CHAPITRE V
Médiums et sorciers chez les sauvages, les paysans et les anciens.
Cette action prépondérante des médiums sur les phénomènes spirites est confirmée par le fait que tous les peuples primitifs et sauvages, et même nos populations ignorantes des campagnes, vénèrent certains individus (sorciers, magiciens, santons, prophètes), qui sont de véritables médiums. On les croit capables de s'affranchir des conditions ordinaires de durée, étendue, gravité, ce qui leur permet de voir à distance, prédire l'avenir, se transporter en un instant au loin, s'élever en l'air, traverser les solides, se mettre en rapport avec des êtres extra-terrestres, démons, anges et saints, et surtout avec les âmes des morts.
Au sujet de nos paysans, je lis chez Pitre : « En Sicile le commun du peuple croi* que les êtres possédés par un esprit ou un démon, peuvent parler toutes les langues, sont mauvais ou bons suivant l'esprit possesseur et ne peuvent être libérés que par des esprits plus puissants. On exorcise les
esprits par des prières, par le contact de certains objets, en jetant de l'encens sur un brasier et par des coups à la poitrine.
« Les sorcières prennent l'aspect de chats, de chauves-souris, de vieilles femmes, ne sortent jamais le jour, apparaissent à minuit, cherchent à tuer ou à blesser les enfants jusqu'au quaranteneuvième jour de leur naissance. Par des maléfices elles annihilent la volonté comme par l'hypnotisme. Elles volent la nuit dans les airs, sont attirées par l'ail, repoussées par le sel, aiment les tas de noix sur lesquelles elles s'amassent en nombre; elles éveillent chez l'homme amour ou haine intenses pour une femme, le rendent impuissant, malade, stupide, à condition d'avoir en mains un objet, poil, bas, chemise, etc., appartenant à leur victime. Elles envoûtent au moyen de clous ou d'aiguilles enfoncés dans une orange, ce qui provoquede vives souffrances chez leurs victimes. Ces sorciers et sorcières étaient en plus grand nombre autrefois, et on leur réservait des prisons spéciales. »
L'archevêque de Torrès, dans ses mémoires, distingue les sorciers et sorcières allant au sabbat, prédisant l'avenir et guérissant les "maladies.
Les Siciliens admettent aussi l'existence des Dames de nuit, grandes et belles, exigeant l'ordre partout, visibles à peu de personnes, sauf le jeudi, fréquentant de préférence les bois, ainsi que les
maisons pauvres et isolées, où elles pénètrent par le trou des serrures ou les fissures des portes. Capricieuses, elles favorisent en tout les maisons qu'elles aiment, font tout aller mal ailleurs.
Plusieurs de ces phénomènes, parler les langues étrangères, agir la nuit, etc., sont analogues à ceux des médiums.
Médiums cirauli. — Pour les Siciliens, l'individu né la nuit du 29 juin ou du 24 janvier, s'appelle ciraulo et a des pouvoirs particuliers, comme les médiums. 11 est fort et bien portant, manie impunément poisons et reptiles, neutralise par sa salive le venin des serpents, enchante les animaux, devine l'avenir et transmet à ses descendants tous ces pouvoirs, reconnus par les anciens Pandectes médicaux de Sicile (Pitre). Palazzolo-Acreide est pour eux une espèce de cité sainte, où ils processionnent, des serpents à la main, le jour de saint Paul.
De Blasio a pu voir, dans la région de Bénévent, jusqu'à deux mille sorciers et sorcières, 1 °/0 de la population, dont beaucoup hystériques, épileptiques, alcooliques et à tendances sanguinaires. Ils ont un jargon et des gestes à eux. Il faut distinguer ceux qui lient, ou jettent des sorts, et ceux qui les conjurent ou délient.
Portugal. — Nulle part en Europe les sorcières ne gagnent autant d'argent qu'en Portugal. Ce sont
de vieilles femmes qui prédisent l'avenir, préparent des philtres amoureux et autres maléfices.
Dans leur quartier spécial de Lisbonne, appelé Juiverie ou Maurérie, le Moyen Age revit vraiment. Ces pythonisses lisent l'avenir dans l'eau, le plomb, les miroirs, le marc de café, et préparent leurs drogues, suivant toutes les règles de l'art, avec des os de morts, de la cervelle de chien, des poils de chat, des queues de salamandres. La police a maintes fois essayé, sans y réussir, de faire cesser ces comédies superstitieuses, terminées souvent en tragédies.
Vosges. — Les Vosgiens croient que les sorciers peuvent égarer les voyageurs, dessécher la moelle des os par simple souffle, regard ou geste, empoisonner le bétail, détruire les récoltes et dominer les gens par leurs pratiques magiques. Ils font voir morts et vivants dans leurs miroirs maudits, vont les vendredis dans les bois et sont alors plus dangereux, changent les autres et eux-mêmes en animaux, découvrent sources, trésors et voleurs, avec leurs baguettes fourchues.
Bretagne. — Des femmes nerveuses, dites abision, y prédisent l'avenir. La chute d'un objet, le soupir d'une bouche invisible, les rêves les avertissent des personnes qui doivent mourir. Chez elles les sonnettes sonnent toutes seules pour faire savoir les morts lointaines. Dans ce dernier cas les parents
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du défunt entendent des coups dans les greniers, sentent des mains les serrer ou tirer les couvertures.
On cite le cas d'une mère voyant son fils blessé et sanglant à l'heure même où il était réellement tué.Unefemmevoitunetorches'allumerets'éteindre trois fois, entend pleurer et peu après apprend la mort de sa belle-mère. Ces cas rappellent les prémonitions spirites étudiées plus haut.
Dans les communes de Pes, Trevis, Gancoret, abondent les sorciers. On leur attribue le pouvoir de faire mourir les animaux, et même les hommes, par des sorts. Une petite fille de Trevis refuse l'aumône à une mendiante qui lui déclare qu'elle s'en repentira, et depuis ses habits sont déchirés, même dans les armoires, par des mains invisibles.
Au moyen d'un enduit spécial les sorciers ont le pouvoir, dit-on, de voler dans les airs. On se garde d'eux en portant un serpent sur soi, ou en mettant ses habits à l'envers. Des livres spéciaux, Salomé et le Petit Albert, leur permettent de commander aux démons et aux animaux.