ORIGINE DU CORSET
Le corset moderne, tel que les femmes le portent aujourd’hui, était complètement inconnu aux grandes nations de l'antiquité, les Grecs et les Romains, à qui nous sommes redevables de notre civilisation. Cependant, les historiens de ces époques nous apprennent
que diverses ceintures étaient alors en usage, parmi les femmes, comme moyen de rehausser leurs charmes.
Homère disait que Vénus, parée de sa ceinture, était plus charmante, et que Junon la lui emprunta pour subjuguer le maître des Dieux.
Julius Pollux, qui s’est beaucoup occupé de la toilette des dames de l’antiquité, raconte que les femmes grecques et romaines possédaient quatre sortes de ceintures :
1° Le stéthoclesmon, qui s’appliquait à nu sur la poitrine et servait de soutien aux organes mammaires ;
2° Le strophion, riche ceinture, garnie d’or et de pierreries, servant à presser légèrement la taille et à modérer le développement des seins; Aristophane en fait un pompeux éloge;
3° Le zona s’appliquait sur le ventre, pour le comprimer ou le maintenir ;
4° L ' anamaskalis , espèce de bande très-large, qu’on enroulait autour de la poitrine. Les femmes affligées d’un excès de développement des seins, cherchaient à aplatir ces organes en serrant fortement X anamaskalis . — Les dames romaines désignaient •ces ceintures par les noms de fascia, castula, etc.
Quoique ces diverses ceintures n’aient aucun rapport avec le corset moderne, on s’aperçoit, néanmoins, que la coquetterie féminine courait à la re-
cherche des moyens d’arrondir la taille, de soutenir | la’gorge, de la dissimuler lorsqu’elle était trop volu-jl mineuse, d’aplatir un ventre proéminent; enfin, de j cacher les défauts et de faire ressortir les charmes.! Martial, Ovide, Catulle et Tibulle donnent aux fem-| mes des conseils pour la pose la plus gracieuse des 1 ceintures. Alexis d’Athènes, oncle du poète Ménan- J dre, nous initie aux secrets des courtisanes grecques, J pour déguiser les formes ou les développer selon les 1 exigences de la mode.
Déjà, au temps de Galien, sous Antonin et Marc- Aurèle, les femmes abusaient des bandelettes et de la I ceinture, ainsi que le prouve ce passage des écrits du célèbre médecin :
« La poitrine des enfants est souvent déformée par l’ignorance de la nourrice, qui applique mal les bandelettes. C’est particulièrement sur les jeunes filles que nous apercevons les pernicieux effets de la ceinture. Dans le but d’accroître la force des hanches, on serre violemment la base de la poitrine, et, comme la pression est toujours inégale, il en résulte des déviations, des gibbosités. Il arrive, parfois, que le dos est presque brisé, le tronc est entraîné de côté, une épaule se soulève tandis que l'autre s abaisse. »
Tacite rapporte que les bandelettes et ceintures, inconnues aux Gauloises, pénétrèrent dans leur pays avec la conquête des Romains. Les Gaulois, asservis, conservèrent le costume gallo-romain jusqu au temps
de Charlemagne. A cette époque seulement, le costume se modifia et prit une forme nationale.
Herbe, auteur d’un ouvrage sur les costumes français, nous apprend que, sous Charlemagne, la robe des femmes était si collante, que les seins et toutes les formes se dessinaient vigoureusement en relief. Ce costume, malgré les révolutions et les changements de dynastie, traversa une série de siècles sans éprouver de changements trop notables.
Sous Louis IX, la mode des robes collantes se trouvait encore tellement enracinée, qu’on cousait les corsages sur le corps même de la personne, pour qu’ils fussent plus étroits. Jusqu'ici, point de baleines, point de tige métallique. La reine Jeanne de Bourbon, femme de Charles Y, imagina une mantille descendant sur la taille, et garnie, sur le devant, d’un buse enfermé dans un galon d’or. Ce buse, très- résistant, s’appliquait sur la poitrine et la divisait en deux parties égales. Isabeau de Bavière et les dames de sa cour portèrent les premiers corsets ou corsages baleinés, pour soutenir leurs corps ruinés par les excès. Catherine de Médicis en étendit la mode en France, et toutes les dames emprisonnèrent leur poitrine dans un étui si rigide, qu’elles pouvaient à peine respirer. Ces corps baleinés, auxquels on faisait, de temps en temps, quelques modifications, restèrent, pendant près de quatre cents ans, comme pièce indispensable de l’habillement. Il fallut toutes les lu-
mières du dix-huitième siècle et la grande révolution de 1789, pour ouvrir les yeux aux femmes et leur faire abandonner leur cuirasse de baleine. Cédant à l’empire de la raison, elles comprirent les dangers de cette mode, et, se rapprochant du costume grec, elles s’offrirent dans toute l’élégance de leurs grâces naturelles.
Mais, hélas ! ce retour à la raison fut de courte durée. Vers 1810, un autre genre de corps baleiné, le corset moderne, comprima de nouveau le sein des femmes, et les hommes furent assez barbares pour trouver charmante une femme corsetée, raide et guindée. De ce moment, pour plaire aux hommes, toutes les dames acceptèrent le corset; et, qui pis est, se défièrent à qui se serrerait le plus, à qui se déformerait la poitrine, se suiciderait plus vite. Les modes n’ont généralement, en France, que quelques mois de durée ; la mode du corset a fait exception à la règle et subsiste, depuis un demi-siècle, avec une ténacité inouïe. Il en est résulté que la jeune fdle qui aurait grandi forte et belle, est restée faible, étiolée, sans grâces ni santé ; et, de cette enfant pétulante, qui promettait une mère vigoureuse, le corset a fait une créature débile, n’ayant pas de sein à donner à sa progéniture.