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PHYSIQUE

L'étude que nous venons de faire des jeux, des sports, de la gymnastique, des travaux manuels légitime, par elle-même, l'intervention du médecin scolaire. Il doit examiner les enfants, apprécier leur valeur physique, juger quels exercices leurs sont utiles ou nui sibles.

Pour les séances de gymnastique, les enfants ne doivent pas être groupés par classe, c'est-à-dire d'après leur âge chronologique, mais bien suivant leur âge physiologique , établi d'après les données

ROLE DU MEDECIN SCOLAIRE DAXS L'EDUCATIOS PHYSIQUE 30a

que nous avons établies dans un autre chapitre et indiqué sur la fiche scolaire.

D'autre part, les divers exercices ne conviennent pas également à tous les enfants ; pour un assez grand nombre d'entre eux. par exemple, les jeux violents et les sports ne sont pas sans inconvénients.

Il appartient au médecin d'indiquer pour chaque élève la série d'exercices qu'il peut exécuter et ceux dont il doit être exempté.

SOMMAIRE. — Rôle de l'hygiène intellectuelle; collaboration des maîtres et des médecins.

I. Hygiène de l'enseignement. — Travail intellectuel et fatigue. — i° Fatigue. — A. Principaux facteurs : phénomènes physiologiques provoqués par le travail cérébral; influence de l'attention; apparition rapide de la fatigue chez- les enfants. - — B. Appréciation de la fatigue : a. Méthodes physiologiques (ergographe, esthésiomèlre) ; b. Méthodes pédagogiques (méthode des dictées, des calculs, etc.); c. Méthodes cliniques, inattention. — C. Réparation de la fatigue. — 2° Horaires :

A. Durée des classes. — B. Nombre des classes. — C. Récréations, études, éducation physique. — D. Nombre d'heures de travail intellectuel.— E. Congés, vacances. — 3° Surmenage intellectuel : Surmenage et malmenage ; surmenage et fatique. — A. Causes du surmenage. —

B. Effets du surmenage. — C. Prédispositions individuelles.

IL Les malvais écoliers. — Aptitudes individuelles. Paresse. Inattention. Indiscipline. Inaptitude au travail intellectuel. — Causes. 1° Retard dans le développement physique : influence de la misère. 2° Troubles des glandes endocrines. 3° Maladies du système nerveux. 4° Végétations adénoïdes. 5° Maladies diverses. 6° Troubles des organes des sens. 7° Etats constitutionnels. Types morphologiques.

L'hygiène physique a pour but d'assurer une croissance régulière et une bonne santé. L'hygiène intellectuelle envisage L'éducation intellectuelle dans ses rapports avec la constitution physique des enfants. Son rôle est donc très étendu et ne saurait tenir dans une formule étroite.

Plusieurs sujets rentrent dans ses attributions.

i° Elle montre à l'éducateur l'influence des transformations incessantes de l'organisme pendant la croissance sur l'évolution psychique et morale des enfants ;

2° Elle étudie l'influence du travail intellectuel sur la santé et sur la croissance ; elle précise les conditions qu'il doit réaliser pour ne pas leur nuire ;

3° Elle s'occupe des enfants inaptes au travail intellectuel qu'accomplissent leurs camarades du même âge, des arriérés scolaires, des anormaux psychiques, qui tous demandent une éducation spéciale.

Ainsi comprise, l'hygiène intellectuelle exige la collaboration intime des maîtres et des médecins. Les premiers établissent les programmes, fixent les méthodes d'instruction, les mettent en pratique. Les seconds jugent si les programmes ne sont pas dangereux pour la santé des enfants, surveillent ces derniers pour apprécier s'ils supportent sans inconvénients le travail intellectuel et la vie scolaire, examinent les élèves qui présentent quelques symptômes anormaux ; ils doivent être les conseillers des éducateurs sans pour cela empiéter sur le domaine qui leur est légitimement réservé.

Il conviendrait, en outre, que le médecin fût chargé d'enseigner aux futurs maîtres, dans ses grandes lignes, la physiologie de l'enfant ; ceux-ci acquerraient ainsi des connaissances utiles à leurs fonctions.

Nous étudierons :

I. Les conditions que doit réaliser l'enseignement au point de vue de l'hygiène : l'hygiène de l'enseignement.

II. Les enfants inaptes au travail intellectuel qui sont de mauvais écoliers. Nous aborderons seulement dans le chapitre suivant l'étude des anormaux psychiques proprement dits.

Un enseignement conforme à l'hygiène ne doit pas provoquer de fatigue ou, tout au moins, ne doit entraîner qu'une fatigue de courte durée, facilement réparable. « Une des préoccupations capitales de l'hygiène intellectuelle à l'école, écrit Gallois l, doit être de conserver à l'enfant ce que l'on pourrait appeler son allégresse au travail. Pour cela, il faut éviter la fatigue dans le travail. »

i° Fatigue- — A. Principaux facteurs de la fatigue. — Des éléments multiples concourent à déterminer la fatigue causée par le travail intellectuel. Ce sont les phénomènes physiologiques provoqués par le travail cérébral, par l'attention, par l'immobilité.

Les expériences de Mosso, de Fr. Franck, de Ch. Richet, de Gley, ont montré que, pendant le travail intellectuel, le cerveau augmente de volume et se congestionne par suite d'une vaso-dilatation

i. P. Gallois, L'hygiène intellectuelle, morale et physique des écoliers, Les œuvres périscolaires, Paris, iqiû.

active réflexe ; les carotides se dilatent etprésentent des pulsations plus amples ; le pouls radial devient plus petit et la pression artérielle augmente.

Binet et Henri ont établi qu'un travail énergique et court entraîne une vaso-constriclion périphérique avec accélération du cœur et de la respiration, alors qu'un travail prolongé, associé à l'immobilité, abou- *tit au ralentissement du cœur.

Speck a constaté que le travail cérébral détermine une plus forte absorption d'oxygène et un dégagement plus marqué d'acide carbonique, augmente le volume des urines et leur teneur en phosphore.

L'attention associe ses effets à ceux que nous venons de relater. Elle nécessite la participation de toutes les forces nerveuses et musculaires pour obtenir l'immobilité favorable à l'activité psychique. Celte immobilité ne tarde pas à provoquer la fatigue ; d'autre part, elle entrave le libre jeu de la respiration et de la circulation.

Ajoutons les conséquences fâcheuses de Yimrnobilitè dans la position assise, l'usage d'un mobilier scolaire souvent mal approprié à la taille de l'enfant, Y aération insuffisante des classes, etc.

Rien d'étonnant donc à ce que le travail intellectuel entraîne plus ou moins vite l'apparition de la fatigue. Elle se manifestera plus rapidement chez les enfants que chez les adultes.

Au point de vue physiologique, comme au point de vue psychologique, la caractéristique des enfants est la facilité avec laquelle ils passent du repos au mouvement, l'intensité et la vivacité de leurs réactions, la rapidité de l'épuisement et de»l' inhibition; l'impossibilité de soutenir l'effort. Nous avons indiqué celle modalité à propos de l'éducation physique. Elle se retrouve quand on analyse les facultés intellectuelles. L'intelligence du jeune enfant présente avant tout, suivant l'expression de A. Binet, de la faiblesse de direction : il « est étourdi et inconstant ; il oublie volontiers ce qu'il est en train de faire ou se dégoûte de ce qu'il fait, ou se laisse emporter par une fantaisie, un caprice, une idée qui passe » .

Ces caractères s'atténuent avec l'âge; l'enfant devient de plus en plus réfléchi et résistant. Après iCans, un effort pi us prolongé, une attention plus soutenue deviennent possibles.

B. Appréciation de la fatigue. — La mesure de la fatigue provoquée par le travail intellectuel a été l'objet de nombreuses recherches. Les méthodes utilisées peuvent être classées en trois groupes : a. les méthodes physiologiques ; b. les méthodes pédagogiques ; c les méthodes cliniques.

a. Méthodes physiologiques. — Les méthodes physiologiques fournissent des résultats assez imprécis.

HYGIÈNE DE L'EXSEIGXEMEXT

Fig. 73. — Tracé de la fatigue musculaire recueilli avec l'ergographe de Mosso.

L'ergographe, employé par Mosso, enregistre les contractions des muscles fléchisseurs des doigts ; celles-ci diminuent d'amplitude à mesure que la fatigue cérébrale augmente (fig. 73). Cet instrument n'est guère utilisable chez l'enfant.

L' eslhésiomètre a permis à Griessbach de constater que la sensibilité tactile est affaiblie par la fatigue intellectuelle.

L'esthésiomètre est un compas dont les deux pointes permettent d'établir le seuil de la sensibilité, c'est-à-dire l'écart minimum nécessaire pour que le sujet éprouve deux sensations distinctes.

L'écart augmente avec la fatigue cérébrale, par suite du défaut d'attention.

Les zones cutanées d'élection pour ces recherches sont le front, le bout du nez,

la lèvre inférieure, les pommettes, les pulpes du pouce et de l'index.

b. Méthodes pédagogiques. — Les méthodes pédagogiques, d'application plusfacile, comprennent : la méthode des dictées, de Sikorsky ; la méthode des calculs, de Burgerstein ; les méthodes de la mémoire des chiffres (Elbinghaus), d'un morceau de prose ou de vers (Binet), etc.

Toutes ces méthodes consistent à relever le nombre de fautes commises par l'élève dans une dictée, dans des additions et des multiplications, dans la transcription d'une série de chiffres venant d'être énoncés, dans la récitation d'un morceau convenablement choisi, appris dans un laps de temps déterminé.

Le nombre des fautes augmente avec la durée du travail intellectuel ; il est plus élevé l'après-midi que le matin ; néanmoins, à côté •de la fatigue, bien d'autres facteurs entrent en ligne de compte. Les résullals varient avec l'élève, avec la matière enseignée, avec le maître lui-même, de telle sorte qu'en définitive, ces méthodes ne permettent pas d'aboutir à des conclusions précises.

c. Méthodes cliniques. Inattention. — En réalité, l'appréciation de la fatigue est du ressort des maîtres et relève de la simple observation des enfants. Elle consiste dans la constatation des symptômes qui traduisent l'inattention : l'enfant commence à remuer, l'immobilité lui pèse ; il change de position à chaque instant ; son regard devient distrait ; il répond mal aux questions, il n'est plus à ce qu'il fait et les fautes s'accumulent. « En classe, la grande préoccupation

du professeur doit être de s'assurer que les élèves sont attentifs. Si l'attention faiblit, il doit en conclure que la fatigue est atteinte et il doit s'efforcer de varier les exercices. » (Gallois.)

Il est difficile de déterminer des moyennes relatives à l'apparition delà fatigue et de l'inattention. Les valeurs données sont forcément approximatives. On peut cependant admettre, avec Chadwick, que le temps maximum pendant lequel l'attention peut être fixée sans fatigue est. :

à 6 ans de iô minutes.

de 7 à 12 — — 20 à 25 —

— n à iG — — 3o —

D'autre part, Godin a remarqué qu'au bout de 35 à 45 minutes la station assise entraîne une fatigue qui se manifeste par des déplacements fréquents des membres et du tronc, par la prise de la position de repos, par 1 inattention.

C. Réparation de la fatigue. — Pour réparer la fatigue, il faut suspendre le travail cérébral et laisser l'enfant se livrer à des exercices actifs. Ceux-ci entraînent la délente cérébrale, nécessitent des contractions musculaires, stimulent le système nerveux, augmentent l'amplitude et le nombre des mouvements respiratoires, accélèrent les circulations périphériques et diminuent le travail du cœur. Ce sont là toutes conditions favorables à la santéet au retour du cerveau à l'état physiologique.

2° Horaires. — Les faits que nous venons de passer en revue doivent servir de guide pour l'établissement des horaires.

A. Durée des classes. — Les classes ne doivent pas avoir une durée trop longue. En principe, on peut adopter la répartition suivante, fixée par Chabot 1 et parChaillou -.

Enfants de 5 à 7 ans. . leçons très courtes.

— — 7 » 10 — . — de i5 à 3o minutes.

1 — — 45 » 5o — S — — 1 h. i/4 à 1 h. 1/2, pour cerf taines matières enseignées dans les classessupérieures.

— — plus de i4 —

Les classes de deux heures consécutives, habituelles autrefois

1. Chabot, Le travail scolaire considéré au point de vue de la durée des classes, la répartition des enseignements, la saison de l'année, Rapport au //e Congres il1 Hygiène scolaire, Londres, 1907, t. 1.

2. Chaillou, Etablissement d'un horaire normal [«ourles enfants des différents. àges scolaires, llh Congrès d'Hygiène scolaire, Paris, 1910, t. I, p. 465.

dans les lycées, sont aujourd'hui abandonnées. Cependantbeaucoup de maîtres signalent un rendement inférieur avec des classes trop courtes, et certains auteurs, M. de Fleury ', Dufestel-, etc , estiment qu'il n'est pas bon de trop couper les classes, surtout pour les grands élèves ; au lieu de diminuer la fatigue intellectuelle, on l'augmenterait souvent de cette manière.

Il importe, en tout cas, de tenir compte de la fatigue entraînée par la station assise prolongée. D'après Godin, il faut, chaque demiheure, faire varier la position pendant quelques minutes.

B. Nombre des classes. — En se basant sur les chiffres précédents, qui indiquent la durée des classes, on fixera leur nombre de la façon suivante.

Avant lUans, on instituera, matin et soir. 2 classes consécutives, séparées par un repos de i5 minutes, de façon à permettre aux élèves une détente cérébrale et le fonctionnement des muscles et des poumons.

Apre* lUans, on instituera 3 classes le matin et 2 classes l'aprèsmidi.

Les classes du matin seront réservées aux matières les plus difficiles ; l'enfant, après le repos de la nuit, est, en effet, plus apte à fixer son attentiond'une façon soutenue.

Dans certains pays, toutes les classes se font le matin. Il semble que cette pratique ait une heureuse influence sur la morbidité. Schmid Monnard1, de Halle, a noté, pour les élèves de 9 à 12 ans, que la morbidité atteint :

Sans classe Avec classe

dans l'après-midi.

Garçons i3 à 20 0/0 26 à' 37 0/0

Filles 21 à io 0/0 3o à 4ô 0/0

C. Récréations . Etudes. Education physique. — Après les classes du matin et de l'après-midi, de longues récréations de A5 minutes doivent être accordées et consacrées à des jeux actifs. Les élèves entreront ensuite à Yétude, pour 1 heure ou 1 h. 1 2, avant de prendre leur repas, ou bien on leur donnera leur leçon d'éducation physique.

Au sortir de table, pendant la période de digestion, il est indispensable d'éviter tout travail intellectuel. Après le repas de midi, en particulier, les enfants auront une longue récréation, au cours de la-

1. Maurice de Fleury, Nos enfants au collège, Paris, iooS, p. iSj.

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