DE LA PROPRETÉ
Si la propreté des vêtements est la première condition dans la toilette extérieure, la propreté du corps est de même inséparable de la beauté et de la santé. La propreté a un tel charme, qu’elle embellit la mise la plus simple et corrige la figure la moins favorable. Par un effet contraire, la malpropreté blesse les yeux, éloigne, dégoûte et repousse.
Les anciens disaient que la femme malpropre était l’être le plus hideux de la création. La malpropreté, selon Ovide, est le meilleur remède contre l’amour. J. -J. Rousseau a ajouté qu’une femme malpropre par négligence, était un être monstrueux. Ovide et Rousseau ont raison, car la malpropreté porte une influence bien funeste sur les liens physiques et moraux qui unissent l’homme et la femme. Voyez, à ce sujet, Y Hygiène du Mariage (9° édition).
La propreté consiste à donner des soins incessants h toutes les parties du corps, surtout à celles qui sont le plus exposées aux impuretés des corps environnants et à celles dont les sécrétions sont plus abondantes ; les bains, les lotions et ablutions fréquentes, l’usage modéré de certains cosmétiques reconnus excellents; le linge toujours blanc, la peau toujours nette; des vêtements souvent lavés ou aérés et complètement exempts de toute souillure.
Mais, il faut se garder des excès dans la propreté, parce qu’ alors elle devient abusive et nuisible ; 1 excès en toute chose est un vice.
N’imitez point ces petits-maîtres, ces petites-maîtresses qui, semblables à Henri III, à Charles II et à Anne d’Autriche, passaient leurs journées à prendre des bains de lait parfumé, et se couvraient les mains et le visage d’une pâte adoucissante, pour embellir leur peau. A peine osaient-ils sortir de leurs appartements, dans la crainte que l’éclat de la lumière ne ternît leur teint. Ils changeaient trois et quatre fois de linge par jour; ils se faisaient épiler, poncer et oindre d’essences ; rien n’était plus délicat que leur peau, de plus recherché que leurs vêtements. Ces sybarites, mous, énervés, ne pouvaient vivre que sur des édredons et au milieu d’une atmosphère chargée de parfums; dans une perpétuelle admiration d’euxmêmes, ils passaient toulleur tempsdevant leur miroir, pomme Narcisse penché sur le cristal des fontaines.
Or, cet abus honteux n’est-il pas l’ennemi de la force et de la santé? Et ces êtres efféminés qui passent leur vie à s’adoniser, ne sont-ils pas plus exposés que les autres à toutes les incommodités de l’économie humaine? Un rien les rend malades, les fait évanouir. Il est certain que l’homme perd autant au moral qu’au physique, par cet abus de la propreté.
Les législateurs orientaux reconnurent de bonne heure que la propreté du corps était intimement liée à l’hygiène publique et privée ; aussi en firent-ils un précepte de religion ; car, sous ces climats ardents, la malpropreté engendre une foule de maladies muqueuses et cutanées dégoûtantes, qui deviennent endémiques, comme la lèpre chez les Hébreux.
Les anciens Grecs et Romains étaient beaucoup plus délicats, beaucoup plus stricts que nous, en fait de propreté féminine. Les détails de la toilette du corps d’une femme de ces époques, dont nous ne pouvons donner ici les détails, nous paraissent aujourd’hui outrés et presque incroyables ; le lecteur en jugera par ce qui suit :
Le mouchoir était un objet inconnu; les femmes n’avaient point le droit de se moucher, même dans leur maison, en présence du mari. Une femme qui se serait permis de se moucher ou de cracher en public, était à jamais perdue dans l’opinion. La femme enrhumée se reléguait dans la partie la plus déserte de sa maison et n’osait plus se montrer. L’usage du
mouchoir et du crachoir avait quelque chose de tellement ignoble, qu’une simple infraction aux bienséances sur ce point, suffisait pour amener un éloignement entre les époux et refroidir l’amant le plus passionné. Juvénal raconte qu’un Romain de qualité, choqué de ce que sg femme, enrhumée, avait osé faire crier son nez en sa présence, se relira et lui envoya un esclave avec cet ordre :
« Madame, faites au plus vite votre paquet, Monsieur ne peut plus vous souffrir, parce que vous vous mouchez à chaque instant. Monsieur n’aime que les femmes qui ont le nez sec, et vous avez le nez gras; partez vite de la maison ! »
A nous, modernes, ceci nous paraît par trop exagéré. Qu’eussent donc fait les Romains, si leurs femmes se fussent bourrées les narines de tabac?
Laissant toute exagération à part, les anciens avaient raison d’exiger de la femme une propreté recherchée, eux qui divinisaient la beauté physique. La femme serait toujours séduisante, adorable, si jamais aucune indisposition, aucune infirmité ne venait faire évanouir l’admiration, l’amour et l’enthousiasme qu’inspire sa fraîche beauté. O femmes! 1 imagination des amants, des poètes, des artistes vous déifie aujourd’hui, vous place sur un autel; demain, vous gagnez un rhume, un catarrhe... alors vous toussez et crachez, vous éternuez et vous mouchez ; à chaque secousse nasale ou pulmonaire le divin pié-
(lestai chancelle; bientôt il se brise... vous tombée, hélas! et redevenez mortelles. Comprenez-vous, maintenant, ô femmes ! toute la puissance de la propreté?