‹ Hygiène sociale de l'enfanceChapitre 93 sur 212 · TR A VA UX MA N UELS · texte numérisé non relu

TR A VA UX MA N UELS

inspecteur du Slojd, considère le travail de menuisier comme le plus favorable pour servir de base à l'éducation pratique générale, tant physique qu'intellectuelle, des garçons et des filles.

Le Slojd danois reconnaît deux positions fondamentales : celle du scieur et celle du raboteur ; elles ont été choisies parce qu'elles n'entravent aucune fonction de l'organisme, favorisent la respiration et la circulation du sang. Pour éviter un développement asymétrique du corps, tous les travaux qui le permettent sont exécutés alternativement des deux côtés. L'enfant scie, par exemple, alternativement des deux mains ; il rabote en ayant alternativement la main et le pied droits, puis la main et le pied gauches en avant. Les travaux exécutés développent également le sens esthétique des élèves, car on leur apprend à évaluer les proportions des objets et à apprécier leurs formes.

Aux. Etats-Unis, les travaux manuels occupent également une place prépondérante dans l'enseignement. Ils sont précédés d'une discussion approfondie de la fonction et du rôle de l'objet à construire. Des données fournies par cet échange de vues, les élèves déduisent sa forme logiquement et mathématiquement.

En France, les travaux manuels pour les garçons sont beaucoup moins répandus, bien que l'article i*r de la loi du 28 mars 1882 ait inscrit, au nombre des matières obligatoires de l'enseignement primaire, les éléments des sciences naturelles, physiques et mathématiques, leurs applications à l'agriculture, à l'hygiène, aux arts industriels, les travaux manuels et l'usage des outils des principaux métiers.

Sous la direction de Jully et Rocheron les travaux manuels ont été organisés dans les écoles primaires de Paris et ces deux auteurs ont publié un ouvrage destiné à guider les maîtres. Ailleurs, quelques cours gratuits de travaux manuels ont été créés dans les grands centres industriels par les municipalités ou par l'initiative privée, mais la plupart de ces cours sont facultatifs et ne sont suivis que par une minorité d'enfants.

L'organisation des travaux manuels, d'ailleurs, n'est pas toujours facile. Dans les campagnes on peut aisément enseigner le jardinage. Dans les villes on se heurte à de grandes difficultés. « Il y a tout d'abord, dit Turin, une organisation très coûteuse à créer. Il faut, pour faire du travail manuel, des outils et des matières premières. Chaque enfant devra avoir son étau ou son établi ; ce n'est pas tout encore, il faut un local vaste, bien aéré, bien éclairé, chauffé en hiver ; tout cela coûte fort cher. Une autre difficulté d'ordre plutôt moral surgit encore : les seuls travaux qu'on puisse exécutera l'école

primaire concernent le fer ou le bois. Ce sciait presque engager tous les enfants vers les métiers de mécanicien ou de menuisier, créer au point de vue social, un encombrement dans ces professions que d'obliger tous les enfants à suivre ces cours. »

Le travail manuel est beaucoup plus simple à organiser dans les écoles de filles, car il comporte avant tout la pratique de la couture

Fig. Gy. — Atelier des travaux manuels du lycée Lakanal.

à laquelle les programmes officiels réservent une large place. On 3 enseigne les éléments de couture usuelle, le tricot, le crochet, le filet, etc. ; la confection en étoffe de petits objets de layette, de chemises, jupons, taies d'oreiller, tabliers, brassières, béguins, etc. ; le raccommodage des vêlements. On y donne des leçons de coupe ainsi que des notions d'économie domestique avec leur application à la cuisine, au blanchissage, à l'entretien du linge, à la toilette, aux soins du ménage, du jardin, de la basse-cour. Mais, malgré leur intérêt, il faut remarquer que ces travaux ne constituent pas des exercices physiques et ne sauraient les remplacer.

Pourles tout petits, les travaux manuels sont également profitables ; mais au lieu de fer et de bois, on se servira de papier et de carton. Les manipulations consisteront à fabriquer des bateaux, des boîtes,

des guirlandes et divers menus objets par découpage et assemblage.

Dans les lycées et collèges, l'organisation de travaux manuels a été réclamée par Liard et Mathieu ; ils ont demandé pour eux une place dans les programmes de l'enseignement secondaire. « Je voudrais, dit également Weiss, que tout lycée eût, suivant ses ressources, un atelier mis à la disposition des élèves et leur permettant de travailler le bois, les métaux, le verte et les autres matières. »

A Paris, les travaux manuels sont enseignés au lycée Rollin, aux lycées Lakanal et Michelet (fig. 6g). En province le lycée d'Angoulème possède un bel atelier scolaire annexé à la salle des exercices pratiques de physique. D'autre part, dans les collèges de plein air (collège de Normandie, école des Roches), les travaux manuels font partie de l'enseignement et des ateliers de forgerons, de menuisiers,, etc., ont été installés en vue de l'instruction des élèves.

Les exercices précédemment étudiés contribuent à des titres diversau développement physique de l'organisme ; au point de vue intellectuel ils ont chacun leur raison d'être : la gymnastique favorise la discipline ; les jeux, l'initiative; les sports, la solidarité ; les travaux manuels, l'adresse et le goût.

Il convient donc de préciser la part qui doit être réservée à chacun d'eux dans les établissements scolaires.

La répartition des exercices physiques varie naturellement suivant l'âge des élèves.

i° A l'école maternelle, l'éducation physique doit déjà commencer. Quelques mouvements de gymnastique éducative et les travaux manuels très simples que nous avons énumérés peuvent être enseignés ; mais il n'est pas d'exercice qui convienne mieux au petit enfant que le jeu, surtout lorsqu'il est pratiqué en plein air.

Les jardins d'enfants, qui mettent en pratique le système éducatif de Frœbel et de Montessori, consacrent une place importante aux exercices physiques. Ils devraient être plus connus en France et plus répandus.

Le jardin d'enfant est un milieu favorable au développement et à l'amusement des petits ; mais il réalise avant tout une méthode d'éducation de l'enfant basée sur l'étude de la physiologie et de la psychologie.

Frœbel a appliqué les idées de J.-J. Rousseau sur la nécessité de

laisser auv enfants leur liberté de mouvements et de les élever l'ace à face avec la nature ; il a imaginé une série d'occupations enfantines attrayantes et utiles, qui excluent la fatigue par la mesure exacte de l'effort demandé et la satiété parla variété.

L'exposé des méthodes frœbéliennes sort du cadre de ce livre L

Fû

Jardin d'enfants de V Union familiale de Cltaronne à Paris. Les travaux manuels

Nous nous contenterons de signaler qu'elles orientent L'esprit de l'enfant dès le plus jeune âge vers la réalisation, but essentiel de la vie, en créant par des exercices harmonieux une joie saine, grand moteur de l'activité enfantine. Ses moyens d'action sont avant tout l'image, le chant, le jeu.

Les jeux sont variés :jeu\ gymnasliques pour développer le - lème musculaire et l'appareil respiratoire ; jeux de construction pour développer l'intelligence et l'ingéniosité ; danses, etc. Les en-

i. Ces méthodes sont développées dans une -ér\r de volumes el d'articles. Signalons, entre autres: l"i i i\ Imiin. Mon filleul au jardin d'enfants. Comment il s'instruit : Mil Braxdt, Manuel du jardin d'enfants : Paul Burbau, Les Jardina d'enfants, Revue hebdomadaire, n<* 20, 18 mai 191a ; M"e Fakta, Les Jardins d'enfants, Conférence à la Croix-Blanche. Vie heureuse, (91a; Maurice VVolff, Les Jardins d'enfants, L'Enfance, avril 1 g 1 3, n" a ; Maria M - - . : gogie scientifique. La Maison des enfants. Traduction française, Paris, 1916.

fants exécutent également des travaux manuels et de petits exercices de jardinage (fig. 70 et fig. 71).

Lne des particularités du Jardin d'enfants, devenue le pivot de la

Fig. 71. — Jardin d'enfants de l'Union familiale de Charom Le jardin.

méthode, est la formule féconde de Y Objet de concentration. Il consiste en une idée directrice qui inspire durant un laps de temps variable — quinze jours, trois semaines, un mois — le choix de la plupart des images, des causeries, des dessins, des chansons, des histoires, des jeux et des occupations manuelles. Cette concentration de l'attention, de l'intérêt, de l'activité de l'enfant se fait alternativement autour d'un animal, d'une plante, d'un objet, d'un élément quelconque de la vie domestique ou sociale, choisi à proximité de l'enfant et qu'il peut observer lui-même avec une sympathique curiosité.

L'exemple suivant montre le parti qu'on peut tirer de l'objet de concentration au point de vue de la pratique des exercices physiques dès le jeune âge.

Développement d'un objet de concentration emprunté aux plantes.

Le blé.

Visite d'un champ de blé.

Transport des grains de blé.

Dessin d'un grain de blé, d'un moulin, etc.

Modelage en terre glaise d'un grain de blé.

Fabrication de la colle : écrasement des grains, délayage dans l'eau, cuisson.

Préparation d'une tarte, avec farine, lait, fruits.

Danses, rondes, citants tournant autour du blé.

Jeux gymnastiques reproduisant étapes de semailles, culture, récolte du blé.

Travaux manuels : à l'aide de cubes, de briquettes, de bâtonnet?, de jetons, de perles, confection de la faux du moissonneur, du moulin, du meunier, de son âne, etc.

La méthode des jardins d'enfants a pris une grande extension en Suisse, en Allemagne, en Italie, aux Etats-Unis, en Angleterre, etc.

Jardin d'enfants de l'Union familiale de Charomu Le lavabo.

En France, elle séduit de plus en plus les éducateurs et tend à se développer. La première application française a été réalisée à Paris, en 1902, par FUnion familiale de la rue de Charonne, dans le

XIe arrondissement (fig. 72). Il est désirable que des jardins d'enfants soient annexés aux maisons et aux cités ouvrières au même titre que des consultations de nourrissons. C'est d'ailleurs ce qui a été réalisé à la fondation Rothschild à Paris, de même qu'à la Maternelle Montessori et à la Casa dei Bambinih Rome et à Milan.

20 A l'école primaire le développement physique des enfants sera favorisé par la pratique régulière de la gymnastique et des jeux, auxquels on associera, toutes les fois qu'il est possible, les travaux manuels.

A mesure que l'enfant avance en âge, il devient de plus en plus apte à comprendre l'utilité des exercices phvsiques et il s'y intéresse davantage. Lorsqu'il quitte l'école pour le bureau, le magasin, l'atelier ou l'usine, on doit obtenir de lui qu'il continue son éducation physique en s'adressant aux œuvres post scolaires qui deviennent chaque jour plus nombreuses, à juste raison, car elles jouent un rôle capital, dans la préparation militaire.

3U Dans les lycées et les collèges les exercices de gymnastique doivent être obligatoires pour tous les élèves ; les sorties du jeudi et du dimanche doivent être largement consacrées à la pratique des jeux et des sports ; quant aux travaux manuels, ils devront être organisés plus sérieusement qu'ils ne le sont à l'heure actuelle.

Le programme minimum réclamé par Méry pour la culture physique dans l'enseignement secondaire est résumé dans le tableau suivant :

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