RÉGLEMENT
SCR LA MODESTIE QUE DOIVENT GARDER ÈS HABITS TOCS LES SUJETS UC KOI, TANT DE LA NOBLESSE, DU CLERGÉ, QUÈ DC PEUPLE, AVEC DÉFENSES AUX MARCHANDS DE VENDRE DRAP DE SOIE A CRÉDIT A QUELQUES PERSONNES QUE CE SOIENT.
« Charles, etc. Par les plaintes et doléances que nous ont faites nos Sujets ès États d'Orléans, nous avons connu que l’une des causes qui apportent l’appauvrissement de nos Peuples et Sujets, procède des dépenses superflues qui se font ès habits, tant d’hommes que de femmes, et de ce qu’ils se composent en telles superfluités à imiter l’un l’autre, qu’il s’en trouve peu qui veulent avoir égard à leurs états, qualités, facultés et pouvoirs, et se mesurer à la raison ; avec cela, grande partie de ceux qui portent lesdits habits les sur-achètent, d’autant qu’ils ne les payent comptant; et pour le payement d’iceux, sont après leurs biens saisis, qui leur apportent doubles frais, lesquelles superfluités et trop fréquens usages de draps de soie font davantage que, pour l’achat d’iceux, plusieurs grandes sommes de deniers se transportent hors notre Royaume, et y apportent des simultes et inimitiés et envies entre nosdits Sujets, qui nous ont, esdits États, fait humblement supplier et requérir vouloir réformer tels luxes, démesurées et déréglées volontés, et sur ce, pourvoir, ainsi qu’il est plus
que requis, pour le bien, repos et soulagement du Public.
«Savoir faisons, que nous désirant ôter à nos Sujets l’occasion desdites dépenses superflues ; et après avoir mis la chose en délibération de la Reine notre trèshonorée More et Dame, de notre très-cher et trèsamé Oncle le Roi de Navarre, des Princes de notre Sang, et autres grands et notables personnages de notre Conseil privé, et que le tout a été par eux bien et mûrement consulté, digéré, avons, par leur avis, dit, déclaré et ordonné, etc.
« Que tous gens d’Église se vêtiront dorénavant d’habits modestes, décens et convenans à leur profession, sans qu’ils puissent porter aucun drap de soie, soit en robes, fayes, pourpoints et chausses, ni lesdiles chausses aucunement découpées; et si porteront les fayes longs.
« Les Cardinaux porteront toutes soies, et toutefois discrètement, et sans aucune superfluité ni enrichissement.
« Les Archevêques et Évêques, en robes de taffetas et de damas pour le plus, et velours et satin plein en pourpoints et soutanes.
«Tous nos Sujets, de quelque état, dignité et qualité qu’ils soient, sans exception de personne, fors de nos très-chers et très-amés Frères, Sœurs et Tantes, notre très-cher et très-amé Oncle le Roi de Navarre, les Princes et Princesses, et ceux qui portent titre de
Ducs, ne pourront dorénavant se vêtir et habiller d’aucun drap, toile d’or et d’argent, user de pourfilures. broderies, passemens, franges, tortils, cannetilles, recamures, velours ou soies barrées d’or et d’argent, soit en robes, fales, pourpoints, chausses ou autres habillemens, en quelque sorte ou manière que ce soit; ce que nous leur avons inhibé et défendu, inhibons et défendons, et ce, sur peine de mille écus •d’amende, applicable moitié à nous, et l’autre aux pauvres du lieu.
«Défendons en outreànosdits Sujets, soit hommes, femmes ou leurs enfans, d’user ès habillemens qu’ils porteront, soit qu ils soient de soie ou non, d’aucunes bandes de broderies, piqûres ou emboutissemens de soie, passemens, etc. , dont leurs habillemens, ou partie d iceux, puissent être couverts ou enrichis, si ce n’est seulement un bord de velours ou de soie, de la argeur d’un doigt, ou, pour le plus, deux bords, chenettes ou arrière-point au bout de leurs habillemens, 3t ce, sur peine de deux cents livres parisis d’amende oour chacune fois, applicable moitié aux pauvres, et autre au dénonciateur, sans aucune rémission.
« Permettons aux Dames et Damoiselles de maison qui résident aux champs et hors de nos villes, s'habiller de robes et cottes de draps de soie de toutes -ouleurs, selon leur état et qualité, pourvu toutefois flue ce soit sans aucun enrichissement.
«Et quant à celles qui sont à la suite de notredite
Sœur et de Princesses et Dames, elles pourront porter les habiîlemens qu’elles ont de présent, de quelquesoie ou façon qu’ils soient enrichis, et ce, jusques à un an prochainement venant, à commencer du premier jour de Juillet prochain, et lors seulement qu’elles seront à notre suite, et non ailleurs, et sans que, pendant ledit temps, leur soit loisible faire faire aucuns nouveaux habiîlemens d'autre sorte et façon que ceux que avons permis aux Dames et Damoiselles qui résident hors nos villes; ce que nous leur avons inhibé et défendu, inhibons et défendons sur les mêmes peines que dessus.
«Et ensemble, aux veuves, l’usage de toutes soies, hormis de sarge et camelot de soie, taffetas, damas, satin, velours plein. Quant à celles de maison, demeurant aux champs et hors nos villes, sans aucun enrichissement ni autre bord que celui qui sera mis pour arrêter la couture.
« Défendons en outre à tous Seigneurs, Gentilshommes, et autres personnes de quelque qualité qu’ils soient, de ne faire porter à leurs Pages aucuns draps de soie, broderies, bandes de velours, n’autres enrichissemens de soie, soit en pourpoints , chausses, sayes, manteaux, collets, n’autres habiîlemens, encore que ce fussent les nôtres , ceux de nosdits Frères et Sœurs, et des Princes, Princesses et Ducs.
« Et quant aux Présidens, Maîtres des Requêtes et Conseillers de nos Cours Souveraines et Grand Con-
seil, gens de nos Comptes, et tous autres Officiers et Ministres de notre Justice, et généralement tous autres nos Officiers, Sujets, habitans et résidans en •chaque ville de nos Royaume et pays de notre obéissance, ne pourront porter, esdites villes, soie en bonnets, souliers et fourreaux d’épées, ni semblablement aucuns kabillemens de soie, si ce n’est, quant aux hommes, pourpoints et sayes ; et les femmes et filles, devant de cottes, manchons et doublures de manches de leurs robes, et toutefois sans aucun enrichissement.
«Ne pourront aussi lesdites femmes porter dorures :i leurs têtes, de quelque sorte qu’elles soient, sinon a première année qu’elles seront mariées : et seront es chaînes, carcans et bracelets qu’ils porteront, sans iucun émail, et ce, sur peine de deux cents livres pa- •isis d’amende pour chacune fois, laquelle avons, dès à présent, donnée aux pauvres, et l’autre au lénonciateur, sans que nos Juges la puissent raolérer.
« Défendons aussi, sur pareille peine, aux Trésoriers le France, Généraux de nos Finances, nos Notaires, Secrétaires, Officiers comptables, et autres nos Officiers, quels qu’ils soient, l’usage de soie en robes, >onnets et souliers, excepté quant auxdits Trésoriers le France, Généraux de nos Finances, Notables et Secrétaires, ceux qui seront à notre suite tant seulenent, tous lesquels toutefois ne pourront user d’au-
ciins enrichissemens en leurs habits, selon que dess> est dit.
« Et pour le regard des Artisans, gens de rnc'tie Serviteurs et Laquais, avons défendu l’usage de tout soies, en quelques habits qu’ils puissent porter, môme en doublures de chausses, sur peine, qua auxdits Artisans et gens de métier, de cinquante 1 vres tournois d’amende, applicable aui pauvres; pour le regard de Serviteurs et Laquais, de prison confiscation d’habits. Enjoignons à tous Maîtres de permettre que leurs Serviteurs et Laquais contrevie nent, en quelque sorte que ce soit, à cette Ordoi nance, sur peine d’en répondre civilement.
« Défendons en outre à tous Tailleurs, Brodeur* Chaussetiers, tant en notre, suite que demeurant a villes ou ailleurs, de ne faire ou prendre à faire a cuns habillemens et autres choses ci-dessus défe dues, sur peine, là où ils seront trouvés contrevenii notre présente Ordonnance, d’être condamnés en somme de deux cents livres parisis d’amende, app cable comme dessus, pour la première fois, et po la seconde, d’une autre amende au double de la pr miere, et du fouet.
« Et considérant qu’il y a beaucoup de personr qui ont quantité d’habillemens couverts et enrichis soie en bords, passemens ou autres choses, lesqu leur demeureroient inutiles, leur avons permis permettons, que durant le temps et terme de tr
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ois prochainement venans, à commencer du jour et nte de la publication de ces présentes, ils les puisnt porter et user, pourvu que lesdits enrichissemens 3 soient d’or ou d’argent.
«Et d’autant que la facilité de prêter draps de soie •donné l’une des principales occasions d’entrer en 'lies superfluités d’habits, enjoignons à tous Juges 3 nier toute action aux Marchands, depuis la publiition de cesdites présentes, vendront draps de soie à édit à quelques personnes que ce soient ; et au cas je lesdits Marchands, leurs Facteurs ou Serviteurs, ront ci-après quelques ventes en fraude de cette Orinnance, déguiseront les cédules ou obligations faites jur vente de marchandise de draps desoie, les avons, *s à présent, cassées, et icelles déclarées nulles : déndant expressément à tous Juges recevoir lesdits archands à en faire aucune poursuite.
« Sont exceptés et réservés de cette notre présente rdonnance, les jours que ferons notre entrée en la lie de Reims, celui de notre Sacre, et celui de notre itrée que nous espérons faire en notre ville de Paris, quels trois jours seulement nous permettons l’usage s toutes sortes d’habits, sans qu’aucuns en puissent ire de nouveaux de la qualité ci-dessus prohibée, sur "ine de confiscation d’iceux; et aux Tailleurs qui les iront, la peine que dessus.
« Si donnons en mandement, par ces présentes, à os araés et féaux les gens tenans nos Cours, etc.
«Donné à Fontainebleau, le 22 avril 1561. Ains signé, Charles , et sur le replis, par le Roi, étant er son Conseil, Bourdin ; scellé de cire jaune sur double queue. »
Quatre Ordonnances ont été rendues par Charles IX sur le même objet.
Sous Henri III (1574), on abandonna le chapeai à plumes pour la toque en velours et à aigrette, qu donnait au visage un air efféminé. Le roi la portai enrichie de diamants ; les seigneurs la surchargeaien de galons d’or et de pierreries ; les bourgeois, de fourrures et de plumes ; le peuple, de galons de laine Des cornettes distinguaient et classaient les différent; états. — L’habillement masculin se composait di manteau court, de la soubre-vesle et d’un haut-dechausses qui ne descendait que jusqu'au genou, où f: s’arrêtait par une garniture de rubans. Les étoffes d( soie, de velours et de laine fine entraient dans leui fabrication et on les ornait de broderies ou de passemens dorés.
Le costume des femmes se composait d'un corps î baleines étranglé à la taille, avec de vastes manche; en gigot. Des coussins étaient appliqués posterieurement, ainsi que des cerceaux, pour amplifier la circonférence du bassin ; enfin, les grandes dames affichèrent un luxe ruineux, et ajoutèrent à leur toilette YÇcentoir en plumes de paon, pour s'éventer noncha-
amment et se donner des airs. Ce luxe effréné, qui, e la noblesse gagna la bourgeoisie, devint si désasreux pour les fortunes médiocres, que le roi Henri III ■ ublia de nouvelles ordonnances en confirmation de •elles de Charles IX.
Sous Henri III, la mode des parfums fit des progrès i rapides, qu'on les prodiguait partout ; on les réandait sur les vêtements, les cheveux, les gants, les haussures; dans les bagues, bracelets et colliers, où es interstices étaient ménagés pour les recevoir ; enn, on en mettait jusque dans les aliments et boissons, .'ambre surtout devint l’objet d’une préférence toute péciale qui dégénéra ensuite en passion. L’auteur de » galerie du xvie siècle rapporte, à ce sujet, « qu’il n’était pas un mariage où les nouveaux mariés, avant d’entrer dans la chambre nuptiale, n’eussent pris chacun un clystère d’ambre gris. »
Après la loi somptuaire, décrétée par Henri III, ui défendait aux grands de vêtir des étoffes d’or et 'argent, les riches seigneurs mirent leur vanité à onner à leurs laquais des livrées de soie relevées par 3 larges broderies.
Les dames, à qui le brocart était défendu, faisaient anir de Milan des robes, sans or ni argent, du prix □ cinq cents écus, et dont les ornements, tels que ourfileuses, passements, franches, tort ils, cane- Jles, arrière-points , etc., coûtaient encore cinq ■nts autres écus.
— tua —
SECTION II
Au temps de la ligue (1585), temps de si tris mémoire, malgré le fanatisme religieux qui ensar glantait le pays, le luxe des vêtements et des parun ne connut plus de bornes ; non-seulement les homm se couvraient d’habits magnifiques, enrichis de brr deries d’or et de diamants, mais ils mettaient la ph grande recherche, l’attention la plus scrupuleuse, dai leur toilette. Celte gloriole pour la mise fit dire Henri IV, lorsqu’on lui apporta la riche dépouille c duc de Joyeuse tué à la bataille de Coutras :
« Il ne convient qu’à des comédiens de tirer vani des riches habits qu’ils portent. »
Sous Henri IV (1589), le costume des hommes composait : — 1° d’un chapeau à larges bords, do un relevé et surmonté d’un grand panache : — 2° d’ui veste courte, à épaulettes gonflées, se terminant ai hanches ; — 3° d’un haut-de-chausses ou tricot < soie collant, servant de pantalon et descendant jusqi dans la chaussure : — 4° d’une trousse bouffante q s’attachait à la veste et recouvrait le pantalon jusqu mi-cuisses; — 5° d’un manteau court, à collet rei versé, en velours et doublé de satin blanc: — 6° < souliers à bouffetles ornés de perles ou de grains d’ et de touffes de rubans; — 7° enfin, d’une frai
énorme qui entourait le cou et montait jusqu’au menton.
La mise et la parure des femmes ne le cédaient en Tien à celles des hommes : leurs coiffures, ornées de plumes, ruisselaient de pierreries; les étoffes pour Tobes variaient entre le velours, le damas, le satin et le taffetas. La robe, à corsage découpé et tailladé sous les aisselles, dessinait parfaitement la taille ; les manches étaient bouillonnées jusqu’au poignet. Une fraise plate, fortement gommée, d’un pied de hauteur et quelquefois plus, s’élevait derrière le cou et la tête en forme d’éventail, et venait se terminera l’extrémité externe des clavicules, de manière à dégager la gorge quelle découvrait presque entièrement. Les seins se trouvaient soutenus par les demi-goussets élastiques d’un corset. La jupe, ample et longue, se terminait par une large broderie ou une passementerie. On portait aussi des robes à collets débordés qui tombaient sur le dos et sur le haut des bras, afin do laisser à découvert la poitrine et les épaules. Il y avait encore des fraises h grands goudrons , si largement découpées et fenêtrées, qu’on voyait très-facilement la peau à travers. De précieux colliers embrassaient, par plusieurs rangs, le cou des dames ; des ceintures de grand prix, des étuis, des ciseaux à branches d’or, des bourses de velours à passements dorés, le tout suspendu à la ceinture par une chaîne d’or; des éventails magnifiques, des bracelets, des bagues et autres
joyaux étaient le complément indispensable d'une jolie toilette.
C’est à ce temps que remonte l'étymologie du mot grisette, encore très-usité de nos jours, et voici comment : Deux classes de la société, les nobles et les riches bourgeoises ou marchandes, rivalisaient de luxe et de coquetterie. Les bourgeoises qualifiaient les nobles de dames à gorge nue, parce que celles-ci montraient leurs appas, et les nobles donnaient aux bourgeoises le surnom de grise lies, à cause de lai chaussure grise quelles avaient adoptée. Il résulta de cette rivalité des haines et de petites vengeances fort singulières.
Voici ce que dit Nicolas Montaud, écrivain de cette époque, des femmes de qualité :
« Elles font parade de leurs poitrines ouvertes, montrant sein, cœur, diaphragme et autres parties pectorales qui ont un continuel mouvement, que ces belles dames savent donner par compas et mesure, comme une horloge ou plutôt comme un soufflet de maréchal, lequel allume le feu du cœur des hommes.»
La mode du nu prit une telle extension, que le pape Innocent XI se vit contraint de lancer une bulle par laquelle il enjoignait à toute femme ou fille de se couvrir le sein, les épaules et les bras jusqu'au poignet, avec des étoffes non transparentes, sous peine d’excommunication.
Dès 1587, les femmes avaient abandonné le chape-
ron pour la coiffure en cheveux surmontée d’une plume. Il existait alors six sortes de coiffures ainsi nommées : — à boucles frisées , — à passe filions, — à oreillettes , — à escofons, et enfin la coiffure à l'espagnole. Cette dernière consistait en une riche toque espagnole brodée en or ou bordée de galons, que l’on plaçait sur le derrière de la tête. Les cheveux ^étaient frisés autour du front ; plusieurs tresses ornées de rubans et de pierreries descendaient sur les côtés du cou.
La chaussure se composait de souliers de couleurs, mais la plus distinguée comme la plus élégante était les mules de Venise.
Le luxe suivait toujours une marche ascendante ; on imita les Romains, qui se poudraient les cheveux avec de la poudre d’or. Les têtes étaient tantôt coiffées d’un large chapeau à panache et tantôt d’une toque enrichie de diamants ; des boucles d’or pendaient aux oreilles, et une infinité d’anneaux se pressaient sur les doigts. Il y avait des bagues et des bracelets creux que l’on remplissait de musc ou d’ambre ; de larges ■colliers d’or à plusieurs rangs descendaient sur la poitrine. Les vestes se faisaient remarquer par la magnificence des ornements. Enfin, les gants parfumés imi portés d’Italie devinrent un objet de toilette à la mode. Venise et Florence, ces deux métropoles du commerce de cette époque, fournissaient aux femmes les princii paux objets de toilette, et particulièrement les den-
telles. Gênes fournissait le velours le plus estimé, mai à un prix exorbitant. Tunis et Smyrne envoyaient de étoffes dont on ne pouvait se passer.
Henri IV, effrayé de voir les sommes considérable que la coquetterie française jetait à l’étranger, prohib les dentelles de Venise et de Florence ; cette prohibi tion stimula l’industrie nationale, et plusieurs ville se mirent aussitôt à fabriquer des dentelles , ente autres Alençon et Argenton ; la Picardie en fourn aussi de très-belles. Mais le mal n’était pas entière ment extirpé, et la fraude se faisait sur une grand échelle. Le sage Sully, s’apercevant que diverses or donnances royales restaient impuissantes devant 1 coquetterie féminine, avisa à un moyen fort adroit < qui lui réussit complètement. Voici le dernier para graphe de l’ordonnance royale qu’il rédigea : « ...D< « fense de ne porter ni or, ni perles, ni diamants, t « dentelles d’Italie sur les chapeaux et habits, excepi « cependant aux filles de joie et aux filous . auxque « nous ne prenons pas assez d'intérêt pour leur faii « l’honneur de donner attention à leur conduite... Dès le lendemain de la publication de cette ordoi nance, les hommes et les femmes de toutes les cond tions n’osèrent l’enfreindre, dans la crainte de pass pour malhonnêtes, et le luxe se trouva ainsi presqi subitement supprimé. Mais on va voir que la passû pour la toilette et les parures est innée chez la femm et que, si on y met un obstacle d'un côté, elle se n
produit d’un autre côté sous diverses formes. Ainsi, lia richesse extérieure n’étant plus permise, les dames S la mode concentrèrent leur luxe et leurs soins sur certaines régions du corps où il est défendu aux gens de la police de porter les regards. Ce luxe d’un nou- ■veau genre, qui consistait dans une toilette secrète au •moyen de parfums, de rubans, de faveurs, de nonpareilles, etc., donna lieu au proverbe : Obtenir les faveurs (l’une femme.
Sous Louis XIII (1610), le costume ne subit que peu de modifications. Le roi ayant conservé ses cheveux dans toute leur longueur depuis sa jeunesse, la mode des cheveux longs reprit jusqu’au moment où elle fut remplacée par celle des perruques. — Les fraises furent d’abord diminuées? puis entièrement supprimées, pour faire place à la croate, petite pièce de mousseline dont on s’entoura le cou, à l imitation des officiers d’un régiment de Croates qui se trouvait en France. Le pourpoint et le haut-de-chausses éprouvèrent quelques variations dans la coupe et l’ornement. — Quant à la chaussure, les goûts se partagèrent entre les souliers à bouflettes et les bottes molles à ouvertures évasées.
La mode des mouches commença sous Louis XIII et dura jusque sous la Régence. Ces mouches étaient de petits morceaux de taffetas noir gommé qu on appliquait sur le visage pour en faire ressortir la blancheur. Leurs endroits d’élection variaient selon le
goût des personnes : le plus ordinairement on les plaçait aux tempes, près des yeux et de la bouche, sur les joues et quelquefois au front. Une dame de bon ton ne pouvait sortir sans six à sept mouches ; les plus modestes se contentaient de quatre à cinq. La boîte à mouches était indispensable : on la portait toujours avec soi ; une glace se trouvait à l'intérieur du couvercle, afin de pouvoir, en cas d’accident, réparer la chute d’une mouche. Cette mode était renouvelée des Romains ; Pline-le-Jeune et Martial nous ont appris que les orateurs do leur époque usaient de mouches môme à la tribune.
Vers 1633, le luxe était arrivé à son comble; on n’accordait de considération qu’à la richesse des équipages et à la magnificence des habits ; l’opulence était la divinité à laquelle on sacrifiait. On voyait à la cour une toule de hauts et de bas seigneurs portant chapeaux ombragés de panaches, pourpoints et manteaux de velours doublés de satin, haut-de-chausses garnis de dentelles, et le tout relevé de rubans, de broderies, de passements d’or et d’argent. A leur côté, une superbe épée à poignée finement ciselée et quelquefois enrichie de diamants; leurs mains étaient défendues par des gantelets de daim ; la botte blanche garnie de velours cramoisi et de dentelles composait leur chaussure, et l’éperon doré sonnait à leur talon. Cet excès de luxe, qui avait amené la misère et ses désordres, provoqua, la môme année, une loi qui défendait à
tous sujets, les princes et les grands du royaume ex-- •ceptés, de porter sur leurs habits aucune pierrerie et passementerie d’or; et sur leurs chemises, collets, manchettes, coiffe et autre linge, aucune broderie d’or ou d’argent, passements, dentelles, points coupés, etc.
Ce fut aussi sous ce règne que reparut la mode des masques, dont l’origine remonte à Henri II. Les dames se cachaient le visage sous de petits masques, afin de n’être pas reconnues ; elles les portaient dans l es promenades publiques, aux bals, soirées, théâtres, 3t même jusqu’à l’église. Ces masques, fabriqués de velours noir, étaient garnis intérieurement de satin alanc ; ils se ployaient en deux comme un portefeuille; aucun lien ne les fixait, mais une petite tige d’argent, .erminée par un bouton, existait à l’intérieur et enrait dans la bouche; cette tige suffisait pour maintenir le masque et changer la voix de la personne qui e portait. A la faveur de ce masque, que d’intrigues A de scandales eurent lieu dans la classe aristocraique !
Sous Louis XIV (1654), la perruque devint une les pièces principales du costume; bn en citait qui -oûtaient jusqu’à mille écus. — L’habit, appelé justelu-corps, nedescendail qu'à mi-cuisse et se fermait, le haut en bas, par une rangée de boutons ou de ru- >ans que l’on nouait en rosettes. Les manches étaient ailladées et laissaient voir une paire de manchettes *n linge fin, ornées de broderies, de bouillons et de
dentelles. Une rosace en rubans cachait la cravate, et sur l'une des épaules se trouvait fixé un coquet nœud de ruban dont les deux bouts voltigeaient avec grâce. Un pantalon de tricot de soie dessinait parfaitement les contours de la jambe ; des souliers enrubanés, à talons rouges, des bottes molles, à embouchures évasées, garnies de velours et de dentelles, chaussaient magnifiquement et laissaient admirer le développement du mollet. Une riche écharpe nouée sur le côté gauche marquait la taille et soutenait l'épée. Enfin, un chapeau à hauts bords, garni de plumes flottantes, complétait ce superbe costume.
Le vêtement des femmes se composait d'une robe de dessous en satin moiré ou glacé, et d'une robe de dessus ouverte sur le devant. Les manches étaient bouffantes et ne couvraient que la naissance du bras ; le corsage, parfaitement bien pris à la taille, se terminait aux hanches et s’avançait un peu en pointe sur le ventre. La robe était entièrement garnie de dentelles et de franges de haut en bas. il y avait des robes qui se retroussaient sur les côtés et s'arrêtaient paç un nœud de rubans ou un bouquet de fleurs, afin de mieux faire ressortir la richesse de la jupe de dessous. La coiffure en cheveux l’emportait sur toutes les autres; elle était d’autant plus élégante, que l’art du coiffeur y épuisait toutes ses ressources. L’éventail devint un objet tout à fait nécessaire à la parure , une dame qui n'aurait pas eu son éventail en main était
regardée, malgré son luxe de vêlement, comme ayant une toilette incomplète.
Le costume des femmes, quoique très-riche, n’était pas d’aussi bon goût que celui des hommes; cependant il se faisait remarquer par la richesse des étoffes et la variété des couleurs. — Les coiffures éprouvèrent plusieurs variations; la plus étrange fut celle qu’improvisa la duchesse de Fontange. Dans une partie de chasse royale où elle assistait, un coup de vent ayant dérangé son bonnet, elle le rattacha avec les rubans qui lui servaient de jarretières, et dont les nœuds retombaient sur le front. Cette coiffure, qui plut au roi, fut aussitôt acceptée par toutes les dames de la cour, et devint générale sous le nom de coiffure à la Fontange. En peu de temps les fontanges acquirent de si vastes proportions, qu’elles devinrent aussi ridicules que l’avaient été autrefois les hennins. Figurez-vous une carcasse en fil de fer, de deux à trois pieds de hauteur, divisée en plusieurs étages, et sur laquelle on appliquait des bandes de mousseline, des rubans, des chenilles, des mèches de cheveux, des perles, des (leurs, des aigrettes, etc. Chaque pièce de cette immense coiffure avait son nom propre : on y remarquait le solitaire, le duc, la duchesse, le capucin, le chou, l’asperge, le chat, la souris, le tuyau d'orgue, le premier, le troisième et jusqu’au dixième ciel. Cette mode tomba quelque temps après la mort de celle qui l’avait donnée, et fut remplacée par une
mode opposée, c’est-à-dire par des co il fuies plates et très- basses. Voici, en quelques mots, ce qui amena celte réforme. Au commencement du dix-huitième siècle, deux nobles Anglaises, à coiffures très-basses, vinrent à Versailles pour assister au souper du roi. A peine entraient-elles dans la salle, qu'il s'éleva un murmure d’étonnement si considérable, que le roi en demanda la cause. On répondit à Sa Majesté en lui montrant les deux Anglaises. Louis XIV examina avec attention les deux étrangères, et dit aux dames présentes au souper : « Si les Françaises étaient rai sonnables, elles renonceraient, dès aujourd'hui, à leur coiffure ridicule pour adopter la coiffure anglaise. » Pour tout courtisan, les désirs, les caprices d’un roi sont des ordres auxquels on doit s'empresser d’obéir. Or, dans la soirée même, les fontanges furent démolies. Les duchesses et marquises de petite taille, que rapetissaient encore davantage les coiffures basses, adoptèrent aussitôt, pour se grandir, les patins , espèce de souliers à talons en bois de cinq à six pouces de hauteur. Le poète Chaulieu composa, à cette occasion, les vers suivants :
Paris cède à la mode et change ses parures,
Ce peuple imitateur et singe de la cour,
A commencé depuis un jour D’humilier enfin l’oi sueil de ses coiffures :
Mainte courte beauté s’en plaint, gronde et tempête, Et, pour sé rallonger, consultant les destins,
— ur> —
Apprend d'eux qu'on retrouve, en haussant ses patins,
La taille que l'on perd en abaissant sa tête.
Voilà le changement cxtri'me Qui met en mouvement nos femmes de Paris :
Pour la coiffure des maris,
Elle est toujours la mCme.
La fin du dix-septième et le commencement du i ix— huitième siècle virent aussi paraître les follettes, spèce de fichus, et les falbalas, ornement lourd jouté à la robe, h'èvenloir en plumes de paon fut ■emplacé par de magnifiques éventails, tels qu’on les abrique de nos jours.
Dévergondées sous la Régence, les modes, après voir fixé pendant quelque temps leur quartier généal dans la rue Quincampoix, se portèrent au Palais- Royal, où elles renouvelèrent, au gré des aimables oués de cette époque, le costume de nos premiers ►ères dans le Paradis terrestre.
Sous Louis XV (1721), le costume des deux sexes ut complètement changé ; les hommes se coiffèrent ’un petit chapeau plat h trois cornes; l’habit dit à la rançaise fut adopté. Cet habit, n’ayant aucun rap- ►ortavecl’ancien pourpoint etle juste-au-corps, olfrait eux larges basques descendant jusqu’aux jarrets, ans lesquelles se trouvaient deux poches à ouvertu- ■es galonnées ; les manches se terminaient par deux arges parements à retroussis. L'habit à la française, arni d’énormes boutons, était richement galonné ou «rodé sur les bords et coulures. Une veste magnifique,
espèce de long gilet, descendant à mi-cuisses, ne sc boutonnant qu’à la partie moyenne, laissait admirée librement un immense jabot qui s’étalait sur la poitrine. — La culotte collante se serrait au-dessous du genou par une boucle d’or ou d’acier. — Des bas d( soie, montant au-dessus du genou, s'arrêtaient avec des jarretières. — Des souliers à hauts talons et à fibules de divers métaux, enrichis de pierres précieuses : enfin, l’épée à poignée d’acier poli, complétaient et costume, tout à fait différent de ceux qui avaiem été portés jusqu’à ce jour.
Le costume de la femme, au contraire, semblait rétrograder au quinzième siècle. Les verlugadins reparurent sous le nom de paniers ; le corsage de la robe étroitement serré à la ceinture, est garni de buses l meurtrir la poitrine; son échancrure outrée perme de voir une partie de la gorge ; les manches de la robe s’arrêtent au pli du bras et sont garnies de falbalas de dentelles et autres ornements. Sous la robe, entr’ouverte par devant, on admire un magnifique jupot de satin ; de tous côtés sont prodigués les nœuds d< rubans, les fleurs, les dentelles et riches garnitures
La mode des paniers ne s’implanta point tout d'ur coup ; elle tâta le terrain et commença par faire enfler les jupes au moyen de discrètes. Ce moyen ayan réussi, les dames acceptèrent les criardes, sorte de bougran plissé et gonflé qui s'appliquait autour de; hanches. Enfin, arrivèrent les paniers, petits d’abord
'luis un peu plus grands, et, bientôt après, démesu—
-es, énormes Au temps de François Ier, l’ampleur
;lu verlugadin n’exigeait pas plus de sept à huit aunes il étoffe; au siècle de Louis AV, les paniers n’eurent »oint de bornes et s’enflèrent au point de permettre à eux gros hommes de s’y abriter sans gêne ; quinze à ingt aunes d’étoffe suffisaient à peine pour faire une jpe à paniers!... Le lecteur en jugera par l'anecdote mi van te :
Un marin se trouvant dans une des rues de la Cité, Paris, rencontra deux dames dont les paniers teaient toute la largeur de la rue; ne voyant aucun loyen de passer outre, et ne voulant point rétrograder , il sauta par dessus les paniers dans l’espace u’ils laissaient vide, avec une rare agilité, et à la utisfaction des spectateurs et des dames elles—
: êmes.
Les hommes ne furent point à l'abri de la conla- •on ; ils portèrent leurs petits paniers, composés de «leinesqu’on introduisait dans les larges basques de mbit, afin de les maintenir arrondies et isolées du
»rps.
Les coiffures féminines, à étages, supprimées dénis quelque temps, reparurent plus hautes que ja- ■aiset toutes blanches de poudre d’amidon. 11 fallait ne journée entière, et quelquefois davantage, pour Jmpléter une de ces coiffures gigantesques, et la ^rne qui se faisait coiffer la veille, pour aller au
bal le lendemain, ne pouvait dormir dans son lit ; elle était forcée de passer la nuit dans un faut oui pour ne pas déranger 1 édifice de sa coiffure... O femmes ! si la mode n’était votre excuse, que pensera it-oi
d’une semblable conduite?
Oui peut, sans rire de pitié, s’écriait un écrivaii de cette époque, regarder nos élégantes qui, hier, paraissaient des cylindres surmontés d’une pyramide i plusieurs étages, et qui sont, aujourd’hui, submergées dans des cônes tronqués à base prodigieuse C’est le nec plus ultrà de la tyrannie des modes et di l’extravagance de l’esprit féminin.
Les mouches, le blanc, le rouge de fard dont 01 badigeonnait les visages, étaient devenus d un usât: si impérieux, qu’une dame de qualité eût été perdu dans l’opinion, si elle se fût permis de sortir sans se mouches et son rouge. Le Mercure de F rance de 173 rapporte que la fureur des paniers arriva au point d ne permettre que difficilement aux dames d entre dans leurs larges carrosses, et que, ne pouvant s'y as seoir, à cause de leur coiffure, elles étaient forcées c s’y tenir à genoux. La poudre, la céruse et le roua s’appliquaient en couches si épaisses sur les visage féminins, que c’était un véritable encroûtage. Enfii l’ensemble du costume était propre à enlaidir la pli jolie femme. Voici ce qu’eu dit lady Montagut qi visita Paris à cette époque :
« J’ai vu celles qui passent pour des beautés paru
« les dames françaises; elles sont, en vérité, dégoûte tantes, par leur façon de se mettre et par le fard « dont elles couvrent leurs traits. Leurs cheveux crête pés ressemblent à de la laine blanche, et, avec leur « visage couleurde feu, èlles n’ont pas même la figure « humaine; on les prendrait pour des moutons écor- « chés. »
De 1735 à 1750, il s’opéra plusieurs réformes dans la coiffure et la chaussure. La coiffure éprouva des diminutions et des augmentations alternatives, mais la poudre se maintint avec opiniâtreté.
Sous Louis XYI (1775), le costume des hommes se composait toujours du tricorne, de l’habit à la française, du gilet-veste, de la culotte et des souliers à boucles. Les couleurs du vêtement étaient aussi variées que les goûts; on voyait des habits bleu- de-ciel, rouges, violets, jaunes, verts, gris, bruns et noirs; sous d’amples basques, se cachaient deux énormes poches, et le gilet descendait jusque sur les cuisses. La culotte, tantôt noire, tantôt d’une couleur qui tranchait avec celle de'l’habit, ne s’élevait guère qu’au niveau des hanches. Les bretelles n’étant pas encore connues, une boucle servait à serrer la ceinture de la ulotte pour la soutenir; mais l’insuffisance de ce noyen donnait souvent lieu à sa chute sur le ventre, .“t il n’était pas rare de voir, sur les promenades els Hans les rues, les hommes relever de temps en temp <eur$ culottes. Outre cet inconvénient, il en existai
un autre qu’on essaya de détruire en remplaçant la gouttière par le pont-levis .
La culotte se terminait au bas du genou par un galon d’or ou de soie, et se fixait par une petite patte introduite dans une boucle d'or, d'argent ou d’acier bruni. Les bas ne se fixaient plus extérieurement au-dessus du genou, comme pendant le règne précédent ; ils montaient sous la genouillière de la culotte, dont la patte faisait office de jarretière. La culotte de velours et les bas de soie étaient, pour la petite bourgeoisie, des vêtements de luxe dont elle se montrait Gère. Deux chaînes de montre, au bout desquelles pendaient une quantité de breloques, descendaient jusqu’au bas du ventre. Les souliers, en peau de chèvre, s’attachaient avec de larges fibules d’or, de vermeil ou d'argent. Les seigneurs portaient ces fibules enrichies de diamants, et leurs souliers se distinguaient des autres par de hauts talons rouges.
Les tricornes, ou petits chapeaux à trois cornes d’égale grandeur, durèrent fort longtemps ; ceux des petits-maîtres étaient galonnés et ornés de glands d’or appelés bourdaloues. Les cheveux, poudrés et pommadés, se liaient par derrière, soit en eadogan , c'est-àdire enfermés dans une bourse de taffetas noir nommée crapaud, soit en queue longue et mince, entortillée d’un ruban. Les faces, ou cheveux des côtés, s’enroulaient en boucles ou se frisaient et se crêpaient en ailes de pigeon. Le cou était entouré d'une légère
"avate en mousseline dont la mode, ainsi que nous avons déjà dit, avait été donnée par les officiers d’un •giment de Croates. Le jabot, généralement adopté, rmait une pi.èce essentielle de la toilette, et il n’était petit bourgeois, si pauvre artisan, qui ne fit jabot 3 jours de fête. Le jabot et les manchettes devinrent ■entot des objets fort dispendieux à cause des bro- “ries et des dentelles de haut prix qui servaient à les ner.
Le costume des femmes se composait d’une robe de ïe ou d'indienne, à grands ramages, plissée par rrière, et dont les manches, coupées à la hauteur . coude, étaient maintenues par des morceaux de omb. Les nobles et les riches bourgeoises portaient s robes d’étofie brodée d’or et d’argent appelée ccart. La jupe, gracieusement retroussée sur les tés, laissait voir un jupon de taffetas glacé de couir tranchante. La jupe descendait tout au plus à la illéoie et laissait aux yeux le plaisir d’admirer un d mignon et une jambe bien tournée. Beaucoup dames avaient adopté le caraco, gracieux vêle- *nt dont le corsage se terminait par une basquine culaire. On portait aussi des robes à l’Anglaise, à Bolonaise, etc.
Les robes en usage à la cour et parmi la haute nosse, se terminaient en queue énorme qui aurait isidérablement gêné la marche si un laquais n’eût chargé de la porter. C’était s’exposer à la haine
d’une dame que de marcher, par inadvertance, sui cette noble queue, et l’on ne pardonnait pas auj étourdis. En compensation de cette longueur du bas les robes se trouvaient tellement décolletées quoi voyait en partie les épaules et la poiti ine. Ce fut auss vers cette époque que parurent les manchons, et 1 mode voulut qu’liommes et femmes s’en servissen également ; or, les élégants circulaient sur les boule va rts avec leurs manchons, comme aujourd hui a>e la canne et le lorgnon.
La coiffure, qui subissait d’incessantes modifica tions, consistait, vers le milieu du dix-huitième sièch en un toupet de cinq à six pouces d'élévation, recot vert d’un bonnet de dentelles à touvans, accompagr de deux barbes descendant jusqu’au chignon. Plus chignon était volumineux, plus il était beau et ad miré ; on voyait des chignons dont la largeur cou\ ra entièrement et débordait le cou. Un ruban très-larç s’enroulait autour du toupet et se terminait par c nœud superbe.
Le bonnet étant devenu de grande mode, le gén des modistes s’exerça chaque jour à lui trouver < nouvelles formes et de nouveaux noms. On sait qu < fait d’appellation, les modistes et marchands de noi Ycautés sont de féconds inventeurs. On vil donc su< cessivement paraître les bonnets en rave, en liant en choux, en laitue, en asperge , etc.; bonnets à grenade, à la cciisc, «à la F an fan, en gondole, \
cabriolet , etc. ; bonnets à la Thisbé, au Parc anglais , au vol cl’ amour, aux sentiments repliés, etc., etc.
Les couturières, pour prouver qu’elles n’étaient point en arrière des modistes en fait de bizarre terminologie, mirent à la mode les jupes émues, ébaubies, soufflées, décidées, galantes, craintives, arrogantes, fugitives, etc., etc.
De 1770 à 1775, les modes éprouvèrent quelques légères variations de forme et de couleur, mais conservèrent la même physionomie. Au commencement de l’été 1775, la reine parut avec une robe d’un brun marron lustré, devant le roi, qui lui dit en riant: Cette couleur puce vous sied à ravir. Le lendemain, toutes les dames de la cour étaient habillées en puce. Cette mode gagna la bourgeoisie, et les teinturiers ne pouvaient plus suffire aux demandes. Alors on établit diverses nuances; selon les différents goûts, on pouvait choisir entre le puceron, la jeune et la vieille puce... O Parisiens !... A peu près vers la même époque, la coiffure des dames fut modifiée par cette circonstance : La reine, trouvant un jour quelques plumes de paon sur sa toilette, en plaça une sur sa tête. L’effet lui plut ; elle en ajouta une seconde, puis plaça quelques petites plumes d’autruche frisées à côté des premières : cela lui parut charmant ; et lorsqu’elle sortit de son cabinet de toilette, les dames de la cour s’empressèrent de lui faire mille compliments sur le bon goût et l'heureusè composition de sa coiffure. Le
roi survint et déclara que c’était la plus jolie coiffure de femme qu’il eût jamais yue. Aussitôt la mode s’en répandit dans la capitale, gagna tout le royaume et se propagea dans toute l'Europe. Mais, en 1780, la reine, ayant perdu ses cheveux à la suite de couches, les dames adoptèrent de suite la coiffure ù l’enfant. Les hommes prirent, pour quelque temps, le chapeau claque, qui se portait, non sur la tête, mais sous le bras.
En 1784, la mode des chapeaux de paille ayant franchi les Alpes, toutes les Françaises voulurent en porter. Le bonnet, malgré sa richesse et son aristocratique appui, fut abandonné, oublié, et le chapeau s’établit triomphant sur toutes les tètes. Mais quelles formes! quels ornements!... Tantôt un fond perpendiculaire et perdu dans des flots de rubans; tantôt une passe énorme roulée en entonnoir et surchargée de plumes ou de fleurs. Dans le court espace de deux années, les chapeaux changèrent dix-sept fois de forme ; la dernière se nommait : Chapeaux à la came d’escompte, sans fonds.
Les paniers avaient été abandonnés sans retour ; des postiches les remplaçaient avantageusement ; mais ces postiches acquirent en peu de temps un développement si outré, que les femmes les plus chétives, les plus maigres, offraient une proéminence postérieure qui eût alarmé la Vénus hotlentote.
Avant d’aller plus loin, disons un mot sur cette
mode singulière qu’on nomme étiquette à la cour. Mme de Campan raconte qu’à la cour de Marie- Antoinette, l’habillement de la reine était un chefd’œuvre d’étiquette. La dame d’honneur et la dame •d’atours faisaient le service principal ; mais il y avait •entre elles des distinctions : la dame d’honneur passait la chemise et donnait les ustensiles de toilette ; la •dame d’atours passait le jupon et présentait la robe. Lorsqu’une princesse de la famille royale se trouvait présente à l’habillement, la dame d’honneur lui cédait ses fonctions. Les deux dames d’honneur et d’atours avaient leurs doublures nos 1 et 2. Chacune des dames observait scrupuleusement l’étiquette comme tenant à ses droits. Un soir d’hiver, il arriva que la reine, déjà déshabillée, était sur le point de passer sa chemise, je la lui présentai toute dépliée, dit Mme de Campan ; une dame d’honneur entre, se hâte d’ôter ses gants et prend la chemise. On frappe doucement à la porte, on ouvre : c’est Mme la duchesse d'Orléans, qui s’avance pour prendre la chemise; mais la dame d’honneur ne doit pas, d’après l’étiquette, la lui céder ; elle me la rend pour que je la donne à la princesse. On frappe de nouveau : c’est Mme la comtesse le Provence. La duchesse d’Orléans lui présente la chemise. La reine, pendant ce temps, tenait ses bras croisés et semblait grelotter. Madame, apercevant l’attitude pénible de la reine, jette son mouchoir et passe promptement la chemise, mais décoiffe la tète
royale. Marie-Antoinette se met à rire pour déguiser \ son impatience, et dit entre ses dents: « C est affreux, ; odieux, qu’une semblable étiquette.»
Mais ceci n’est rien comparativement au fait suivant : Le roi Philippe III, étant assis près d’une cheminée que le feutier de la cour avait bourrée d'une grande quantité de bois, suffoquait de chaleur ; mais sa dignité ne lui permettant pas de se lever pour appeler, il se rôtissait lentement, dans l’attente que quelqu’un vînt le délivrer. Les officiers de service étaient absents, et les valets ne pouvaient se permettre d'entrer dans l’appartement. Enfin, le marquis de Poba survint et le roi lui ordonna aussitôt d’éteindre le feu ; celui-ci s’en excusa, alléguant qu'il lui était défendu par l’étiquette de remplir cette fonction, qui appartenait au duc d’Usséda ; le duc était sorti, le feu flambait toujours plus fort et le roi se rôtissait toujours, plutôt que de déroger à l’étiquette de sa cour. Son sang s’échauffa tellement qu’un érysipèle se déclara le lendemain à la tôte, et le pauvre roi fut emporté par un accès de fièvre cérébrale.
Quelques années avant la mémorable révolution qui devait exercer une si grande influence sur les mœurs et le costume français, beaucoup de dames de distinction avaient adopté les petits chapeaux de soie ornés de plumes ou de fleurs, et coquettement inclinés sur le côté de la tète. Plus d'une jeune marquise, rabaissant son toupet et laissant au clou ses postiches^
courait les boulevarls et les magasins en chapeau de soie et en élégant caraco. On voyait aussi des pelisses de satin blanc, rose, bleu-céleste, garnies d’hermine ou de marte. Les bourgeoises se paraient d’un mantelet de satin bordé d’une large dentelle. Les chapeaux, qui, jusque-là, conservaient des proportions raisonnables, en acquirent bientôt de colossales par les ornements dont ils furent surchargés. Le lecteur pourra en juger par les deux annonces suivantes, tirées du Journal des modes de Paris de 1780 à 1785 :
« Aujourd’hui on offre aux dames un chapeau à l'Amiral. On verra chez Mlle Fredin, modiste, à l’Echarpe d’or, rue de la Féronnerie, un chapeau sur lequel est représenté un vaisseau avec tous ses agrès et apparaux, ayant ses canons en batterie »
« On trouve chez mademoiselle Quentin, rue de Cléry, des chapeaux-poufs en trophée militaire ; les étendards et les timbales posés sur le devant sont d’un effet très-agréable. »
1790 vit paraître la lévite, espèce de robe collante qui donna lieu au poème intitulée : la Lévite conquise.
En 1791, dans la classe bourgeoise, la redingote détrôna l’habit, le chapeau quitta le dessous du bras pour être replacé sur la tôle; l’affreuse poudre blanche vit le déclin de son règne. Les femmes suivirent l’exemple donné par les hommes; elles purent sousfraire leur visage et leurs cheveux à la longue tyran-
nie de la poudre et du fard : la nature, enfin, reprit ses droits !
SECTION III
La grande commotion de 93 apporta un changement radical dans le costume français; hormis quelques vieillards opiniâtres et quelques fanatiques de l’ancien régime, tous les hommes abandonnèrent les ailes de pigeon, le cadogan et la queue, pour donner à leurs cheveux une entière liberté. L’habit échancré, la redingote et le frac chassèrent les habits à la française à larges basques et à broderies. Les gilets courts triomphèrent des gilets-vestes; — le pantalon déclara la guerre à la culotte ; — les bottes luttèrent avec avantage contre les souliers à boucles, et le chapeau rond l’emporta sur le tricorne.
La mode ne se borna point aux vêtements, elle envahit encore le domicile ; l'architecture, les meubles, les manières prirent une tournure grecque et romaine. Les lits se transformèrent en thalamus semblables à ceux du temps de Périclès; les sièges étaient taillés à la Cicéron ; les tables avaient pour supports des sculptures représentant Castor et Pollux. Les statuettes grecques, des vases étrusques étaient des ornements indispensables.
L’hiver de 1795 ramena dans Paris les modes, les concerts et les fêtes, auxquelles présidait \& jeunesse
•dorée. Les théâtres n'avaient pas encore ouvert, mais, ;à leur défaut, on se précipitait dans les fêtes républicaines, et particulièrement dans les concerts qui se donnaient à Feydeau. Les femmes s’y montraient sous le costume des anciennes Grecques; la tunique avait remplacé la robe, et l 'œnomide embrassait leur taille libre de toute compression. Les unes chaussaient «une espèce de cothurne ; les autres portaient la sandale attachée à la jambe par des nœuds de rubans. Plusieurs les ornaient de perles, d’or et de pierreries. C’était surtout au palais du Luxembourg que les yeux pouvaient admirer les délicieux négligés de Vénus, de Diane, de Flore et autres beautés olympiennes ; on y voyait se promener, au bras des élèves de David transformés en Apclles, en Phidias, en Alcibiade, de modernes Aspasie, des Lais, des Phryné, peut-être aussi charmantes et plus coquettes que les célébrités dont elles avaient emprunté le costume. Parmi ces jolies femmes qui rappelaient le siècle de Périclès, on distinguait Mme Tallien, la plus belle de toutes et la plus admirée. Mais le ciel de Paris n’était point celui d’Athènes, et la mode grecque ne fit que passer ; ce [fut un amusement mythologique de quelques jours, qui occasionna de gros rhumes à plusieurs modernes déesses et ridiculisa les autres. .
De 1795 à 1800, les différentes pièces du vêtement Tépublicain éprouvèrent des changements si nombreux, qu’en face de leurs variations rapides la des-
cription devient insuffisante, et nous renvoyons le lecteur au journal des modes publié alors par M, de La Mesangère, qui lui feront juger, par ses yeux, \ combien les caprices de la mode peuvent égarer la : cervelle humaine.
Plus les modes s’éloignaient du type ancien, plus elles revêtaient un cachet particulier. Les abbés co- j quels et galants, les petits-maîtres, avaient disparu de la scène du monde élégant, pour faire place aux muscadins , aux prétentieux, aux incroyables, qui, tantôt coiffés d’énormes chapeaux-claques ou de chapeaux ronds h fond évasé, tantôt vêtus de la carmagnole, du frac en droguet, de la redingote à larges revers, delà culotte ou du pantalon court, se promenaient la badine à la main, et tenant de l'autre un pesant et vaste lorgnon. Ces élégants de la révolution pouvaient, en toute liberté, endosser les costumes les j plus excentriques et chausser la botte à retroussis ou l’escarpin, pourvu qu’une large cocarde tricolore fût attachée à leur chapeau-.
Les femmes, aussi, se coiffèrent à leur guise, et allèrent, soit nu-lête, avec une coiffure grecque, soit la ; tête couverte d’un bonnet ou d'une baigneuse ornée d’une large cocarde tricolore et présentant un chignon retroussé. Plus de robes de brocart et de soie, plus de charmants caracos de velours, mais des déshabillés en toile de Jouy de diverses couleurs, pour fichus des madras ou dé petits mouchoirs rouges. La
— iSl
gravure représentant l’arrestation de Charlotte Corday donne exactement le costume féminin de celte époque. • •
Pendant quelque temps, le parti Jacobin imposa les modes par la crainte qu'il inspirait. A son exemple, on portait l’habit-veste, le gilet rouge, le pantalon large et le chapeau rond à cocarde; car, aux yeux de ce parti, tout autre costume que le sien était un indice d’aristocratie. Cependant, plusieurs républicains fameux, et Robespierre entre autres, continuèrent de porter le frac, les cheveux poudrés et la queue. Lorsque le jacobinisme, malade sous le Directoire, eut rendu le dernier soupir, la guerre contre les habits cessa, et chacun put s’habiller selon ses goûts et son caprice. Mais la forme du chapeau, la coupe et la couleur de l’habit, l’arrangement des cheveux, servirent toujours à établir les nuances sociales et politiques. Ainsi, l’habit carré décélait un chouan, l’habit bleu et pointu proclamait un républicain ; les larges revers et la culotte chamarrée indiquaient l'incroyable; les cheveux frisés et poudrés trahissaient le royaliste; les cheveux plats et longs annonçaient un jacobin, etc., etc.
A cette époque, un phénomène céleste, un événement singulier, un mouvement politique, une catastrophe, un accident, un animal curieux, enfin tout ce qui pouvait frapper l’imagination donnait lieu à une mode. — L’arrivéo d’un rhinocéros, d’un éléphant,
amena la mode des bonnets au rhinocéros, à l 'éléphant. Une hirondelle qui tomba sur le Pont-Neuf, poursuivie par un émouchet, fit porter des coiffures à l’ hirondelle , tout-à-fait pittoresques : deux petites ailes de gaze, tendues par des ressorts d'acier, s'élançaient des côtés de la tète et s’agitaient au moindre . vent. L’apparition d’un Chinois à Paris, mit en vogue la coiffure à la chinoise et les brodequins pointus. — L’arrivée de l’ambassadeur turc amena la mode des croissants; toutes les femmes voulurent en porter sur leurs têtes, au grand regret des maris qui, malgré leurs prières ou leurs menaces, furent forcés d'en subir la vue. — Après la prise de la Bastille, les fragments de ses pierres, enchâssés dans l'or et l'argent, ; servirent à monter des colliers, des bracelets, des bagues, qu’on appela bijoux de la Constitution. — Un incendie ayant dévoré 1 Opéra, aussitôt hommes et femmes portèrent des vêtements couleur feu d’Opéra. Mais celte couleur n'eut qu’une durée éphémère. — Quelques jours plus tard, une souris qui s’enfuyait effrayée sur le boulevard, emportant un morceau de papier qu'un enfant lui avait attaché à la queue, mit en mode le gris souris effrayée. — Enfin, croira-t-on que la guillotine, qui fonctionnait en France avec une si terrible activité, donna aux femmes l’incdncevable envie de porter à leurs oreilles de petites guillotines en or! Ces terrifiants joyaux furent appelés bijoux de la H évolution. Que penser, que dire
en lace de ces caprices de la mode?... Ce n’est, bien certainement, ni la raison, ni le bon goût qui font naître une mode, c’est l’actualité ou la fantaisie du moment.
Sous le Consulat et l’Empire, le châle, qui avait été importé, antérieurement, par les ambassadeurs de Tippoo-Saëb, devint de grande mode. Les robes de soie et de mousseline blanche, proscrites par la révolution, reparurent avec éclat. Les actrices de l’Académie de Musique et du Théâtre-Français servirent souvent de modèle aux modistes pour établir diverses modes.
En abandonnant la simplicité républicaine à laquelle elles s’étaient conformées de gré ou de force, les femmes tombèrent dans un excès contraire et se ruinèrent en dépenses de luxe. On vit paraître des robes de mousseline claire ornées de broderies de soie et de garnitures de dentelles d’un grand prix ; des robes et pelisses garnies d’astracan ou de fourrures fines. Les cheveux furent frisés en boucles détachées ou nattés et arrangés 'à la grecque. Des voiles rejetés en arrière •et laissant à découvert la moitié des cheveux; des tur- .bans faits avec des étoffes de l’Inde et de Turquie, servirent à composer de riches coiffures. Les robes, à itaille basse, avaient des manches larges dans toute fleur longueur, ou bouffantes jusqu’au tiers du bras seulement. A cette mode succéda celle des manches xourtes relevées par une agrafe ou un bouton de pierre
line. Les épaules des élégantes étaient à demi cou- ; vertes par des châles carrés de Smyrne ou des châles longs de l’Inde. Les douillettes, les spincers à collet, j les mantelets, les palatines, les robes à collet se portèrent alternativement.
Dans les premières années du dix-neuvième siècle, la mise des Parisiennes était arrivée à un degré de perfection où elle aurait dû se maintenir. L’habille- j ment unissait la simplicité à l’élégance, et, sans gêner les mouvements, dessinait parfaitement bien les formes du corps. Les Françaises offraient alors la séduisante image de ces Grecques charriantes dont l'his— toire a célébré la beauté. Cette mode, si favorable aux i charmes et aux grâces de la femme, n’eut qu un temps ; les Parisiennes, hélas ! se laissèrent prendre à la mode souverainement disgracieuse des tailles i hautes, imposée par la femme contrefaite d'un grand | dignitaire; cette dame avait le dosgibbeux et le buste contourné. Tout le beau sexe, pour être à la mode, s’affubla, sans réflexion, d’une robe sac dont la ceinture se nouait à la hauteur des aisselles et refoulait la gorge jusque sous le menton. C'était laid, hideux à voir; mais les femmes à dos tortus, à poitrines de travers, y trouvaient leur profit; ce vèfement déguisait très-bien leurs infirmités. Les bijoux d or, les pierreries, les diamants étaient prodigués dans les toilettes; l'aristocratie de l’Empire Français offrait une réminiscence des fastueuses patriciennes de Rome
rsous les Césars. Les toilettes se montraient riches, magnifiques, mais on doit dire qu'elles étaient de mauvais goût. Voici l’impression qu’elles produisirent sur un jeune homme de dix-huit ans, qui s’illustra, plus tard, dans les sciences.
Sorti pour la première fois de son village et conduit a Paris par son père, d’abord tout l’étonna ; ses yeux ne pouvaient. s’ouvrir assez grands pour tout embras- ;er tout admirer. De retour dans sa solitude, il «dressa une foule de questions à son père, en ies ac- :ompagnant d’observations qui lui venaient naturel- «ment :
« Pourriez-vous me dire, mon père, pourquoi les ’arisiennes, qui ont tout ce qu’il leur faut pour être olies, font tout ce qu’elles peuvent pour s’enlaidir?
« Des tours au lieu de cheveux, des sacs au lieu e robes, de l’or, des diamants au lieu de fleurs; uelle singulière parure !
« De 1 or à la tète, de l’or au cou, de l'or aux bras, u poignet et sur les doigts, de l’or partout excepté ans leurs poches. Ces femmes n’entendent rien aux arures qui relèvent la beauté.
« L'or ternit l’éclat des yeux, fane le teint, pâlit ■s lèvres, donne une couleur sombre à la peau. Jaîais un peintre ne s’avisa de peindre Hébé chargée ornements d or, et Vénus n’eût jamais remporté la •omme si elle eût été costumée comme Notre-Dame- «e-Lorette.
« Les robes que les femmes portent actuellement les font ressembler à un porte-manteau; leur ceinture a totalement disparu sous cet accoutrement; eiies montrent un paquet de gorge volumineux qui serait une abominable difformité, si ce n'était la mode. » :
Sous l’Empire, le costume des hommes devint plus sévère : Napoléon ayant fait tomber sous le ciseau sa chevelure républicaine, aussitôt les courtisans se coiffèrent à la Napoléon ; puis vinrent les coupes de che-‘ veux à la Titus, à la Caracalla, etc. On singea le costume militaire : le col raide remplaça la cravate moelleuse; le frac et l’habit se boutonnèrent jusqu'au menton, par une longue file de boutons métallique^ rapprochés les uns des autres; les basques étaient longues et étroites comme celles d'un habit d’uniforme. La redingote à collet droit, la polonaise chamarrée de tresses, de soutaches, de brandebourgs, | la façon des hussards, eurent vogue; on porta des pantalons blancs, rouges, amaranthes, à bandes sut les côtés; la botte à gland se chaussa par dessus h pantalon, et quelques élégants ajoutèrent l’éperor luisant. On se couvrit les épaules du large manteai de cavalerie ; le paisible bourgeois et les hommes âgé adoptèrent le carrik à trois, à cinq et même à neu collets. Les mirliflores auraient porté moustache, s’il eussent osé ; mais Napoléon avait le visage complète ment rasé, et c’était le soleil qui éclairait alors. Le fabricants de rasoirs firent fortune.
Lu autre genre d’élégants, à tournure des plus singulières, qui tenaient des petits-maîtres surannés et des incroyables oubliés, fréquentaient le boulevard dit de Coblentz, promenade à la mode : ils se faisaient remarquer par leur habit-veste, leur culotte large et des bottes à grandes oreilles ; ils avaient une cravache tortillée à la main et un chapeau russe sous le bras. Une déplorable réminiscence du corps baleiné se manifesta pendant l’hiver de 1809 à 1810, sous le nom de corset ; la mode commença parmi les dames de Paris, et, en quelques années, gagna toute la France. L histoire du corset est assez curieuse, et les conseils à donner sur les dangers de son usage assez sérieux, pour que nous lui consacrions un chapitre à part.
A l’avénement de Louis XYIII (1815), une multitude d'émigrés rentrèrent en France avec leurs habits d’autrefois, espérant ramener l’ancien régime avec ses vieilles modes; mais on les trouva ridicules, le peuple les poursuivit de l’épithète de voltigeurs de Louis X5 J. Tous les émigrés de bon sens adoptèrent le nouveau costume, et il n’y eut que les vieilles perruques, c’est ainsi qu’on les nomma, qui s’obstinèrent à garder l’habillement du siècle passé.
Les premières années de la Restauration furent remarquables, en fait de mode, par les nombreux changements qu’éprouvèrent la coupe et la couleur du vêtement, et par les noms plus ou moinsoriginaux qu’on deur donna. Ainsi, l'on vit successivement paraître les
redingotes à la Wellington, à la russe, à la prussienne, les habits à plastron, à queue de raie et de morue; des jupes grossies, bouffies, ébaubies, émues, etc.; des chapeaux à la Boston, à la Philadelphie, à la Collin-Maillard, à la trois pour cent. Les sanglantes disputes de Murillo et de Bolivar en Amérique, divisèrent la France en deux camps, relativement à la forme du chapeau : la moitié des Français portèrent des bolivars, c’est-à-dire des chapeaux à larges bords, et l’autre moitié des murillo ou chapeaux à bords étroits. Alors, les hommes avaient adopté, la mode de l’habit évidé sur le devant et serrant bien la taille, le pantalon collant, fait d’un tissu élastique, et chaussaient, par dessus, la botte à la russe ornée d’un gland en soie. Cette mode, qui dessinait parfaitement les formes de l’homme bien tourné, ne dura pas longtemps, parce qu’elle était tout à fait défavorable aux jambes défectueuses. On reprit le pantalon large.
Louis XVIII avait ramené avec lui des élégants d'oulre-mer, qui donnèrent, pendant quelque temps, le ton et les modes ; on appela d/indi/s ceux qui les imitèrent; puis aux dandys succédèrent les fashionables, vrais anglomancs à col de chemise raide et montant, à favoris énormes, qui, armés de la canne à pomme dorée et du lorgnon ciselé, promenaient leurs grâces sur les boulevards. On vit pendant quelques instants des redingotes à pèlerine et se serrant à la taille par une ceinture extérieure.
Les chapeaux de femmes, "affranchis de l’affreux bavolet, et renversés un peu en avant, permirent au cou et au chignon de se montrer. Les robes se raccourcirent de façon à laisser voir le bas de la jambe, et beaucoup de femmes, peu favorisées du côté du visage, mais douées d’une jambe bien faite et d’un joli pied, purent s’attirer des admirateurs; car le subtil appréciateur sait tout ce que vaut un petit pied.
Sous Charles X ( 1824), les modes restèrent à peu près les mêmes, sauf quelques oscillations dans la coupe et la composition du vêtement Les robes se portèrent un peu plus longues et les ceintures plus basses. La coiffure éprouva aussi quelques modifications, mais de peu d’importance. Ce fut vers <1828 que les femmes commencèrent à porter des manches a gigot, et ces gigots acquirent, peu à peu, de si énormes proportions, qu’une dame à la mode ne pouvait, comme au temps des paniers, passer de face par une porte ordinaire, il lui fallait des portes cochères. Les tailles minces, étranglées, les tailles de guêpe furent mises à la mode par quelques femmes étiques, et devinrent une passion qui fit bien des victimes! Les nécrologes de cette année-là comptèrent, en France, plus de quarante mille femmes ou filles mortes par suite de la strangulation de la taille ; et les hôpitaux de Paris enregistrèrent près de cinq mille enterrements occasionnés par la compression outrée du corset. Ce que c’est, cependant, que la mode!... Si
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l’homme a son courage spécial, la femme a aussi le sien : la femme la plus frêle, la plus craintive, se soumet à des tortures inouïes, endure avec patience d’atroces douleurs, brave la maladie et marche réso- 1 lumenl à la mort pour suivre la mode. Mais, est-ce là du courage, et ne pourrait-on pas donner un autre nom à celte passion pour la nouveauté qui entraîne i irrésistiblement toutes les femmes?
En 1830, un Roi descendait les marches du trône, tandis qu’un autre Roi y montait aux ac- •; clamalions du peuple, et qui devait, dix-huit ans plus tard , redescendre et s’enfuir plys précipitamment que son prédécesseur. O Athéniens modernes !
Sous Louis-Philippe, le toupet des hommes s'éleva considérablement et fit pyramide sur le front, à l'instar du toupet royal. Cependant, la secte des saintssimoniens, avant de disparaître, donna la mode des cheveux longs, avec une raie vivement dessinée sur un des côtés de la tête. Le toupet s’abaissa tout à fait et finit par s’elïacer complètement devant cette nouvelle mode, qui fut généralement adoptée, sauf quelques modifications dans la longueur et la coupe des cheveux. La blouse et la casquette devinrent le costume populaire. L'aristocratie se distingua par son habit, dont les larges basques rappelaient l’habit à la française. La bourgeoisie adopta la redingote à jupe courte et à larges revers.
De 1830 à 1835, on vit paraître et disparaître successivement les redingotes à la propriétaire, à la collin, à la marinière, etc. ; les habits à taille haute et à larges basques formant jupon, genre bâtard qui tenait de l’habit et de la tunique. Les pantalons à sous-pied, embrassant étroitement la botte, et tirés par les bretelles de façon à rendre impossibles les mouvements de flexion, furent d’abord adoptés par quelques élégants, et devinrent, en peu de temps, une passion chez les hommes, comme les gigots l’avaient été pour les femmes.
De leur côté, les dames échangèrent, on ne sait trop pourquoi, les riantes couleurs de leurs vêtements pour des couleurs tristes et sombres. Les tendres nuances lilas, gorge-de-pigeon, première aurore, furent remplacées par le vert-russe, le cul-de-bouteille, le noir Marengo, le pur éthiopien; on eût dit que la toilette tournait au deuil. Les marchands de nouveautés, selon leur coquette habitude, baptisèrent chaque étoffe d’un nom plus ou moins incongru. Le pou de soie, pou de la reine, obtinrent la faveur; la couleur merde d'oie remplaça la fleur d’ange et la crotte de biche fit oublier l’ écharpe d’iris.
Vers l’année 183G, le costume féminin sembla revenir à des proportions raisonnables ; les gigots monstrueux cédèrent aux manches plates diversement ornées et enjolivées ; la ceinture reprit sa place naturelle, mais la robe s’allongea insensiblement de ma-
nière à cacher la jambe et le pied; enfin, elle arriva au point où nous la voyons aujourd’hui, traînant à terre et balayant les ordures. Les grands chapeaux évasés se transformèrent en élégants petits chapeaux nommés b ibis, qui rendaient jolies presque toutes les femmes, hormis celles a figures joufllues et celles arrivées à l’âge où l’on doit renoncer aux prétentions de plaire. Le bibi, si coquet, si agaçant, servait trop bien lesjeunes minois pour que les femmes de seconde jeunesse n’en fussent point jalouses; aussi, se liguèrent-elles contre lui et l’accablèrent-elles du poids de leurs années. La passe du chapeau fut donc allongée de manière à cacher le cou, et le bibi se vit transformé en informe caba. Ce chapeau de grand-mère ne prévalut qu’une saison; on lui substitua le demipaméla, dont les passes arrondies dégageaient trèsgracieusement les contours de la joue. C’était surtout aux jeunes filles qu’il allait à ravir.
De 1840 à 1849, l’habit des hommes fut l’objet d’incessantes études de la part des tailleurs; on rehaussa, on baissa la taille, on retoucha au collet, on élargit les basques, on leur fit perdre en longueur ce qu’elles gagnaient en largeur, on les écourta, et, à force de les rogner, on en fit un habit-veste ; ce triste habit parut un instant être imposé au monde élégant. Pour tous ceux qui n’étaient pas au courant de la mode, Paris semblait alors peuplé de garçons de caisse; c ar l’habit-vesle , dernier goût, offrait une
coupe analogue à celle de la veste que portent les garçons de la Banque. Mais on fit bientôt justice de cette mode peu distinguée et l'habit fut ramené à une forme plus décente. Enfin, aujourd’hui, l'artiste coupeur est parvenu, par une coupe habile, à dessiner l’inflexion légère qui sépare les lombes du sacrum, à dégager la taille et à faire saillir les contours du bassin, de telle sorte que l’habit est arrivé, ce nous semble, à un certain degré de perfection.
Le gilet a aussi subi ses transformations; tantôt à collet droit et à plastron, boutonné jusqu’en haut ; tantôt à collet rabattu, à revers larges et ouverts, laissant admirer une chemise brodée, artistement plissée, et sur laquelle scintille un bouton de diamant. Autrefois, le gilet était court, puis il s’allongea en pointe aiguë; on le broda sur ses bords, on l’orna de riches boulons ; aujourd’hui, ses angles sont arrondis, et sa dernière évolution l’a ramené à la coupe dite Louis XV modifiée.
Le pantalon a été moins heureux que l’habit ; sa Iforrne, toujours peu gracieuse, cache complètement le Ibas de la jambe et la moitié du pied sous une guêtre «affreuse. Et remarquez, je vous prie, cette inversion des lois naturelles, le bas de la jambe qui, dans la «conformation humaine, doit être mince et délié, paraît, au contraire, être plus gros que le mollet, sous H’informe étui qui le cache. Quand reviendront les «beaux jours du pantalon collant? îS'ous livrons ces
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observations aux donneurs de modes qui ont la jarnbe bien faite.
La cravate et le col sont des parties du vêtement sujettes à de fréquentes modes. Tantôt, la cravate se ' porte carrée, courte avec un petit nœud ; tantôt,, doublant sa longueur, ses deux extrémités tombent jusqu’à la ceinture. Rien n’est plus variable que la mode de sa couleur. Leblanc resta fort longtemps comme;] couleur exigée du bon ton ; le noir vint le détrôner et fut remplacé lui-même par une foule de couleurs et de nuances qui, chacune, eurent leur apogée et leur déclin. Malgré ces caprices de la mode, la cravate blanche a toujours été une couleur habillée.
A la cravate succéda le col, qui ne fut accepté, dit-on, que par cette classe d’hommes trop paresseux pour donner le temps nécessaire à l'arrangement d’une cravate. Le col, en effet, a l'avantage d’une pose prompte et facile. Tout le monde ne sait point faire un nœud aussi artisteinent que messieurs nos Damerets des boulevards, qui passent des heures entières à le façonner et à le détruire. Dans le monde élégant, un nœud de cravate irréprochable est une. partie essentielle de la toilette ; que le nœud soit simple, composé, sans bouts ou à bouts flottants, etc..., n'im-l porte, l’art perce toujours. F.t il est certains nœuds,! négliges en apparence, qui ont coûté un long travail] devant le miroir, et plus d’un trépignement, plus! d’une exclamation d'impatience. I n lion apprécie
nromptement, au nœud de leur cravate, la force ou sa faiblesse, les chances de réussite de-ses rivaux ; et, ■elon qu'il les croit supérieurs ou inférieurs à lui, "envie ou le dédain se glisse dans son cœur et se montre sur ses lèvres. Il faut ajouter aussi qu’on renontre des élégants d'autant plus habiles à composer un nœud de cravate, qu’à cela se bornent tous leurs .alents. Enfin, on jugera de l’importance attachée à .a mise de la cravate, par la lecture de l’ouvrage intiulé : Art de bien mettre sa cravate , enseigné en rente leçons.
Croirait-on que la mode a poussé sa tyrannie jusque sur le col de la chemise? Autrefois, la chemise n’avait point de col et n’en valait que mieux ; tout à coup, la mode voulut quelle fût hérissée d’un énorme col empesé qui, sortant de la cravate, allât vous scier es oreilles. Les jeunes gens, ne pouvant se faire aux -udes caresses du col empesé, le refusèrent et ne laissèrent plus sortir de leur cravate que les deux pointes aiguës du col modifié. On portait, il y a quelques années, le col de chemise renversé sur une légère cravate; cette mode était gracieuse, mais elle exigeait :une extrême propreté du linge et du cou, ainsi qu’un menton toujours fraîchement rasé; c’est pour ces motifs, peut-être, qu’elle ne fut pas généralement adoptée. Aujourd’hui, chacun arrange son col à sa manière, pourvu qu’il réunisse les conditions de finesse Jet de blancheur azurée, on n’exige rien de plus. Les
faux-cols ont été inventes afin de pouvoir en changer toutes les fois que le cas l’exige.
Si nous avions quelque influence sur la mode, nous lui dirions de rejeter la cravateet lecolqui n’ont rien i de bien séduisant, et délaisser le cou dégagé de toute entrave, à l’exemple des peuples orientaux ; cette mode serait beaucoup plus hygiénique.
11 faut le dire, l’habillement de l'homme offre moins de ressources à la mode que celui des femmes. L’habit, tel qu’on le porte depuis cinquante ans, se prête difficilement aux innovations radicales. Le tailleur, obligé de respecter la physionomie de l’habit national, tourne incessamment dans le même cercle ; il allonge ou raccourcit les basques et la taille; il élargit ou rétrécit le collet et les emmanchures ; il augmente ou diminue le nombre des boutons ; il s'efforce à lui donner une élégance de convention ; hélas! c’est toujours le malheureux habit, l’habit disgracieux qui écrase l’homme et détruit l’harmonie de ses formes. Si vous joignez à cela le pantalon flottant, large, à la matelot, le pantalon à sous-pieds, informe* incommode, ou le pantalon à cloche, dans lequel la jambe simule un battant. Si vous ajoutez à cet accoutrement le triste chapeau rond, dont la forme ne ressemble à rien, vous avez ce pauvre costume moderne qui fait le désespoir des artistes. Et, remarquez bien la bizarrerie de l’esprit humain, plus on s’est avancq dans la civilisation, plus on s’est éloigné de la noblesse
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Un coslunie; il semblerait qu’on ait pris à tâche rie apetisser les proportions de l'homme dans son vêlement étriqué. Comparez les costumes des seizième - 1 dix-septième siècles avec ceux de notre époque, -t vous resterez convaincus de ce fait singulier, flue la beauté et la richesse du costume décroissent ■•n raison directe des progrès de la civilisation.
Nous cédons au désir d’interpoler ici quelques réflexions sur une mode bien déplorable et qui se propage de jour en jour, au grand détriment du bien-être ües familles peu aisées ; nous voulons parler de la mode ou passion des cafés. Ce genre d’établissement >e multiplie d’une manièrealarmante pour la société. Jne foule d’industriels, guidés par un sordide intérêt, ouvrent des cafés, des buvettes de tous côtés, et y atirent les petits consommateurs en baissant le prix des consommations ; mais la baisse du prix nécessite une adultération dans la quantité, et, ce qui est plus gtave, dans la qualité des denrées, d’où il résulte une altération de la santé. Autrefois, les cafés étaient rares tdans nos cités ; aujourd’hui, toute la ligne des boulevards de la capitale est envahie par cette industrie; il m’est pas de rue qui ne possède ses divans ou ses cs- -tarninets. Autrefois, ces lieux n’étaient fréquentés que «par les vieux garçons, les militaires et la jeunesse coisive; aujourd’hui, tous les âges, tous les rangs s’y :confondent. Le café est devenu une habitude, un be- «soin qu’il faut satisfaire à tout prix ; c’est un malheur
qui en amène d’aulres. Que la classe riche y aille! porter son argent et tromper ses ennuis, cela peut paraître indifférent ; mais que les ouvriers et les petits employés y aillent dépenser leur temps et leurs minces économies, c’est un vice qu'il serait urgent de réprimer; car ce vice porte dans les familles la gêne, la misère et l’immoralité. — J’ai vu avec douleur, dans plusieurs quartiers populeux de Paris, d'immenses cafés où sont alignés quinze à vingt billards, et, autour de ces billards, des jeunes gens en blouse, des ouvriers de bas métier jouer leur salaire des jours passés, perdre le travail de la journée présente et s'en retourner, les mains vides, au milieu de leur familie
manquant de pain Cela n'est-il pas affreux ? Le
gouvernement, qui a limité le nombre des bouchers, des boulangers et autres industries utiles, ne devrait-il pas limiter le nombre des cafés? Nous laissons à l’autorité compétente l'appréciation de cet état fàcheux de choses, et faisons des vœux pour qu’elle y apporte un prompt remède.
Nous terminerons cet aperçu des modes en faisant observer que, de 1830 à nos jours, l’esprit français, n’ayant que fort peu d’aliments à donner à son activité, se nourrit de modes vestimentaires presque autant que de romans ! Aussi, pendant les dix-huit années d’un calme égoïste qui devait aboutir à une vio-^ lente commotion, que d'inventions, de variations, de changements n’ont pas été faits! que de noms et d’é-
pithètes n’ont pas été trouvés ! En vérité, c’est incroyable, étourdissant.
Un observateur de modes d'habits d’hommes, aussi scrupuleux, aussi exact dans ses observations qu’un des savants météorologues de V Observatoire, m’a montré, sur un immense carton, les variations de coupes d’habits dessinées depuis quarante ans. Sur ce tableau, des plus curieux, on voit les gradations successives depuis Y habit-veste jusqu’à Y habit queue de morue , et les dégradations depuis la redingote à la propriétaire presque traînante , jusqu’à la tunique écourtée ou la redingote à jupe étriquée. Les vicissitudes du gilet et du pantalon, quoique moins nombreuses, ne laissent pas de remplir un des coins du tableau. Le pantalon large domine partout, ainsi que le pantalon à sous-pieds ; la rareté du pantalon collant semblerait déceler que messieurs les Parisiens, donneurs de modes, ne sont guère favorisés du côté du mollet.
Ces incessantes variations de la mode vestimentaire en France, me rappellent une caricature pleine de vérité. L’artiste avait représenté,, dans un tableau, les costumes des différents peuples de la terre, par des groupes isolés, composés d’un homme et d’une femme ; ces groupes divers étaient vêtus selon l’usage de leur’ pays; le Français, seul, s’offrait entièrement nu et portait un paquet d’étoffes sous le bras, avec cette inscription : J'attends , pour me
faire habiller, que la dernière mode ait paru.
Qu’on nous permette, en passant, une courte digression sur certaines expressions inventées par les' fabricants de tissus, d’étoffes, etc., et sur les dénominations plus ou moins burlesques données par les tailleurs, couturières et modistes à certaines pièces du vêtement ou de la parure. Si les modes d hommes ont forcé l’Académie à ajouter au supplément de son Dictionnaire les mots barbares de paletot , Urine, coachman, Wenlrepoul, Makinlosh, saut-en-bas , etc. , les modes de femmes 1 auraient, je ne dirai pas enrichi, mais embarrassé d’une quantité de termes composés plus ou moins indélicats et mal sonnants , tels que coiffure en limace , en chien canard, en commode, en cabriolet, etc — ; bonnets en navet, en artichaud renverse, etc.... C usaquinade, Piten-l'air ; pet-en-bas , etc. Couleurs : Isabelle (1), nymphe émue , cul — de — bouteille , ventre —puce , boue de Paris, merde el'oie, caca-dauphin, etc.... Ces mots, qu’on n’oserait articuler isolément, sortent sans hésitation des plus chastes, des plus jolies bouches alors qu’ils servent à qualifier certaines formes de coiffure , de vêtements , certaines couleurs
(l) Isabelle, fille de Philippe II et femme de l’arcliiduc Albert, fit vœu de ne pas changer de chemise qu’Ostende ne fût pris. Le siège dc ccUe ville, malheureusement pour son époux, dura trois ans : la couleur jaune que la chemise de l'archiduchesse avait acquise durant ce laps de temps, donna naissance à la mode d une couleur semblable, qu’on appela Isabelle.
à la mode, et personne n’a le droit de s’en formaliser, de s’en offenser.
Pendant les vingt années qui viennent de s’écouler, les femmes ont montré dans leur mise une bien plus grande inconstance que les hommes , aussi ne ferons-nous que mentionner rapidement l’immense variété de vêtements qu’elles ont pris , abandonnés , repris successivement et modifiés de mille façons diverses : manteaux, mantelets, pardessus, douillettes, tuniques, lévites, camails, crispins, caracos, pages, demi -pages, talmas, visites, écharpes de toutes longueurs , etc. Robes à corsages pointus , à berthes fermées , ouvertes , simples ou ornées ; corsage à la Suissesse, à la hongroise , à l'anglaise, à l’amazone; jupes à boutons, à agrafes ouvertes sur le devant et se fermant à volonté ; jupes unies, à deux, trois, quatre et cinq plis; jupes ornées de passementeries, soutaches ou galons ; collerettes montantes, rabattues, aplaties, brodées à l’aiguille, au crochet, découpées, festonnées; guimpes, canezous , fanchettes , fanchonnettes , fichus de toutes formes, de toutes dimensions. Les bonnets ont aussi subi d’innombrables métamorphoses; depuis le simple béguin jusqu’au superbe bonnet monté, le nombre est incalculable. Les manchettes brodées bouillonnées ; les jupons gaufrés , baleinés , encollés , à verges métalliques ; les crinolines , tournures ; les corsets de tous genres, toujours brevetés et toujours
ennemis de la fermeté du sein ; les rubans , les den- \ telles , les plumes , les fleurs artificielles , les gui- i pures, etc., etc., etc., et une infinité de menues i pièces qu’une mémoire de femme peut seule retenir, j
La mode des chapeaux de femme est d'autant i plus singulière qu’elle fait abandonner les formes gracieuses et les remplace par d’autres plus ou j moins affreuses. Il y a trente ans , le chapeau res- i semblait à un immense cornet , au fond duquel se cachait le visage. Aujourd’hui, c’est tout l’opposé, ; le chapeau ne couvre que l’occiput et la nuque; les trois quarts de la tète restent à découvert. Si : l’on cherche des termes de comparaison pour mieui dépeindre les diverses formes du chapeau féminin , on trouve que le chapeau de 1810 ressemblait à ; un carquois ; celui de 1830 à la moitié d’un éleignoir; celui de 1832 à un tromblon dont la gueule ! serait inclinée vers le sol ; celui de 1842 à un ; plat à barbe recourbé ; celui de 1855 se rapproche i de la forme d’un obusier pointé vers le ciel.
Ce genre de chapeau est, à la fois, anti-hygié-i nique et disgracieux. Il est anti-hygiénique, dans] ce sens , qu’un chapeau doit couvrir la tête et la I protéger contre les intempéries , tandis que le cha- 1 peau actuel s'éloigne tout à fait de ce but : il couvre I l’occiput déjà protégé par le casque ou torsade des cheveux et laisse à découvert tout le haut de la tète. Le résultat de ce vice de forme est de laisser
e haut de la tête exposé au froid et au chaud ; or, es variations brusques de température étant une •ause de maladies , tous les médecins s’accordent à lire que si la calvitie fait, de nos jours, de si ■apides progrès sur les têtes féminines, c’est à cette îauvre coiffure qu il laut l'attribuer. Ce genre de chapeau est , en outre , disgracieux , parce qu’il emprisonne les soyeux contours des joues et semble •Ouder la tête aux épaules ; le cou perd ses légers nouvements, ses gracieuses inflexions, on le croirait ffligé d’un affreux torticolis. La manie du bavolet ■st arrivée , depuis quelque temps , à une telle inensité , que , semblables à une queue de dindon aisant la roue, on voit ces hideux bavolets desendre jusqu’aux omoplates; on les prendrait pour me bavette mise à contre-sens , et les dames ainsi ffublées deviennent l’objet de la risée des jeunes :ens. On comprend qu’une femme dont la peau •st couturée d’abcès froids, qui porte les cicatrices 1 un séton ou d’un vésicatoire, cache ces infirmités ous un large bavolet ; mais les dames à peau planche et veloutée, comment peuvent-elles conentir à être soupçonnées de vices, d’infirmités?.... est vraiment inconcevable.
La mode du chapeau rond , à larges bords , orné une plume , semble vouloir s’introduire au monent où nous écrivons ; cette forme de chapeau sied ravir aux jeunes visages et nous félicitons les dames
qui l’ont adoptée ; elles ont fait preuve de bon goût et méritent des éloges. Sous ce joli chapeau , '0« minois sont plus piquants , Mesdames ; les regard* que vous attirez et les compliments dont vous êtes l’objet , doivent flatter votre coquetterie.
Les chapeau* d’hommes ont éprouvé de notables ; améliorations dans leur matière première et leur-1 fabrication , mais non dans leur forme. Depuis une vingtaine d’années , environ , la soie a remplacé id feutre. La légèreté , le brillant et le prix modique du chapeau de soie lui a donné la prédominance sur celui de feutre. Cette importante amélioration nous vient, dit-on, des Florentins qui, depuis près de soixante ans, fabriquaient ce genre de chapeaux.
Les chapeaux mécaniques ou Gibus , du nom de leur inventeur, sont d’une très-grande commoditf pour les bals, soirées et voyages. On sait que od chapeaux, recouverts d’une étoffe de laine lme, s’exhaussent et s’aplatissent à volonté , au moyen d’un système à ressorts.
L’industrie des chapeaux de paille existe depuis fort longtemps en Italie et particulièrement à Florence, d’où sortent les plus estimés. Leur fabrica lion ne date guère, en France, que de 1784, e ce n’est qu’à partir de 1818 , que cette fabricatioi y a été perfectionnée. Aujourd'hui, tous les chapeaux d’été pour femmes , sont en paille ; la mod des chapeaux de paille pour hommes n a duré qu
quelque temps ; on les confectionne actuellement en soie grise ou en feutre gris.
Les variations de la forme ont été très-fréquentes : tantôt à larges bords ou à bords étroits , tantôt relevés ou aplatis, à forme haute, basse, évasée, conique, etc. Mais, toutes ces modifications n ont pu faire disparaître cette ingrate et malheureuse forme, dite tuyau de poêle. — Les artistes tailleurs font, chaque jour, preuve de talent dans la coupe du vêtement ; on ne saurait en dire autant de nos ignorants chapeliers qui, depuis cinquante ans, suivent toujours l’ornière de la routine. — La coiffure militaire a été avantageusement modifiée par les comités de la guerre ; pourquoi ne se forme-t-il pas un comité d’élégants, pour abolir cet affreux chapeau rond et forcer le chapelier à étudier une forme moins grotesque, moins désagréable que celle d’aujourd’hui ?
Nous apprenons, en terminant ces lignes, qu’un prix de dix mille francs est proposé par un philanthrope, à l’inventeur d’une coiffure d’homme plus commode et moins affreuse que le chapeau actuel. Une assemblée aura lieu prochainement, dans la ville de Bruxelles, sous le nom de Congrès des chapeaux, où sera discutée celte question, et peut-être abolie à jamais l'informe coiffure qui afflige depuis si longtemps la tête humaine.
Nous ne dirons qu’un mot sur le jupon de 18ô(>, mode plus ridicule peut-être que celle du vertugadin.
La crinoline passe encore ; mais le jupon à lames, à verges métalliques, c'est vraiment honteux, et nos prédicateurs d’aujourd’hui devraient fulminer contre lui, de même que les prédicateurs d'autrefois contre les hennins et les vertugadins. Cette mode, aussi ah- $ surde qu’incommode, donne à nos dames la forme < d’une cloche ambulante ; le vent et la poussière qui ^ s’engouffrent dans sa cavité, sont également contraires 1 à l’hygiène et à la propreté. Qu’une femme à mœurs jj suspectes ait inventé ce ballon pour cacher aux re- ^ gards le fruit d’un amour illégitime, cela se conçoit ; . mais que nos jeunes demoiselles se ballonnent pour i l’imiter, n’est-ce pas déraison, vertige? De grâce, \ Mesdames, laissez parler votre bon sens, et hâtezvous d’abandonner un vêtement qui vous ridiculise et vous enlaidit.
L’art de la chaussure a fait, depuis vingt ans, de rapides progrès. Des ouvriers aussi intelligents qu'habiles ont apporté de notables améliorations dans la forme et le travail ; la qualité seule est restée en arrière. Les nombreux magasins de cordonnerie et de j botterie étalent une immense variété de chaussures j dont l’élégance frappe les yeux : depuis le socque art iculé, le chausson fourré, jusqu’à la riche pantoufle brodée ; àepuis l’escarpin simple, à double couture, i le soulier plat, le soulier-botte à cordons ou à boutons, jusqu’aux bottines lacées et aux bottes avec ou J sans coutures, à cuir ordinaire ou vernis, à tige ma- J
•oquinée ou gauirée, on trouve des chaussures pour ous les âges et tous les goûts. Le caoutchouc et la sutta-percha ont été coulés en hottes ou en souliers
* l’épreuve de l’humidité.
La coquetterie, toujours croissante, a imprimé à la ganterie un prodigieux développement; jamais on ne
• il à Paris autant de fabriques de gants; et, pour peu ;jue cette activité se soutienne, la société parisienne pourra se qualifier de société gantée, au grand détriment des espèces ovine et chevrotine.
Les bijoux, les parures, les fleurs, et toute cette immense variété d’ornements qui servent à composer jne éblouissante toilette, sont arrivés à ce point de perfection qui caractérise les époques de luxe. Les üiamants, les perles, l’or, l’argent, l’acier poli, le ■ristal, les plumes, la soie, etc., ont été transformés m délicieux objets de toilette. Lorsqu’on s’arrête deant les glaces de certains magasins de la capitale, où ont exposés ces charmants produits de l’art destinés u rendre encore plus ravissantes nos jolies femmes, *>n est saisi d’étonnement et d’admiration. Malgré «ous les prodiges, toutes les merveilles que l’histoire nous débite sur les arts de luxe des anciens, il nous serait difficile de croire que les joyaux et parures de <es époques fussent mieux travaillés que ceux qui sortent des mains de nos artistes d’aujourd’hui.
Nous n’avons point parlé d’un costume intérieur »u d’appartement, qui, quoique moins sujet aux va-
riations de la mode, ne laisse pas d'éprouver des modifications, lorsque le temps en est venu. Ce costume est d’autant plus somptueux que le costume extérieur ou de ville est plus simple. Messieurs et Mesdames! les riches peuvent, selon leur fantaisie, s habiller de| velours, de brocart et autres étoffes brillantes. Autrefois, lorsque ces étoffes composaient le vêtement d<fj ville, lorsque la mode permettait les broderies d or, les galons, les passementeries, etc. , le déshabillé était fort peu de chose ; mais aujourd’hui que la mode impose au duc et au bourgeois, au financier et au commis l’habit noir et le chapeau rond, messieurs les riches se dédommagent de celte insipide uniformité par un costume intérieur magnifique. Ainsi, tel élégant qui va rendre visite en simple habit noir, s enveloppe, dans ses appartements, d'une superbe robe de chambre dont la valeur dépasse dix fois celle de son habit; sa toque de velours, enrichie de broderies et d’un gland d’or massif, a pu lui coûter un billet de cinq cents francs, et ses admirables pantoufles, dont le maroquin est recouvert d’or, de velours et de soie, surpassent le prix des bottes vernies les plus fines. Le luxe de l’appartement où Monsieur reçoit , répond au luxe de son déshabillé; et, le croiriez-vous, il est plus d’un de cessardanapales qui mettent leur gloire, leur bonheur, à surprendre dans les yeux des visiteurs l’effet que produit sur eux ce magnifique étalage? O hommes! où placez-vous votre amour-propre
Le déshabillé des dames est d’autant plus riche et estimé des connaisseurs, qu’il est plus garni do blondes et de broderies de haut prix. On cite bon nombre de femmes de modernes Crésus qui affectent une mise très-simple dans leur brillant équipage, cl qui, dans leur intérieur, sont éblouissantes de diamants, d or, de soie et de dentelles.
La funeste mode de se badigeonner le visage, la poitrine et les bras avec des blancs de plomb, de bismuth ou de baryte, mode qui fit tant de victimes au siècle dernier, est venue promener, de nouveau, ses ravages parmi les femmes. Nous les prévenons donc que tous les vendeurs de blanc qui osent s’intituler chimistes, sont d’ignorants industriels, des épileurs ou perruquiers pour la plupart, n’ayant d’autre savoir que celui de prodiguer l’argent pour faire des annonces. Nous les prévenons que tous les Blancs de fard connus, n’importe le nom ou l’épithète dont la parfumerie les décore, se réduisent a trois : le Blanc de fard ( carbonate de plomb), le Blanc de perles ( sous-nitrate de bismuth), et le sulfate de baryte, avec lequel on empoisonne les rats en Angleterre. Le sulfate de zinc est aussi employé sous le nom de Blanc de lys. Or, ces sels métalliques sont les plus dangereux ennemis de la peau et peuvent causer, par leur absorption, de graves altérations de la santé. Sous leur action malfaisante, le visage se fane, revêt une teinte plombée, se couvre de tannes
ou petits points noirs, et devient hideux. Le seul blanc J dont on pourrait se servir serait le blanc de silice, \ qui, loin de dégrader la peau, la nettoie et l'adoucit. Ce blanc est d’une grande légèreté, tandis que tous les blancs métalliques sont lourds comme le plomb. Nous engageons les dames qui ne peuvent se passer de blanc, de faire préparer du blanc de silice dans | un laboratoire de produits chimiques. (Voyez, à ce sujet, le petit volume indispensable aux dames, intitulé: Les Parfums de la toilette, ou des Cosmétiques les plus favorables à la beauté. Prix : 2 francs. Chez Dentu, éditeur, Palais-Royal, à Paris.)