‹ Hygiène sociale de l'enfanceChapitre 8 sur 212 · la tuberculose · texte numérisé non relu

la tuberculose

'm, (il — les maladies contagieux >.

222,92 — les autres causes.

Cette statistique, déjà ancienne, est incomplète : d'une part, elle ne porte pas sur le territoire entier ; d'autre part, elle néglige de nombreuses causes de mort, que l'incertitude du diagnostic clinique ne permet pas de préciser.

Les nombres précédents n'ont donc pas une valeur absolue. Pour se rendre compte des causes de la mortalité et de la morbidité de la première enfance, il importe d'analyser les faits dans leurs détails.

Les causes de mort sont: le mode d'alimentation, les affections du tube digestif, les affections des voies respiratoires, les maladies infectieuses aiguës, la tuberculose, la syphilis, la débilité congénitale et diverses affections plus rares.

A. Mode d'alimentation. — Parmi les causes de la mortalité des

enfants du premier âge, le mode d'alimentalion tient le premier rang. Il est indispensable d'apporter quelques précisions et de considérer le rôle joué par les différents modes d'allaitement, ainsi que par l'alimentation du sevrage 2.

a. Allaitement maternel. — C'est avec L'allaitement maternel que

1. B.vlestiu: et Giletta de Saint-Joseph, Mortalité (le la première enfance dans la population urbaine delà France, de 1 S i > ^ à [897, Paris, l>"in. I§oi.

2. Nobécourt, Conférences pratiques sur l'alimentation des nourrissons, 2e éd., 1914, Masson et C'". — Maurice Loriou, Sur la mortalité infantile et 1 alimentation des nourrissons. Thèse de Paris, iqix.

la mortalité est la plus faible. D'après une enquête de Variot et Bourdeau de Fontenay l, portant sur 4.020 enfants de femmes de la campagne venant comme nourrices chercher des entants assistés, elle est de 4,i4 p- 100 (1908-1909).

Ce nombre est particulièrement faible. Dans d'autres circonstances, la mortalité peut être notablement plus élevée.

Luling -, en 1899- 1900, a trouvé qu'elle atteignait i4 p. 100 dans une statistique portant sur 18.952 enfants de multipares ayant eu leur dernier-né à la clinique Baudelocque.

Bonnaire 3, ayant fait à la Maternité, en 1912 et 1913, une enquête sur 6.790 enfants de mères multipares, a noté une mortalité de i5 p. 100.

b. Allaitement mercenaire. — L'allaitement mercenaire, pratiqué par des nourrices sur lieu, donne des résultats sensiblement comparables à ceux de l'allaitement maternel.

L'élevage au sein, pratiqué par les nourrices à distance, qui emmènent l'enfant chez elles, semblerait devoir être beaucoup plus défavorable. De fait L. Petit 4 et Luling ont trouvé, dans ce dernier cas, une mortalité de 5o et de 31,29 p. 100. Mais Bonnaire n'a relevé qu'une mortalité de 12 p. 100, et la statistique des enfants assistés, établie en 1898, donne 3. 880 morts sur 36.844 enfants au sein, soit 10, 5 p. 100.

c. Allaitement artificiel. — L'allaitement artificiel entraîne toujours une mortalité plus élevée que l'allaitement au sein. Lorsqu'il est pratiqué dans la Jamille, la mortalité atteint déjà 16 p. 100 d'après Bonnaire, 02 p. 100 d'après Petit; quand il est pratiqué à distance, elle s'élève à 3o p. 100 d'après Bonnaire, à 63 p. 100 d'après Petit. Sur 48.o83 enfants assistés, élevés dans ces conditions en 1898, 8.3i4 sont morts, soit 17,2 p. 100 5. Les statistiques les meilleures se rapportant à l'élevage au biberon donnent une mortalité voisine de 10 p. 100.

La supériorité de l'allaitement naturel sur l'allaitement artificiel est donc incontestable ; l'allaitement maternel lui-même est préfé-

1. Variot et Bourdeau de Fontenay La Clinique infantile, VII, n° 3, 10 janvier 1909 — Bourdeau de Fontenay. Considérations sur le contrôle de l'élevage des nourrissons, Thèse de Paris, 1908-1909. — Vaiuot, Traité d'hygiène infantile, 19 10.

2 Luling, Mortalité des nourrissons en rapport avec la modalité de leur alimentation, Thèse de Paris, 1900.

3 Bonnaire, Guide pour l'assistance de puerpéralité. 1914.

t\. Petit, Le droit de l'enfant à sa mère, Thèse de Paris, i8g5. 5. Rapport officiel cité par Maurel, lue. cit., p. 73.

rable à l'allaitement mercenaire. Le sein donne une mortalité moindre, une morbidité plus faible que le biberon.

Mais les statistiques globales ne fournissent qu'une idée imparfaite delà réalité ; elles ne tiennent pas compte des facteurs multiples qui sdht intervenus, à côté du mode d'alimentation, pour provoquer la mort.

Il convient d'entrer dans le détail des faits, pour apprécier quel est le rôle exact de l'alimentation dans la mortalité des nourrissons.

d. Facteurs rendant nuisible l'allaitement naturel. — L'allaitement naturel constitue la meilleure sauvegarde du nourrisson ; encore faut-il qu'il soit pratiqué dans de bonnes conditions. Si celles-ci ne se trouvent pas réalisées, il devient nuisible et même dangereux.

L'insuffisance de la sécrétion lactée, la mauvaise qualité du lait, liées aux émotions morales de la nourrice, à la menstruation, aux fatigues, à une alimentation défectueuse, etc., ou provoquées par l'alcoolisme, par une maladie générale ou locale, en particulier par la tuberculose ; la mauvaise réglementation des tétées, irrégulières, trop copieuses ou insuffisantes, aboutissant à la suralimentation ou à l'bypoalimentation, entraînent des troubles de la croissance et des troubles digestifs. Par exemple, Maurel, en 1898, sur 36. 6^/| enfants assistés élevés au sein, en a trouvé 1.089 atteints de gastroentérites, soit une proportion de 3, 1 4 p- 100. Les troubles sont en général passagers et peu graves ; ils peuvent néanmoins, par leur persistance, amener la mort.

Les intoxications professionnelles des mères constituent des dangers pour les enfants qu'elles allaitent. Leur rôle est toutefois diversement apprécié (Mornet) *.

Pour le tabagisme, auquel se trouvent exposées les ouvrières des manufactures de tabac, les opinions sont partagées. Jacquemart, Etienne -, Jaucent, Simonini, considèrent que l'allaitement par une mère intoxiquée comporte un mauvais pronostic.

Les recberebes d'Etienne ont porté sur 17 familles d'ouvrières employées à la Manufacture nationale des tabacs do Nancy. La mortalité totale, sur 90 grossesses, a été de !\ 2 p. 100 jusqu'à l'âge

1. Mornet, La protection de la maternité en France (Etude d'hygiène sociale , Thèse de Paris, 1909.

2. G. Etienne, Eludes de démographie ouvrière. I.a mortalité infantile dans les familles des ouvrières de la manufacture destabacs de Nancy, Revue méd. de l'Est, Nancy, 1897, P- ^56,

de deux ans, de 07 p. 100 en faisant abstraction des 8 mort-nés. Pour les mêmes périodes, la mortalité infantile dans la population ouvrière de Nancy était de 20 p. 100 (Haushalter) *, de 17 p. 100 (Etienne) 2. Le pronostic est très grave si l'allaitement est poursuivi après la rentrée à la manufacture (sur 8 -cas, Etienne a observé 8 morts) ; il est meilleur si l'allaitement cesse au moment de la rentrée ; il devient bon si l'allaitement maternel peut être poursuivi pendant assez longtemps avant cette rentrée.

D'autres auteurs, par contre, Foiré, Lebail, Audigé, Mlle Grimpet 3, ont nié l'influence nocive du tabagisme sur la sécrétion lactée.

Certaines analyses semblent démontrer que le lait des mères tabagiques, sécrété en petite quantité, est pauvre en albumine. D'après Simonini, la présence de nicotine n'est pas prouvée.

Les effets nuisibles du saturnisme sont moins discutés que ceux du tabagisme. Le nombre de femmes qui se trouvent exposées à son atteinte est d'ailleurs plus élevé. Le plomb est, en effet, utilisé dans la fabrication des fleurs artificielles et des jouets, l'industrie textile, le nettoyage des dentelles, la fabrication des crayons, des poteries, les compositions d'imprimerie, etc. Rennert a montré combien grande étaient la morbidité et la mortalité des enfants nés de mères saturnines : 56 enfants sur 79 ont été malades et 28 ont succombé.

Le plomb passe dans le lait (Constantin Paul). Balland i en a dosé un demi-milligramme dans n5 grammes de lait. Les enfants issus de femmes saturnines ne doivent donc pas être élevés au sein de leurs mères, à moins que celles-ci n'abandonnent leur profession (Ribemont-Dessaignes et Lepage).

Si l'on évite les causes nocives que nous venons d'énumérer, l'allaitement maternel constitue le meilleur moyen de lutter contre la mortalité infantile. Il faut l'encourager dans la plus large mesure, permettre à toutes les mères d'allaiter leurs enfants, sauf quand leur état de santé constitue une contre-indication, les diriger pour éviter qu'elles ne commettent des fautes préjudiciables à leurs nourrissons.

1. Haushalter, De la mortalité infantile dans la classe ouvrière de Nancy, Revue méd. de l'Est, i5 avril 1897, p. 229.

2. Etienne, Etudes de démographie ouvrière. Natalité et mortalité dans la population ouvrière de Nancy, Revue méd. de l'Est, 1897, p. 35li.

3. Mlle Grimpet, Influence du tabac sur la grossesse et la santé des nourrissons desouvrières delà manufacture du tabac de Lille, Tlièse de Lille, 1906.

4. Balland, Influence du saturnisme sur la marche de la grossesse, le produit de la conception et l'allaitement. Thèse de Paris, 1896.

La direction et le contrôle doivent être des plus stricts, quand l'allaitement est pratiqué à distance par des nourrices mercenaires. Les femmes de la campagne, en effet, par ignorance ou par mauvaise foi, commettent souvent des fraudes qui sont des menaces constantes pour la vie des enfants confiés à leurs soins.

e. Causes d'infériorité de V allaitement artificiel. — L'allaitement artificiel est inférieur à l'allaitement naturel. Non seulement il entraîne une mortalité plus élevée, mais encore il expose aux affec lions gastro-intestinales, à l'atrophie-atlirepsie, à l'hypotrophie, au rachitisme, à la maladie de Barlow, etc. Sur 48.o83 enfants assisté-, élevés au biberon en 1898, Maurel a relevé 3.q3* décès causés par la gastro-entérite, soit une proportion de 8,18 p. 100.

L'infériorité de l'allaitement artificiel — et, dans l'espèce, il s'agit surtout de l'alimentation avec du lait de vache — tient à des causes multiples.

Ce sont, en premier lieu, les différences des laits de femme et de vache, tant dans leur composition chimique que dans leurs qualités biologiques. , Leur teneur en beurre, en sucre, en caséine, en sels, diffère ; le lait de la femme contient des ferments qui font défaut dans celui de la vache ' ; les albumines jouissent d'une certaine spécificité, et, par suite, sont nuisibles pour les jeunes d'un eautre espèce.

Ce sont, d'autre part, les difficultés de la pratique de l'allaitement artificiel. Pour qu'il ne soit pas nuisible, il faut qu'il soit soumis à des règles précises.

a. Le lait doit être produit dans de bonnes conditions. L'alimentation de la vache laitière doit être telle que son lait ait la composition chimique voulue et que sa santé reste bonne ; il faut on exclure certains produits qui rendent le lait dangereux pour l'enfant, tels que l'herbe verte, les navets, les raves, les feuilles de betteraves, les pulpes de betterave conservées dans les silos, les drèches de distillerie et de brasserie, les tourteaux 2, etc. Il faut éliminer le lait des vaches en état de gestation, de vêlage récent, de rut, des vaches malades, atteintes de mammites, de fièvre aphteuse, de diarrhée

Nombre de nourrissons sont malades parce < |u<- ces facteurs sont

1. Nobécoi'rt et Prosper Merklen, Les ferments du lait, leur nature et leurs propriétés biologicpies. Ont-ils un rôle utile dans la nutrition du nourrisson ? La Presse médicale, ai et 27 décembre 10,03.

2. Aviraginet, Inconvénients et dangers du lait de vaches nourries de résidus industriels, HP Congrès international de protection de l'enfance, Berlin, IQII.

MORTALITE

méconnus. La mortalité élevée à certaines périodes et dans diverses régions en est la conséquence.

[i. Le lait doit être trait proprement. — La salle de traite, les mamelles, le costume (fig. 6) et les mains du trayeur, les récipients et tous les accessoires de rétable doivent être d'une propreté rigoureuse.

Fig. 6. — Traite aseptique, Costume du trayeur.

Cependant tous ces soins ne permettent-ils pas d'obtenir, dans la pratique, un lait aseptique, car les établissements où ils peuvent être pris d'une façon rigoureuse (fig. 7) sont exceptionnels, et en somme le lait est toujours microbien. Il n'en est pas moins important de restreindre le plus possible les pollutions qui amènent son altération rapide, surtout pendant la saison chaude.

y. Le lait doit être donné à l'enfant privé de microbes et sans addition de substances nuisibles. — En dehors des circonstances exceptionnelles où le lait frais est aseptique, le lait ne doit être utilisé qu'après stérilisation. La stérilisation par les substances chimiques, borax, acide salicylique, formol, etc , est dangereuse. Seule la stéri-

IITGIENE SOCIALE DE L ESFASCE

Fig. 7. — Opération de la traite aseptique (Linas). Salle spéciale de traile au rez-de-chaussée. Salle d'embouteillage au sous-sol.

lisation par la chaleur, réalisée suivant des techniques diverses, est autorisée.

La stérilisation du lait a constitué un grand progrès dans la lutte contre la mortalité infantile. Encore faut -il qu'elle soit effectuée en se conformant à des règles précises. Sinon, on expose les enfants à des dangers d'autant plus redoutables que leur cause échappe facilement.

Comme les fraudes sur le lait sont facilesà commettre, en particulier le mouillage et l'addition de substances chimiques, la surveillance du lait constitue un moyen efficace de lutte contre la mortalité infantile.

8. La technique de l'allaitement doit être convenablement réglée. — Les biberons et les tétines doivent être proprement tenues, les corrections apportées à la composition du lait, les rations, les repas doivent être minutieusement réglés.

La morbidité et la mortalité des bébés allaités artificiellement tiennent pour une grande part aux fautes commises.

Pour juger les résultats de l'allaitement artificiel, il ne faut donc pas se borner à l'étude des statistiques globales. Il est incontestable que le lait de vache (et on peut dire la même chose pour les autres laits, celui de chèvre en particulier) ne vaut pas le lait de la femme; mais ses inconvénients sont très diminués s'il est convenablement utilisé. L'observation quotidienne, les statistiques que nous produisons plus loin, en fournissent des preuves nombreuses.

Mais pour se procurer du lait de bonne qualité, pour l'administrer d'une façon rationnelle, il faut des ressources, une éducation, des précautions qui font défaut à beaucoupde femmes. Il est donc nécessaire de mettre du bon lait à la portée de toutes les mères et de surveiller la façon dont elles l'emploient.

s. Alimentation du sevrage. — L'alimentation à l'époque du sevrage doit être l'objet de soins particuliers. A ce moment, l'enfant est déjà plus résistant et la mortalité est moindre ; néanmoins il est encore très susceptible. Des troubles digestifs, des troubles de la nutrition, le rachitisme, peuvent se développer, et s'ils ne sont pas toujours mortels, ils diminuent sa résistance vis-à-vis des maladies infectieuses, dont ils aggravent le pronostic.

Il importe donc de choisir des aliments de bonne qualité, lait, farine, œufs, etc. ; de régler les régimes et de ne substituer que progressivement une alimentation variée à l'alimentation lactée exclusive.

En résumé, une alimentation défectueuse est une cause très impor-

tante de morbidité et de mortalité pendant la première enfance. Procurer une bonne alimentation aux nourrissons constitue une des bases de la lutte contre la mortalité infantile.

B. \iH.<:rioxs gastuo-intestinaliss. — Les affections gastro-intestinales, les gastro-entérites, dont l'expression la plus banale est la diarrhée infantile, tuent un grand nombre de nourrissons. Dans les statistiques, la mortalité qui en est le résultat se confond en grande partie avec la mortalité liée au mode d'allaitement, cai ce sont les fautes d'hygiène alimentaire qui en sont les causes les plus habituelles.

Les chiffres ci-après, empruntés aux études de Mme Cayrol-Blum 1 et de Jarricot -, indiquent lenombre de décès sur i.ooo, attribuables aux affections gastro -intestinales entre zéro et un an, dans quelquesunes des principales villes de France, pour la période de 1892a 1901 :

Paris.

décès

par

si

ro-enlérite sur

.000 décès de 0 à 1 an

Bordeaux. .

Limoges.

INimcs. .

Tourcoing .

Montpellier.

3io,

L)on. . .

A Lille, d'autre part, Bué 3 a pu relever les chiffres suivants : Eu igo3. . /18 décès par gaslro-entérile sur 100 décès de o à 1 an.

En 190A.

En igo5.

En 1906.

En 191 1, Yentérite provoquée par les chaleurs exceptionnelles de l'été a étéla cause principale de la mortalité infantile. Sur 1 18.200 décès de zéro à un an, 46769, soil près île la moitié, lui ont été attribués ; 6.5i/i décès de un à deux ans^ont eu la même cause (/?'//>porl du directeur de l 'assistance et de thygiene publiques au ministère de l'intérieur sur la situation sanitaire de la Franc,').

C. Affections des voies respihvtoiues. — Les broncho-pneumonies, fréquentes chez les nourrissons, sont souvent cause de leur

1. Mme Cayrol-Blum, Etude statistique sur la mortalité infantile ;> Montpellier, de 1892 à 1901. Tlièse de Montpellier, 1902.

2. J. Jakricot, Consultations de nourrissons et gouttes de lait, Paris, 1912.

3. A^ Bué, La défense de l'enfant. La puériculture à Lille, La Presse médicale, 25 janvier 1908.

mort, qu'elles soient la conséquence d'un refroidissement ou d'un coryza, dune rougeole, d'une coqueluche, d'une grippe, etc.

Pour la période de 189:2 à 1901, dans les grandes villes précédemment citées, le nombre des décès dus aux affections respiratoires a été le suivant :

Paris.

Bordeaux.

Limoges.

Nîmes. .

Tourcoing

Montpellier

Lvon.

169 décès par affections respiratoires sur i.cftx) de o à 1 an.

D. Maladies infectieuses aigles. — Les maladies infectieuses aiguës ne sont pas une cause très fréquente de mort avant l'âge d'un an ; c'est surtout pendant la deuxième et la troisième année qu'elles frappent le jeune enfant.

Les nourrissons, en effet, semblent présenter à l'égard des fièvres éruptives une immunité relative; elles sont en tout cas plus rares chez lui que chez les enfants plus âgés. Par contre, lorsqu'elles l'atteignent, elles sont souvent graves.

La rougeole est peu fréquente chez le nourrisson. Hutinel et Darré1 admettent l'immunité relative du nourrisson à l'égard delà rougeole; cependant, au cours d'une épidémie de rougeole chez des nourrices allaitant de très jeunes enfants, ils ont vu ces derniers présenter tous une éruption de rougeole atténuée. Variot 2, sur 1.375 cas, ne l'a observée que 7 fois au-dessous d'un an. D'après Sperk 3, à la Clinique universitaire deVienne, de 1905 a 1909, sur 552 cas de rougeole survenant durant la première année, 85,4 p. 100 appartiennent au deuxième semestre, i4>6 au premier et aucun cas n'a été signalé durant le premier mois.

Toutefois, pendant le premier âge, la mortalité que détermine la rougeole est, de l'avis de tous les auteurs, relativement élevée par rapport au nombre de cas observés. Bénigne à la campagne et dans la clientèle de ville, elle revêt un caractère de gravité particulière dans le milieu hospitalier, du fait des broncho-pneumonies qui viennent souvent la compliquer. A l'asile de Médan, réservé aux enfants

1. Hutinel et Darré, ni Hutixel, Les maladies des enfants, I, 1009.

2. Variot, Immunité des nourrissons contre les fièvres éruptives et contre certaines maladies infectieuses, La Clinique infantile, i5 octobre et Ier novembre 191 1.

3. Sperk, Masernerkrankung bei unterjabrigen Kindern, Cesellsch.f. inn Medizin 11. Kinderheilk. Vienne, ai janvier 1909.

débiles, Méry el Malhéné ', sur 200 enfants entrés du i5 mars 1910 au ier janvier i()i3, ont conslaié 43 décès, dont 23 furent causés par la rougeole.

La scarlatine est peu fréquente pendant le premier âge. Cependant elle peut se rencontrer et revêtir parfois des formes sévères. Johannessen 2, sur i.o^o décès par scarlatine, survenus à Christiana de 1862 à 1878, chez les enfants de zéro à quinze ans. a relevé les chiffres suivants :

Pourcentage par rapport Age. Nombre de décès. au chiffre total.

1 mois o

2 et 3 mois 3 /

, . r o,c pour 100

La mortalité durant les premiers mois de la vie, du fait de la scarlatine, est donc faible. Elle devient, par contre, plus importante au cours des deuxième et troisième années ; elle cause alors, d'après Jobannessen, /j3 p. 100 des décès survenus par scarlatine chez les enfants de moins de i5 ans.

La variole est exceptionnelle depuis la pratique régulière de la vaccination jennérienne. Le nourrisson ne possède pas, vis-à-vis d'elle, la même immunité naturelle que vis-à-vis des autres fièvres éruplives; lorsqu'il est atteint, il meurt dans plus de 5o p. 100 des cas.

La varicelle, maladie bénigne, est relativement rare chez le nourrisson .

La coqueluche, exceptionnelle avant six mois, devient plus fréquente au cours du second semestre de la vie et surtout de un à quatre ans. Bertillon, réunissant les cas de coqueluche survenus à Paris de 1898 à 1902, a noté :

De o à 1 an. . . 691 cas. De 10 à 10 ans. . . 5 cas.

De 1 à l\ ans. . . 1.0A7 — De i5 à 19 — . . a —

De 5 à n — . . 129 — De 2") à 29 — . . 1 —

La coqueluche n'est donc pas rare chez L'enfant du premier âge : elle revêt chez lui une gravité particulière.

La diphtérie respecte relativement le nourrisson ; mais lorsqu'elle

1. Miôiiy et Malmené, La défense contrôles maladies contagieuses à l'asile des débiles de Médan, Bu.ll.de la Soc, de pédiatrie de Paris, i'a janvier 1913.

2. Johannessen, La répartition ép identique de la scarlatine en Norvège. Christiania, i884.

survient chez lui, elle atteint presque toujours le larynx et détermine un croup généralement mortel.

Dune enquête faite en Belgique en 1897 l sur l'efficacité du sérum antidiphtérique, il résulte que 73/j malades furent traités et que 118 succombèrent, soit 16 p. 100. Le pourcentage de la mortalité se décomposait ainsi :

i'*e année.

3e à 5e année.

je à 10e —

Au-tlessus de 10 ans. .

La grippe a été considérée comme une rareté chez le nourrisson et certains auteurs estiment même que le nouveau-né jouit d'une sorte d'immunité à son égard. Au contraire elle est loin d'être exceptionnelle chez le nourrisson. Elle se présente chez lui sous des formes diverses et avec une gravité variable. Au cours de l'épidémie de 1918, Achard -, à la petite crèche de l'hôpital Necker, en a observé 3a cas au-dessous de 2 ans, se rangeant en trois groupes :

Cas.

Guéri

sons.

Morts

IO

Grippe simple

Grippe avec bronchite ou congestion pulmonaire légère

Grippe compliquée de broncho-pneumonie.

Le nourrisson ne jouit donc pas d'une immunité réelle à l'égard de la grippe qui souvent chez lui est mortelle. Il est seulement moins exposé aux contagions du dehors ; il contracte surtout la maladie au contact de sa mère.

D'autres maladies infectieuses aiguës, relativement peu fréquentes, peuvent causer la mort du nourrisson: méningite cérébro-spinale êpidémiquë, paralysie infantile épidémique, fièvre typhoïde, etc.

Les infections aiguës que nous venons d'envisager nécessitent, malgré leur rareté relative, des mesures méthodiques de prophylaxie. Elles sont, en effet, évitables.

E. Tuberculose. — Pendant longtemps on a considéré la tuberculose du nourrisson comme une rareté. En réalité, elle constitue un facteur appréciable de mortalité infantile. A Paris, d'après les statistiques, chaque année, 2 3o nourrissons en moyenne succombent à la

1. Enquête officielle sur l'efficacité du sérum antidiphtérique en Belgique, Presse mêdic. belge, t. XXXIX, 12.

2. Achakd, La grippe des nourrissons, Acad. de médecine, 18 mars 1919.

tuberculose durant la première année, comme le montre le tableau suivant :

Années.

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