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DES INCONVÉNIENTS ET DANGERS DU CORSET

D’après les savants physiologistes qui ont étudié la nature, cette artiste par excellence, la boîte osseuse ' de la poitrine d’une femme bien conformée, doit être J plus étroite à son sommet qu’à sa base. Les dernières f côtes vont en s’élargissant pour donner au ventre l’amplitude nécessaire aux organes de la digestion et de la reproduction. Le cœur et les poumons fonctionnent librement dans une poitrine à large base; ils sont, au contraire, gênés dans ces poitrines à base étroite, déformées par l’usage du corset. En effet, la compression du corset a changé la direction naturelle des côtes; elle les a resserrées et enfoncées; elle a aussi considérablement diminué les deux diamètres de la poitrine, ainsi que l’espace triangulaire vulgairement nommé creux de l’estomac. Les poumons, le cœur, le foie, la veine-cave inférieure, l’estomac, l’utérus, sont comprimés et refoulés par cotte compression permanente; les fonctions pulmonaires, circulatoires, digestives et reproductives, éprouvent une gêne

d’autant plus grande que la compression du corset est plus étroite. L’estomac, ne pouvant recevoir la quantité d’aliments nécessaires à la nutrition, le corps languit, les muscles pectoraux et lombaires perdent peu à peu leur vigueur et deviennent insuffisants à soutenir le tronc. Ainsi qu’un appareil à fracture atrophie les muscles d’une jambe condamnée au repos, de même la pression continue du corset amincit et affaiblit les muscles du dos, au point qu’une femme habituée au corset, ne sait plus se tenir dès quelle en est privée ; elle se trouve mal à l’aise, son buste s affaisse, parce que les muscles destinés à maintenir verticalement la colonne vertébrale, n’ont plus la force nécessaire.

Il reste donc démontré que la compression du corset nuit à la liberté des quatre principales fonctions de l’économie : la respiration, la circulation, la digestion et la nutrition. Or, l’obstacle apporté au libre exercice de ces importantes fonctions, doit inévitablement occasionner de graves désordres, tels que : stase du sang dans les poumons et le foie, crachement de sang, phthisie, palpitations, suffocations, anévrisme, engorgement des viscères abdominaux, engourdissement des membres supérieurs, suite de la compression du plexus nerveux brachial, céphalalgie, quelquefois apoplexie!... digestions laborieuses, difficiles, imparfaites, gastralgie, pâles couleurs, hystérie, flueurs blanches, irrégularité ou suppression du

flux menstruel, vomissements, maladies de la matrice, etc., etc. ; et, pour les femmes enceintes, grossesses pénibles, avortements fréquents, accouchements laborieux où la vie est menacée, douleurs atroces pendant le travail de la parturition, et, le plus souvent, un enfant chétif ou contrefait, offrant des taches , des excroissances cutanées que le vulgaire attribue à l’imagination de la mère. On comprend facilement que , si la belle venue, la force et la santé d’un enfant, dépendent de ce que rien n’a contrarié son développement pendant la vie intra-utérine, une femme à taille mince, à ventre plat, épuisée, contusionnée par un corset, ne saurait donner le jour à un être bien fait et vigoureux. Enfin, le corset arrête le développement des seins et s’oppose à la sortie du mamelon ; il détruit la fermeté de ces organes, les aplatit, les ramollit, les rend flasques avant l'âge, et l’on peut dire qu’il hâte la vieillesse en dégradant les ressorts de la vie.

M. Serres, professeur d’anthropologie au Muséum d’histoire naturelle, a fait dernièrement entendre ces graves paroles : « Le corset refoule la masse intestinale en bas; l 'utérus, organe flottant, est lui-même refoulé par les intestins et sans cesse déplacé- De là les affections terribles de cet organe, si fréquentes à Paris, que bientôt les médecins n’y pourront plus suffire.

« Vous le voyez, Messieurs, l'usage du corset n’est

pas seulement funeste à celle qui le porte; si nous n’y prenons garde, il atteindra la race, car cette mode ridicule et meurtrière s’attaque à la source même de la vie et tend à l’altérer. »

Il est une très-grave erreur, accréditée parmi les mères, qui leur fait regarder le corset comme un excellent moyen de corriger les défauts de taille et de maintien de leurs fdles, et elles n’ont rien de plus empressé que d’appliquer cette camisole de force à ces frêles créatures, dont le buste dévie bientôt de sa rectitude normale, c’est-à-dire penche en avant, en arrière, à droite ou à gauche. Cette erreur des mères contribue beaucoup à augmenter le défaut ou la difformité qu’elles cherchent à combattre, et voici comment : chez les jeunes personnes d’une constitution délicate, le corset exerce une compression souvent intolérable sur telle ou telle partie du buste; alors, la jeune fille cherche à éviter la douleur en cédant à l’action du corset ; or, la douleur étant permanente comme la compression qui la cause, il s’ensuit que le moyen employé par la jeune fille pour l’éviter est aussi permanent. Cet état de choses amène un résultat opposé 5 celui qu’on attendait ; la déviation qu’on voulait redresser par le corset, s’aggrave au lieu de diminuer; le défaut de rectitude, le vice du maintien, devient une habitude qui s’enracine chaque jour et finit par être incurable.

Un autre inconvénient du corset, chez les jeunes

filles, est celui de leur faire perdre le goût de jouer, de courir, de folâtrer comme il convient à leur âge; la camisole baleinée qui les comprime leur rend difficiles et même pénibles les jeux qui exigent la souplesse du torse et une locomotion. rapide. Alors, leur santé languit, leur joyeuse activité se perd et leur fraîcheur se fane. Le soir, on les retire de leur étui ' pour les y remettre le lendemain ; pauvres enfants! et c’est pour vous rendre plus attrayantes que vos mères aveuglées vous torturent de la sorte... O lumières de l’hygiène! vous avez proscrit le maillot, quand donc ferez-vous justice du corset?

Sans énumérer davantage les tristes résultats de cette compression de la poitrine, nous répéterons avec tous les physiologistes et médecins, que les corsets baleinés et busqués sont un des plus dangereux ennemis de la santé et de la beauté ; une foule de difformités, de maladies et de morts prématurées ne reconnaissent point d’autres causes. Puisse le tableau suivant, dressé par un médecin célèbre, faire ouvrir les yeux aux mères aveugles qui, dans l’espoir de former une taille élégante à leurs filles, les enferment, dès le bas âge, dans un corset inflexible. Ce tableau est la moyenne de quarante années d’observations. — Sur cent jeunes filles portant corset,

25 succombent à des maladies de poitrine ;

15 meurent à la suite du premier accouchement;

15 restent infirmes après l’accouchement;

15 deviennent difformes;

30 seulement résistent, mais sont, tôt ou tard, affligées d’indispositions plus ou moins graves.

Cette statistique des dangers du corset ne devraitelle pas servir d’antidote contre la mode contagieuse du corset?

Les femmes n'ignorent pas que le corset leur est nuisible; ce qui le prouve, c’est, par exemple, lorsqu’en société une dame se trouve mal; alors, toutes les dames présentes s’écrient, d’un commun accord : Dé lacez- la vite, dclacez-la ! On coupe le lacet ; aussitôt l’air se précipite dans le poumon de l’évanouie, qui revient à elle après quelques aspirations d’air vivifiant. Mais la leçon ne profitera point à cette pauvre victime, car elle se serrera aussi fort le lendemain. — Faites, observer à cette autre dame d’une jjûleur extrême et sur le point de se trouver mal, que :son corset la gêne ; elle vous répondra subitement rpar une négation.

Ohl si les femmes de bon sens se donnaient la ipeine de mesurer le diamètre de leur corset, et puis de comparer cette mesure à la circonférence de leur Itaille en liberté, elles resteraient stupéfaites de l’émorme différence qui existe entre ces deux mesures; îot, de ce moment, abandonneraient ou modifieraient Heur corset, parce que la raison fait taire la coquet- Iterie lorsqu’il s’agit de la santé.

Nous relaterons ici quelques anecdotes, comme

preuve de l’opinion générale sur les dangers du corset, et de l’erreur obstinée des femmes sur la nécessité de ce vêtement meurtrier.

L’Empereur Joseph II, effrayé des profondes atteintes que le corset portait à la santé des femmes de ses États, s’efforça de le proscrire et d'en dégoûter les femmes honnêtes, en ordonnant que les reprises de justice le porteraient comme marque d'infamie. Cette proscription n’eut que peu d’effet; le corset, aban-

donné un instant, reparut de nouveau, au grand désespoir de l’Empereur.

En 1812, époque où la mode du corset se propageait rapidement en France, Napoléon disait à Corvisart, son médecin : « Ce vêtement, d’une coquet- « terie de mauvais goût, qui meurtrit les femmes et « maltraite leur progéniture, m’annonce des goûts « frivoles et me fait pressentir une décadence pro- « chaine. »

Louis XVIII disait à Mrae du Cayla : « Vous se- « riez la plus jolie femme de mon royaume, si, nièce prisant une mode absurde, vous abandonniez cet « affreux corset qui enlaidit la nature. »

Lorsqu’on demandait à Mme Tallien de quelle recette elle usait pour se conserver si fraîche et si belle dans un âge avancé, elle répondait : « Je n ai jamais

voulu porter de corset. »

Charles X répétait souvent à ses intimes : « Il n’était point rare, autrefois, de trouver à la cour de

France, des Vénus, des Diane, des Niobé ; aujourd’hui, on n’y rencontre plus que des guêpes. »

Mme la comtesse de ***, en l’absence de son mari, général à l’armée d’Afrique, avait arrangé le mariage de son fils avec la fille de Mme la duchesse de Le général se rendit à Paris pour assister à ce mariage; mais lorsqu’il eut jeté les yeux sur la femme qu’on avait choisie pour son fils, il refusa net, en disant à la comtesse : « Vous savez, Madame, que depuis cinq cents ans notre famille honore son pays par les hommes qu’elle lui fournit; Mlle de ***, plus frêle qu’un roseau, qui n’a ni flancs, ni poitrine, ne saurait perpétuer ma race. Je marierai mon fils à une femme robuste, qui n’aura jamais eu les côtes enfoncées par un corset. »

Le savant Cuvier conduisait une jeune dame, pâle et chétive, dans ses serres du Jardin-des-Plantes. La dame s’étant arrêtée pour admirer une fleur au port gracieux, aux brillantes couleurs, le savant lui dit : «Naguère, Madame, vous ressembliez à cette fleur et demain cette fleur vous ressemblera. » En effet , le lendemain Cuvier ramena la dame qui poussa un cri de douleur en apercevant la jolie fleur de la veille, pâle, courbée, languissante; elle en demanda la cause, et l’illustre professeur lui répondit : « Madame , cette fleur est votre image , comme vous elle languit sous une cruelle étreinte; » et il lui montra une ligature circulaire qu’on avait pratiquée sur

la tige de la fleur. «Vous vous fanerez de même, ajoutat-il , sous l’affreuse compression de votre corset ; vous perdrez peu à peu les charmes de votre jeunesse si vous n’avez assez d’empire sur la mode pour abandonner ce dangereux vêtement.» La jeune dame suivit le conseil du grand naturaliste et revint bientôt à la santé !

L’illustre Percy disait aux dames de la cour, que ces mots inscrits sur les magasins de Paris : Fabrique de Corsets, équivalaient à ceux-ci : Fabrique de poisons lents.

« Que de maux dans un corset ! » s’écriait l’éminent professeur Delpech ; que de morts dont il est la cause !

Réveillé-Parise a écrit ces lignes : « Si, par un caprice de la mode , le corset venait tout à coup à être proscrit , combien de femmes se trouveraient heureuses ! et si, plus tard, on infligeait comme peine corporelle le port d’un corset , ainsi qu’on inflige la cangue aux Chinois , à coup sûr les femmes jetteraient de hauts cris et se révolteraient contre la barbarie du supplice. »

Kératry, dans son excellent ouvrage du Sublime;, rapporte qu’un jour étant dans l’atelier de Prud'hon, à admirer une Vénus au bain , il lui demanda si le modèle vivant se trouvait à Paris ? Le grand peintre lui répondit négativement et déplora l’indigence des ressources qu’offrait la capitale en ce genre. Selon

lui , les Parisiennes ne manquent ni de morbiclesse, ni de correction dans les extrémités inférieures ; mais cbez presque- toutes la poitrine et la taille sont défectueuses à cause du corset. L’habile peintre avait raison.

Le docteur Alibert se trouvait à une brillante

soirée de la cour où toutes les femmes semblaient

s'être défiées à qui s’étranglerait le plus étroitement

la taille. Quelques jeunes hommes , qui n’avaient

cessé de complimenter ces dames sur l’inappréciable

finesse de leur taille, s’approchèrent du célèbre • * médecin et lui dirent : « Docteur, vous paraissez triste;

que vous est-il arrivé ? d’honneur ! votre figure soucieuse est un contre-sens au milieu d’une réunion si brillante de toilettes et de jolies femmes ; à quoi pensez- vous donc?

— C’est vrai, je suis profondément triste ; mais pourrait-il en être autrement, lorsque je vois l’élite des hommes de la capitale provoquer, en riant, les femmes au suicide.

— Au suicide ! répétèrent-ils, stupéfaits... et le docteur continua :

« Hélas 1 Messieurs, vous qui ne voyez que joie et sourires sur les lèvres de ces jolies dames, yous ignorez ce que souffrent leurs nerfs délicats sous la compression du corset ; vous ignorez quel supplice clics endurent dans cette infernale machine. En les complimentant sur la finesse de leur taille, vous les excitez

à se serrer encore davantage, et, par conséquent, à détériorer leurs organes, à contracter une foule de maladies? Puis, lorsque vous choisissez une épouse parmi elles , vous êtes désolés de ne trouver qu'un corps affaibli, sans formes ni vigueur, et sujet à mille indispositions... Ce sont ces tristes réflexions, j Messieurs, qui se peignent en plis soucieux sur mon front. Peut-être même que, tout à l’heure, plusieurs de ces jeunes élégantes, qui n’ont point mangé pour se serrer davantage et vous plaire, vont s’évanouir, se trouver mal... »

Le docteur achevait à peine sa phrase , que deux élégantes, à taille de guêpe , poussèrent un cri sourd et tombèrent sur le parquet. Alibert s’élança pour leur porter secours ; le corset fut coupé d’un coup de ciseau , et ces pauvres victimes de la mode rouvrirent aussitôt les yeux.

Les interlocuteurs avouèrent que le docteur avait raison et se promirent de ne plus faire , à l’avenir, l’éloge des tailles minces.

Il semblerait résulter de ce fait , que ce n est point aujourd’hui la mode qui force les femmes à se torturer dans un corset ; car la mode change tous les jours, et le corset, hormis quelques légères modifications , est resté le même quant à sa forme et à son but. Nous pensons absolument comme l’auteur de la Physiologie des passions ; c’est aux hommes qu’il faut attribuer cette persistance du corset , dans un

pays où les variations de la mode sont i rapides , non aux hommes de bon sens , mais à ceux qui font entendre incessamment cette sotte exclamation : Oh ! la jolie taille ; la taille mignonne et séduisante, on l’ enfermerait dans tes deux mains ; j’en suis amoureux fou!. . et autres pauvretés semblables. Or, puisqu’il est dans la nature de la femme d’aimer à plaire , il s’ensuit que les femmes qui entendent chaque jour les hommages adressés à une taille fine, se serrent à se briser les côtes, à s'étouffer pour qu’on leur adresse la même louange.

Du jour où les hommes trouveront difforme une taille fine et monstrueuse une taille étranglée , les corsets tomberont ; les femmes respireront à l’aise , jouiront d’une meilleure santé et feront de plus beaux enfants.

Le corset donne-t-il des grâces au maintien et aux diverses attitudes ; rend-il la femme plus attrayante ? Evidemment non. Nous avons vu que , loin de redresser les défauts de rectitude et de direction , le corset ne faisait que les accroître ; que loin de favoriser les formes, il en arrêtait le développement; qu’il gênait la liberté des mouvements et rendait la femme raide , guindée , sans grâces. Et cependant , malgré ces nombreux inconvénients, le préjugé a fait du corset la base indispensable de la toilette. Une femmo n’oserait se présenter en société sans corset , parce qu’on chuchote contre celles qui

sont assez sages pour s’en affranchir. Les femmes à corsets trouvent mal faites celles qui n’en portent point ; en revanche , les femmes de bon sens, qui < ont proscrit de leur famille ce vêtement meurtrier, trouvent difformes celles qui en font usage ; tant il est vrai que chez les peuples les plus civilisés , il se glisse des modes jurant contre le bon goût , et que la beauté conventionnelle est presque toujours en opposition avec la beauté réelle.

Vous riez. Mesdames les Françaises, de la coutume barbare qui oblige la Chinoise à se déformer les pieds ; qui force l’Indienne à se percer la cloison du nez pour y suspendre un anneau; vous vous moquez du large bracelet que la Bédouine porte au bas de la jambe; vous trouvez hideuses les longues oreilles qu’allongent incessamment de lourds pendants d’oreilles ; vous chuchotez malicieusement contre l’épaisse taille de la femme turque ou de la Mauresque ; mais , savez-vous ce que les femmes de ces nations pensent d’une Française étranglée par un corset? Bien certainement elles vous rendent, à usure, vos épigrammes et vos rires moqueurs. Écoutez ce que dit lady Morgan à ce sujet :

« Pendant mon séjour à Constantinople, j’aimais à prendre des bains orientaux, en société des femmes d’Osman-Pacha. Le harem de ce riche seigneur se composait de trente femmes grecques , circassiennes ou mingréliennes d’une beauté remarquable. Chaque

fois que j’entrais au bain, je ne me lassais pas d’admirer ces beaux corps, dont les riches contours se développaient sans liens ni entraves. L’étonnement de ces femmes à la vue d’une Européenne , leurs jeux , leurs agaceries, leur minutieuse toilette, m’amusaient beaucoup.

«La femme du consul de France, délicate Parisienne à taille de guêpe , à qui je parlai du bain et des baigneuses , me pria instamment de la conduire au hamam (bain oriental), ce qui eut lieu le lendemain. La mésaventure qui lui arriva me fit rire à perdre haleine et fixa, désormais, mon opinion sur le corset.

« Lorsque la jeune Française entra dans le bain, toutes les femmes du harem l’entourèrent ; c’était à qui la regarderait, la toucherait, lui adresserait des questions qu’elle ne comprenait point. On se mit en devoir de la déshabiller et , à chaque pièce du vêtement qu’on enlevait , ces femmes en examinaient le tissu , la forme , le travail, et se parlaient entre elles. Lorsqu’on fut arrivé au corset , toutes s’éloignèrent précipitamment et comme effrayees.

« — Est-ce que votre amie est une femme? me demandèrent-elles.

« — En douteriez-vous? répondis-je.

« — Mais elle n’a ni flancs , ni poitrine, parties les plus saillantes de notre sexe.

« — C'est cependant bien une femme, et réputée fort jolie dans son pays.

« — Son corps doit, sans nui doute, cacher quelqu’infirmité, ajoutèrent-elles un peu rassurées. Votre amie a peut-être eu les reins brisés ou les côtes enfoncées, pour qu’on l’ait enfermée dans cet étroit bandage ; chez nous, on bande ainsi les bras et les jambes cassés.

« — Vous n’y êtes point, mes amies, continuai-je; ce que vous appelez un bandage est un élégant corset que les femmes du pays de Madame portent, dès le bas âge, pour se rendre la taille plus mince; car, dans ce pays, une taille très-mince passe pour trèsbelle.

« — Oh ! nous vous voulons voir cela! s’écrièrent toutes les baigneuses à la fois , et aussitôt elles délacèrent la jeune étrangère qui voulut en vain s’y opposer. Lorsque la Française fut entièrement dépouillée, les femmes d’Osman se mirent toutes à la regarder et à rire aux éclats, en voyant une poitrine étranglée à sa base et de grosses hanches qui rendaient cet étranglement encore plus frappant.

« A dire vrai , en comparant le corps de l'Européenne avec les formes luxuriantes des femmes orientales, je ne pus m’empêcher de penser que la comparaison n’était pas du tout à l’avantage de la première. La pauvre Parisienne fut tellement mortifiée des rires moqueurs dont elle était l’objet, qu’elle ne put retenir une larme, et jura que, de sa vie, on ne la reprendrait dans un bain d’odalisques. »

Ainsi donc, les grâces no se logent point dans un corset ; il serait dérisoire d’avancer qu’une femme ayant la taille étranglée, la poitrine resserrée et le ventre meurtri par une lame de fer, puisse être gracieuse ; car tous ses mouvements se ressentent de la gêne qu’éprouvent ses organes refoulés. L’élégance de la taille réside dans sa souplesse, dans ses justes proportions avec le bassin et les épaules ; dans ses contours moelleux et ses lignes correctes, mais non dans le brusque étranglement que lui fait subir un corset. Une taille mince posée sur un large bassin est une monstruosité. Les attitudes et divers mouvements du corps, pour être gracieux, exigent de la souplesse dans les articulations et une grande facilité dans le jeu des muscles, tandis que le corset détruit la souplesse et la légèreté. Considérez le groupe des trois Grâces : c’est autant par leurs poses ravissantes que par la suavité de leurs formes qu’elles enchantent nos yeux et commandent à notre admiration. Adaptez un corset à ces corps, dont la beauté réside dans l harmonie des proportions, tout le charme est détruit. O femmes ! prenez-les donc pour modèles, et l’empire des cœurs vous est assuré.

LE CORSET PEUT— IL ÊTRE AVANTAGEUSEMENT EMPLOYÉ CONTRE CERTAINES DÉVIATIONS ET DIFFORMITÉS?

Une grande variété de corsets mécaniques ont ét

inventés pour combattre les déviations de la taille et redresser les déviations de l’épine dorsale. Plusieurs médecins orthopédistes se sont occupés de cette ira-*portante question, et chacun d’eux prétend réussir au moyen de l’appareil dont il est l’inventeur. D’un autre côté, d’habiles gymnasiarques prétendent que l'application continue de tout appareil mécanique sur une surface du corps, est nuisible au libre exercice des fonctions organiques. Selon eux, une gymnastique musculaire bien entendue, bien dirigée, est l’unique moyen à opposer aux déviations de la charpente osseuse* par la raison que la gymnastique, jointe à une alimentation spéciale, transforme la constitution de l’individu en opérant une égale répartition des forces vitales sur tous les points de l’économie. Ne pouvant ici entrer dans la discussion de prééminence de l’une ou de l’autre de ces deux méthodes, nous renvoyons le lecteur à notre brochure intitulée : Hygiène et perfectionnement de la beauté humaine dans ses lignes , ses formes et sa couleur, chez Dentu, Palais-Royal, à Paris.

EXISTE-T-IL ÜN AGE ET CERTAINES CIRCONSTANCES QUI RÉCLAMENT L’USAGE DU CORSET?

La proscription du corset doit être absolue pour les jeunes filles qui ne sont point arrivées à la puberté. A cet âge, le squelette est loin d’avoir acquis toute sa

croissance, et la moindre compression ne peut que courber les os, leur imprimer une direction vicieuse et nuire au développement régulier des organes contenus dans le ventre et la poitrine. — Le corset hygiénique, c’est-à-dire exempt de tiges métalliques, ne saurait être permis qu’après la puberté et aux personnes dont le buste a besoin de soutien. Si, dans quelques cas de difformités incurables, d’excès d’embonpoint, le corset trouve son application, il doit néanmoins être hygiénique, autrement dit ne jamais contrarier les lois physiologiques. Ainsi donc, si l’excès de formes peut en autoriser l’usage, les maladies de poitrine, la maigreur, la grossesse et l’allaitement doivent le faire rejeter comme des plus nuisibles.

Nous le répétons, la femme bien constituée qui s’emprisonne dans un corset, fait une insulte à la nature; elle détruit peu à peu l’élégance de ses formes et la grâce de ses mouvements. La femme qui veut, au moyen d’un corset, arrêter un développement d’embonpoint, se prépare des maux affreux et quelquefois une mort prématurée.

A cette époque de la vie où la femme n’est ni jeune ni vieille, l’embonpoint vient changer le genre de sa beauté. Ses reliefs sont plus fortement prononcés ; les lignes et contours plus largement dessinés ; il y a •développement du tissu graisseux : poitrine, épaules,

: membres, tout est potelé. C’est alors que, déplora- ;blement égarée sur le caractère de la beauté do son

âge, la femme se serre, se comprime de plus en plus dans l’étau d’un corset, pour cacher ses formes luxuriantes et se suicider lentement. En observant les^ mille précautions que prennent les femme* et les tortures inouïes qu'elles endurent pour faire avorter un embonpoint naissant, on serait tenté de croire que la gracilité ou maigreur est une qualité, que l'embonpoint est un défaut? O femmes! vous vous trompez étrangement, car l’opinion des hommes de sens est tout à fait contraire : une femme sèche et maigre est fort peu goûtée, tandis qu’une femme potelée se voit, chaque jour, environnée d adorateurs. Un ?atiriquc, très-bon juge en cette matière, appliquait ces mots à la plupart des femmes du monde : 1 cop d esprit et pas assez de chair.

Pour mieux démontrer l’incroyable puissance de la mode du corset et son effrayante propagation au sein des nations civilisées, nous ferons observer que, dans la seule ville de Paris, le nombre des corselières. s’élève au chiffre approximatif de 3,/ Chaque ouvrière confectionnant un corset en deux jours, terme moyen, il en résulte que le travail de toutes ces ouvrières fournit par an, à la consommation, 6/ / ,404i corsets ! Pour peu que, daus chacun de nos départements, il existe seulement cinquante corsetières travaillant comme celles de Paris, et c est peu dire, lej chiffre des corsets fabriqués en France s’élèvera, chaque année, à un million et demi! ... Comme on le voit , le

chiffre des victimes est énorme ; et ce ne sont ni les souffrances, ni les maladies, ni les morts prématurées, ni la raison de l’âge mûr, qui peuvent diminuer le nombre toujours croissant de ces pauvres victimes ; -1 n'y a qu'une mode contraire qui puisse soustraire es femmes à cette tyrannie homicide.

Dans les villes de province, où la mode exerce une yrannie moins cruelle que dans la capitale, beaucoup 3e dames portent une espèce de corset dépourvu de ousc et de baleines, qui ne gêne en rien les mouvements vitaux ; aussi se trouvent-elles préservées des iffreuses maladies qui, chaque année, moissonnent ant de jeunes Parisiennes.

Nous terminerons cet article en conseillant aux lames qui ne peuvent se passer de corset, d’adopter elui qu’on nomme hygiénique, et dont voici les conlitions : — le corset hygiénique doit être exempt de oute lame, tige, baleine et autres corps durs capables l’exercer une compression sur les parois de la poiîrine, surtout au point correspondant à l’estomac, ompression toujours dangereuse à la beauté comme la santé. Le corset doit être fait d’un tissu élastique, yant la propriété de bien embrasser la taille, d’exer- <er une pression douce, uniforme, sur toute la surface lu torse ; de se prêter aux mouvements inspirateurs les poumons et aux diverses inflexions du corps, sans mmais leur opposer la moindre gêne, la plus petite résistance. Le corset, pour les personnes grasses, a

pour unique objet de maintenir le surcroît de formes et de contenir le développement abdominal. Le corset qui remplit ces conditions mérite l’ épithète d’hygiénique et devrait être adopté par toutes les femmes de cette catégorie.

Telle est l’histoire physiologique du corset, que nous avons rapidement esquissée, dans le but d'inspirer aux femmes une invincible aversion pour tout ce qui peut nuire à leurs charmes et à leur santé. Puissent donc les faits que nous avons cités attirer leur attention et les rendre, à l’avenir, plus prudentes dans le choix et la pose du corset.

SECTION II

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