III. — APPLICATIONS CHIRURGICALES
Au sujet de la période d'insensibilité, qui est la principale au point de vue de l'application pratique, je ferai quelques remarques qui me sont dictées par ce que je vois se passer autour de moi .
En premier Heu, je me défends d'avoir jamais prétendu que Thypnotisme devait et pouvait remplacer complètement, et dès aujourd'hui, le choroforme.
Quand j'ai apporté à Paris et raconté le résultat de mes expériences sur cette anesthésie, il était constant pour moi qu'elle était applicable aux opérations ; mais il fallait Tétudier, et l'expérience dira les cas dans lesquels elle peut remplacer le précieux mais terrible agent dont on se sert aujourd'hui : le temps montrera si ces cas sont nombreux. Je n^admets pas qu'on
APPUCATIONS CHIRURGICALES )I
puisse se passionner sur ces sortes de choses, et juger sans avoir vu et entendu • Le but est grand et d'une importance singulière^ il mérite des recherches sérieuses . Je ne suis pas, grâce à Dieu^ enthousiaste par nature, et ne cherche pas dans tout quelque chose ; mais il m*est permis d^espérer pour Thypnotisme de sérieuses applications.
Ce moyen venant après le chloroforme, il semble qu^il doive être employé dans les mêmes conditions et de la même manière ; il semble qu^on n'ait^ pour endormir les malades, qu^à remplacer Téponge ou la compresse par un objet brillant. On ne réussit pas! faut-il repousser et condamner le moyen ? N'est-il pas plus rationnel de baser un procédé sur la nature, l'essence même de l'agent qu'on emploie ? Ayant pour principale condition Taitention du sujet, le calme d'esprit, l'absence de bruit, rhypnotîsme, on le comprend, peut faire triste figure à l'amphithéâtre, au milieu de nombreux spectateurs, près des instruments, avec l'idée dominante d'une opération. Il faut vraiment que le chloroforme soit puissant et brutal,
comme il l'est, pour terrasser les malades dans des conditions pareilles; encore cela n'arrive-t-il pas toujours.
On comprend ce qu'il y a à faire désormais :
hypnotiser le malade plusieurs fois avant l'opération, pour s'assurer de son aptitude et de la durée de la période anesthésique; ne pas l'avertir du moment, agirdans lecalme, éloigner les préoccupations violentes; enfin il n'est pas un chirurgien qui ne comprenne la conduite à suivre*
C'est long, me dira-t-on ; le chloroforme est bien plus commode.
Je ne dis pas non ; mais faisons-nous de la chirurgie pour nous ou pour nos malades ?
Il faut également y mettre une certaine persistance, éviter les mouvements de Tobjet brillant; le moindre bruit peut distraire, surtout certains malades, dont le sens de Touïe s'exalte immédiatement.
Un médecin hypnotisé par M. Verneuil, et qui rend parfaitement compte de la période initiale, affirme que les mouvements de l'objet, ou un bruit même léger, retardent ou empêchent chez lui l'invasion du sommeil.