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DE LA COQUETTERIE

Les étymologistes trouvent l'origine des termes coquet , coquette , dans le mot coq. Le coq, on le sait, est un volatile superbe , orgueilleux, je ne dirai pas de sa personne, mais de son individu ; il aime à faire le beau, le galant avec les poulettes; plus il attire leurs regards, plus sa vanité est satisfaite. Par extension, on a donné le nom qualificatif de coquet et de coquette aux personnes qui , à l’exemple du coq, ont la prétention de plaire à plusieurs.

Un auteur explique ainsi l’origine de la coquetterie : plusieurs personnes des deux sexes , que rapprochaient des liens de parenté ou d'amitié , formèrent d’abord de petites réunions pour se distraire agréablement. On reçut ensuite , dans ces réunions, d’autres personnes, les unes pour leur esprit , les autres pour leur rang ou leur fortune ; on consentit à en recevoir quelques autres encore à cause de leur

mérite et de leurs vertus ; ainsi s’élargit le cercle étroit de ces réunions à leur principe.

Bientôt le penchant naturel d’un sexe pour l’autre grandit dans les cœurs ; les hommes reçus dans ces sociétés ne purent cacher leur reconnaissance aux femmes qui leur en avaient accordé l’entrée et , obligés à moins de retenue qu’elles , ils crurent pouvoir donner à leur politesse les apparences de l’amour. Le langage des femmes devint doux et gracieux , parce que la grâce, la douceur et l’amabilité lui sont naturelles ; celui des hommes fut vif, spirituel, tendre et flatteur; parce que les hommes voulurent prouver qu’ils étaient esclaves de la beauté. Mais les femmes reconnurent qu’il y avait plus de flatterie que de sentiments dans les hommages qu’on leur adressait; elles comprirent le danger d’ôtre sensibles à ces adorations intéressées ; néanmoins, ces hommages , ces adorations leur plaisaient trop pour les repousser tout à fait. Alors, leur esprit toujours fidèle à les servir , toujours prompt à leur suggérer des moyens , leur fit trouver la COQUE1 TERIL.

Coquetterie , selon l’Académie , est le désir de plaire, d’attirer les regards , de séduire , d exciter à l’amour sans y répondre ; c’est le triomphe de 1 amour-propre sur les sens. Ainsi , la passion dominante de la coquette serait de paraître belle , charmante aux yeux de tous, de faire naître de tumultueux désirs avec la formelle intention de ne rien ac—

corder ; la vanité serait le seul mobile des ressorts qu’elle fait agir pour être distinguée, recherchée, admirée et adorée parmi les autres femmes. A ce point de vue la coquetterie est un défaut capital que toute femme raisonnable doit soigneusement repousser et combattre avec énergie si , par malheur, elle s’en trouvait atteinte.

Loin de conserver le sens donné à ce mot , nous le restreindrons à des proportions qui lui enlèveront tout ce qu’il peut avoir de désagréable et d’injurieux. Cette restriction admise , nous définirons la coquetterie :

Le désir de plaire, d’attirer les yeux, de se faire aimer, sans exclure les bonnes qualités du coeur; le bon goût dans la mise, l’élégance dans la toilette, une propreté recherchée, le talent de tirer bon parti des ajustements les plus simples pour faire ressortir les beautés du corps et cacher ses imperfections ; enfin, la coquetterie est cet art charmant, sorti du boudoir de Vénus, qui nous offre la femme environnée de grâces et d attraits, aimable , jolie , agaçante, et qui nous force à 1 admirer, a lui rendre hommage, a l’adorer !

On peut appeler coquette une femme qui aime à se parer pour plaire à son mari ; une jeune fille qui cherche dans la toilette les moyens de paraître plus belle aux yeux de son amant.

On peut nommer coquettes ces femmes qui, sans

aucune intention de plaire, sont soumises à l’empire des modes et suivent instinctivement leur goût pour la toilette et la parure.

On peut , à plus forte raison, appeler coquettes ces femmes naturellement légères, mais douées d’un excellent cœur, qui passent d’un attachement à un autre , comme elles quittent la mode de la veille pour prendre celle du jour. Dans ce sens , la charmante Ninon de Lenclos doit être regardée comme la reine des coquettes.

Dans tout cela nous ne voyons rien de si grave, de si scandaleux qui puisse motiver les terribles imprécations que certaines gens lancent contre la coquetterie.

De tout temps on accusa les femmes d’aimer les parures, d'être coquettes; eh ! mon Dieu, cette éternelle accusation de quelques moralistes chagrins nous semble aussi irréfléchie que stérile. En effet , le désir de plaire et d’être aimée ne fut- il point toujours et ne sera-il pas à jamais l’instinct le plus vivace de l’organisation féminine ? N’est-il pas écrit au front de la femme que toutes ses joies se résument dans les hommages et les adorations? Si sa beauté , ses grâces naturelles, relevées par un peu de coquetterie, lui attirent l’encens des hommes dont elle est si avide, pourquoi n’en userait-elle pas ?

D’un côté, la coquetterie retarde la marche du temps pour les femmes , elle prolonge leur jeunesse

et la belle saison des hommages; c’est alors un calcul de l’esprit.

D’un autre côté, la plus belle moitié de la vie n’estelle pas absorbée par cette grande passion qu'on appelle amour ? Or, si la coquetterie attise les feux de l’amour, on doit la regarder comme une qualité chez la femme. Aussi , la nature, qui fait bien tout ce qu’elle fait , la nature, plus sage que tous nos philosophes passés , présents et futurs , a voulu que la coquetterie fût un des instincts de la femme ; et si , par un bouleversement des lois naturelles , les femmes venaient à être dépouillées tout à coup de cet aimable instinct et tombaient dans une triste négligence de leur personne, on verrait une partie des hommes devenir indifférents , maussades , refrognés, bourrus, et peut-être plus despotes qu’ils ne le sont. L autre partie se plaindrait de ce changement des habitudes de la femme et en serait la victime, parce que, semblable aux parfums qui captivent l’odorat , la coquetterie est un excitant des yeux, un stimulant du cœur ; parce que la coquetterie , en rendant la femme gracieuse , attrayante , remue 1 âme, éveille le désir qui s’endort ; enfin, la coquetterie apprend aux hommes les plus indifférents que la nature leur donna des yeux pour admirer et un cœur pour aimer les femmes. (1)

(1) Lisez, à ce sujet, la Physiologie ries perfeetions cl des beautés rie la femme , ouvrage du môme auteur.

Ainsi, lorsque la coquetterie ne dégénère pas en excès , en délirante folie , la femme coquette est un papillon léger dont on admire les brillantes couleurs et qu’on poursuit avec amour. Laissez donc fulminer ces haineux critiques, ne prêtez nulle attention aux fades impertinences de ces êtres atrabilaires , et con tinuez à vous faire belles , ô femmes ! continuez à assaisonner vos grâces, vos toilettes, d’un petit grain de coquetterie; soyez aimables, surtout modestes dans vos triomphes, et la victoire vous appartiendra toujours !

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