‹ Hyperthyroidisme et TuberculoseChapitre 12 sur 20 · RE D · texte numérisé non relu

RE D

La tuberculose pulmonaire se manifeste à son tour par des signes indubitables ; le malade est amaigri, sans forces ; la dyspnée est intense, la température — 38° en moyennè. Il tousse et expectore peu, mais ses crachats renferment de nombreux bacilles de Koch virulents.

L'examen du poumon droit révèle de la matité au sommet; sa respiration est soufflante et parsemée de nombreux râles sous-crépitants, le retentissement de la Lèr est marqué et les vibrations sont augmentées.

À gauche, les symptômes :sont moins marqués, la sonorilé est diminuée, les vibrations sont augmentées, la toux émétisante, la respiration soufflante avec râles sous-cré-

pitants.

OgservarTion III (Pierre Lereboullet)

Cette observation nous montre un malade atteint de tuberculose pulmonaire au second degré chez lequel apparaîit brusquement un goître exophtalmique. Dès l'apparition de cet épisode morbide, les signes de la tuberculose s’atténuent.

Voici l’observalion résumée :

B...., 39 ans, entre le 27 août 1907 à l’hôpital Necker, service de M. Huchard, se plaint de douleurs thoraciques avec toux fréquente et fièvre; dès son premier examen, il donne l'impression d’un tuberculeux confirmée par l'interrogatoire ‘.

A 16 ans a fait une pleurésie droite, s'est marié, a eu quatre enfants, dont un mort de méningite tuberculeuse. Enfin depuis juin, il a commencé à présenter divers signes qui témoignent nettement d'une tuberculose en évolution; en effet, on constate à l'examen une tuberculose du second degré au sommet droit.

Brusquement, dans la nuit du 28 août, le malade est pris de gêne dans les mouvements de la région antérieure et latérale droite du cou ; ces troubles s’accentuent, la température s'élève ainsi que la douleur de la région sous-hyoïdienne, qui devient extrêmement vive; il existe une tuméfaction rouge, chaude. paraissant pulsatile, les mouvements de la déglutition la rendent plus apparente et montrent qu’elle siège au niveau du corps thyroïde ; il existe ea même temps une forte dyspnée.

Pendant les jours suivants, les signes précédents s'’amendent, tendent à régresser el, le 16 semptembre, le malade sort de l'hôpital avec une légère tuméfaction thyroïdienne indolore et une tuberculose discrète du sommet droit,

Ogsenvarion IV (In thèse Coudray.) (1)

Cette observation, prise dans le service du regretté pro fesseur Scherb à l'hôpital civil de Mustapha-Alger, montre la coexistence d’une tuberculose pulmonaire et d’un goître exophtalmique. Evolution lente de la tuberculose pen-

(1) Coudray: Thèse Montpellier, 1909.

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dant deux années, tant que persistent les signes de la

maladie de Basedow; dès que ceux-ci s’atténuent, les

phenomènes pulmonaires s’agravent. Mort dans l’hecticité. Voici l'observation complèle :

K...., femme israélite, agée de 29 ans, grande taille (taille de peuplier selon l’expression de Landouzy) atteinte d’un retrécissement mitral pur.

En 1903, elle présente un goître exophtalmique qu'elle dit remonter à deux ans, depuis qu'elle s'est mise à tousser. Tachycardie élevée : 140 pulsations. Plusieurs hémoptysies, règles rares et douloureuses accompagnées de légères hyperthermies. Fait sous nos yeux une pleurésie droite. La bacillose s'améliore au bout de quelques mois. Va à Montpellier pour le goître exopthalmique, en revient avec la syphilis en plus. A dater de celte infection, les phénomènes pulmonaires s’aggravent, elle fait des signes d'insuffisance capsulaire (addisonisme en placards, diarrhée, asthénie profonde. Le goître diminue avec l’exophtalmie, en même lemps que ses sommets se fondent. La malade meurt dans l’hecticité. La famille ayant réclamé le corps, l’autopsie ne peut être faite.

OBSERVATION V (In thèse Mignon)

Cette observation est intéressante, car l’autopsie nous montre qu'il n y a pas de lésions tuberculeuses aux poumons, mais pleurésie et péricardite tuberculeuses ; ganglions en voie de caséification. Y:

Voici l'observation résumée :

Jeune femme de 23 ans, entre le 27 juin 1897 à la Pitié, dans le service du professeur Jaccoud. Cette malade, qui est souffrante depuis quelques mois, a été soignée récemment à l’hôpital Laennec, dans le service du professeur Straus, où l'on porta le diagnostic de goître exophtalmique fruste.

A son entrée, on constate lous les signes d'une anémie assez intense; de’ plus une légère exophtalmie, le corps thyroïde est augmenté de volume ; il y a de la tachycardie et un léger tremblement de la main.

Tout à coup, le 23 juillet, péricardite brusque et intense, qui se termine par la symphyse.

L'asystolie apparaît et fait mourir la malade en novembre.

A l’autopsie, péricardite tuberculeuse, symphyse cardiaque

totale. Pas de tuberculose au poumon. Mais pleurésie tuber-

culeuse, adhérente au péricarde et aux organes voisins. Ganglions volumineux dont les uns sont encore crus ; les autres en voie de caséification ou tout à fait ramollis.

OBSERVATION VI (Résumée. Présentée à la Société anatomique de Paris, au mois de juin 1904, par MM. Laignel-Lavastine et Bloch).

Mlle R..., âgée de 17 ans, entre le 13 octobre 1902, salle Sainte-Anne, à l'Hôtel-Dieu, dans le service de M. Gilbert- Ballet.

Antécédents familiaux. — Rien d’intéressant à noter.

Antécédents personnels, — Rougeole à 8 ans, dysentérie à 13 ans,

Réglée à 13 ans, régulièrement jusqu'au début de sa maladie actuelle.

A toujours été nerveuse, mais n’a jamais eu de crises de neris.

[Il y a 16 mois à la suile d'une colère, elle resta 2 heures évanouie. Quand elle revient à elle, elle présente une exophtalmie très prononcée ; son cou a grossi et elle éprouve une dyspnée intense, avec palpitations qui durent pendant deux heures environ. |

Depuis cette époque, à la moindre contrariété, elle présente

des « crises nerveuses » avec perte de connaissance complète, durant un quart d’heure environ. Pendant ces attaques, la malade a, paraît-il, des mouvements dont elle ne peut donner une description exacte ; elle n’a ni émission d'urine, ni morsure de la langue, mais elle éprouve après'la crise une fatigue très prononcée. Chaque attaque est suivie d’une température modérée (38°) quand elle est isolée, mais atteignant 40°, quand les crises sont subintrantes, comme cela arriva le 15 septembre.

Depuis 6 mois, la malade a des crises d'étouffement survenant sans raison à peu près tous les jours. Elles débutent brusquement ; la respiration est rapide et superficielle ; l'oppression très intense. Ces crises, qui cèdent peu à peu, sont accompagnées de palpitations.

A l'entrée, le 20 octobre 1902, la malade présente une exophtalmie très marquée. Le corps thyroïde est nettement augmenté de volume. Le cœur rapide, bat à 112 par minule. On compte 60 inspirations par minute. Aux membres supérieurs, on observe un tremblement assez marqué avec oscillations petiles el rapides.

Au niveau de Ja bifurcation de la trachée en arrière, submalilé avec respiration soufflante. . ,

La malade se plant de bouffées de chaleur, de crises

ER | dre diarrhéiques, à toujours trop chaud et est d’une émotivité excessive.

Les feuilles de température permettent de suivre l’évolution de la maladie, depuis septembre 1902, date à laquelle la malade est entrée à l'Hôtel-Dieu, dans le service de M. Museher, jusqu'à sa mort,survenue le 25 juillet 1903. On constate une série de poussées thermiques qui, d’abord transitoires, deviennent de plus en plus longues. Pendant tout ce temps « les symptômes ,de goitre exophtalmique persistent, tandis que les signes de la tuberculose pulmonaire s’accentuent. »

En juillet s’installe l’asystolie terminale (dyspnée angoissante, foie énorme, subictère, urines rares et foncées), qui entraîne la mort le 25 juillet.

OBSERVATION VII (Due à l’obligeance de M. le Professeur Crespin)

Tuberculose et goiître ophtalmique. — Atténuation de l'infection pendant un certain temps; évolution ensuite rapidement fatale avec persistance du basedowisme.

J. A., 25 ans, ménagère, célibataire. Entre à l'hopital d'El Kettar le 14 juin 1905.

Antécédents héréditaires. — Rien d'intéressant à noter, sauf un père mort il y a 5 ans de tuberculose pulmonaire. Elle est malade depuis 6 mois, dit-elle. Depuis cette époque, elle a dépéri considérablement en présentant de la toux, de la fièvre avec transpirations abondantes pendant la nuit. A l'examen, on s'aperçoit de l’existence d'une tuméfaction

MENT ae thyroïdienne, de la grosseur d'une orange, et prédominant du côté droit. Le pouls est très fréquent; 1l est à 130 généralement, mais très souvent s'élève à 150, 160 et plus. Les membres supérieurs sont agilés d'un tremblement menu, à oscillations rapides ; tous les segments des membres trem- - blent en même temps. Il y a, en outre, un exorbitisme très développé.

A l'auscultation, on note une caverne au sommet droit en avant, avec de linfiltration occupant les deux tiers du poumon en arrière. Du côté gauche, craquements humides au sommet droit en avant et, en arrière, pleurésie sèche.

Au cœur pas de bruits anormaux, pas d’hypertrophie, mais battements violents.

Le foie et la rate ne sont pas augmentés de volume.

La malade dit qu’elle a toujours eu le: cou très développé du côté droit; elle n’a du reste jamais été malade jusqu'à ces 6 derniers mois.

Ce n’est que depuis 3 mois que le cou a grossi énormément et que des symptômes nerveux, sous forme de grandes crises hystériformes, avec tremblement et exorbitisme, se sont montrés, alors que la maladie de poitrine dont elle était atteinte semblait rétrocéder. Un médecin a même dit à ce moment à ses parents qu'elle était en bonne voie de guérison et que toute crainte de ce côté devait être écartée.

La sédation dans les symptômes pulmonaires dura environ 2 mois. Mais depuis £ mois, la toux a reparu plus intense ; la fièvre s'est allumée le soir et l’infiltration tuberculeuse s’est étendue dans le poumon gauche jusqu'alors respecté.

Pendant son séjour à l'hôpital, les troubles basedowiformes ont persisté ; mais les crises ont disparu. L'état général a périclité de plus en plus et la mort est survenue par consomption le 15 mars, 1 mois Da son entrée.

L'autopsie n’a pu être faite. F

Es 7e

Toutes ces observations nous montrent la coexistence du goître exophtalmique et de la luberculose pulmonaire. Ajoutons d’abord que cette coexistence est peu fréquente; la plupart des médecins de sanatorium l’ont rarement observée; nous tâcherons plus loin d'expliquer pourquoi. |

Le goître exophtalmique serait dans ces cas-là, d'après Poncet et ses élèves, d'origine tuberculeuse et présenterait une réaction de défense contre les toxines du bacille de Koch. |

IL ressort des observations 6 et 7 que les deux maladies : goître exophtalmique et tuberculose pulmonaire ont eu peu d'influence l’une sur l’autre, la tuberculose continuant {à progresser. Les premières observations sont plus nettes.

Il ressort, en effet, de ces observalions que le corps thyroïde s’hypertrophie sous l'influence de la toxine du bacille de Koch. Cette réaction, aiguë d’abord, donne les signes complets d’un Basedow ; et tant que ce Basedow existe dans toute son intensité les signes locaux et généraux de Ja tuberculose pulmonaire sont peu intenses. « Ensuite, le travail congestif dans la glande thyroïde dépassant les limites, entraîne son épuisement, son atrophie et par suite la disparition progressive des symptômes basedowiens qui sont liés: à l'hypersécrétion glandulaire. Ce maximum d'effort de la glande thyroïde et le commencement de son atrophie coïncident avec une recrudescence de l'infection tuberculeuse (1). »

IL existe d’autres observations semblables : Breton (2) rapporte l’histoire d'une femme atteinte de maladie de Basedow dont les manifestations cliniques rétrocédèrent à mesure qu'évoluait une tuberculose pulmonaire typique.

{4) Coudray : Loc. cit.

(2) Breton : Journal des praticiens, 1899.

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