IO.II
Age.
7 ans
Main droite.
10,35 11,18 i3,85 î/i.SG
Main droite.
.un gant h<
7° Appréciation de l'état physique. — Les différentes mensurations que nous venons d'exposer nous fixent sur la valeur anatomique (taille, poids, etc.) et sur la valeur physiologique de l'écolier (amplitude thoracique, capacité respiratoire, force musculaire).
Cette valeur physiologique est naturellement influencée par l'habileté, l'apprentissage ou la volonté du sujet.
Ces réserves faites, le médecin doit coordonner les données recueillies et apprécier en bloc l'état physique de l'écolier. En comparant les mesures relevées avec les moyennes, il saura si l'enfant est normal, robuste ou chélif, suivant que ces chiffres sont égaux, supérieurs ou inférieurs à ces moyennes.
A. Binet, pour fixer les idées, a adopté un procédé de notation, basé sur les écarts d'âge. Le tableau suivant en donne un exemple :
Ecolier âgé de 10 ans. Par rapport aux moyennes :
Taille i m. 20 — 2 ans
Poids 26 kilos — 1 —
Largeur d'épaules. . . 28 cm. 7 ==
Spiromètre 1.600 cm3 + 1 an
Dynamomètre. ... 17 kilos +1 —
La lecture de ce tableau montre que cet écolier présente une taille très courte, un poids relativement plus élevé, une largeur d'épaules suffisante, une capacité respiratoire et une force musculaire très bonnes.
Ce mode d'appréciation n'a qu'une valeur toute relative. Nous avons déjà souligné les différences qui existent entre les moyennes des divers auteurs. En outre, d'autres facteurs entrent en ligne de compte : tel le milieu social. Dans les milieux pauvres, par exemple, les moyennes sont plus faibles que dans les milieux aisés.
L'examen anthropométrique conduirait à bien des mécomptes, s'il n'était complété et éclairé par l'examen médical, si le médecin ne le contrôlait en faisant œuvre de clinicien.
L'examen médical se pratique suivant les règles de la clinique. Toutefois, il doit être poursuivi avec plus de discrétion et porter de préférence sur certains points. Il a pour but d'apprécier la santé de l'enfant et de dépister diverses affections. Il comprend l'étude des caractères extérieurs, des organes internes, des organes des sens. L'enfant devrait être examiné entièrement nu, mais il convient
d'apporter à celle règle lous les tempéraments que comportent le milieu et le sexe.
i° Examen des caractères extérieurs — Pour établir ces caractères, on procède successivement aux examens particuliers que nous allons mentionner.
» à) Habitus général. — Un simple examen permet de constater si l'état général est bon, assez bon, passable, médiocre ou mauvais, d'apprécier la vigueur ou la chétivité d'un écolier. La coloration ou la pâleur du teint, la fermeté ou la flaccidité des chairs, l'aspect réjoui ou souffreteux du visage, donnent des indications utiles sur son état de santé.
A. Binet a montré la valeur de l'impression générale par l'expérience suivante. Il fit réunir 3oenfants, la moitié normaux, la moitié retardés d'au moins 2 ans dans leurs mesures. Il les examina sans leur demander le moindre renseignement et sans les déshabiller. Pour 6 enfants, ses impressions ne concordèrent pas avec les résultais de l'examen anthropométrique, mais pour tous les autres il put distinguer les retardés des normaux.
Ces premières constatations comportent des déductions pratiques. La misère physiologique explique souvent l'inaptitude au travail intellectuel et il est nécessaire d'en déceler la cause. Est-elle à mettre sur le compte de la pauvreté, il convient de faire bénéficier l'enfant des mesures d'assistance dont nous disposons. Est-elle, au contraire, la conséquence d'un état pathologique, la suite de l'examen permettra d'en préciser la nature et les parents devront être informés de la nécessité de faire suivre l'enfant par le médecin de famille.
Quand l'écolier, sans être d'une chétivité aussi manifeste, présentera simplement une faiblesse musculaire plus ou moins marquée, le médecin prescrira des ménagements pour les exercices physiques et interdira les jeux violents et les sports.
b~) Peau. — L'examen de la peau, en plus des indications que nous venons de relater, peut déceler des cicatrices et des lésions de nature tuberculeuse ou syphilitique, et surtout des affections, telles que l'impétigo, Yecthyma, la gale, etc.
Les unes sont importantes à reconnaître parce qu'elles peuvent expliquer une mauvaise santé et un relard de développement. Les autres le sont parce qu'elles peinent se transmettre par contagion aux autres enfants et qu'elles demandent des mesures prophylactiques pour éviter leur propagation.
c) Cheveux. Cuir chevelu. — Les cheveux cl le cuir chevelu
doivent être examinés avec soin, car ils sont fréquemment le siège de lésions parasitaires.
La phiîriase s'observe couramment chez les écoliers mal tenus. Le pou de la tête, qui la détermine, siège avec prédilection au niveau de la touffe de cheveux située derrière l'oreille. C'est là qu'on le trouvera lorsqu'on suspectera sa présence.
Les teignes faveuse et tondantes, bien que diminuant de fréquence depuis l'emploi systématique de la radiothérapie, ne sont pas rares à l'école.
d) Crâne. — On apprécie facilement si le volume du crâne est normal. S'il paraît augmenté ou diminué, surtout quand il s'agit d'anormaux intellectuels, souvent hydrocéphales ou microcéphales, des mensurations exactes s'imposent. On comparera les chiffres obtenus aux moyennes que nous avons données plus haut (p. 211). Il convient également de noter les déformations crâniennes, telles que les bosses frontales ou occipitales, qui doivent attirer l'attention sur lhcrédo— syphilis et le rachitisme.
e) Face. — L'étude du faciès des écoliers est des plus utiles. Quelques-uns présentent un faciès myxœdémateux ou un faciès
mongolien, caractérisé ou fruste ; mais ils sont peu nombreux.
Les faciès adênoïdiens , au contraire, sont très fréquents. Us sont dus à des végétations adénoïdes ou aune obstruction nasale.
Les végétations entraînent souvent des conséquences fâcheuses pour le développement physique et intellectuel de l'enfant. L'amplitude respiratoire est très faible parce que l'air pénètre en quantité insuffisante dans les poumons; la cage thoracique demeure étroite et son ossature présente souvent des déformations. La voix est fréquemment sourde et affaiblie; l'enfant a des défauts de prononciation. L'acuité auditive est diminuée, par suite de l'obstruction de l'orifice de la trompe d'Eustache par la tumeur adénoïde ou de l'inflammation chronique de l'oreille moyenne, si commune chez ces enfants. Fréquemment, chez les adênoïdiens, on note de Y inattention (aprosexie) et du retard intellectuel.
j) Bouche et dents. — Le médecin scolaire examinera avec soin la bouche et les dents. Trop souvent on néglige les soins de la bouche chez les enfants; beaucoup d'entre eux souffrent de caries dentaires ou présentent des accumulations de tartre. Il faut adresser ces enfants au dentiste. On leur épargne ainsi des infections buccales répétées et on leur assure pour le présent et l'avenir une bonne mastication, garantie excellente contre la dyspepsie. D'autres enfants ont une implantation irrégulière des dents ; lorsque celle-ci est prononcée, il faut recommander aux parents, toutes les fois qu'il
est possible, de faire poser un appareil rectificateur : non seulement on sauvegarde ainsi la qualité et la beauté de la dentition, mais encore on améliore grandement la mastication et, par suite, la digestion, au plus grand profit des écoliers et surtout des écolières.
il) Tronc. — On passeensuileàl'examen du thorax, dcl'abdomen et de la colonne vertébrale.
„ L'examen du thorax dénote assez fréquemment des déformations squele ttiques qui dépendent le plus souvent du rachitisme de la première enfance : poitrine en carène ou en bréchet, disposition infundibuli forme du thorax; asymétrie des deux moi liés du sternum et des cartilages costaux.
D'autres déformations semblent congénitales, telle que l'excavation infundibuliforme du sternum et la surélévation de l'omoplate.
L'examen de l'abdomen révèle souvent un ventre trop volumineux chez les anciens rachitiques et chez les sujets qui ont une alimentation défectueuse. Cet examen comporte la recherche des hernies aux sièges de prédilection, de Yeclopie lesliculaire et du phimosis.
L'examen de la colonne vertébrale permet de dépister parfois une gibbosité potlique, plus souvent des déviations de types divers. Leur diagnostic précoce est important; quand elles sont encore peu marquées, elles sont facilement curables.
La cyphose de la seconde enfance est rarement pure : les sujets ont le dos arrondi, le cou tendu en avant et souvent une saillie anormale des omoplates dont les pointes se détachent du plan des côtes (scapulœ alata'). En même temps que la cyphose, on observe presque toujours un certain degré de scoliose, plus ou moins prononcée suivant les cas (cypho- scoliose). Toutefois, sur i./j85 écoliers examinés à la consultation orthopédique scolaire de Bordeaux, Gourdon * a trouvé 91 cyphoses et 47 cypho-scolioses.
La scoliose est beaucoup plus fréquente que la cyphose. Elle apparaît surtout entre dix et quinze ans, et existe principalement chez les filles. Sur i./|85 écoliers, examinés par Gourdon, f\.\ô en présentaient, le plus souvent (74 0/0) au premier degré seulement. Dufestel l'a notée chez 02 pour 100 des élèves d'une école primaire de filles à Paris" certains auteurs estiment qu'on la rencontre chez 5o pour 100 des écolières. Pour la déceler, on commence par un e. rumen dans la station verticale, les deux talons étant bien joints sur la même ligne, et l'enfant placé en pleine lumière. Cela fait, on recherche avec l'index les apophyses épineuses, de manière à se rendre compte
1. Gouiidox, La prophylaxie «les difformités physiques chez les enfants par l'inspection orthopédique des écoles communales, Académie de médecine, a5 juin 1912.
EXAMEX MEDICAL
du tracé de la colonne vertébrale ' , et on détermine le position des deux omoplates.
On pratique ensuite l'examen du rachis, après flexion antérieure
Fig. 53. — Examen du rachis scoliolique après flexion antérieure du tronc (Kirmissoh .
du tronc. Pour cela, on commande à l'enfant de se pencher en avant, jusqu'à ce que le tronc devienne horizontal (fig. 53). Dans cette attitude, on apprécie beaucoup mieux l'asymétrie entre les deux moitiés postérieures du thorax et la gibbosité costale; celle-ci répond à la convexité du rachis, et est due à l'exagération de l'angle postérieur des cotes.
Ce dernier temps de l'examen est indispensable pour distinguer les scolioses véritables avec déformations osseuses de celles qui sont dues uniquement à des attitudes vicieuses. Dans ces dernières, les deux moitiés du corps sont absolument symétriques, lorsque le tronc est incliné en avant.
La palhogénie de la scoliose est complexe. La déformation du squelette semble relever d'un trouble de la nutrition générale. Des troubles viscéraux divers l'accompagnent: albuminurie intermittente, phénomènes cardio-vasculaires, anémie, etc. (Hutinel); la dyspepsie, la dilatation de l'estomac, la constipation sont communes. Il s'agit d'un véritable rachitisme tardif (Kiimisson), dont les effets se localisent là où le squelette est encore en pleine évolution. Les attitudes
i. On désigne toujours une scoliose par le sens dans lequel est dirigée sa convexité.
vicieuses prises par l'enfant sur les bancs de l'école interviennent dans une certaine mesure pour faciliter l'apparition des déviations du raclas; nous reviendrons sur les discussions que soulève celte question en étudiant le mobilier scolaire.
M Membres. — Un coup d'oeil rapide permet de constater l'état des os et des articulations, de découvrir les malformations (genu valgum. pied bot, etc.) ou des lésions habituellement de nature bacillaire (coxalgies, tumeur blanche, etc.).
i) Adénopathies. — Le médecin doit rechercher l'existence des ganglions au niveau des régions où on les rencontre habituellement, aisselles, cou. Leur volume et leur nombre fournissent souvent des indications utiles sur l'état général de l'enfant et peuvent provoquer des mesures spéciales.
2° Examen des organes internes- — L'examen du médecin scolaire serait incomplet s'il se bornait à relever les caractères extérieurs du corps. Il doit porter également sur les appareils respiratoire, circulatoire et digestif.
A. Appareil respiratoire. — Il convient tout particulièrement de dépister la tuberculose pulmonaire et la tuberculose des ganglions trachéo-bronchiques.
La tuberculose pulmonaire, au début, est souvent plus difficile à diagnostiquer que chez l'adulte.
La percussion tantôt ne fournit aucun renseignement précis, tantôt dénote seulement à l'un des sommets, soit une simple augmentation de la tonalité, soit une légère submatité, avec résistance au doigt.
L'auscultation comparée des deux sommets révèle, dans une des régions sous-claviculaires ou sns-épineuses. une inspiration rude, granuleuse, faible, qui est le premier symptôme de la tuberculose commençante (Grancher), et un peu plus lard, une expiration prolongée, à timbre élevé, souillante.
La faiblesse du murmure vésiculaire à l'un des sommets n'a aucune signification. Les modifications de la voix, chez l'enfant, sont difficiles à constater.
Des signes à'adénopathie irachéo-bronchique sont presque toujours associés aux précédents, car il s'agit généralement de tuberculose ganglio-pulmonaire. Mais ils existent aussi isolément, car l'adénopathie est commune.
La percussion décèle dans les régions paras ternales, au niveau des deux premiers espaces intercoslaux, ou dans l'espace interscapulovertébral, une submatité plus ou moins manifeste.
Dans ces mêmes régions, on entend, soit une expiration prolongée, rude, souillante, soit un véritable souffle, tubaire ou même caverneux, expiratoire ; on perçoit de la bronchophonie quand l'enfant compte à voix haute et, en arrière, une propagation anormale de la voix chuchotée (d'Espine).
Il n'est pas besoin d'insister sur l'importance du dépistage de la tuberculose ganglio-pulmonaire à l'école, pour la prophylaxie antituberculeuse et le traitement des malades. Dans les cas douteux on aura recours à la radioscopie.
B. Appareil circulatoire- — L'auscultation du cœur décèle souvent des souffles; avant d'incriminer des lésions valvulaires, on doit éliminer les souilles anorganiques ou extracardiaques, en se basant sur les caractères de siège, de propagation, de rythme, de timbre, etc.
L'examen du pouts peut révéler de Y arythmie ou de la tachycardie. Ces symptômes sont rarement pathologiques ; le plus souvent les troubles du rythme cardiaque sont des phénomènes d'ordre physiologique. Chez certains enfants ils ne doivent pas être négligés '.
L'arythmie respiratoire est particulièrement fréquente dans l'enfance. Chez les sujets de 8 à iô ans. Mackenzie l'a rencontrée dans /io pour 100 des cas environ; Ragnar Friberger l'a notée chez 32 1 écoliers de 5 à i\ ans examinés par lui. Elle est facile à reconnaître : le pouls se ralentit et s'élève dans l'expiration, s'accélère et s'abaisse dans l'inspiration. Elle s'exagère chez les enfants nerveux. Elle peut être plus ou moins marquée. Sur ioo écoliers, Ragnar Friberger a trouvé 07 fois une arythmie très légère, 5o fois une arythmie moyenne, 12 fois une arythmie très marquée; celle-ci existait surtout de 5 à 6 ans et vers i3 ou i4 ans, principalement chez les filles.
La tachycardie émotive est commune dans le jeune âge.
La tachycardie orlhostatique, consistant dans l'accélération des pulsations par le passage du décubitus dorsal à la station debout, passe facilement inaperçue dans les conditions où se pratique l'examen des écoliers. Elle n'attire l'attention que dans les cas où elle est exagérée. On la rencontre principalement chez les convalescents de maladies infectieuses, chez les enfants qui grandissent rapidement et chez les névropathes.
Il ne faut pas oublier de se rendre compte du volume du cœur par la délimitation rapide de la malité précordiale. Le cœur est souvent gros. Il faut rechercher la cause de cette augmentation de volume et
1. X'obécourt, Les troubles du rythme cardiaque chez les enfants, in Cardiopathies de l'enfance, Paris, 1 g 1 4-
ne pas se contenter du diagnostic d'hypertrophie cardiaque de croissance. Celle-ci n'existe pas (Potain et Vaquez). Il s'agit d'une pseudo-hypertrophie, d'une dilatation cardiaque qui se produit à l'époque de la puberté, sous l'influence de différents facteurs. L'exploration de l'appareil circulatoire est de première importance pour l'autorisation et la réglementation des exercices physiques, de la gymnastique notamment.
C. Appareil digestif. — A l'école primaire, l'examen du tube digestif n'est guère pratiqué ; dans les internats, il doit retenir plus particulièrement l'attention. Il faut s'enquérir du fonctionnement intestinal et penser à l'existence possible d'une dilatation d'estomac, d'une entérite ou d'une appendicite. Si l'interrogatoire décèle quelque symptôme anormal, le médecin se livre à un examen plus approfondi.
3° Examen des organes des sens. — L'examen des yeux et des oreilles doit être pratiqué avec grand soin, car de nombreux écoliers présentent des troubles de la vision ou de l'audition.
A. Vision. — Les démonstrations visuelles occupent une place très importante dans l'enseignement (inscriptions au tableau, planches murales, projections, etc.). Or la vision est anormale chez un grand nombre d'élèves : 40 pour ioo, d'après Motais, 6i pour 100, d'après Cohn.
Lepriuce ' a trouvé, dans les écoles de Bourges, une vision défectueuse chez i garçon sur io, chez i fille sur 3 ; à la campagne, l'acuité visuelle est meilleure, toujours plus faible chez les filles que chez les garçons.
Les enfants dont la vue est défectueuse tirent peu de profit de l'enseignement ' ils sont souvent en retard dans leurs études. On rencontre, parmi les anormaux visuels, de nombreux arriérés scolaires et, inversement, parmi les arriérés scolaires, une forte proportion d'anormaux visuels. Ces enfants sont punis souvent à tort, alors qu'il suffirait de corriger leur vision pour obtenir un travail satisfaisant.
Le médecin scolaire inspecte rapidement les globes oculaires, note l'existence éventuelle d'un strabisme, de taies de la cornée, de conjonctivites, etc. Puis il procède à Vexamen de C acuité visuelle delà manière suivante :
Il accroche en pleine lumière diffuse l'échelle optomélrique de
i. Leprikce, L'inspection des écoles primaires du Cher (vision et audition), lîcv. iniern. d'hyg. cl de thérap. oculaires, novembre ioi3, p. iOi.
Snellen ou de Monnoyer, tableau composé de dix rangées de lettres de dimensions croissantes. L'écolier étant placé à une distance de 5 mètres, il lui fait fermer successivement l'œil droit et l'œil gauche et lui demande de lire les lettres du tableau.
L'acuité visuelle est normale quand l'enfant peut lire les lettres les plus petites. S'il n'y parvient pas, il est atteint de myopie, plus ou moins accentuée. Le médecin lui fait alors épeler les autres rangées de lettres, en commençant par les plus grandes, et note celle qu'il ne peut pas dépasser sans commettre d'erreur. Le chiffre inscrit en regard de cette dernière indique le degré de l'acuité visuelle : i/ioe, i/6e, i/4, etc.
D'après Binet, un écolier doit pouvoir lire des lettres de sept millimètres à une distance de 5 mètres et la vision est suffisante s'il distingue nettement 3 lettres sur 7. Pour les enfants ne sachant pas lire, on recherche s'ils peuvent reconnaître à sept mètres de distance un cercle, un carré, une croix, etc.
La myopie est l'anomalie visuelle la plus fréquente.
Truc et Chavannaz ', à Montpellier, ont trouvé des myopes dans les proportions suivantes :
Garçoiis. Filles.
Ecoles primaires 7,9 p. 100 0,8 p. 100
— supérieures 11,1 — 9,5 —
Lycées. i5,'ij —
Les statistiques donnent, sur 100 élèves, 5 myopes dans les écoles de village, i4 dans les écoles élémentaires, 3i dans les lycées et 5q dans les écoles supérieures (de Font-Réault).
Parfois les écoliers ont la vue faible et confondent les diverses lettres, parce qu'ils présentent de Yaslujinalisme.
A l'opposé des myopes sont les hypermétropes, dont on ne tient pas compte en général, sous le prétexte qu'ils voient très bien; or sur 100 écoliers, g à 3o, suivant les statistiques, sont hypermétropes (de Font-Réault).
Le médecin scolaire n'a pas besoin de diagnostiquer la nature des troubles. Il lui suffit de constater que l'acuité visuelle d'un enfant est insuffisante pour le signaler aux parents et recommander l'examen par un ophtalmologiste. Toutefois il doit demander au maître de placer près du tableau les élèves dont la vision laisse le plus à désirer.
B. Audition. — Ce que nous disions plus haut, con:ernant l'im-
1. Truc et Cu.vyanjaz, Hygiène scolaire et inspection oculistique des écoles, Paris, Maloine, 1908.
portancc de l'enseignement visuel, est également vrai pour l'enseignement auditif.
La surdité complète est raie et d'ailleurs facile à reconnaître. Les
surdités partielles, par contre, sont fréquentes el passent souvent
inaperçues. Elles atteindraient 17 0/0 des écoliers à Bordeaux
(Moure), 22 0/0 à Paris (Gellé), 20 a 3 o 0/0 en Allemagne Bezold,
•YYeill), 22 0/0 à Pétrograd (Reichert).
Il est difficile de mesurer l'acuité auditive, car le type considéré comme normal est arbitraire et varie suivant les auteurs '.
A l'école, on peut considérer comme sourd partiel tout élève qui, placé au fond de la classe, ne comprend pas les paroles du profes seur(Binet). Pour avoir des éléments de comparaison, on utilise di\ erses épreuves. Les plus simples sont : l'épreuve de la montre, l'épreuve de la voix chuchotée et l'épreuve de la dictée.
Pour l'épreuve de la montre, on fait asseoir l'enfant de profil, afin qu'il ne puisse pas la voir, et on lui l'ait bouclier avec la main l'une des oreilles. Puis au milieu d'un silence absolu, on avance progressivement la montre à la bauteurdu conduit auditif et on note la distance à laquelle le tic- tac commence à être distinctement perçu. On recommence ensuite de la même manière pour l'oreille opposée.
Normalement le tic-tac doit être perçu, d'après Gellé, à 1 ni. 25, d'après Saint-Hilaire à 0,60 ou 0,80 centimètres. En réalité, les différences à cet égard sont très appréciables d'un enfant à l'autre. Elles dépendent naturellement de l'intensité du bruit, variable avec chaque montre. Si l'on a recours à ce procédé, on doit avoir soin de se servir loujoursde la même. L'utilité pratique de cetteépreuve est (Tailleurs critiquable, car, selon Binet, un enfant peut mal entendre la parole, alors qu'il entend bien la montre, el vice versa.
Les instructions données aux médecins inspecteurs de la ville de Paris conseillent la technique suivante. Dans une salle silencieuse, on fixe horizontalement un mètre sur le mur. L'enfant se place le dos tourné au mur, l'oreille examinée au zéro, l'autre obturée avec un doigt. Le médecin rapproche lentement de l'oreille la montre en la maintenant dans l'axe auditif; il note la dislance maxima à laquelle le tic-tac a été entendu. L'autre oreille est explorée de même, Les élèves sont examinés successivement après avoir eu soin d'éliminer ceux qui sont reconnus sourds par la voiv parlée. On peut mesurer ainsi l'acuité auditive de la majorité des élèves; ceux qui présentent cette acuité auditive ou une acuité supérieure ont l'ouïe
1. Malherbe cl Stackler. Exacden de l'ouic dans les écoles. Bulletin médical,
3 '1 mars 190G.
bonne, ceux qui ont une acuité inférieure ont You'ie faibœ; si elle est inférieure à la moitié du premier chiffre, l'ouïe est mauvaise (% 54).
L'épreuve de la voix chuchotée consiste à se placer à une certaine distance de l'écolier et à se rapprocher de lui jusqu'à ce qu'il per-
Fig. 54. — Epreuve de la montre (Georges La.cre.ns).
çoive nettement les mots prononcés. Elle n'a qu'une médiocre valeur (Lubet-Barbon).
L'épreuve de la dictée à haute voix consiste à faire transcrire aux enfants des mots séparés et des chiffres prononcés à une distance de 8 à 10 mètres. Ce procédé n'a rien de scientifique, mais il est bon à retenir, parce qu'il s'applique le mieux aux nécessités de l'enseignement.
Tout enfant dont l'audition sera reconnue insuffisante devra être conduit au spécialiste par ses parents.
Il appartient au médecin scolaire de procéder lui-même aux divers examens que nous venons de mentionner. La présence, à l'école primaire du moins, des médecins-spécialistes (ophtalmologiste, auriste, dentiste, etc.) n'est pas nécessaire '. A l'école, en effet, le médecin ne doit pas s'occuper de thérapeutique ni chercher à porter un diagnostic très précis. Il doit se contenter de constater les défectuosités sans mentionner leur nature.
En agissant ainsi, il respecte à la fois les droits du corps médical et ceux des familles, qui doivent pouvoir choisir en toute liberté leur médecin traitant.
Celte opinion n'est cependant pas adoptée partout.
A Bordeaux, où l'inspection scolaire fonctionne depuis 1886, on a créé, en 1907, des spécialités scolaires pour la psychiatrie, la chirurgie infantile, l'oto-rhino-laryngologie, l'oculistique, les maladies de la peau, l'art dentaire, l'orthopédie. D'après Gourdon, la consul-
I. Stackler, Par qui doivent être faits dans les écoles les examens médicaux des organes spéciaux ? L'Hygiène scolaire, avril 1912, n° 38, p. 100.
HYGIÈNE SOCIALE DE l'eXFASCE l5
tation d'orthopédie, en particulier, fonctionne au contentement de tous et rend de grands services. On y examine seulement les enfants désignés par les médecins inspecteurs; les enfants, suivis par un médecin de famille, sont renvoyés à ce dernier avec une fiche portant le diagnostic; les élèves indigents seuls sont adressés à la consultation orthopédique de l'hôpital des enfants. Nombre de cas de scoliose, d'insuffisance vertébrale ou d'autres déformations peuvent être ainsi prévenus ou enrayés parce que dépistés au début, alors qu'ils sont facilement curables.
En mai 1919, le Conseil municipal de Paris, sur la proposition de Paul Fleurot, a émis un avis favorable au sujet de l'adjonction à l'inspection médicale des écoles d'un service de médecins spécialistes, en particulier pour les yeux et pour les dents, chargés d'examiner les enfants qui leur seraient signalés par les médecins inspecteurs et de leur donner les conseils utiles.
Dans les internats, la mission de proléger la santé des enfants étant confiée au directeur, remplaçant les parents absents, la collaboration médicale des spécialistes est absolument justifiée et admise sans discussion.
4° Fiches individuelles, carnets de santé- — Les observations relevées par le médecin scolaire au cours des examens successifs seront inscrites sur une fiche individuelle ou sur un carnet de santé '. Il en existe des types multiples.
Le carnet de santé de Méry est un fascicule de quatre pages, destiné aux écoles primaires et aux externats. Le carnet scolaire de Mathieu est une brochure plus importante, réservée aux internats.
Les fiches ou carnets permettent d'établir le bilan de santé de chaque élève et de suivre facilement l'évolution de sa croissance. Pour respecter le secret médical, il convient de les conserver dans une armoire spéciale fermée à clef.
Il importe que les maîtres, forcément mis au courant de la santé des élèves, soient, comme les médecins, astreints au secret professionnel 2.
Le médecin pourra communiquer aux parents, sur leur demande, les renseignements recueillis. A la fin de la scolarité, le carnet scolaire sera remis aux familles; il constituera un dossier sanitaire de la plus grande utilité pour l'avenir.
1. Stacrler, La fiche sanitaire de l'écolier, Journ. de médecine de Paris, a3 oclobre 1909, p. 424.
a. Perrin, A propos de l'inspection médicale des écoles, Presse médicale, ô mai 1909,