CHAPEAU
Les anciens ne faisaient point usage de chapeaux , ils vaquaient à leurs affaires la tête protégée par leur chevelure; ce n’était guère qu’en voyage qu’Hs se couvraient le chef d’un abri contre le soleil ou la pluie. Le chapeau ne fut introduit en France que sous le règne de Charles VHI ; avant cette mode , les gens de guerre seuls portaient le casque ou toute autre coiffure, capable de protéger la tête contre les chocs extérieurs. Soumis aux lois de la mode, le chapeau éprouva de nombreuses modifications : on le vit tantôt large , tantôt étroit , d’autres fois d’une petitesse ou d’une hauteur démesurées ; simple ou chargé d’or, d’argent, de soie, de plumes et bariolé de divers ornements ; il devint un objet de luxe , de coquetterie , et enfin une marque distinctive. Depuis le lampion écourté de l’élégant marquis jusqu'au tricorne gigantesque de l'incroyable, sous la République, il revêtit des formes plus ou moins bizarres et extravagantes. Enfin, de toutes ces formes, de toutes ces espèces de chapeaux, le plus laid est resté : le chapeau rond.
Le chapeau des femmes, quoique plus coquet, plus léger et plus .soumis aux caprices de la mode que celui de l’homme, a eu ses formes bizarres et s’est souvent élevé aux limites du ridicule. Si l’on demande quels sont les avantages du chapeau, on lui trouve
d’abord un but d’utilité, celui de garantir la tête des intempéries des saisons. Mais alors, sa composition et sa forme doivent être en rapport avec ce but , c'està-dire que, pour protéger contre les ardeurs du soleil, il doit être léger, de couleur claire et à larges bords ; pour préserver du chaud, il doit être plus compacte ; plus serré et d’un tissu imperméable pour garantir de la pluie. Je demande à quoi peut servir, par un brûlant soleil ou par une pluie battante, un chapeau à bords si petits, qu’à peine si les doigts de celui qui le porte peuvent le saisir pour exécuter une salutation obligée? Le visage est littéralement grillé et le cou inondé. En second lieu , si l’on considère le chapeau comme objet de parure , d’ornement , il est nécessaire que sa forme soit gracieuse , agréable aux yeux , et sa dimension calculée sur la taille et la physionomie de l’individu , tandis que c’est le contraire : le bon goût se trouve presque toujours blessé. Ce sont des chapeaux disproportionnés en hauteur, ressemblant à un tuyau de poêle, ou des chapeaux si bas , que l’individu en est écrasé. Aujourd’hui , le fond du chapeau est évasé en pavillon de clarinette , demain, il s’allonge en cône ; un autre jour , le chapelier, qui est fort peu artiste en matière de beau , lui donnera des formes plus ou moins absurdes. Aussi les Orientaux, qui admiraient nos belles coiffures des siècles passés, se moquent de nos chapeaux d’aujourd’hui.
Mais ccttc digression nous a emportés loin du do- ■! maine de l’hygiène ; hâtons- nous donc d’y revenir. Le chapeau ne doit, dans aucun cas, comprimer la tête : il en résulterait un engourdissement douloureux, et, plus tard, des névralgies, des vertiges. Les oreilles resteront hors du chapeau ; ceux qui les y fout entrer ; aplatissent ces organes sur les os du crâne et leur font contracter une direction hideuse. Les chapeaux gris et blancs conviennent en été , les chapeaux noirs en hiver. Il est bon que l’intérieur soit garni d'un tissu blanc, et il serait hygiénique de pratiquer une ou plusieurs petites ouvertures latérales dans le corps du chapeau afin de laisser circuler l’air et de lui donner la possibilité de se renouveler ; car si l'on garde longtemps son chapeau sur la tête, l’air qui y est contenu s’échauffe et peut occasionner des céphalalgies.
Les bonnets en tulle, gaze, dentelle, etc. , sont pour les femmes une coiffure aussi légère qu’élégante, le bon goût préside ordinairement à leur fabrication, et beaucoup de jolis minois deviennent encore plus agaçants sous un coquet bonnet de dentelles. Nous ne parlerons pas de ces bonnets d’effrayante dimension en usage dans certaines provinces; leur forme, aussi bizarre que burlesque, ne sert qu'à déparer une jolie tète. Peut-on voir, par exemple, quelque chose de plus gigantesque, de plus risible, que ces bonnets de Cauchoises ou ces coiffes normandes? Ce sont de véritables coiffures de carnaval.