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Cause prochaine de V amnésie

Quelle hypothèse peut-on faire sur la cause prochaine de l'amnésie que nous venons de décrire?

Voyons si ce qu'on sait ne peut pas nous mettre sur la voie de ce qui nous reste à apprendre. Les beaux travaux de Claude Bernard (i) et de M. Luys (2) ont établi d'une façon certaine l'action de la circulation sur les fonctions cérébrales. L'exagération dans l'aflBiux du sang amène l'excitation dans ces fonctions ;

(i) Claude Bernard, Leçons sur la chaleur animale, Paris, (2) Luys, Actions réflexes du cerveau, Paris, 1874.

sa diminution amène leur calme, leur repos.

Le sommeil est provoqué par cette diminution ischémie), laquelle est elle-même amenée par le rétrécissement temporaire des vaisseaux qui apportent le sang au cerveau.

Raisonnons par analogie et prenons pour exemple une fonction dont la localisation paraît certaine^ la fonction du langage articulé. Eh bien! si les vaisseaux qui conduisent le sang dans la troisième circonvolution du lobe antérieur gauche sont diminués de calibre, cette fonction sera altérée, les autres demeurant intactes. De même si la mémoire est abolie, on est parfaitement en droit de penser que cette altération est due à une diminution dans rapport du sang dans les parties du cerveau dont Tintégrité et la perfection organiques sont indispensables au fonctionnement de la mémoire. Telle est, du moins, une conviction personnelle que je n^ai pas à développer ici.

Ce qui se passe lorsqu'on provoque le sommeil chez rhomme ou chez les animaux, en les obligeant à loucher en haut ou en dedans, en est une preuve de plus. En l'absence d'une

étude nécroscopique non encore fake (r), on peut le comprendre d'après l'analyse de cette manœuvre : Etant donnés une personne ou un animal placés dans ces conditions, la contraction prolongée des muscles de l'œil, qui le convulsent en dedans et en haut^ comprime les vaisseaux de l'orbite, modifie leur circulation^ et par suite agit sur la circulation cérébrale qui a avec celle de Torbite une étroite connexion. N'est-il pas probable que le sommeil et le somnambulisme qui le suit sont amenés par cette action ?...

La manière d'éveiller ces endormis le prouve aisément. M. T, Puel a démontré depuis longtemps (2) que la catalepsie spontanée cédait à des frictions légères sur les muscles contractures. Après lui, Braid et l'expérience de tout le monde enseignent qu'on éveille ces endormis par une friction sur les paupières ; cette friaion agit évidemment sur les muscles contractures et fait cesser leur contracture, comme elle la

(i) Cette étud^ peut être faite sur les animaux par une méthode que j'ai imaginée de concert av^ec M. le professeur Verneuil.

(2) Puel, De la catalepsie (Mém. de VAcad, de méd. Paris, l836, tome XX, p. 409).

En eflet, en appelant normal l'un des états de Félida, je n'ai pas voulu dire état de santé parfaite. Je ne Tai nommé ainsi que par comparaison avec l'autre, et par suite de Tabsence d'un mot plus convenable. Mais, en fait, aucun des deux états n'est normal; car, je Tai dit, Félida est hystérique. Cette diathèse domine sa vie entière^ et dans ces deux existences, dans ces deux conditions, nous trouvons des phénomènes appartenant à cette maladie, si bien que Tamnésie qui en découle peut exister dans Tétat normal au même titre que les douleurs nerveuses, les convulsions, les sommeils subits, etc., qu'on rencontre dans ce même état.

Il n'y a donc aucune difficulté à ce que j'admette, avec M. Robertson, que les deux états sont plus ou moins morbides, tout en pensant que l'un deux, celui que je nomme normal, faute d'un meilleur mot, ressemble plus que l'autre à la vie antérieure, laquelle m'est assez inconnue et qui n'a jamais pu être la santé parfaite^ bien qu'elle n'ait pas préoccupé l'entourage de Félida.

En ce qui touche la première objection si-

gnalée, je ne répéterai pas les arguments que j'ai donnés plus haut et que je considère toujours comme bons ; mais j'apporterai des raisonnements nouveaux basés sur l'analyse du sommeil et du somnambulisme.

Avant d'entrer dans cette analyse, je rappellerai comment se comporte la mémoire dans les diverses formes du rêve. Ce sera comme un préambule.

D'ordinaire, le rêve simple laisse des traces dans le souvenir ; mais il arrive souvent que le souvenir est si fugace, qu'on croit n'avoir point rêvé. De plus, il est arrivé à tout le monde de continuer la nuit suivante un rêve commencé^ on peut rêver d'un rêve : même dans cet état quasi physiologique, il y a liaison entre les états surajoutés.

Pour peu que leur somnambulisme soit complet, les somnambules ne se rappellent jamais leurs accès ; de plus, dans ces accès, ils se souviennent parfaitement de leur existence ordinaire, laquelle est toujours la base, le point de départ de leurs idées ou de leurs actes. S'ils ne s'en souvenaient point, à quoi pourraient- ils

penser, au moins dans le premier accès?

Enfin, dans cet état, ils ont le parfait souvenir des accès analogues, qui sont ainsi reliés entre eux, la mémoire chevauchant, comme chez Félida, par-dessus les périodes d'état normal.

Tout le monde sait l'histoire de la jeune fille qui, ayant été outragée pendant une période de sommeil provoqué, l'ignorait pendant la veille, mais raconta tous les détails de cet outrage à sa mère pendant Taccès suivant.

Forbes Winslow cite aussi le fait du portier irlandais qui, étant ivre, avait égaré un paquet, et qui, dans l'ivresse suivante, se souvint parfaitement du lieu où il l'avait déposé.

Félida, malgré la perfection de sa condition seconde qui est une vraie vie, même supérieure à l'autre, rentre donc, au point de vue de la mémoire, dans la règle ordinaire, sauf qu'elle y voit : elle est une somnambule comme les autres.

Voici maintenant ce qui se passe chez le rêveur et le somnambule :

La nuit est venue, le calme s'est fait ; fatigué par le travail, l'homme s'étend et s'endort. S'il

est bien portant, son sommeil est profond et son corps peu sensible aux excitants extérieurs. A son réveil, il est reposé et n'a aucun souvenir de ses rêves s'il en a fait, ou bien il n'a pas rêvé. Pendant ce temps, son pouls est calme, l'activité de sa circulation générale est diminuée; si même pendant son sommeil il accomplit un acte physiologique qui nécessite hors du cerveau rappel du sang, la digestion d'un bon repas, par exemple, son sommeil est plus profond encore. Tout le monde sait cela, de même qu'on sait aujourd'hui en physiologie que, pendant le sommeil, le cerveau est dans un état relatif d'anémie.

Mais, pendant la veille, cet homme est agité par des préoccupations. Il pense beaucoup, ou en dormant il est soumis à des excitants quelconques-, alors il dort moins profondément, il n'a plus le sommeil dur^ il a le sommeil léger, n rêve et ses rêves, depuis le plus simple jusqu'au cauchemar, portent l'empreinte de ces préoccupations ou de ces excitants physiques. Le cerveau conservant un reste d'activité, certaines de ses fonctions sont en jeu, et le rêvejse

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