‹ Hypnotisme et croyances anciennesChapitre 32 sur 38 · Retard menstruel. Suggestion des règles à jour fixe · texte numérisé non relu

Retard menstruel. Suggestion des règles à jour fixe

lOi). — Menstrues abondantes tous les 11 à 15 jours. Régularisation par suggestion à 28 ou 29 jours.

La statistique de l'Ecole de Nancy est, on le voit, très brillante et on ne peut plus encourageante. Mais dans notre pays on attache difficilement créance à de tels succès etThypnothérapie est encore, sous bien des rapports, accueillie avec défiance. A la Salpêtrière, les résultats n'ont pas aussi bien répondu aux

esix'rances que faisaient concevoir les récits des médecins de Nancy. Peut-être cela tient-il, ainsi que le dit le professeur Gharcot lui-même à ce qu'il n'aurait pas su s'orienter dans cette voie nouvelle. Etant donnée sa haute compétence dans tout ce qui touche aux maladies nerveuses cette explication ressemble un peu à une défaite et il est probable que le savant et illustre maître tient à réserver son jugement jusqu'au jour où la suggestion aura donné la mesure positive de sa valeur. L'hypnothérapie en est encore à ses débuts et il faut attendre pour se prononcer sur ses effets qu'on en ait bien fixé la technique et les indications que l'exagération du premier moment fait trop nombreuses pour les enthousiastes, trop restreintes pour les sceptiques.

On a cherché aussi à utiliser l'hypnotisme comme procédé d'anesthésie chirurgicale. Eu 18:29, J. Cloquet pratiqua l'ablation du sein droit et de plusieurs ganglions axillaires à une femme qui resta quarante-huit heures anesthésiée par le magnétisme. Nous avons cité la discussion provoquée par Oudet, en 1836, à l'Académie de médecine à propos de l'extraction d'une dent, la malade étant insensibilisée par le même moyen. Le D'' Topham rapporta en 1842, à la Société Royale de Londres un cas, d'amputation de cuisse: Joly, Fanton et Toswel (1843), une amputation des deux cuisses, et Loysel de Cherbourg, la même année, liimputation de deux jambes et plusieurs autres opérations faites sous l'anesthésie magnétique.

En 1847,Ribaud et Kiaro citaient une extirpation de tumeur de la mâchoire; enfin, en 1839,Broca et Follin portaient de nouveau la question devant l'Académie de médecine à propos de louverture d'un abcès de la marge de l'anus. Ils ne parvinrent l)as cependant à persuader la docte assemblée delà valeur de ce [trocédé d'anesthésie et les tentatives faites demeurèrent isolées.

Guérineau (de Poitiers) publia encore en 1839 une amputation de cuisse, Burgraeve une extirpation de kyste de la paroi abdominale, Esdaile des opérations variées faites pur lui au Bengale. A ce moment, l'hypnotisme n'avait pas encore pris rang dans la science et on considérait ces publications comme une duperie ou une amusette.

Depuis dix ans les recherches sur l'anesthésie hypnotique ont repris un nouvel essor et tant de faits se sont accumulés qu'il est impossible de les rapporter ou même de les résumer ici; cependant le chloroforme n'est pas détrôné.

C'est (jue l'anesthésie hypnotique ne peut pas généralement s'employer d'emblée ; elle n'est pas, malgré le nombre des cas, absolument certaine et maniable comme celle du chloroforme. Elle a sur ce dernier l'avantage de ne jamais provoquer la mort, mais elle est encore trop peu pratique en somme pour qu'on y puisse recourir avec sécurité. Des études complémentaires sont encore indispensables.

L'année 1889 marque dans l'histoire de l'hypnotisme une phase heureuse sur laquelle nous sommes bien aise de pouvoir terminer cette partie de notre travail. C'est en efîet pendant l'inoubliable Exposition que s'ouvrit à Paris la première réunion officielle et internationale de ce genre, le Congrès de ihypnotisme expérimental et thérapeutique sous la présidence de M. Dumontpallier. Celui-ci, rappelant avec émotion à la séance d'ouverture combien ces études lui étaient chères, disait que l'hypnotisme est une science d'expérimentation qui suit une marche fatale. Il suffît pour assurer son succès de ne pas se laisser aller à des spéculations prématurées, de recommander la réserve, de solliciter le contrôle et de n'accepter pour vrai que ce qui peut être reproduit par tous les expérimentateurs exercés.

Conformément à cet exorde on s'attendait à voir les congressistes profiter de leur réunion pour s'entendre sur un certain nombredechapitres litigieux, tels que la nomenclature, la classification et la caractérisation des divers états, la délimitation aussi exacte que possible des différentes périodes. — On eut aimé à voir poser nettement les problèmes si nombreux encore à résoudre, de façon que chacun partît avec la connaissance complète des faits bien démontrés, des vérités acquises, et l'idée d'un plan général de travail adopté par tous pour pousser cette branche de la science en avant. Mais il n'en fut pas ainsi. Ces questions si importantes, ne furent qu'effleurées chacun apportant son petit travail sans se soucier beaucoup de ceki du voisin.

Il convient cependant de résumer brièvement ces travaux.

En premier lieu se place une communication de M. Lad;imè (de Genève) sur la nécessité d'inlerdire les séances publiques d'hypnotisme et sur l'intervention des pouvoirs publics dans la réglementation de r hypnotisme concluant aux trois vœux suivants :

Premier vœu. — Les séances publi(|U(^s d'hypnotisme et de magnétisme doivent être intenlili^s par les autorités administratives, au nom de riiygiène publi(iue et de la polire sanitaire. Sans remonter jus [u'aux épidi'Miies psyehi(|ues du moyen âge. Tauteur raiipelle les nombreux cas d'hystérie, de névroses, développés à la suite des séances publinues des magnétiseur--. Il en a eu à soignera la suite des passages de Donato, d'OnofrolV, etc., à Genève. Un accident plus tré«iueiit encore est celui-ei : Quelijuos personnes ayant assisté aux séances essayent de magnétiser leurs amis et ne peuvent les réveiller. On a eu des épiilémies de collège de ce genre, entre autres en 1880, à Neu'chàtel à la suite des séances de Donato... M. Bourdon (de Méru) approuve cette partie du rapport ; il a également vu, à la suite de séances d'hypnotisme, des jeunes gens endormir des sujets qu'il ne pouraient plus réveiller.

Deuxicine vœu. — La prati(|ue de l'hypnotisme comme moyen curatil" doit èti-e soumise aux lois et aux règlements (pii régissent l'exercice de la médecine. Cette proposition tombe sous le sens : si l'hypnotisme peut être dangereux dans des mains ignorantes, il convient de ne le laisser exercer (ju'à ceux de (jui la loi exige des garanties sérieuses de savoir et de moralité. La difticulté sera d'a'leindre les hypnotiseurs sans diplôme. C'est la même que pour les rebiuiteurs. Les instituteurs ne doivent pas employer seuls l'hypnotisme, sans surveillance du médecin, pas plus qu'ils ne peuvent distribuer de l'opium ouduchloral (.approuvent MM.Forel, DekhterelT).

TroUième vœu. — L'enseignement de l'hypnotisme et de ses applications médicales doit être introduit ofliciellement dans les programmes des cliniques de psychiatrie, et l'on devra exiger à l'avenir, des candidats en médecine les connaissances nécessaires à la pratique de l'hypnotisme comme agent thérapeutique.

Sur ce point une vive discusion s'engage. M.M. Gilbert Ballet, Paul Magnin, sont d'avis que cet enseignement existe dans la pratique en France; que, d'autie part, on ne peut tracer de programme fixe à un proTesseur. D'ailleurs, l'hypnotisme ne ri-lève pas seulement de la psychiatrie, on pouirait tout aussi justement l'attribuer à la médecine légale (M. Forel), ou à la physiologie (.M. Masoin), (M. Bernheim est d'avis qu'il faut laisser la plus grande latitude

aux programmes des professeurs ; tant pis pour ceux qui se refuseront à étudier ou enseigner l'hypnotisme). M. Gilbort Ballet est d'avis de rejeter l'article en entier. Le Congrès, pour fixer l'état de la question, adopte le troisième vœu ainsi modifié : Il est désirable que l'étude de l'hypnotisme et de ses applications thérapeutiques soit introduite dans l'enseignement des sciences médicales, et qu'à l'avenir on puisse demander aux candidats en médecine les connaissances nécessaires à la pratique de l'hypnotisme comme agent thérapeutique.

Yicnncnt ensuite de nombreuses communications de Van- Rentergheim, Bernheim,Fontan, Gascard, Brillant, Poiraull, sur l'yction thérapeutique de la suggestion; de Laurent surl'action suggestive des milieux pénitentiaires sur les hystériques, action mauvaise car elle stimule ces détenus au crime. A peine entrés dans la prison, ils dépassent en fanfaronades et en vices les chevaux de retour les plus endurcis, ils deviennent très vite complices des autres criminels ; ceux-ci, d'autre part, profitant de la faiblesse de volonté des hystériques, s'en servent contre les gardiens pour exercer leurs propres vengeances. Ces faits, bien connus, n'ont cependant -pas amené la conclusion pratique qu'on était en droit d'en attendre. Les détenus hystériques devraient être isolés, car leur déséquilibre mental ne peut qu'augmenter dans le milieu pénitentiaire.

Il faut citer encore le rapport de M. Bérillon sur V Application de la suggestion à la pédiatrie et à l'éducation mentale des enfants vicieux ou dégénérés.

La suggestion doit, dit-il, a prion, réussir moins bien chez l'enfant que chez l'adulte; (1) 55 0/6 seulement, d'après Beaunis, sont susceptibles d'un sommeil profond. Elle nécessite donc une étude spéciale pour réussir souvent; on rencontre même des enfants tout à fait rebelles à son influence. Son but étant avant tout moral et curatif, elle doit être maniée avec une grande prudence. Il ne faut provoquer ni contractures, ni hallucinations, mais formuler d'une façon précise, doucement, la suggestion. Au préalable, éloigner les personnes étrangères, et s'attacher, autant que possible, à prévenir les contre-suggestions de la part des camarades, parents, etc.

On obtient assez facilement, sur le terrain médical, la guérison

1. Cela est assez extraordinaire, car à l'état de veille l'enfant est infiniment plus accessible à la suggestion que l'adulte. Il est, par contre, moins enclin à la duperie.

de l'onanisme, des tics nerveux, du hlépharospasme, etc. Chez les jeunes idiots on n'obtient rien.

En agissant avec cette prudence, on évitera de provoquer îles crises d'hystérie, quand elle est en imissance. Cet accident appartient moins à l'hypnotisme en lui-même, qu'à la façon dont il est appliqué par des gens souvent inexpérimentés; c'est la suite d'un défaut de méthode.

Dans la pédagogie, le redressement moral obtenu ne peut être nié; on obtient de très beaux résultats contre la manie de voler, la dîpsoraanie, etc.

Un travail très important de M. LiébauU sur les rapports de la suggestion et du somnambulisme avec la jurisprudence et la médecine /e'^a/e rappelle son œuvre antérieur.

Il donne ensuite quelques indications sur les moyens auxquels on pourra recourir pour constater : t" que l'auteur du fait délictueux est hypuotisable; 2" qu'il l'est à un point tel qu'on peut lui faire réaliser irrésistiblement des suggestions. Mais une ditlieulté plus grave encore peut se présenter dans les expertises médico-légales en matière d'hypnotisme. L'auteur de la suggestion criminelle a pu, il a dû plutôt, suggérer au « sujet » dontii voulait faire l'instrument de ses vengeances ou de ses convoitises, de ne se rappeler aucune des circonstances qui ont précédé le crime ou le vol, de croire (ju'il en a eu seul l'idée, d'être convaincu qu'aucune suggestion ne lui a été faite, etc. L'amnésie ainsi provoquée serait un obstacle sérieux; contre lequel pourraient échouer les recherches les mieux dirigées.

Le rapporteur, se fondant sur des expériences qu'il a, soumises au contrôle de M. le D'' Bernheira, propose un moyen qui lui parait de nature à résoudre cette diliîcuité. C'est de combattre l'automatisme somnambulique en le contraignant à produire des effets contraires à ceux que le vrai coupable avait pu s'en promettre. En d'autres termes, puisque le prévenu, en vertu de l'ordre reçu, ne dénoncera jamais directement l'auteur de la suggestion, il faut faire en sorte de le lui faire dénoncer indirectement, par des actes dont il ne comprendra pas la signification, ou même par des démarches auxquelles on donnera une fausse apparence de protection ou de défense pour le criminel lui-même. On pourra faire ainsi au sujet hypnotique, relativement àl'auteur, quel qu'il soit, de la suggestion de crime, toutes les suggestions qui ne seront pas directement et expressément contraires à l'amnésie suggérée. Le véritable coupable tombera par ce moyen au pouvoir de la justice, parce qu'il lui aura été impossible de tout prévoir.

Jurisprudence criminelle.

C'est en vain que l'on tenterait de montrer l'influence que peu-

Vent exercer les phénomènes hypnotiques sur la distribution de la justice, si l'on ne pouvait invoquer que des considérations pure mont théoriques. Aussi le rapporteur a-t-il cru devoir emprunter, à la jurisprudence des cours d'assises et des tribunaux correctionnels, un certain nombre d'affaires, dans lesquelles les divers états hypnotiques ont présenté une importance et joué un rôle souvent méconnus.

Il cite d'abord trois erreurs judiciaires :

4" L'affaire la Roncière (1833), dans laciuelle un officier de l'armée française fut condanmé à dix années de réclusion, sur les accusations d'une jeune tille hystérique, somnambule et hallucinée ; 2'" l'aflaire Benoit, parricide (1832) ; l'innocence du sieur I,abauve, qui n'avait échappé à la mort iiue par un partage égal des voix des jurés, fut plus tard judiciairement constatée; 3° l'affaire Julie Jacqmin (1814) ; il y avait eu dans cette affaire une fausse accusation portée par la comtesse de N... contre sa servante; celleci avait même été condamnée à mort ; heureusement l'arrêt fut cassé et l'innocence de la malheureuse pleinement démontrée.

Viennent ensuite les crimes commis contre des somnambules : i" Affaire Marguerite A..., de Marseille : accusation de viol ; 2" affaire (]aste]lan, viol ; cour d'assises du Var ; 3" affaire Lévy, viol, cour d'assises delà Seinc-lnférieui'e ; 4" affaire Maria L..., delà Chaux-de-Fonds (Suisse), accusation de viol ; 5" affaire C..., accusation de viol. — Rapport de M. Tardieu.

Enfin, dans certains cas, des crimes ou des délits ont été imputas à des somnambules, savoir : 1° Affaire D..., prévention d'outrage public à la pudeur ; le prévenu, sujet à des accès de somnambulisme spontané, avait été condamné par le tribunal correctionnel de la Seine pour un acte commis iiendant une de ses crises. La Cour de Paris, éclairée pa,r M. le D' Motet, infirma le jugement; 2° affaire L... R..., prévention de vol ; une servante somnambule, accusée d'avoir volé des bijoux à sa maîtresse, fut reconnue innocente, grâce à l'intervention de M. le D'' Dufay. sénateur de Loir-et-Cher ; 3" affaire Annette C..., pré'vention de vol d'une couverture, condamnation en police correctionnelle, expertise confiée à MM. Charcot, Brouardel et Motet, infirmation eu appel; 4° affaire Ulysse X..., élève-dentiste à Paris ;X..., en état de somnambulisme ou de « condition' seconde », avait, en plein jour, enlevé des meubles d'un magasin voisin pour les transporter dans sa cour ; rapport médico-légal de M. le D'' Paul (larnicr; ordonnance de non-lieu.

Tels sont les faits et les expériences, insuflisanls en réalité pour conclure définitivement à la part que devra prendre l'hypnotisme dans l'appréciation du degré de responsabilité dès criminels.- - - / - ;

Mais ce qui ressort de ce rai)port aussi nettement que de différentes parties de cette histoire, c'est que l'hypnotisme est dangereux à plus d'un point de vue moral ou pliysique.

Au point de vue moral, le danger est double. On peut s'emparer d'un sujet par surprise, et comme l'hypnose affaiblit ou supprime la volonté personnelle et place le su j et sous la dépendance de son magnétiseur,celui-ci pourra en obtenirtout ce qu'il voudra.

En second lieu, l'hypnotisation développe chez un grand nombre de sujets une sympathie moitié du cœur moitié des sens qui peutétrelepointdedépart des situations les plus fâcheuses.

Demarquay etGiraud-Teulon, et plus tardLiébault et d'autres auteurs, ont encore fait remarquer le (hinger qu'il pouvait y avoir à provoquer chez le malade endormi des confidences qui peuvent ensuite vous lier et mettre en grand embarras.

Si l'hypnotisme est bon dans un grand nombre de maladies il est quelquefois mauvais, surtout lorsqu'il est pratiqué par des gens inexpérimentés, ou que lesséancessonttrop prolongées ou trop répétées, comme cela arrive aux sujets des charlatans-

Pour les ignorants il est un risque grave et dont les exemph^s sont nombreux: Il arrive, quand le sujet est endormi, qu'on ne peut plus le réveiller ou qu'on le réveille incomplètement. Le malheureux se trouve alors dans l'état d'inconscience d'un véritable aliéné et il peut se livrer à toutes sortes d'actes délirants dont il ne conservera au réveil complet aucun souvenir. La responsabilité des accidents, en ces circonstances, devrait incomber àl'hypiiotiseur maladroit et se traduire pour lui sous forme de forte amende ou de dommages et intérêts à verser à l'hypnotisé ou aux victimes de ses actes délirants.

Dans d'autres cas, on voit se [troduire des spasmes menaçants pour la vie, des crises nerveuses, terribles, d'autantplus longues qu'on ne sait pas les arrêter.

llseraitdonc bon d'interdire les pratiquesde l'hypnotisme à tous ceux qui n'ont pas acquis par les grades officiels le droit de pratiquer la médecine.

Bien qu'en général l'hypnotisme soit plutôt favorable aux malades et principalement aux hystériques chez lesquels il diminue notablement le nombre des attaques, il est chez quel-

ques-uns préjudiciable à lasanté, surtout quand les séances sont trop nombreuses ou trop prolongées, et plus encore quand les expériences mettent principalement en action les facultés de l'âme. On voit à la longue l'étal mental des hypnotisées s'affecter profondément, se modifier et aboutir à lamélancolie et même à des tentatives de suicide : Charpignon cite à ce point de vue l'histoire d'une jeune fille qu'on avait rendue somnambule par des magnétisations répétées, si bien qu'elle fut prise d'accès spontanés qui lui firent perdre sa place. Elle perdit en même temps la raison et quelque temps après elle se j était dans la Loire.

On trouve dans la Itevue de l'hypnotisme du i" avril 1888 l'histoire d'une femme qui, à la suite d'une séance de magnétisation de trois heures de durée, fut prise d'un accès de délire mélancolique et qui ne fut sauvée du suicide que par la force.

Les médecins seuls devront être autorisés à se servir de l'hypnotisme. On ne doit plus tolérer de nos jours que des individus sans instruction et dont la moralité n'est en rien garantie, puissent chaque jour entraîner, exhiber et sugestionner de malheureuses victimes qu'ils exploitent en général à tous les plus honteux points de vue.

On sera surpris peut-être de ne pas trouver dans le cours de cette histoire, celle d'uno doctrine née de la magie et de l'astrologie judiciaire qui, même à notre époque de scepticisme et d'expérimentation, compte encore de nombreux adeptes : le spiritisme. Nous eussions complètement passé sous silence cette théorie qui a pour principe et pour base les relations du monde matériel avec les esprits comme n'ayant pas de rapport directs avec laquestion qui nous occupe si ses adeptes n'avaient cherché dans ces derniers temps à le mettre au goût du jour, à le revêtir, à son tour d'une allure scientifique, expérimentale, à tel point qu'on serait tenté de croire en entendant parler certains spirites que leur système est établi sur des bases solides, qu'il a fait des preuves devant les sociétés savantes, qu'il a pour lui l'autorité des faits (1).

On se rappelle la naissance bizarre de cette doctrine dans un

1. Voir à ce sujet un livre curieux du D' Gibier: Spirilisme^ 1889.

coin perdu de l'Amérique alors que les convictions du monde civilisé tremblaient ébranlées sous les coups de Swedenborg et que se relevait sous l'influence des quakers, shakers et autres croyants aux revenants les vieilles croyances aryennes aiix migrations des âmes. Le bruit se répandit un beau jour que les filles de l'Allemand Voss, qui avait transformé son nom en celui de Fox étaient on relations avec les esprits frappeurs. Elles furent bientôt des imitateurs et des concurrents. Ce fut comme une traînée de poudre ; la croyance aux relations des des êtres immatériels, vieille comme l'humanité, reprit de la vogue et bientôt dans tous les coins de l'Union on fit tourner les tables, on interrogea les fantômes. En 1852, il y avait plus de 300 cercles spirites à Philadelphie. En 1853, les Etats-Unis comptaient 30.000 médiums. Bientôt la contagion traversa l'Atlantique, envahit l'Angleterre et pénétra sur le continent. En peu de temps toute une littérature spirite prit naissance et la nouvelle doctrine trouva des adeptes même parmi les personnages les plus sérieux, le chimiste Hare (de Philadelphie) et le juge Edmonds (de New-York).

Sur le continent le succès fut moindre ; l'aventure des frères Davenport et le procès du photographe Bugnet ruinèrent dès son apparition le crédit du spiritisme.

Faut-il rappeler ici la doctrine d'Allan Kardec, espèce de mélange de brahmanisme et de platonisme alexandrin ?

Pour lui l'esprit est une matière quintessenciée, une flamme,, une lueur enveloppée d'une substance vaporeuse puisée dans le fluide universel. Tous les esprits s'incarnent ou ont été incarnés ; l'àme n'est autre chose qu'un esprit incarné temporairement. Elle tient au corps par une enveloppe semi-matérielle ou pèrisprit que la mort n'atteint pas et qui se dégage graduelment et avec une lenteur variable suivant que la vie de l'individu a été plus ou moins matérielle ou sensuelle.

Les espaces sont peuplés à l'infini d'esprits munis de leur pèrisprit qui se transportent où ils veulent avec la rapidité de la pensée et pénètrent même la matière.

Il ne peuvent se rendre invisibles les uns aux autres ni se dissimuler leurs pensées et leurs sentiments réciproques. Ils

sont en outre constamment en rapport avec les hommes, réagissent sur eux, sur leurs pensées et leurs actes ainsi que sur tout le monde physique. Ils peuvent se manifester aux hommes, mais dans certaines circonstances et par l'intermédiaire de médiums. Ceux-ci possèdent un excès de périsprit, en émettent une sorte d'atmosphère qui, se combinant au propre périsprit de l'esprit, lui permet de se manifester sous une forme quasi corporelle.

Les esprits se manifestent encore par divers actes physiques ou mécaniques (bruits, tables tournantes, objets soulevés ou déplacés). Il est des médiums qui éprouvent une sensation plus ou moins vague de la présence des esprits ; d'autres qui les voient, qui les entendent; certains obtiennent l'écriture directe.

Les spirites expliquent ces phénomènes de la manière suivante : ils disent qu'en combinant au fluide universel celui que développe le médium, les esprits communiquent aux objets une vie factice qui les rend aptes à évoluer suivant leurs ordres. Laissons pour ce qu'elle vaut cette théorie. La commission de la Société de physique de l'Université de Strasbourg l'a suffisamment stigmatisée (i).

Mais certains faits restent, étudiés sérieusement par des savants dignes de foi, qui nous montrent que bien des notions nous manquent encore sur la constitution et les réactions de la matière, et qu'il est bien des éléments inaccessibles à nos faibles sens et aux instruments si délicats qui nous permettent aujourd'hui d'en centupler l'action.

Discussion des documents présentés.

Maintenant que nous avons exposé l'histoire des faits relatifs à la question de l'hypnotisme le moment est venu d'analyser

i. Coite commission, nommée pour examiaer les phénomènes attribués aux mé dims et aux spirites, termina son rapport par cette conclusion unique :

« Lfcs pliénomènes spirites proviennent de mouvements inconscients ou d'une imposture coQsciente et la doctrine spirile est une susperstitioD. »

ces documents et d'en tirer renseignement qu'ils comportent.

Si nous avons insisté avec quelques détails sur les pratiques des fakirs et des joguis, c'est pour montrer que ce ne sont pas à proprement parler d3s pratiques hypnogènes.

Un livre un peu plus récent que les Védas l'Oupnek'hat est plus explicite sur les moyens à employer pour s'unifier à l'Etic suprême, ce desideratum de l'Hindou instruit. Us sont au nombre de cinq: 1" retenir son aouffle; 2" réprimer fortement les sens de dehors en dedans ; 3° fixer sa pensée à une idée unique ; 4" y maintenir fortement l'imagination ; 5° s'abimer dans la contemplation de la science juste.

Celui-là est docteur et Kiani, dit le livre, qui se lait ùme. Il comprend tout. Il est à l'abri de tout mal, il est sans corps, sans défaut, sans couleur. Il est jtur par les trois qualités, exempt d'œuvres bonnes et mauvaises, omniscient, omaivoyant. II est au dessus de tout. »

C'est la contemplation que pratiquent les initiés brahmanes, c'est-à-dire une tension extrême de l'esprit vers une idée fixe, tension dont l'immobilité des yeux n'est qu'un indice, par laquelle on arrive à cet état parfait.

L'état auquel ils arrivent par ce moyeu, tout en étant artificiel, diffère par plus d'un point des étals hypnotiques.

Absorbés dans l'objet de leur contemplation, dit Michea (1) les extatiques tantôt gardent le silence et l'immobilité d'une statue, tantôt parlent, gesticulent, prennent des altitudes en rapport avec leurs visions. Les yeux restent le plus souvent ouverts, mais fixes. La figure animée est très expressive. La sensibilité est abolie aussi bien que les sens et on peut piquer, brûler l'extatique, crier auprès de lui, faire luire à ses yeux une lumière éclatante sans parvenir à attirer son attention, sans le sortir de son état. « C'est absolument le portrait du fakir. L'initiation et toutes les pratiques auxquelles on l'astreint sont destinées à créer des conditions favorables à la production de l'extase.

En effet, parmi les causes propres à déterminer l'état exta-

\. Dicl. de» se. médic. pratiques de Jaccoud, art. Extase.

tique, le moyen le plus puissantest, sans contredit, l'admiration sans bornes de la Divinité, le désir ardent de s'élever à ses sublimités, de se confondre et de s'absorber en elle, d'en comprendre les mystères. C'est l'ascétisme, en un mot, traduit par l'habitude de la contemplation et les prières incessantes.

On peut aussi aider l'apparition de l'état d'extase en se plaçant dans certaines conditions extérieures. Celles-ci consistent surtout à méditer loin de tout bruit, en ayant soin de fermer les yeux ou de produire autour de soi une obscurité complète en fermant portes et fenêtres. Ces conditions sont précisément recommandées aux initiés de tous les ordres.

Certains procédés, tout mécaniques, hâtent la venue de l'extase : penser à la Divinité soit en tenant le corps ou la tête immobiles, soit en suspendant sa respiration. L'insuffisance de l'alimentation, la privation de sommeil, favorisent à un haut degré l'aptitude extatique.

Les brahmanes ont bien connu l'influence de toutes ces conditions, car ils les observent avec une rigueur extrême.

L'extase est spontanée et bien que, à vrai dire, la volonté exerce une influence sur sa production, en ce sens que le sujet peut provoquer les conditions extérieures les plus favorables à sa manifestation, l'accès une fois commencé évolue de luimême ; le sujet reste cependant libre d'en interrompre le cours par un acte purement volontaire. Les circonstances environnantes au contraire ont peu de prise sur cet état et rares sont ceux dont l'extase cesse sous l'influence d'une excitation extérieure.

D'ailleurs plus les accès se répètent et se multiplient, plus ils ont de tendance à se produire automatiquement, à se prolonger. Ce qui explique pourquoi les initiés d'ordre supérieur comme les Djoguis vivent dans un état à peu près perpétuel d'extase, qui les ravit à la vie réelle et en fait en quelque sorte des êtres à part.

La durée de chaque accès varie depuis quelques secondes jusqu'à un, deux jours et plus. Socrate eut pendant la bataille de Potidée un accès d'extase qui dura du lever au coucher du soleil et pendant lequel il resta absolument immobile, les yeux

fixés sur l'horizon. Privât d'Alais cite l'exemple d*une jeune extatique dont raccès dura deux mois.

Cela nous permet d'admettre que chez des gens entraînés comme le sont les fakirs, les accès prolongés d'extase soient faciles à produire. Nous ne trouvons rien de bien extraordinaire à l'expérience citée comme merveilleuse par Jacolliot, d'un fakir qui, après s'être mis en extase fut placé dans un cercueil qu'on déposa dans un caveau dont l'ouverture fut scellée et recouverte de plusieurs pieds de terre sur laquelle on sema du grain. Deux mois et demi après, le grain ayant poussé et mûri, on le coupa et on déterra le fakir, qui après quelques secondes de séjour au grand air, ne tarda pas à reprendre ses sens.

Quelle différence entre ces accès de longue durée et les périodes du sommeil hypnotique qui dépassent rarement quelques heures et atteignent tout au plus à la durée d'un jour, et comme cela se rapproche au contraire des accès de sommeil spontané ! Nous avons vu à la Salpêtrière une malade qui présentait de ces attaques de sommeil durant plus de cinquante jours. Cela distingue aussi bien l'extase de l'hypnose que la longue durée des états cataleptiques ou léthargiques spontanés les ^distingue de la catalepsie et de la léthargie hypnotique.

Le plus souvent les accès extatiques se produisent lentement, même chez les sujets entraînés; ils surviennent à la suite d'une prière ou de l'andition d'un chant religieux. Le sommeil hypnoti([ue chez les sujets habitués se produit instantanément, sur un geste, un commandement, un regard de l'hypnotiseur.

Quehjuefois l'accès d'extase est précédé d'une sensation illusoire et spéciale qui fait perdre à l'extatique la notion de la pesanteur. Il lui semble (|iie ses pieds ne touchent plus le sol, qu'il marche dans le vide, s'élève dans l'espace. Cette sensation explique pourquoi les initiés brahmanes ont la prétention de pouvoir s'élever dans les airs et se transporter immédiatement d'un lieu à un autre. Ce phénomène, assez curieux, parait lié à la perte momentanée du sens musculaire. Il n'est pas, du reste, particulier à l'extase et se retrouve dans certaines névroses; c'est en outre un des effets les plus constants de l'action phy-

biologique du haschich. Il est prohuble que cette substance en^ trait dans la composition des pommades magiques, car la prétention de quitter le sol et de voyager à travers les airs appartientdussi bieii aux magiciens et aux sorciers qu'aux brahmanes. Apuléf, dans un de ses contes, fait allusion à une sorcière qui, pour aller rejoindre son amant, s'enduit d'une pommade magique qui lui donne le pouvoir de se transformer en oiseau de nuit et de s'enfuir à travers les ténèbres. Dans les procès de sorcellerie il est souvent fait allusion à une composition dont s'enduisent les sorciers pour se transporter au sabbat. Dès qu'ils sont couverts de celte substance ils se sentent entraînés par une force irrésistible jusqu'au rendez-vous de Satan,

Souvent au sortir de son accès, l'extatique accuse une vigueur corporelle plus grande. C'est une prétention fréquente chez les fakirs. L'hypnose provoque toujours une fatigue marquée.

L'extase n'est pas de la catalepsie. Elle en diffère par la mobilité du sujet : le cataleptique vrai n'effectue aucun mouvement spontané sauf le cas de suggestion ; il garde l'attitude qu'il avait au commencement de l'accès, ou celle que lui imprime ensuite une main étrangère. L'extatique au contraire peut gesticuler, changer spontanément d'attitude, prendre des poses variées. L'intelligence continue à fonctionner et semble même douée d'une activité plus grande. La figure, toujours expressive, reflète les sensations intimes, joies ou terreurs que ressent le sujet. La sensibilité, le fonctionnement des sens paraissent abolis, sauf l'ouïe qui quelquefois persiste et en tout cas s'éteint toujours la dernière. Ce qui fait que beaucoup d'extatiffues répondent aux interrogations.

A l'inverse du somnambule l'extatique se déplace rarement, si ce n'est en imagination. Il est rare qu'il fasse plus de quelques pas. Généralement il gesticule sur place.

Pouvons-nous considérer cet état comme analogue à la forme d'hypnose que nous appelons catalepto-somnambulisme et dont on verra plus bas la description ? Pas davantage, car nos hypnotiques ne se souviennent pas de ce qu'ils font pendant leur sommeil, tandis que l'extatique conserve dans sa

mémoire toutes les hallucinations qu'il a eues pendant son accès.

Ces différences incontestables nous permettent déconsidérer l'état extatique comme différent des états hypnotiques.

Les brahmanes connaissent-ils d'autres pratiques qui puissent relever véritablement de l'hypnotisme ? Nous n'en avons trouvé aucune trace dans leurs livres^ si ce n'est dans l'Oupnek.'hat le procédé qui consiste à regarder fixement son nombril. Nous ne croyons pas davantage qu'on puisse considérer comme hypnotique l'état spécial qui se développe chez les derviches tourneurs par suite de l'excitation de leur danse circulaire.

Dansunouvrage paru vers 184U le D'Esdaile faisait connaître le résultat de deux cent soixante et une opérations exécutées sans faire souffrir les patients endormis, disait-il, par un procédé magnétique Ces faits ayant été mis en doute, le médecin de Calcuttalcs répéta devant une commission savante. Le patient est couché sur un lit, un indiviflu quelconque, le plus souvent un serviteur nègre se place debout à la tête du lit et s'incline en avant jusqu'à ce que son visage soit placé immédiatement audessus du visage du malade. Il reste ainsi un quart d'heure ou une demi-heure. Le patient finit par tomber dans un état de catalepsie et d'insensibilité qui permet de pratiquer sur lui, sans douleur, les opérations les plus longues.

C'est là évidemment un procédé d'hypnotisation, et le D"" Esdaile le donne comme indigène; depuis quand est-il employé dans l'Inde ? comment s'y est-il introduit ? C'est ce que nous ne saurions dire et si véritablement ce i)rocédé procure' une aneslhésie absolue, il estétonnant, s'il était connu des anciens, qu'il n'ait pas été employé par des chirurgiens tout disposés à adopter des pratiques, soi-disant surnaturelles, capables d'ùtcr toute douleur pendant une opération et cela à une époque où le chloroforme était inconnu. '■

11 ne faut pas croire d'ailleurs que l'hypnotisme seul jouisse de la propriété de supprimer la sensibilité. Certaines excitations très fortes et très prolongées du système nerveux produisent le même effet. En voici un exemple: '

Dans la province de Gonstantine, il existe une tribu, les Beni-«

Aïaoussas, qui de temps en temps donnent le spectacle suivant: Une douzaine environ d'entre eux s'asseyent en cercle autour du chef. Des musiciens placés en dehors du cercle jouent du tambour arabe et des castagnettes de fer. Alors les Heni-Aïa- Qussas qui ont formé le cercle commencent à exécuter des mouvements verticaux et latéraux de la tête et du tronc, sans changer de place. On allume au milieu du cercle des brôleparfums. Peu à peu le mouvement de la musique s'accélère et les musiciens joignent leurs voix au bruit des instruments. Au bout de quinze à vingt minutes les Beni-Aïaoussas du cercle se lèvent et commencent à jeter des cris gutturaux suivant le rythme de la musique. A mesure que le mouvement s'accélère les contorsions deviennent plus violentes, les mouvements plus désordonnés; la face est bientôt couverte de sueur, les yeux injectés saillent de leurs orbites, la bouche est pleine d'écume. Alors Tinsensibilité survient et tout en continuant de gesticuler de plus belle, les Beni-Aïaoussas s'enfoncent des poignards dans la chair, se piquent avec des broches rougies, avalent avec délices du verre pilé, sans que ces jeux provoquent la moindre douleur. Enfin au bout d'un certain temps ils tombent épuisés de fatigue et s'endorment roulés dans leurs burnous.

Y a-t-il dans cette danse quelque chose d'hypnotique? A la vérité, nous ne voyons pas ce qu'on peut y rapprocher de l'hypnose si ce n'est l'analgésie. Mais l'analgésie est un signe commun à nombre d'états divers, et celte espèce d'agitation délirante ne doit pas être regardée comme de nature hypnotique plus que le délire alcoolique, qui souvent s'accompagne d'analgé&ie, ou ({ue le délire maniaque.

Nous ne considérons pas davantage comme hypnotique l'extase artificielle (jue les magiciens touraniens se procuraient à l'aide d'un breuvage enivrant. Ces derniers sont des hallucjnés volontaires, de même qu'au moyen âge certains sorciers, après avoir absorbé des drogues stupéfiantes à base de belladone, d'ellébore ou de mandragore, se figurent assister au sabbat, et racontent ce qui s'y est passé alors qu'il est dûment constaté que leur corps n'a pas quitté la demeure où ils ont l'habitude de

séjourner. Ce délire est intermittent et ne se produit que lorsqu'on ingère les drogues nécessaires pour lui donner naissance.

Les extatiques brahmanes sont au contraire des hallucinés pathologiques. Leur maladie est bien (mi réalité créée par la discipline sévère et l'entraînement spécial auquel on soumet les initiés; la philosophie essentiellement spiritualiste des livres brahmanes y ajoute encore une prédisposition. En somme, cette extase ne diffère en rien de celle qui se présenta chez de nombreux sujets au moyen âge. A cette époque où le fanatisme religieux était au comble de la puissance, où les âmes étaient presque uniquement absorbées par la crainte de Dieu et l'horreur du diable, où la piété était poussée aux dernières limites du mysticisme dans les établissements religieux, l'extase ne pouvait manquer de se [uoduire, comme elle s'était produite chez Jésus lui-même. Les apùtres eurent aussi des accès d'extase de même qu'en avaicnteu lesprophètes. Dans les premiers siècles de notre ère, à Alexandrie, l'extase fut fort en honneur. Mais en vérité cette extase ne peut être considérée comme d'origine hypnotique.

On ne peut non [ilus considérer comme relevant de l'hypnose les accès d'extase survenant chez des sujets évidemment hystériques avec ou sans convulsions. Nous en avons cité un exemple d'après TertuUicn. Jeanne d'Arc était sujette à de fréquents accès d'extase avec visions ; les exemples en sont nombreux parmi les démoniaques.

C'est chez lestouraniens qu'il est pour la première fois question de possession. Bien que ce qui constitue cet état ne soit pas explicitement énoncé dans les livres accadiens, il est permis de penser qu'on regardait comme possédés les épileptiques et surtout les hystériques présentant des accidents i»lus ou moins analogues à ceux que nous observons aujourd'hui. Il est très possible que les malades aient présenté des symptômes d'extase et même de somnambulisme spontané que l'ignorance où on était de leur véritable cause faisait attribuer à l'influence des esprits. Mais aucun document ne nous autorise à penser qu'on ait alors songé à mettre à profit ces accidents ou même à les reproduire artificiellement.

Certains auteurs qui ont écrit sur le magnétisme parlent de voyants chaldéens, prédisant l'avenir et guérissant les malades. Nous ne savons à vrai dire ce qu'ils veulent désigner par ces voyants. La prédiction de l'avenir reposait pour eux sur les données de l'astrologie, science qui n'a rien de commun avec le magnétisme, A Babylone, on exposait les malades sur les passages les plus fréquentés afin que les passants pussent les interroger et dire s'ils connaissaient un remède qui eût réussi dans un cas semblable. Font-ils allusion auxmagestouraniens .' Leur enthousiasme prophétique devait être la plupart du temps une grossière jonglerie. C'était par les incantations, les prières, les talismans qu'ils cherchaient à agir sur l'esprit de leur client. Certainement, en beaucoup de circonstances cette seule *in-r fluence persuasive, cette sorte de suggestion a dû être suffisante pour amener des guérisons d'autant plus merveilleuses qu'elles s'adressaient à des symptômes développés chez des sujets névropathes auxquels les médicaments alors connus n'apportaient aucun soulagement. Ne voit-on pas encore aujourd'hui des paralysies, des surdités, des infirmités de toute espèce guéries par de simples charlatans dont tout le talent consiste à persuader à leur client qu'ils tiennent en poche la panacée universelle. En réalité, c'est l'imagination du client qui est le véritable agent thérapeutique.

Nous sommes trop peu partisans des théories fluidiques pour admettre avec quelques auteurs que les talismans pouvaient être chargés de fluide et que par cela même la magie se relie au magnétisme entendu dans le sens d'hypnotisme ; nous ne nous attarderons pas à discuter ce point de détail. Nous ne nous appesantirons pas davantage sur l'imposition des mains telle qu'elle était pratiquée dans l'antiquité et jusque dans les origines du christianisme. Nous avons par une courte citation démontré que cette pratique, telle qu'elle existait chez les Égyptiens, n'avait dans leur esprit d'autre but que de spécialiser à un lieu bien désigné l'effet de la conjuration magique qui l'accompagnait toujours. Cette manière de voir devait être partagée dans tout l'Orient.

Nous avons maintenant à examiner les rapports des songes

et des prédictions par les prophètes ou les sybilles avec l'hypnose.

Pour ce qui a trait aux songes, c'est surtout ceux qu'on obtenait pendant le sommeil dans les temples que les auteurs regardent comme des exemples de l'emploi de l'hypnotisme.

Ce sommeil, nous croyons l'avoir démontré, ne diffère en rien du sommeil naturel. Les malades vont passer une nuit entière et quelquefois plusieurs nuits consécutives dans le temple, jusqu'à ce que le rêve soit venu. Si les prêtres avaient pratiqué l'hypnotisme, ils auraient pu endormir leurs clients aussi bien le jour que lu nuit. D'ailleurs nous n'avons trouvé nulle part le moindre indice qui nous permette de conjecturer que c'était le prêtre qui endormait le malade. Le sommeil devait venir de lui-même, et quelquefois il ne venait pas ou le consultant feignait de dormir pour observer ce qui se passait dans le temple (1). Quant au réveil il était absolument spontané. C'est donc avec quelque étonnement qu'on voit penser à rapprocher ce sommeil de l'hypnotisme avec lequel il ne présente aucun caractère commun. On allait aux temples d'Esculape pour être plus près du dieu guérisseur et s'attirer sa bien veillance par des présents. Mais c'était la vieille croyance à la valeur des songes qui poussait les malades à l'aller consulter. Pourquoi les pratiques des temples des guérisseurs auraient-elles été plus particulièrement hypnotiques ? N'allaiton pas dans d'autres temples, ceux d'Apollon, par exemple, chercher dans les songes la solution de problèmes tout à fait étrangers à la médecine ? Ne convient-il pas mieux de voir là ce qui y est en réalité, c'est-à-dire l'exploitation par les prêtres de la crédulité des fidèles? Indépendamment des auteurs que nous avons déjà cités à ce sujet, plusieurs passages des discours sacrés d'Aristide permettent d'affirmer que c'étaient souvent les prêtres eux-mêmes (jui parlaient aux malades pendant que ceux-ci étaient encore plongés dans un demi-sommeil.

S'il est un signe caractéristique de l'hypnose, c'est la perte du souvenir de ce qui s'est passé pendant le sommeil. Or ce

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