DIAGNOSTIC
Le diagnostic de l’hypertrophie congénitale d’un membre ne présente aucune difficulté surtout quand elle s’accompagne de nœvus et de varices, comme chez le malade qui fait l’objet de notre observation.
Les affections avec lesquelles on pourrait confondre cette hypertrophie congénitale, sont l’éléphantiasis des Arabes, l’œdème chronique, les hypertrophies locales suite de varices ou d’ulcères, l’atrophie d’un côté du corps l’acromégalie la malade osseuse de Paget, et l’ostéoarthropathie hypertrophiante pneumique.
Eléphantiasis. — L’éléphantiasis est surtout une maladie de l’âge adulte. Il suffit de se rappeler l’extrême rareté des cas d’éléphantiasis congénital.
Quand l’éléphantiasis est constitué, il est sujet à des poussées d’érysipèle, u’angioleucite, à des ulcères et à d’autres c implications qu’on ne retrouve pas dans l’hypertrophie simple.
Il sera presque toujours facile de constater qu’il n’y a point d'hypertrophie osseuse et que l’augmentation de volume du membre ne se fait point en longueur comme dans l’hypertrophie partielle.
Œdème. — Il est intéressant de bien différencier l’hypertrophie de l’œdème, d’autant mieux que cette dernière affection complique quelquefois la première. L’œdème
disparaît par le repos prolongé ; il n’en est pas ainsi de l’hypertrophie. Dans cette dernière affection les os sont toujours augmentés de longueur et de largeur ; il n’en est rien dans la première.
Hypertrophie par varices et ulcères. — Dans certains cas les varices et les ulcères variqueux produisent l’hypertrophie d’un segment de membre. Il faudra se rappe“ 1er que la véritable hypertrophie se produit sans aucune inflammation antérieure ou concomitante. Celle due aux varices et aux ulcères est précédée d’un état inflammatoire- Dans l’hypertrophie simple la peau et le tissu cellulaire sont simplement épaissis, ils sont sclérosés et lardacés dans l’autre cas.
Dans l’hypertrophie simple, les os sont simplement augmentés de volume, dans les cas de varices et d’ulcères ils ont subi les phénomènes de l’ostéite raréfiante, puis de l’ostéite condensante.
Dans les cas de varices et d’ulcères, l’augmentation de volume ne se montre qu’au niveau des points où existe
l’altération des vaisseaux et de la peau, l’hypertrophie vraie peut siéger en plusieurs endroits éloignés.
Atrophie d'un côté du corps. — Une observation de Broca in Journal Physiologie de Brown-Séquard nous montre que l’on a pu faire cette erreur de diagnostic. Dans cette observation la sensibilité générale avait été reconnue plus faible du côté atrophié.
On peut faire remarquer d’ailleurs avec Trélat et Monod que l’atrophie essentielle est très rare ; ordinairement quand elle n’est pas congénitale elle remonte à un évènement qu’on se rappelle, et dont l’existence dans le passé
peut éclairer le diagnostic : il peut s’agir d’une myélite* d’un traumatisme céphalique ayant eu pour conséquence l’atrophie d’une moitié ou d’une partie du corps. Quand elle est congénitale elle peut être assez accentuée pour que le doute ne soit pas permis, ou bien elle s’accompagne de lésions des centres nerveux ou de troubles fonctionnels qui n’existent presque jamais dans l’hypertrophie latérale partielle ou totale.
Acromégalie. — L’acromégalie est caractérisée par le développement énorme des extrémités, les deux pieds, les deux mains et de certaines parties de la face, maxillaire inférieur, surtout prognatisme du nez, des oreilles, les lèvres. La maladie ne débute qu’après 20 ans, s’accompagne de cyphose cervico dorsale, de troubles visuels.
Maladie osseuse de Paget. — Caractérisée par « un développement considérable des os longs des membres, du tronc et de la tête ; le fémur et le tibia sont fortement courbés en avant, les jambes sont écartées, le tronc et le cou sont fléchis en avant par l’incurvation du rachis. Assez souvent au début ou dans le cours de l’affection il existe des douleurs intenses assez analogues aux douleurs fulgurantes » (Marie).
Ostéo-arthropathie hypertrophiante pneumique. — Cette affection se rencontre chez des gens atteints de lésions pulmonaires anciennes ou chez les cardiaques.
Les mains sont énormes, l’hypertrophie atteint surtout les doigts. Il faut se rappeler que les lésions ne sont pas congénitales, que Hypertrophie n’atteint que le tissu
osseux
En résumé les principaux points qui mettront sur la voie du diagnostic de l’affection qui nous occupe sont: l’origine congénitale, la participation de tous les tissus? la coïncidence très fréquente de nœvi et de varices, la non existence habituelle de troubles fonctionnels ; la régularité de l’hypertrophie pour toutes les dimensions et pour toutes les parties constituantes du segment atteint : Le segment atteint et hyperdéveloppé, il n’est pas difforme c’est une exagération physiologique, ce n’est pas une difformité.