PHÉNOMÈNES SPIR1TES D'EUSAPIA
e) Apparitions de mains sur fond légèrement lumineux.
Nous posons sur la table, sur les sièges et en d'autres points de la pièce des cartons recouverts de substance phosphorescente. Nous voyons alors nettement une main se profiler en noir sur le carton de la table et passer plusieurs fois sur le fond lumineux des autres cartons. Un autre soir, l'un de nous voit à plusieurs reprises, non pas une, mais deux mains, se profiler nettement en noir contre la fenêtre fermée mais laissant passer un peu de la faible lumière du crépuscule. Cette vue simultanée des deux mains, et le fait qu'elles frappaient l'une contre l'autre, exclut toute fraude de la part du médium qui n'aurait guère pu dégager qu'une main du contrôle de ses voisins.
F) Elévation du médium sur la table.
Nous l'avons constatée à deux reprises. Richet et moi nous tenons les mains du médium assis, en état de trance et gémissant. Sa chaise est enlevée avec lui et déposée doucement sur la table. Nous ne cessons de tenir Eusapia par les mains et de suivre son mouvement, sans y aider. Quelque temps après, chaise et médium sont remis à terre avec la même douceur, Ricnet et Finzi accompagnant le mouvement, mais sans aucun effort de leur part. Pendant la descente, ils sont touchés légèrement sur la tête par une main.
g) Attouchements.
48 BïPNOTISME ET SPIRITISàlS
Quelques-uns méritent d'être mentionnés, ayant été ressentis par des personnes hors de portée des mains du médium.
Le professeur Gerosa sent plusieurs fois une main qui s'efforce d'abaisser la sienne; il est ensuite frappé par une trompette dont il vient d'entendre le son en l'air. A remarquer qu'il est assis à un angle du côté court où se tient Eusapia.
Deux fois de suite, le professeur Schiaparelli se sent enlever ses lunettes, accrochées aux oreilles, avec une délicatesse et une promptitude inexplicables dans l'obscurité complète qui régnait, et difficiles même en pleine lumière.
Un autre assistant se sent caresser la barbe et les cheveux, toujours avec la même sûreté et douceur de la part des mains mystérieuses. Ajoutons que ni le médium, ni personne, ne pouvait distinguer ses voisins.
Des corps assez lourds et volumineux, vase plein d'argile et chaise, sont déposés sur la table sans toucher aucune des nombreuses mains appuyées sur celle-ci, bien que la chaise posée en long occupe presque toute la place.
f) Contact avec une figure humaine.
L'un de nous, exprimant le désir d'être embrassé, sent deux fois de suite le contact de deux lèvres. Un autre est touché à trois reprises par une tête barbue et chevelue, donnant l'impression d'un homme ▼ivant, et ayant les cheveux plus gros et plus rudes
PHÉNOMÈNES SPIRITES d'eUSAPIA 49
que ceux du médium, mais une barbe très fine.
g) Sons de trompette.
Une trompette est mise derrière le rideau situé derrière le médium, et tout à coup on entend résonner diverses notes. Les voisins immédiats d'Eusapia purent certifier que le son ne venait pas de son côté.
h) Apports.
L'un de nous met au début de la séance son pardessus sur une chaise loin du médium. A la fin de la séance, il aperçoit sur un carton phosphorescent déposé sur la table divers objets contenus dans une poche intérieure dudit pardessus, lequel est retrouvé, aussitôt la lumière faite, sur le médium qui se plaint d'étouffer, et dont les pieds et les mains durant toute la séance sont contrôlés par ses voisins. A remarquer cependant que l'attente des phénomènes et l'attention qu'on leur prête peut distraire l'attention des contrôleurs.
PHÉNOMÈNES JUSQU'ICI OBSERVÉS DANS L'OBSCURITÉ, OBTENUS ENFIN A LA LUMIÈRE, LE MÉDIUM EN VUE.
Pour pleinement nous convaincre, il n'y avait plus qu'à obtenir, sans perdre de vue le médium, les phénomènes précédemment obtenus dans l'obscurité. Puisqu'elle favorise, semble-t-il, leur production, il fallait laisser les phénomènes dans l'obscurité, tout en gardant le médium et les assistants à la lumière.
CO HYPNOTISME ET SPIK1TISME
Un double rideau interposé donne un cabinet noir, à l'entrée duquel le médium est assis, le dos à l'obscurité, les mains, bras, pieds, ainsi que la figure, à la lumière. Derrière le rideau es tune chaise avec une sonnette, à environ un demi-mètre du médium; plus loin encore, une autre chaise avec un vase d'argile humide, à la surface parfaitement lisse. Dans la partie éclairée, nous formons la chaîne autour de la table, laquelle est placée devant le médium, dont les mains sont constamment tenues par ses voisins, MM. Schiaparelli et du Prel.
Aussitôt les phénomènes commencent. A la lumière d'une bougie, nous voyons s'enfler de notre côté le rideau, où les voisins du médium mettent les mains et sentent de la résistance ; la chaise de l'un d'eux est tirée violemment, et cinq coups y sont frappés, ce qui demande une diminution de lumière. Nous allumons alors une lanterne à verres rouges partiellement couverts. A la demande du médium, les bords du rideau sont fixés aux coins de la table, repliés sur la tête d'Eusapia et attachés avec des épingles. Quelque chose apparaît alors à plusieurs reprises au-dessus de sa tête. Aksakoff se lève, met la main dans l'ouverture du cabinet, se sent touché par des doigts, et enfin a la main saisie à travers le rideau. Puis il sent une chaise lui venir à la main, il la saisit, elle lui est reprise et tombe à terre. Tous les assistants mettent les mains dans l'ouverture et sentent le contact de mains. Dana
PHÉNOMÈNES SPIRITES d'eUSAPIA 51
le fond noir de l'ouverture même apparaissent plusieurs fois de suite de petites flammes bleues au-dessus de la tête du médium. Schiaparelli est touché plusieurs fois fortement au dos et au côté ; sa tête est recouverte par le rideau et attirée dans la partie obscure, pendant qu'il ne cesse de tenir de la main gauche la main droite du médium et de la main droite la main gauche de Finzi.
Dans cette position, il se sent touché par une main chaude, voit des lumières qui décrivent des courbes en l'air et éclairent un peu la main qui les porte. Dès qu'il revient à sa place, la main apparaît dans l'ouverture, avec plus de netteté que précédemment et sans se retirer aussi vite.
Le médium, qui n'a jamais vu ce phénomène, lève la tête pour mieux observer et aussitôt la main s'approche comme pour le toucher au visage. Du Prel, sans quitter la main d'Eusapia, introduit la tête dans l'ouverture, au-dessus de la tête du médium, se sent touché fortement par plusieurs doigts, puis entre les deux têtes la main se montre encore. Aksakoff avance vers l'ouverture un crayon qui est saisi par la main et lancé sur la table. Un poing fermé apparaît sur la tête du médium et s'ouvre lentement, montrant la main ouverte et les doigts séparés.
Le phénomène se renouvelle plusieurs fois de façon à nous enlever tout doute. C'est vraiment une main humaine et vivante que nous voyons,
pendant que le buste et les bras du médium restent bien en vue et que ses mains ne cessent d'être tenues dans celles de ses voisins de gauche et de droite. A la fin de la séance, du Prel pénètre dans le cabinet et nous annonce une empreinte sur l'argile, que nous trouvons profondément marquée parles cinq doigts d'une main droite. Par là nous nous expliquons qu'un morceau d'argile ait été lancé sur la table vers la fin de la séance. Tous ces faits prouvent que nous n'avons pas été hallucinés. Bien que la position de la main mystérieuse ne permît pas de supposer qu'elle appartînt au médium, cependant nous mîmes un ruban à la main gauche de celui-ci pour bien distinguer de façon constante ses deux mains tenues par ses voisins immédiats. Les apparitions eurent également lieu sous le contrôle rigoureux des professeurs Richet et Schiaparelli, qui y prêtèrent une attention toute spéciale, chose assez difficile, étant donné que le médium remuait continuellement les mains et, au lieu de les tenir constamment sur la table, bien en vue. les appuyait souvent sur ses genoux.