‹ Hypnotisme et croyances anciennesChapitre 33 sur 38 · Aristophane. Plutus · texte numérisé non relu

Aristophane. Plutus

n'était qu'après le réveil que les malades allaient raconter aux prêtres les songes qui leur étaient venus. Il faudrait admettre alors que, pendant leur tournée dans le temple, les prêtres distribuaient des suggestions, connaissant par expérience l'efficacité de ce procédé. Dans ce cas il est fort probable qu'Hippocrate, lorsqu'il divulgua les secrets des Asklépiades, eût aussi révélé celui-là. C'est à peine cependant s'il accorde quelques lignes aux songes auxquels il ne paraît pas attacher grande créance.

D'ailleurs, même en admettant que cette amnésie qui manque si rarement chez les hypnotiques, que lorsqu'elle n'existe pas, on peut, selon nous, douter de la réalité de l'hypnose, en admettant que cette amnésie eût alors été l'exception, il resterait à prouver que l'hypnotique est capable en dehors de toute excitation provoquée de rêver. Car il ne faut pas confondre rêve et hallucination. Jusqu'ici on n'a expérimentalement constaté chez les hypnotiques que des hallucinations quelquefois spontanées chez les somnambules, mais provoquées toujours chez les cataleptiques, et jamais un songe véritable et persistant au réveil.

Nous croyons donc pouvoir affirmer que les malades qui dormaient dans les temples, n'y dormaient pas du sommeil hypnotique.

Croirons-nous, d'autre part, que les prêtres qui se livraient au sommeil pour le compte de leurs clients étaient des somnambules, alors qu'Artémidore dénonce cette pratique comme une pure supercherie.

Et ce premier point admis, faudrait-il encore prouver d'une façon beaucoup plus nette que cela n'est fait de nos jours^ que les somnambules ont réellement le pouvoir de lire dans les organes, d'y découvrir les maladies, et qu'ils possèdent une intuition telle de la thérapeutique que, sans aucune instruction préalable, ils peuvent vous enseigner le médicament qui vous convient le mieux. Or jusqu'ici les expériences sérieuses qui ont été tentées dans ce sens sont demeurées absolument négatives.

L'histoire suivante empruntée à LucieUj montre d'ailleurs

— lîJo -

mieux que tous les raisonnements ce qu'étaient les prétendus songes des prêtres pour le compte d'autrui :

« Un célèbre devin du nom d'Alexandre avait coutume de donner par ce procédé des consultations. On lui envoyait souvent des billets cachetés contenant des demandes écrites. Il couchait dessus la nuit et un ou plusieurs jours après envoyait une réponse soi-disant inspirée en songe par Asklépios.

Mais Lucien dit que le sorcier décachetait habilement les billets pendant la nuit. Quand il n'y pouvait parvenir, ses réponses étaient à double sens et souvent complètement étrangères aux demandes formulées. »

Le nombre des gens qui allaient dormir dans les temples était prodigieux et ceux qui revenaient sans avoir obtenu un songe étaient exceptionnels. Gomment croire que l'hypnotisme fût alors si répandu et si facile à produire, quand de nos jours où on connaît bien le mécanisme du sommeil provoqué, il faut quelquefois des semaines et des mois même pour arriver, après des efforts persévérants et méthodiques, à endormir un malade ?

Un auteur, partisan acharné de l'antiquité du magnétisme, a été jusqu'à soutenir que le lieu dans lequel couchaient les malades était magnétisé (1).

Nous ne nous arrêterons pas à discuter un pareil argument; ce que nous avons dit relativement à notre opinion sur l'action des fluides nous dispense d'insister davantage. Il nous semble d'ailleurs suffisamment démontré maintenant que les songeurs des temples n'avaient aucun point de ressemblance avec les hypnotisés et que seuls des observateurs de parti pris ou des gens à l'esprit superficiel ou possédant des connaissances incomplètes ont pu avancer une pareille hypothèse.

Il nous reste maintenant à examiner ce qui concerne les prophètes et les prophétesses (pythies, sybilles, etc.).

Pour ce qui a trait aux premiers, et dans le cas actuel nous avons plus spécialement en vue les prophètes hébreux et juifs, si véritablement ils ont eu les visions qu'ils racontaient, ce sont

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