‹ Hyperthyroidisme et TuberculoseChapitre 10 sur 20 · PERS · texte numérisé non relu

PERS

La coexistence de ces deux maladies a été niée ou tout au moins jugée exceptionnelle par un certain nombre d'auteurs.

Virchow rompait avec la ‘tradition léguée par les anciens qui pourtant avaient eu notion du rapport existant entre la tumeur du corps thyroïde et la tuberculose, à tel point que pour eux ie mot séruma voulait dire goître et en même temps scrofule. Cet auteur dit, en effet, dans son traité des tumeurs, que ces deux affections se rencontraient rarement chez le même individu.

Les médecins de sanatorium, entre autres Guinard, Turban, Eschaquet, Morin (1) (de Leysin), n’ont jamais ou très rarement observé celte coexistence (2).

Ce dernier, après avoir recherché sur 348 tuberculeux ce que Vincent a appelé « le signe thyroïdien », écrit ceci : « En ce qui concerne la tuberculose, il n'existe, dans les cas de notre statistique, qu'un seul Basedowien, malade très

cachectique atteint d'une tuberculose avancée. A part ce seul:

cas, nous n'avons pas le souvenir d’avoir rencontré de malades atteints simultanément de maladie de Basedow et de tuberculose pulmonaire ».

Cette question de l'existence simultanée de la tuberculose et du goître a été étudiée au point de vue anatomo-pathologique par MM. Roger et Garnier (3), qui, à la suite de nombreux examens de thyroïde de tuberculeux, ont trouvé des lésions constantes et toutes. spéciales à Ja tuberculose. Bien entendu, on ne trouve dans le tissu glandulaire ni bacilles,

(4) Morin. Presse Médicale, 1906.

(2) Sabourin, par contre, a fréquémment vu cette association, que le Basedow soit complet ou qu'il soit fruste.

(3) Roger et Garnier. Lac. citat,

DRE. Htr ni cellules géantes, ni d'autre élément de processus tuberculeux ; 1! s’agit ici de la tuberculose inflammatoire du corps thyroïde.

C'est à Poncet et à ses élèves que revient le mérite d'avoir montré le rôle de cette tuberculose inflammatoire dans la genèse du goître simple et du goître exophtalmique.

Selon ces auteurs :

19 Une infection très forte d'emblée agissant sur un organe de résistance diminuée provoque la sclérose du corps thyroïde ;

2° Une infection atténuée agissant sur un organe sain l'hypertrophie ;

3° Enfin l'infection de longue durée produit d’abord l’hypertrophie qui pourra persister ou disparaître pour faire place à la sclérose de la glande.

Ces auteurs admettent donc le rôle de la tuberculose dans Ja genèse du goître exophtalmique.

Nous allons tâcher de montrer l'influence que l'épisode basedowien, dès son apparition, semble exercer sur les progrès de la tuberculose.

Ce côté du problème, comme nous l'avons dit dans notre. introduction, n'a guère été mis en relief par les auteurs. Si les faits expérimentaux sont en nombre suffisant, les faits n’abondent pas au point de vue clinique. Hamburger pourtant, dès 1859, s'est préoccupé de celle question de l'influence du goître sur la tuberculose.

RE

OBSERVATION PREMIÈRE (Personnelle)

La malade que nous avons eu l'occasion d'observer a présenté un syndrome de Basedow très net, précédé d’une tuberculose pulmonaire avec phénomènes généraux.

Dès l’apparilion du tableau clinique de la maladie de Basedow (qui à duré au complet à peine quelques mois), les phénomènes d'infection bacillaire se sont considérablement atténués pendant ce laps de temps. Puis l’évolution de la tuberculose à repris sa marche, tandis que les symptômes du goître exophlalmique disparaissaient presque complètement.

Voici d'ailleurs l'observation :

Louise Courv..., âgée de 33 ans, demoiselle de magasin, née à Lyon, depuis un an en Algérie, entre à l'hôpital civil de Mustapha, salle Bouillaud, n° 16, dans le service de M. le professeur Crespin, à la date du 20 août 1910.

Antécédents héréditaires. — Mère morte d’une maladie de cœur. Père mort d'accident.

Antécédents collatéraux. — Frère mort de « fluxion de poi-

trine ».

… Antécédents personnels. — Rougeole à 13 ans: à 14 ans, période d’ aménorrhée complète pendant 10 mois. Depuis quelque temps, ses menstrues sont peu abondantes et des pertes jaunâtres surviennent parfois.

Le début de sa maladie remonte au mois de mars 1910. Bien portante jusque là, elle se met vers cette époque à tousser et à expectorer, en même temps qu'apparaissent des

2 OÙ — phénomènes généraux : fièvre, anémie et asthénie très prononcée. Elle accuse également des bourdonnements d'oreille et des battements de cœur. Elle reste dans cet état plusieurs mois chez elle, prenant, nous dit-elle, des potions pour sa toux et du pyramidon pour ses bourdonnements d'oreille. Vers le mois de juin de la même année, alors qu'elle n'avait présenté Jusque là rien d'anormal de ce côté, elle s'aperçoit que son cou grossit et bat très fort ; elle sent quelquefois sa

gorge se serrer el’éprouve des sensations d’étouffement. De

plus, les battements de cœur qu’elle ressent depuis le commencement de sa maladie augmentent d'intensité et. deviennent très pénibles. Le 20 août 1910 elle entre à l'hôpital civil de Mustapha où elle est examinée. Voici ce qu'on constate : c

Signes oculaires. — Yeux très saillants, regard fixe. Con- Jonctives légèrement injectées. Signe de Grave. |

Troubles moteurs. — Tremblement des mains global etnon continu. |

Signes cardiaques. — Palpation : pulsation cardiaque forte

mais pas d'hypertrophie. 140 pulsations à la minute. Signes thyroïdens. — Lobe droit du corps thyroïde hypertrophié. Perception des battements à la palpation. Bruit de souffle systolique à l’auscullation. Gêne à la déglutition. Autres signes. — Diminution de la résistance électrique. Modification du caractère qui devient irritable. Du côté pulmonaire on note: Au sommet droit, en avant

eten arrière, de la submatté à la percussion, une respiration

rude à l’auscultation de celté même région, de l'obscurité à ce niveau à l'examen radiographique.

La malade est prise assez souvent de toux quinteuse et présente de la dyspnée d'effort.

Néanmoins, l’état général semble assez bon et toute trace de fièvre a disparu.

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