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MUTUALITÉ MA TERNELLE

3° Fonctionnement. — La Mutualité maternelle de paris, moyennant une cotisation annuelle de 3 francs, admet les femmes en principe au plus lard dix mois avant le terme de la grossesse.

Les sociétaires s'engagent à prendre un repos de quatre semaines après l'accouchement ; pendant ce temps, elles reçoivent une indemnité hebdomadaire de 12 francs, qui peut être prolongée pendant une ou deux semaines au delà du terme habituel, sur l'avis du médecin de la Mutualité. Une prime de 10 francs est accordée aux femmes qui allaitent. Pour les enfants élevés artificiellement, la mère obtient, par l'intermédiaire de YŒuvre du l>on lait, du lait à prix réduit.

Comme les indemnités font double emploi avec les allocations

Fig. 43. — La consultation roulotte des nourrissons. Section foraine de la Mutualité maternelle de Paris,

accordées par la loi Paul Strauss aux femmes en couches et aux mères nourrices, la Mutualité maternelle de Paris a modifié ses statuts en 1920. Désormais elle accorde des primes de naissance de 60 francs pour le troisième enfant, de 70 francs pour le quatrième, de 80 francs pour le cinquième, de 100 francs pour le sixième.

Pour rendre son œuvre pratique, écrit Poussincau *, la Mutualité maternelle de

1. F. Poussineau, La Mutualité maternelle, Rapport au IIIe Congrès international des gouttes de lait, Berlin, septembre 1911.

Jean Tkouette, Les Mutualités maternelles. Leur action sur la mortalité infantile, Revue d'hygiène et de médecine injanliles, VI, 1907, p. 4o.

L. Parés, Les Mutualités maternelles. Leur rôle dans la lutte contre la mortalité infantile, Thèse de Paris, 1008.

E. Boxkaire, La Mutualité maternelle, La Revue philanthropique, 10 juillet 1910.

ASSISTANCE l'IBLIQlE ET PRIVÉE

Paris a fondé des succursales ou sections dans les quartiers les plus populeux et dans les banlieues du département de la Seine '.

Ces sections ont une organisation propre... Elles sont administrées par un groupe de femmes du monde, de mères aisées qui portent elles-mêmes les indemnités aux accouchées.

Dans chacune de ces sections est fondée une consultation de nourrissons ; les dames delà section assistent à la cousultation. D'autre part, elle fournit aux consultations organisées par des groupements qualifiés le matériel nécessaire et verse les honoraires du médecin. Enfin, elle se propose d'accorder une prime mensuelle

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Fig. 44. — La consultation roulotte de nourrissons, vue intérieure.

d assiduité de ô francs aux mères bénéficiaires de la loi Paul Strauss qui présenteront deux fois par mois leurs enfants aux consultations ; pendant les trois premiers mois, la somme est versée par la Mutualité : pendant les mois suivants, par le conseil municipal.

Dans chaque section est établi un vestiaire, qui permet aux dames de distribuer des berceaux et des lavettes quand cela < ~l nécessaire. Deux paires de draps, quatre chemises, deux camisoles, linges et objets de "pansements soht prêtés ù la m<

i . La Mutualité maternelle a également créé à Paris une section originale : la section foraine. Installée dans une roulotte, elle constitue une couMillalion de nourrissons ambulante pour les bébés des forains. Elle fonctionne successivement dans les divers quartiers de la capitale où sont installées les foires fig. S 3 et lu. \\ .

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moment de son accouchement. Une garde, si elle se trouve seule au logis, lui est assurée trois heures par jour, pendant les neuf premiers jours des couches.

La sollicitude de la Société s'étend sur la mère pendant sa grossesse. Dans chaque consultation de nourrissons, un jour est réservé pour la visite de la mère enceinte qui doit se présenter au moins trois fois avant son accouchement pour recevoir son indemnité.

Le fonctionnement de la Mutualité est assuré, on le voit, par les James visiteuses.

Les médecins surveillent les mères pendant la grossesse et les suites de couches, donnent leurs soins aux enfants et assurent la direction des consultations de nourrissons-gouttes de (ait qu'on tend à annexer déplus en plus aux Mutualités maternelles.

La Mutualité maternelle de Vienne (Isère) constitue, à cet égard, une des plus belles œuvres mutualistes de province. Grâce à la générosité de l'industriel Bonnier, elle possède un service médical très bien organisé, comprenant : une consultation de nourrissons-goutte de lait, une crèche, un service de bains-douches et d'électrisation. La création d'un jardin d'enfants esta l'étude.

Quelques années avant la guerre, on a commencé l'organisation de Mutualités maternelles dans l'armée. Le nombre de soldais mariés était chaque année de i5.ooo environ ; parmi eux beaucoup de pères de fa mille laissaient leur femme dans un dénuement complet. Sur 3 régiments de Paris, on a compté '\Ï6 hommes mariés, dont 277 pères de famille ; la mortalité de leurs enfants atteignait jusqu'à 26 0/0. Pour leur venir en aide, la Mutualité maternelle de Paris a fondé dans un certain nombre de régiments des sections militaires : des femmes d'officiers et des dames de la Croix-Rouge se chargent de secourir à domicile les femmes de militaires indigents.

4° Budget. — Le budget de la Mutualité maternelle serait rapidement en déficit si elle n'avait que ses propres ressources. La cotisation annuelle qu'elle exige de ses adhérentes est, en effet, très faible ; elle est de.6 francs, de 5 francs, de 3 francs. Quelques mutualités maternelles reçoivent des cotisations collectives de groupements mutualistes poursuivant un autre but.

La Mutualité maternelle s'impose, en effet, de très lourds sacrifices, en admettant à titre d'assistance, comme membres extra-statutaires, les femmes qui, par négligence ou ignorance de l'œuvre, s'adressent à elle seulement lorsqu'elles sont déjà enceintes. Ces femmes, moyennant le versement préalable de 3 francs, nécessaire pour sauvegarder le principe de la mutualité, touchent une indemnité de l5 francs à Paris, répartie sur les quatre semaines de repos, au lieu de 48 fr. ;

mais elles reçoivent intégralement la prime d'allailement, qui est de

10 francs, et elles bénéficient des autres avantages.

De 1904 à 19 10, la Mutualité maternelle de Paris a secouru 7.129 femmes à litre d'extra statutaires, et ce nombre depuis est allé en augmentant.

Le budget des dépenses nécessitées par les membres extra-statutaires est alimenté maintenant par les allocations attribuées par la loi Paul Strauss (p. 1^9). D'autre part, à Paris, depuis 191 3, la Mutualité maternelle est chargée par le conseil municipal d'assister les femmes eirccinles nécessiteuses ; elle reçoit 20 francs par femme qui allaite son enfant, 10 francs seulement dans le cas contraire. En 1913, la subvention maxima était fixée à 80.000 francs.

Etendant ainsi son action bienfaisante, la Mutualité maternelle ne fait donc pas œuvre de mutualité pure. Elle est obligée d'avoir recours à l'assistance publique et privée. L'Etat, les conseils généraux, les municipalités par des subventions ; les particuliers par des dons, des legs et des cotisations de membres honoraires lui fournissent les ressources supplémentaires dont elle a besoin.

De même que les cotisations des membres, les indemnités allouées varient d'importance suivant les villes. D'une façon générale, ï indemnité quotidienne de repos est d'au moins un franc, chiffre fixé par le Ier Congrès national de 1908. Mais un grand nombre de mutualités accordent une indemnité notablement plus élevée. Nous avons vu qu'à Paris elle est de /|8 francs pour quatre semaines ; à Vienne, elle peut s'élever à 70 francs ; à Lille, suivant les catégories, les femmes touchent pendant le premier mois 92 francs, 77 francs ou 64 francs.

ha prime d'allailement au sein est à pou près partout de 10 francs. Elle est toutefois de 20 francs dans les Mutualités de Vienne, du > ar et de Lille (pour les femmes de la première catégorie); elle est de 3o francs à la Mutualité maternelle de Lyon.

5° Résultats. — Les résultats obtenus par la Mutualité maternelle sont excellents.

La Mutualité maternelle de Paris a secouru en 1910 plus de 3.ooo femmes en couches et, depuis sa fondation jusqu'en i{)\'a, elle est venue en aide à 18./108 mères de famille. La mortalité infantile est restée inférieure à 5 0/0.

La Mutualité de Dammarie-les-Lys, créée par Félix Poussineau, dans un centre agricole de 1.800 habitants, situé près de Fontainebleau, mérite une mention spéciale. Avant son fonctionnement, de

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1880 à i8g3, il était né 402 enfants avec i64 décès de o à 10 ans. Depuis, de 189.4 à 1907, onaenregistré 453 naissances avec 92 décès de o à 10 ans, dont 5g non mutualistes sur 2i4 naissances et 33 mutualistes sur 239 naissances. La diminution de la mortalité a donc été de 5o 0/0 et l'augmentation de la natalité de 24 0/0. Les bons effets de la Mutualité maternelle sont dus en grande partie au développement de l'allaitement maternel qu'elle facilite. Par exemple, à Vienne (Isère), cet allaitement est pratiqué dans une proportion de 70 0/0 et à Paris de 88 o o.

6° Améliorations. — Certaines mesures permettraient d'étendre le champ d'action et d'accroître l'efficacité de la Mutualité maternelle.

(7) Malgré les progrès réalisés, les femmes adhérentes à la Mutualité maternelle sont encore peu nombreuses. Il est désirable que toutes les femmes nécessiteuses ou de condition modeste en fassent partie.

Certains voudraient que l'inscription à la Mutualité maternelle fut obligatoire pour toute une catégorie de femmes. Il en est ainsi en Allemagne pour les ouvrières. L'obligation s'accorde mal avec la mentalité française. Les difficultés d'application de la loi sur les retraites ouvrières montrent qu'elle aurait peu de chance de succès.

Aussi en arrive-t-on à faire supporter la contribution maternelle par les pouvoirs publics. Nous avons vu que la loi Paul Strauss autorise les municipalités à charger les Mutualités maternelles de son application (p. i4o et que le conseil municipal de Paris leur abandonne l'assistance des femmes enceintes.

Mais que devient alors le principe de la mutualité?

Pour assurer le recrutement des Mutualités maternelles, on a proposé la propagande par des pancartes placées dans les usines, dans les maternités, dans les lieux publics, par l'adjonction au livret de mariage d'un bulletin d'adhésion. Jusqu'à présent ces procédés n'ont guère été couronnés de succès.

Le recrutement des membres statutaires devrait être surtout assuré par les autres sociétés de secours mutuels, comme le demandait E. Duquenne j au Congrès de Roubaix.

b) La surveillance médicale avant l'accouchement devrait être aussi bien assurée que l'est à l'heure actuelle la surveillance après l'accouchement.

Or la consultation de grossesse n'est guère suivie partout où elle

1. Ed. Duquense, Du rôle des Unions dans la création et le développement des Mutualités maternelles. Rapport au Ite Congrès de la Mutualité maternelle. Roubaix, octobre 191 1.

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est facultative, alors même qu'on s'efforce d'y attirer les femmes par des primes et que, suivant l'expression de Bonnaire, « on les paie pour qu'elles veuillent bien s'assurer contre les risques de dystocie qui peuvent être prévus et prévenus ».

Suivant le vœu exprimé par Oui et Felhœn i et adopté par le Congrès de Roubaix, les Mutualités maternelles devront donc inscrire le plus tôt possible, dans leurs statuts, l'obligation pour leurs sociétaires de se soumettre pendant leur grossesse à la surveillance d'un médecin ou d'une sage-femme de leur eboix. On pourrait obtenir ce résultat en accordant une prime supplémentaire à toute femme qui justifierait avoir été visitée pendant la grossesse et en mettant à la disposition des sociétaires une consultation obstétricalegratuite.

c) La surveillance médicale des nourrissons jusqu'à l'âge de deux ans devrait être plus stricte.

Il faudrait rendre obligatoire la fréquentation des consultations de nourrissons à toutes les mères mutualistes, aux membres statutaires comme aux membres extra-statutaires, annexer à chaque section mutualiste une consultation-goutte de lait à l'exemple des Mutualités de Paris et de Vienne, récompenser l'assiduité des mères aux consultations par la distribution d'objets de layette : manteaux, robes, tricots, bas de laine, bonnets, chaussons, etc.

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