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RÉFLEXIONS SUR CETTE PASSION

Les modes sans cesse et toujours variées des coiffures en cheveux, des bonnets, chapeaux, parures et ornements de tous genres; les vêlements de toutes formes, de toutes couleurs, de toutes nuances ; les étoffes, les tissus imprimés de mille dessins, ornés de mille manières, sont une preuve irrécusable de la passion des femmes pour la nouveauté. L’esprit de la femme est irrésistiblement poussé vers l’étude de la toilette; ses instincts, ses goûts, son immense besoin de plaire à l’homme, la rendent ingénieuse à compo-

ser, à varier sa mise, à se parer de mille laçons coquettes; et l’on peut avancer qu’en général, il n’est pas de femmes qui n’acceptent une mode, aussi dangereuse qu elle soit, dans le seul espoir de paraître plus jolie, plus séduisante, et, bien souvent, pour le seul plaisir d’entendre dire à ses oreilles quelle a été une des premières à porter la mode du jour.

La mode excuse les excentricités les plus inconvenantes et les applications les plus dangereuses, soit à la santé, soit à la beauté. Aujourd hui la mode exige que la femme s’étrangle la base de la poitrine, au risque de se trouver mal et de devenir poitrinaire; la mode exige qu’elle emprisonne son pied dans une chaussure deux fois trop étroite, qui lui comprime douloureusement les orteils ; qu’elle se tire violemment les cheveux pour faire le casque , au point de devenir chauve, ce qui se voit tous les jours. Demain, si la mode exigeait que nos élégantes se barbouillassent le visage de couleurs grossières, comme le font lesGroënlendaises, les Caraïbes, les Zembliennes, etc.; quelles se bariolassent la peau du corps entier de marques de tatouage et d incisions profondes , à l’exemple de certaines peuplades d’Afrique et d’Amérique ; qu' elles s’arrachassent les dents de devant et se coupassent un des doigts de la main , comme cela se pratique dans certaines contrées d’Afrique ; qu’elles se trouassent la cloison du nez ou la lèvre inférieure pour y suspendre des joyaux, comme chez

les Indiens, toutes ces barbaries, toutes ces atrocités seraient exécutées avec empressement et courage par cette femme, si pusillanime en toute autre circonstance. Lorsqu’il s’agit de suivre la mode, les femmes, les Parisiennes surtout, ne craignent ni douleurs, ni tortures ; pour la mode, elles se feraient martyres !!!

Enfin, la mode est une espèce de folie qui naît et renaît sans cesse au sein des sociétés ; la raison ne peut rien contre elle : il n’y a qu’un autre genre de folie qui puisse la déraciner. Si l’on compulsait les annales de la mode, on resterait stupéfait de toutes les bizarreries, les sottises, les absurdités, nous ajouterons de toutes les cruautés, qu'elle a fait peser sur la famille humaine.

De tout ce qui précède, il résulte que la mode est le tyran du monde, que la France est sa patrie adop- : tive et Paris son séjour favori. Là, elle formule ses décrets et les impose aux nations civilisées , qui les adoptent en esclaves. Aussi, lord Bolingbroke disait-il que les futilités de la mode venant de France coûtaient annuellement à l’Angleterre vingt millions!... ; Ainsi qu’aux beaux jours de la Grèce, Athènes élégante donnait le ton et les modes au monde ancien, de même le Parisien doit à la succession rapide de ses impressions, de ses caprices, à la versatilité de son caractère , le surnom de grand fabricateur de modes des temps modernes.

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