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De plus, comment comprendre qu'une diminution dans i^afflux du sang au cerveau puisse être de très longue durée ainsi que le sont quelquefois les amnésies de Félida, alors que la contraction des tuniques vasculaires qui causerait cette diminution ne peut être, comme toute contraction musculaire, que de très courte durée; Serait-ce alors une contracture ou un état cataleptique de Télément musculaire des tuniques? ou suffirait-il d'un arrêt momentané dans l'afflux du sang pour altérer suffisamment la faculté mémoire ?... Autant de doutes, autant de difficultés. C'est vraiment à s'y perdre*
Aussi je fais un pressant appel au savoir et aux réflexions de ceux quMntéresse le sujet*
J'ai pu croire et j'ai imprimé que Félida est une somnambule totale^ c'est-à-dire une somnambule à laquelle l'éveil complet de tous les sens;^ y compris la vue, et par suite le fonctionnement de la coordination des idées, donnent l'apparence de la veille et j'avais été conduit à cette pensée par l'analyse attentive du sommeil et du somnambulisme et par l'analogie qu'a Félida avec la somnambule de M. Dufay.
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Mais je supposais que l'éveil de la vue devait suflSre pour faire du somnambulisme dé Félida une personnalité complète ; or, il n'en est rien, car depuis, j'ai dû reconnaître qu'il y a des somnambules qui y voient. Tels, le séminariste de Bordeaux, le somnambule de M. Mesnet, etc.
Ils ne voient que certaines choses, je le veux bien, mais le sens est éveillé sans que pour cela ils aient dans cet état les idées assez coordonnées pour posséder une personnalité complète telle que la personnalité, si parfaite, de Félida dans la condition seconde ; de plus il a fini par me répugner de croire qu'une personne avec laquelle je puis m'entretenir raisonnablement pendant des heures entières des choses les plus variées, alors qu'elle est en condition seconde, puisse être en état de somnambulisme.
Et puis serait-elle une somnambule totale, comme je Tai cru, cène serait que reculer la difficulté. Car, qu'est-ce au fond qu'un somnambule? il faudrait commencer par le savoir.
M. Victor Egger et plus particulièrement M. Luys m'ont suggéré une explication de l'état de Félida qui a une grande importance au point
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de vue psychologique. Voici cette hypothèse : Il doit être tout d'abord reconnu ou rappelé qu'il est deux ordres de facultés : les unes, que j'appellerai doubles^ sont les facultés sensitives, motrices ou sensorielles; les autres simples ou unes^ par exemple : la faculté du langage, la mémoire, le jugement, etc. Les premières sont doubles parce que nous pouvons voir avec chaque œil isolément, ou faire ensemble des mouvements différents. Les autres sont simples parce qu'un homme n'a qu'une mémoire, qu'un jugement, qu'une faculté de langage, celles-ci d'un ordre plus élevé que les autres constituent seules la personnalité.
Or, le cerveau étant composé de deux hémisphères, les fonctions doubles siégeraient à la fois dans des points correspondants des deux hémisphères, soit le droit soit le gauche, — il en résulterait que dans l'état ordinaire, une personne marcherait et entendrait avec les deux hémisphères, parlerait ou se souviendrait avec un seul. — Rien d'étonnant à cela ; n'est-il pas aujourd'hui hors de doute que la faculté du lan-
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gage ne siège qu^à gauche (i) ? cette unilatéralité paraît du reste aussi certaine à M. Broca pour es autres facultés de Tesprit que pour la faculté du lagngae
Cela étant admis, appliquons-le au cas qui nous occupe,
Félida ayant comme deux existences vivrait et penserait, tantôt avec un hémisphère complet ou avec le cerveau tout entier, — tantôt avec un hémisphère incomplet, où manque la faculté mémoire. Je ferai remarquer que, puisqu'elle parle pendant son amnésie, c'est qu'alors elle vit avec l'hémisphère gauche. — Ce serait donc le droit dans lequel on pourrait supposer qu'existe la mémoire.
Allant plus loin dans l'interprétation du phéomène, voici ce qui se passerait chez Félida :
Sous Tempire de l'hystérie, à un moment donné il se ferait dans une artère cérébrale une modification dans le cours du sang qui alimente
(i) Voir la discussion soulevée à rAcadémie de médecine sur la question de la faculté du langage articulé, et à laquelle ont pris part MM. Bou il laud^ Trousseau, J. Guérin^ Velpeau, Cerise, Parchappe, etc. (Bull, de VAcad, deméd,, \864-1863, tome XXX, passim).
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un hémisphère, et le fonctionnement de cet hémisphère serait arrêté. Félida n'aurait plus alors à sa disposition que l'autre côté du cerveau/ complet du reste, mais dont la faculté mémoire est absente en totalité ou en partie. Le phénomène morbide initial, ou cause, relâchement ou contraction des vaisseaux afférents, se passerait au moment même où Félida sort de sa condition seconde ; car il ne faut pas oublier que l'amnésie n'accompagne que les périodes d'existence normale.
Je suis loin de penser que cette explication donne la solution de toutes les difficultés ; mais c'est celle qui, jusqu'à ce jour, me paraît la meilleure.