux interventions pratiquées, il n'a eu que 19 mort-nés, soit une proportion de 2,89 p. 100.
b. Asiles pour femmes enceintes- — A Paris, l'Assistance
publique possède deux Asiles pour les femmes enceintes. L'Asile Michelet, qui contient 200 lits, a été édifié en 1898 ; il reçoit les femmes indigentes, enceintes de sept mois et demi au moins, lorsque leur état de grossesse les empêche de travailler. Le Refuge-ouvroir Pauline Roland hospitalise également gratuitement les femmes nécessiteuses. En outre, les Maternités de la plupart des grands hôpitaux parisiens ont des dortoirs d'expectantes, qui permettent aux femmes de se reposer en attendant l'heure de l'accouchement. A Lyon, il \ a environ 5o lits pour femmes enceintes à Vhôpital de la Charité et un asile de nuit qui leur sert souvent de refuge. A Bordeaux, il y a une vingtaine de lits à l'hôpital Saint- And ré, une quarantaine à la Maternité de Peltegrin . A Lille il n'y a qu'une dizaine de lits réservés aux « expectautes ». Dans les autres villes de province, l'assistance aux femmes enceintes est très rudimen taire.
c. Maternités. — Les Maternités de l'Assistance publique reçoivent un grand nombre de femmes. Elles jouent un rùle important dans la protection des mères et des enfants. Beaucoup parmi ces -derniers sont en effet allaités au sein, grâce aux conseils donnés aux
mères qui suivent ensuite régulièrement les consultations de nourrissons annexées aux Maternités.
Les femmes qui, faute de place, ne peuvent être admises dans les services d'accouchement, sont placées chez des sages-femmes agréées par l'Assistance publique. Les femmes nécessiteuses peuvent d'aillerurs également obtenir du bureau de bienfaisance la gratuité de l'accouchement à domicile. A la Maternité de Paris existe depuis plusieurs années un service où les femmes peuvent réclamer le secret et être admises sans donner leur état civil. En 1919, la ville de Lyon a également installé dans le château de Gerland une Maternité secrète pour le fonctionnement de laquelle la municipalité verse chaque année 200.000 francs et le Conseil général du département Bo.ooo francs ; cet établissement ne dispose malheureusement que de /j5 lits, alors que des centaines de demandes d'admissions ont été formulées dès son ouverture.
d. Asiles maternels- — Pour les femmes qui relèvent de couches, l'Assistance publique dispose de sommes assez importantes, qui sont distribuées comme secours de convalescence . En outre, elle leur offre un séjour de deux semaines en moyenne dans un des Asiles maternels qui dépendent de son administration ou du ministère de l'intérieur : Asile national du Vésinet, Asile Ledru-Rollin à Fontenay-aux-l\oses, Asile George Sand, Asile de Mary sur-Marne. Pendant la guerre l'Office central d'assistance maternelle et infantile a fondé à Paris un certain nombre d'asiles maternels attachés aux principales maternités et destinés à recevoir les loin nies indigentes désireuses d'allaiter leur enfant. Le nombre de places disponibles et la durée du séjour des mères sont malheureusement beaucoup trop restreints.