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II.— MORTALITÉ DANS LES DIFFÉRENTES PÉRIODES DE L'ENFANCE

L'importance et les causes de la mortalité pendant l'enfance varient suivant les périodes. Nous étudierons successivement : i° la

1. Lannelongue, Un tour du monde, Paris, 1910. — Consulter également : F. Jatle, La dépopulation en France, Bull, de la Soc. de l'Internat, 1910, p. i55.

— Hutinel et Lesné, in Hutinel, Les maladies des enfants, I, p. 270 ; 1909.

— J. Comby, Le problème de la dépopulation, Arch. de méd. des enfants, 1911, p. 291. — Maurice Deschamps, Dépopulation de la France. Mortalité infantile. Ignorance et misère, Thèse de Paris, 191 1. — Lucien March, Pour la race, infertilité et puériculture, Revue d'hygiène et de médecine, 1 91 1 , n" 1 . — Dépopulation et eugénique, Eugénique, 1918, p. 10. — H. Triboulet, La dépopulation : remèdes possibles, L'Enseignement médico-mutuel international, février 1912. — Janicot, La dépopulation et l'hygiène, Bulletin médical, 19 12, etc.

mortalité embryonnaire ou fœtale ; 2° la morli natalité ; 3° l;i mur/alité de la naissance à quinze ans ; l\° la mortalité pendant la première année.

,i" Mortalité embryonnaire ou fœtale. — Le taux de la mortalité embryonnaire ou fœtale est difficile à préciser. D'une part, beaucoup de femmes font des fausses couches au cours des premiers mois de la grossesse, sans s'en rendre compte ; d'autre part, un grand nombre avortent sans appeler le médecin. Ce qui est certain, c'est la fréquence considérable des avortements.

En France, d'après Guillemeauet Devilliers, il y aurait î avortement sur [\ ou 5 grossesses. Pour Doléris, qui a compulsé plus de ioo.ooo observations recueillies dans les registres des maternités parisiennes au cours de ces dernières années, il se produirait de 3 à io avortements pour ioo grossesses : les chiffres les plus élevés se rencontrent dans les quartiers les plus populeux. A Paris, selon Georges Bertillon, on compterait i.ooo avortements pour 8 à 9.000 naissances et au total 00.000 avortements au moins chaque ann

En Allemagne, le chiffre des avortements semble être aussi élevé qu'en France. Il se produit, d'après Hegar, 1 avorlement sur 8 ou 10 naissances ; d'après Seilz, 1 sur 5 ou G. Pour ces auteurs, le nombre des avortements annuels en Allemagne serait de 200.000 à /joo.ooo,et pourtant les poursuites judiciaires pour manœuvres abortives sont beaucoup plus fréquentes dans ce pays que partout ailleurs.

En dehors des avortements provoqués qui sont très fréquents, les causes d'interruption- de grossesse sont nombreuses. Ce sont : la syphilis des parents en première ligne, la tuberculose, le cancer, les intoxications diverses et l'alcoolisme, les infections aiguës, les traumatismes accidentels ou chirurgicaux, le surmenage, etc. Ce sont encore les affections génitales maternelles (malformations et tumeurs utérines, annexites, etc.), les lésions de l'œuf (insertions vicieuses du placenta, hydramnios, gémellité, etc.).

20 Mortinatalité — La venue au monde d'enfants morts est

assez fréquente.

En 191 1, le nombre des mort-nés est de 33.84o ; en 191 2, il esl de34.3i2 ; eniQi3, de 3'i.ni). Si l'on rapporte ces nombres au total des naissances, on trouve une proportion moyenne de \ \ mortnés pour 10.000 nouveau-nés.

Pendant le premier semestre de 191/1, on a compté i |.i54 mortiaés et pendant la période correspondante de 1910, 10.364.

Les causes qui provoquent l'expulsion de mort-nés sont multiples.

Les Iraumatismes obstétricaux, une extraction artificielle à l'aide du forceps ou de la version, en cas de rétrécissement pelvien, peuvent provoquer une lésion mortelle : hémorragie méningée, compression du cerveau ou du bulbe, etc.

L'asphyxie du nouveau-né peut être la conséquence d'un état grave de la mère (éclampsie, cardiopathie, tuberculose avancée, etc.) ou d'une gêne de la circulation fœlo-placen taire (insertion vicieuse, compression du cordon, etc.).

Une anémie mortelle est parfois consécutive à une hémorragie abondante, due à une déchirure du placenta ou à la rupture du cordon.

L'infection est assez commune. Elle est d'origine sanguine ou d'origine amniotique.

L'infection par voie sanguine peut être réalisée par la plupart des germes qui rendent la mère malade : pneumocoque, streptocoque, bacille d'Eberth, etc. ; l'agent de la syphilis tient le premier rang.

L'infection d'origine amniotique est d'autant plus à craindre qu'un temps plus long s'est écoulé entre la rupture des membranes et la naissance. Lorsque les enfants ont séjourné dans un œuf putréfié, la mort s'observe dans un cinquième des cas (Demelin et Létienne).

Les malformations fœtales enfin, et en particulier les malformations cardiaques, sont souvent incompatibles avec l'existence.

3° Mortalité de la naissance à quinze ans. — Les enfants âgés de moins de quinze ans fournissent environ un quart de la mortalité totale ; en 1901, par exemple, sur 1.000 décès, 2^3 sont survenus pendant les quinze premières années de la vie.

D'autre part, un tiers environ des enfants meurent avant d'avoir atteint l'âge de quinze ans. Pour la période 1 896-1 900, sur i.goo enfants nés, on a compté :

Au cours de la ir-> année 160 décès,

— — .je — l3 —

De 5 à 10 ans 56 —

De 10 à i5 — 34 —

Total 355 —

Les enfanls paient donc un lourd tribut à la mort. La mortalité est d'autant plus faible que les enfants sont plus Agés, d'autant plus forte qu'ils sont plus jeunes ; elle atteint son maximum au cours de la première aimée.

Cette constatation ressort également des statistiques qui indiquent le nombre de décès par rapport aux sujets virants du même âge.

Pour la période 1 89 'i-i 898, par exemple, alors que la mortalité globale pour tous les âges était de 20,9 p. i-ooo, il est mort annuellement :

Pour 1.000 vivants du même âge.

Entre o et 1 ans 202,0 —

— 1 et 7| — 20,8 —

— 5 et 9 — i,6 —

— 10 et 1/4 — 3,i —

— i5 et 19 — ;">,2 —

4° Mortalité pendant la première année — C'est pendant la première année que la mortalité est de beaucoup la plus considérable. Nous allons envisager successivement le taux de cette mortalité et ses causes.

Taux de la mortalité. — Le taux de la mortalité, au cours de la première année, est représenté par les nombres suivants :

Nombre de décès Nombre de décès

Années. annuels de o à 1 an. Années annuels de o à 1 an.

1910 85.626 igi3 ..... 83.883 (1)

Si on ne tient pas compte de l'année 1911, pendant laquelle les chaleurs ont été exceptionnelles, on remarque que la mortalité a été en décroissance depuis 1890. Cette diminution de la mortalité ne dépend pas uniquement de l'abaissement de la natalité ; elle est réelle, ainsi qu'on peut le constater en établissant le pourcentage des décès par rapport aux enfants nés vivants.

Sur 1.000 enfants nés vivants, il en est mort avant un an :

De 1892 à 1895. . . . 258 En 1909 117

De 1896 à 1900. . . . 229 En 1910. ...... 110

De 190 1 à 190 J. . . . i64 lin 19 11 i.~>7

En 1906 1 i5 lin 191 2 lui

En 1907 129 Eu igi3 112

En 1908 129

1. Le nombre des décès pendant les années 191 4 et suivantes n'est pas encore connu.

MORTALITE 27

La mortalité est surtout élevée au cours du premier mois. Avant un mois survient plus du tiers des décès de la première année, comme le montre le tableau suivant :

Mortalité pendant Mortalité pendant

le premier mois le premier mois

pour 100 décès pour 100 décès

de o à i an. de o à i an.

1891 à 1895. . . . 35, 9g !9io 35,i7

Pendant le premier mois, en outre, la mortalité présente deux ■accentuations très nettes, la première et la troisième semaine de la vie (Waïïich) ».

La mortalité va en décroissant de la naissance jusqu'à rage d'un an.

Les chiffres recueillis par Maurel -, pour la période de 1S91 à 1900, sont très instructifs à cet égard. Cet auteur, prenant comme point de départ un groupe de 1.000 nouveau-nés, a établi, de la manière qui suit, le nombre de survivants et de décèdes après les premiers jours, puis après chaque mois de la première an-

née

Nombre des décès

Age. Survivants.

A la naissance 1.000

Après 4 jours 980,1

— ii - 961,2

— 2 mois ii3i g

1. Wallich, Mortalité infantile des quatre premières semaines, XVII0 Congrès intern. de médecine, Londres, 1 g 1 3. Section VIII, Obstétrique et gynécologie.

2. E. Maurel, Hygiène alimentaire du nourrisson. Paris, igo3.

pour Décédés.

1 000 journées vécues.

Les diverses statistiques démontrent que l;i mortalité est surtout forte au cours de la première année et principalement pendant le premier mois. C'est donc surtout pendant celte phase de la vie qu'est urgente la lutte contre la mortalité infantile.

Causes de la mortalité pendant la première année. — Les

causes de la mortalité pendant la première année sont multiples. Iialeslre etGiletta de Saint-Joseph ', dans une statistique établie pour Paris et les villes de plus de 3o.ooo habitants, portant sur les années 1892 a 1897, fournissent les données suivantes :

Sur i.OOO décès de zéro à un an :

384,70 sont causés par la diarrhée infantile

147,29 — les affections des voies respiratoires.

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