LES DEFAILLANCES DE LA TUBERCULINE
On a reproché à la tuberculine, en raison de sa complexité chimique, de ne pas reproduire fidèlement les réactions dues aux seuls germes tuberculeux. Le produit contient, en eîlet, des substances alimentaires résiduelles et des déchets du métabolisme bacillaire. Le chauffage, par lequel on tue les baacilles de KocH, a l’inconvénient d’inactiver aussi certaines fractions protidiques très labiles. De plus, comme ces constituants protidiques sont les plus diffusibles, ils se retrouvent en grande quantité alors que d’autres restent rattachés aux corps microbiens. On pourrait donc penser, a priori, que la tuberculine semble un moyen infidèle pour extérioriser l’allergie En pratique, comme le dit BOQUET, une expérience, portant sur des dizaines de millions d’hommes et d'animaux, a consacré le procédé. En effet, même avec la vieille tuberculine, les réactions non
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spécifiques sont rares et de faible intensité (HEISE et BROWN) à plus forte raison avec les milieux synthétiques. Quand à l’inégale diffusion des consti- -tuants bacillaires, c’est la fraction protidique, donc bien représentée, qui s'avère, si non la seule, du moins de beaucoup la plus active. SMITHBURN et SABIN ont montré que les tuberculo phosphatides, fraction lipidique du milieu, donnent une réaction plus précoce et plus mtense, mais leur faible concentration rend leur action insignifiante. Pour ce qui est de la dégradation par le chauffage, il se trouve que les protéines actives sont très stables : pour F. SEIBERT », peu de protéines biologiquement actives possèdent un pareil degré de stabilité ».
Il faut bien, malgré tout reconnaitre l’existence d’un certain nombre d’erreurs. JENSEN les chifirait DAC AP PANG NAT EE ENERS A: 13,9%,1et Ma- RECK, à 4 %, SCHUTZ ne compte que 20 % de défaillances alors que CaRINE en signale 17 %. De cette énumération de résultats, nous ne tirerons rien si non que les défaillances existent.
Les auteurs classiques distinguent en général :
1° Les pseudo-défaillances dues au fait que la tuberculine signale des infections occultes n'ayant entraîné que des lésions minimes qui sont passées inaperçues.
2° Les défaillances dues au tuberculeux, luimême, en raison de variations pathologiques (anergie au cours des chaleurs, de suppurations prolongées, d’aflections hépatiques, d’états tébriles divers) ou expérimentales (accoutumance) de sa sensibilité.
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Cela revient à dire qu’une réaction positive signe le plus souvent l'affection tuberculeuse alors qu’une réaction négative n’écarte nécessairement pas la maladie.
De nombreux auteurs ont voulu montrer qu’il ne faut pas trop généraliser. C’est ainsi que KELLER aurait produit, avec un bouillon glycériné concen-
tré, les réactions générales et locales de la tuber-
culination sous-cutanée. Il faut signaler que LES- BOUYRIES et MEZGER, reprenant ces expériences sur le chien, précisent que le bouillon glycériné ne provoque une hyperthermie que chez le seul animal tuberculeux. GLOVER remarque que les différents. constituants sont incapables de produire. séparérient la raction, mais la concentration par la chaleur donne naissance à une substance responsable des réactions non spécifiques. D'ailleurs, le fait même que la réaction soit plus faible avec la tuberculine sur milieu synthétique qu'avec la vieille tuberculine, montre également l'action des protéines étrangères.
Comme nous l'avons déjà vu, les réactions non spécifiques sont malgré tout, assez rares pour que lon puisse affirmer que, en pratique, la tuberculine extériorise bien la seule allergie tuberculeuse. A côté de cela, il faut admettre franchement certaines exceptions. C’est dans le cadre restreint
de celles-ci que nous avons voulu placer notre travail.
Il — LA REACTION TUBERCULINIQUE
Lorsque le bacille de Koch pénètre et se multiplie dans un organisme, il lui confère, en quelques semaines la propriété de réagir au bacille ou à certains de ses constituants ; cette aptitude nouvelle, c’est l'allergie.
Certains ont voulu une définition plus stricte, car pour CANETTTI, ce terme est «une étiquette sous laquelle on fait circuler des marchandises assez frelatées ». En humaine, on tend vers la définition restrictive suivante : «La seule aptitude à une réaction rapide inflammatoire et souvent nécrotique », alors que la définition, au sens large, groupe toutes les propriétés nouvelles apparues à la suite de l'infection, c’est-à-dire outre l’hypersensibilité, limmunité de surinfection. Nous traiterons, ici seulement, de lhvpersensibilité.
On peut la déclencher avec des germes vivants, virulents ou non, ou avec des germes morts. Les recherches de LAPORTE ont même montré qu'on l’obtenait avec des substances non acidorésistantes résultant de la dégénérescence des cadavres bacillaires dans la culture. Tout ceci, pour montrer la persistance du pouvoir sensibilisant bien au delà de la mort du germe.
NATURE DE L'HYPERSENSIBILITE :
À l’origine, KocH prétend que sa lymphe est douée d’un «pouvoir nécrotique et que chez les tuberculeux elle rend plus intense la nécrose des tissus déjà imprégnés de cette substance, d’où la fièvre de résorption qui en résulte ».
ARLOING, RODEL, COURMONT, mettent en jeu un phénomène plus général. Il se produirait une destruction de certains éléments qui est favorisée par la moindre résistance de ces derniers chez les tuberculeux. La fièvre serait alors dûe à l’action des produits de déchet sur les centres thermogénétiques. |
BUCHNER, lui, admet «que l’organisme tuberculeux est dans un état d’irritation latente », état qui serait exalté par l'injection de tuberculine. Pour KLEIN, la tuberculine agit comme un « Îerment » sur les substances solubles formées par le bacille de Kocx et provoque la formation d’anticorps déterminant la réaction. MARMOREK attribue à la tuberculine le rôle d’un réactii qui, au contact des germes, provoque la sécrétion d’une toxine spéciale. Moussu, puis MATSUMMA introduisent des extraits bacillaires dans des capsules de collodion, placent ces dernières dans le péritoine d'animaux sains. Ces derniers présentent par la suite la même sensibilité à la tuberculine que les animaux infectés.
Plus tard, WASSERMANN et BRUCK supposent qu'à partir des foyers tuberculeux diffuse dans l'organisme une antituberculine. La réaction résulterait alors de l’intéraction entre ce produit et
la tuberculine injectée. Dans le même ordre d'idées, M. NICOLLE a montré l'existence, dans les humeurs du tuberculeux, d’une lysine des endotoxines tuberculeuses qui, décomposant la tuberculine, libèrerait la substance déterminant les accidents inflammatoires.
Von CALCaR, à son tour admet que « l’organisme attaque par le virus tuberculeux, produit un anticorps spécilique qui, au contact de la tuberculine, agit comme ferment et élabore avec la Iymphe la substance qui détermine la réaction ». J. BESSAU appelle les éléments responsables « tuberculocytes » et il y a pour lui élaboration d’un poison de nature anaphylactique.
Confirmant ses vues CALMETTE prépare des bovidés sains en leur injectant dans la jugulaire des doses répétées de tuberculine. Il aurait, par la suite, constaté que ces animaux réagissaient comme s'ils étaient tuberculeux. Pour C. RICHET, la substance allergisante serait sécretée in vivo, soit par le bacille, soit par les tissus infectés. La tuberculine injectée subirait alors l’action de cette « toxigénine » qui, elle, libèrerait le véritable poi- Son.
Par la suite, nombreux sont ceux qui ont fait de l’hyper-sensibilité tuberculeuse, un cas particulier de l’anaphylaxie. Les protéines du bacille auraient alors la fonction d’antigène et produiraient dans l'organisme des anticorps. Lors d’une pénétration nouvelle d’antigènes (tuberculination] le complexe antigène-anticorps serait la cause des réactions, tant générales que locales. Malgré lattrait de la théorie, tous les auteurs ayant une con-
naissance approfondie de l’hypersensibilité tuberculeuse ont soulevé de nombreuses critiques. Nous citerons, 1c1, celles de CANETTI.
4° «« L’animal auquel on conîère le plus facilement l’anaphylaxie aux protéides, est le lapin, le cobaye s’y prête moins bien alors qu’il est bien plus apte à acquérir lhypersensibilité tuberculeuse.
2° Les réactions anaphylactiques ont pour caractère essentiel d’apparaître , immédiatement après l’injection de l’antigène, auquel l'organisme est sensibilisé. Si on injecte une dose suilisante de tuberculine au cobaye, la réaction se produit toujours après un temps de latence et son évolution est bien moins rapide que celle du choc.
3° Dans le choc anaphylactique on note toujours de l'hypothermie et une contracture des hbres musculaires lisses. A l'opposé, au cours du choc tuberculinique, il y a hyper thermie sans COntraciure des muscles lisses.
4. H est impossible de transmettre passivement lhypersensibilité tuberculeuse. On sait, au contraire, que la transmission passive de lanaphylaxie réussit assez souvent : il suifñit d’injecter, en intra-veineuse, le sérum d’un animal sensibilisé. Malgré d’mnombrables expériences, on n’a jamais réussi à déclencher un choc tuberculinique authentique chez un animal ayant reçu du sérum tuberculeux puis de la tuberculine. Cela tient à ce que les anticorps circulants, qui sont le support des phénomènes anaphylactiques, n’ont aucun rapport avec l’hypersensibilité tuberculeuse.
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5° Il est impossible de reproduire l’hypersensibilité tuberculeuse par les substances bacillaires, même qui déclanchent la réaction. On sait que, dans l’anaphylaxie, substances déterminantes et déclanchantes, sont les mêmes. Et bien l'injection de protéides bacillaires, à dose suffisante, produit une anaphylaxie à ces protéides qui est différente de l’hypersensibilité. (La vieille tuberculine, bien que riche en protéines, est faiblement sensibilisante, pour SEIBERT, à cause de la dénaturation des molecules lors de la préparation par chaulfage prolongé) ».
Il faut bien reconnaître que certaines expériences tendent à prouver que l'opposition est moins irréductible qu’on ne peut le penser. C’est ainsi que DIENES et SCHOENEIT confèrent au cobave tu-
berculeux, en lui injectant du blanc d’œui, une hypersensibilité au blanc d’œûf en tous points comparables à l’hypersensibilité tuberculeuse. Il faut, cependant, ajouter que ce mode de réaction dure peu et est par la suite remplacé par un phénomène püûrement anaphylactique. Cela montre cependant que la réaction du type tuberculeux n’est pas nécessairement dûe à une protéine spécifique du bacille de Koch, et que le sujet tuberculeu xest prédisposé à réagir suivant ce mode particulier. Cette expérience a, par la suite, été reprise par de nombreux auteurs. C’est ainsi que GAIGINSKI, CARLINFANTI apportent de sérieuses restrictions, alors que J.-H. Hanks confirme pleinement.
Dans un autre ordre d'idées, Ricx et LEWIS cultivent des tissus d'animal tuberculeux dans un mi-
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lieu additionné de tuberculine. Ils constatent que, déjà, à la dilution de 1/60, il y a précocement arrêt de croissance et destruction des cellules, alors que les tissus sains ne sont pas gênés. Plus tard, ARON- SON détermine que les tissus sains ne sont gênés qu’à la dilution de 1/15. Ceci tend à prouver que, alors que l’anaphylaxie est de nature humorale, le support de lhypersensibilité tuberculeuse est de nature cellulaire, ce qui porte certains à dire que « l’hypersensibilité tuberculeuse est une anaphylaxie à support cellulaire ».