‹ Hyperthyroidisme et TuberculoseChapitre 8 sur 20 · TON · texte numérisé non relu

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De cette conception pathogénique générale qui fait du Basedowisme une hyperthyroïdie, on a tiré cette notion thérapeutique que l'injection des humeurs provenant d'animaux éthyroïdés compenserait peut-être ou neutraliserait chez eux l'excès du fonctionnement thyroïdien. Les sérums d’éthyroïdés rétabliraient l'équilibre chez les hyperthyroïdiens comme . l'absorption de corps thyroïde le rétablit chez les hypothyroïdiens. L'emploi thérapeutique des humeurs d'animaux éthyroïdés découle denc logiquement de la théorie de l He roïdisation.

En France, Gilbert, Ballet et Enriquez exposent au Congrès de Bordeaux, en 1895, leur méthode consistant à injecter du sérum de chien éthyroïde à des basedowiens.

__ A la clinique de Leyden, en 1897, Burghart et Blumenthal

mêlent du sang de myxædémateux à un volume égal de sérum salé, et emploient ce mélange chez des DAIEUES atteints de goître exopthalmique.

Otto Lang utilise non le sang mais le lait de chèvres éthyroïdées. Il est imité par Burghart et Blumenthal, ainsi que par Gæbel (de Bielfeld).

Christian Mæbius (de Leipzig), un chaud partisan de l’hyperthyroïdisation, essaye du sang de mouton éthyroïdé, préparé par Merck.

“Nous pourrions citer encore les noms de Schultes, de Beck, de Walther-Baumann, Hlolsc, Schüler, Alexander, Stein, Brissaud, Sainton.

Tous ces auteurs ont observé des améliorations plus ou moins remarquables et portant surtout sur le goître, le tremblement, la tachycardie, la nervosité et l’exophtalmie.

Malgré tous ces résultats, cette médication par les humeurs d'animaux éthyroïdés et basée sur une pathogénie si brillante et paraissant si séduisante n'a pas donné tout ce qu'on aurait été en droit d'attendre. Evidemment, l’exagération de la

sécrétion thyroïdienne est la cause première de la maladie de Basedow. Mais elle n'est pas tout.

En réalité, le problème est plus complexe.

« La maladie de Basedow est au corps thyroïde ce que l'albuminurie est au rein » et de même que la présence d’albumine dans l'urine ne représente qu’une anomalie de la sécrélion urinaire et que l’albuminurie n’a une valeur diagnostique et pronostique que par son association avec d’autres troubles des fonctions rénales ou de l'économie en général, de même dans la conception du trouble de la fonction thyroïdienne, il ne faut pas séparer la partie du tout, l'organe de l'organisme, il faut tendre surtout à considérer les synergies fonctionnelles.

Or, les synergies fonctionnelles qui unissent la glande thyroïde à la glande pituilaire au thymus, à l'ovaire ont été mises en évidence par des travaux récents, bien qu'il reste sur ces questions intéressantes bien des points à élucider.

Eu ce qui concerne en particulier le thymus, Utterstrum (1) a émis tout récemment l'hypothèse de l'influence excitatrice du thymus lors de l'hyperthyroïdisation, influence qui expliquerait l’hypertrophie si fréquemment observée du thymus dans la maiadie de Basedow. Rhuston-Parker (2) et Boisvert (de Québec) (3) ont obtenu, grâce à l’opothérapie thymique, de notables améliorations dans le goître exophtalmique. Il en est de même de Orven, Mikulicz, Cunningham, Eder, Soler-Cohen, Maude, Tood, William, Mackenzie.

(1) Utterstrum : Archive de médecine expérimentale, année 1910. (2) Ruston-Parker : Brit. méd. journal, 1899. (3) Boisvert (de Québec): Rev. méd, de Montréal, n° 47.

Une remarque intéressante à faire, comme le dit Dumas (1), et qui vient à l’appui de la synergie des glandes à sécrétion interne est la coïncidence de la maladie d’Addison et la maladie de Basedow. Beauceup de cas de ce genre ont été signalés : Oppenheim, Grasset, Kurella et notamment Burton qui en a cité plusieurs. Gayme, relatant à propos de l'étiologie du goître exophtalmique le cas publié par Kurella en 1894, dit : «Il nous est difficile d'utiliser ce cas, car les troubles de la seconde affection se surajoutèrent à ceux de la première ; mais il n’en est pas moins intéressant à rapporter, bien que nous ne le fassions entrer à aucun titre dans notre énuméra-

. tion, car les symptômes de la maladie d'Addison suivent de

très près le début du goître et semblent devoir être en quelque sorte rattachés à la symptomatologie basedowienne. Boivet (2), à propos de ces cas, émet une double hypothèse, ou bien suppléance fonctionnelle entre les capsules surrénales; où bien hyperfonction générale des glandes vasculaires sanguines (glandes surrénales, glande pituitaire, glande thyroïde).

. Nous pourrions de même ciler les faits qui unissent la glande thyroïde à l’ovaire et les heureux résultats de l’opothérapie ovarienne obtenus par Jayle et Muret dans le traitement du, goître exophtalmique. Il en est de même des cas cités par Seeligmann, Dalché (3), Sainton. Dans un cas de Teissier : (de Lyon), le traitement ovarien a été très efficace.

(1) Dumas: Goître exophtalmique d'origine tuberculeuse. Thèse Lyon, 1907.

(2) Boivet: Recherches sur le goitre exophtalmique. Revue médecine, 1899.

(3) Dalché : Société de Thérapeutique, 28 avril 1909, '

D'ailleurs, on relève ce fait à peu près constant de la fréquence de l’amenorrhée ou tout au moins de l’irrégularité menstruelle dans les cas de dysthyroïdie. Il semble qu'il y ait là un lien étroit entre la fonction thyroïdienne et la fonction ovarienne, celte relation a élé souvent notée. Le docteur A. Gordon-Gullan, dans une statistique du goître exophtalmique, à montré la fréquence du syndrome chez les femmes de 16 à 40 ans, ; il serait rare avant la puberté et après la ménopause.

Nous venons de montrer les synergies fonctionnelles qui unissent la glande thyroïde aux capsules surrénales au thymus et à l'ovaire ; il existe de même un lien étroit entre les glandes . thyroïde et pituitaire, l’atrophie de la première coïncidant avec l'hypertrophie de la seconde, hypertrophie sans aucun doute de suppléance.

C’est ainsi que le cas rapporté par Schüneman nous montre un jeune homme opéré à 19 ans du goître par Kocher et qui succomba à 25 ans à une cachexie strumiprive et présentant de l'hypertrophie de l’hypophyse.

Calderrara cite un cas de myxædème chez un homme de 47 ans, présentant à l’autopsie un corps thyroïde atrophié et . sclérosé et une glande pitutaire double de son volume. Nous pourrions citer également les observations de Nazari, . de Pisenti et Viola, de Boyee et Bealdles, de Burckart, de Comte, de Vassale, de Ponfik et de Bayon. Tous ces auteurs ont montré que l’hypophyse s’hypertrophiait quand la thyroïde s’atrophie. Inversement dans l'acromégalie l'atrophie hypophysaire s'accompagne d’hypertrophie des autres glandes. MM. Baillet et Laignel-Lavasline signalent ce fait dans l'observation récente d’une acromégalique suivie d’ autopsie.

Nous n'insislerons pas davantage sur ces faits qui montrent les synergies fonctionnelles qui unissent la glande thyroïde aux autres glandes à sécrétion “interne, Nous avons

. simplement voulu, dans l'exposé de ces faits, prouver que si. l’hyprethyroïdie domine la symptomatologie de la maladie de Basedow, il existe aussi des troubles accessoires qui prennent naissance dans d’autres organes.

Mais de l'existence de ces synergies fonctionnelles, il ne résulte pas que la théorie de l'hyperthyroïdation soit le moins du monde infirmée. On peut simplement en conclure que : l'organisme forme un tout dont toutes les parties sont solidaires et ce serait méconnaître la physiopathologie de l’organisme que de soutenir le contraire.

Nous résumerons donc les pages précédentes dans les termes suivants :

Si dans la production des symptômes de goître exophtal- mique, toutes les glandes à sécrétion interne sont mises en état de suractivité plus ou moins grande, il n'en est pas moins certain que l'élément principal producteur du syndrome. de Basedow est bien l’exagération de la LoeUen thyroïdienne, est bien. l'hyperthyroïdie.

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