BOTTES, BOTTINES, SOULIERS, ETC
La chaussure est une des parties indispensables du vêtement ; elle protège le pied de l'humidité, du froid ou de la chaleur du sol, et des corps piquants ou tranchants qui pourraient le blesser. Depuis la lourde botte du postillon jusqu’à l’escarpin léger du danseur, depuis le socque élégant de la citadine jusqu’à l'informe sabot de la paysanne, il existe une grande variété de chaussures : les unes sont faites pour affronter la neige et la boue des hivers ; les autres pour se promener sur le luisant parquet des appartements: il y en a pour supporter de longues marches, et d'autres pour ne pas dépasser le seuil de la ma"îson.
On a dit, avec raison, que le pied était la partie du ! corps sur laquelle la mode dirigeait le plus souvent ses tortures. En effet, rien de plus variable que la forme de la botte ou du soulier : tantôt la pointe en est étroite, pointue; tantôt carrée et démesurément large; aujourd’hui les talons sont très-élevés, demain ils seront tout à fait plats, etc. L’intermédiaire entre ces extrêmes nous paraît le meilleur.
La botte et la bottine l’emportent sur le soulier, en
ce qu’ils prennent exactement le pied, le soutiennent et l’empêchent de tourner ; le soulier est plus facile à chausser, mais il est moins agréable à l’œil et peutêtre moins habillé.
On a essayé, il y a quelques années, d’introduire la mode des souüers recouverts d’une demi-guêtre; beaucoup d’élégants s’empressèrent de l’adopter et ne tardèrent pas à l’abandonner. Le pied, ainsi chaussé, n’a plus la forme attrayante qu’on recherche ; ensuite, pour peu que la guêtre soit serrée, il en résulte de la gêne dans la circulation locale. D un autre côté, le dessous de pied retient la boue et les immondices sur lesquels on a pu marcher pai inadvertance; enfin, on passe un temps plus ou moins long à boutonner la guêtre, soit en se servant d’un tire-bouton, soit en se fatiguant les doigts.
Les bottines en velours, ou en drap de diverses couleurs, vont très-bien aux dames, et remplissent les conditions voulues par la saison d hiver ; les bottines d’étoffes légères conviennent parfaitement dans la belle saison. Les hommes, moins conséquents, ont adopté la botte en cuir pour toutes les saisons. Cependant, la botte en coutil eût été bien préférable a l’époque des chaleurs : le pied se gonfle, emprisonné dans le cuir, il s’échauffe, transpire, et exhale une mauvaise odeur, si l’on ne change pas fréquemment de bas ou de chaussettes. — L’hiver, et particulièrement dans les climats pluvieux, la chaussure de-
mande à être à l’épreuve de l’humidité ; car le froid et l’humidité des pieds sont une cause très-fréquente de maladies. On a proposé, pour rendre la chaussure imperméable, la recette ci-après :
Huile siccative 1,000 grammes.
Essence de térébenthine. . 60 —
Poix de bourgogne. ... 30 —
Cire jaune 60 —
Faites fondre au bain-marie, et, pour masquer l’odeur, ajoutez :
Huile essentielle de bergamote ou de citron. . 15 gr.
On trempe une brosse molle dans cette liqueur et l’on frotte la chaussure ; après l’avoir laissée sécher on recommence de nouveau, et l’on continue ainsi tous les jours jusqu’à ce que le cuir soit saturé.
Un moyen meilleur que celui-ci est de faire usage de chaussures à doubles semelles, dont l’une est en liège ou en caoutchouc; ou, encore, de porter des socques, qui isolent parfaitement le pied du sol.
L’industrie est parvenue à donner au caoutchouc toutes les formes et à l’adapter à une foule d'usages. Aujourd’hui, on fabrique des socques en caoutchouc qui garantissent très-bien le pied de l’humidité extérieure, mais qui ont l’inconvénient de s’opposer à l’exhalation de la transpiration insensible et de ren-
dre le pied humide dans la chaussure. Néanmoins, la plupart des femmes ont adopté cette chaussure pour l'hiver, lorsqu’elles sont forcées de faire une course par un temps pluvieux; elle est, du reste, fort commode. On peut encore rendre la chaussure imperméable, par l’application de semelles en gutta-percha. Ces sages précautions contre l’humidité et le froid des pieds, éviteront bien des rhumes et autres affections aux personnes qui y sont prédisposées. Les bottes imperméables et à doubles semelles sont trèsutiles aux hommes que leurs occupations forcent à marcher par le mauvais temps. Après une course assez longue sur un sol humide, si l’on vient à se reposer avec des chaussures imbibées d’eau, le pied, échauffé par la marche, se refroidit peu à peu, et il en résulte presque toujours un dérangement dans la santé. Avec des socques ou des bottes imperméables, on pare à ce grave inconvénient.
Le cuir de l’empeigne et des tiges doit être souple et moelleux, afin de se prêter en tous sens et de n’exercer aucun frottement. Plus le cuir de la semelle est battu, moins il est perméable à l’eau et plus il est de longue durée. La chaussure en cuir verni, adoptée par le monde élégant, a l’inconvénient de manquer do souplesse et d’exercer une compression qui finit par devenir douloureuse. Enfin, pour se mouler exactement au pied, la chaussure doit être fabriquée sur deux formes, c’est-à-dire une pour le
pied gauche, l’autre pour le pied droit. Le côté interne du pied diffère trop du côté externe, pour que l’on puisse être à l’aise et bien chaussé avec une chaussure faite sur une même forme, dans l’intention de la changer alternativement de pied.