ORDALIES
Arrivons au fameux jugement de Dieu, dit Ordalie, de l'anglo-saxon ordal, qui signifie jugement, pratique par laquelle on croyait pouvoir obliger, en procédant suivant certains rites, des êtres surnaturels à intervenir dans les litiges. On la rencontre chez presque tous les peuples sauvages.
En Afrique, l'épreuve du feu est usitée chez les Yoloffs et les peuples du Bénin, chez qui l'accusé doit prouver son innocence en tenant dans la main un fer rouge, ou en se le faisant passer trois fois sur la langue par un prêtre. A Loango, on passe sur les jambes de l'accusé un couteau rougi, lequel doit se refroidir en cas d'innocence. Chez d'autres tribus l'innocent doit tremper impunément la main dans l'huile bouillante ou en retirer un objet quelconque.
On consulte aussi l'esprit des défunts, surtout pour découvrir l'auteur de leur mort. Les sorciers, saisissant le cadavre par la tête, se sentent poussés vers la cabane du coupable. Les sauvages africains usent également de l'épreuve par le poison, que l'on mêle à l'eau ou au pain.
Les Australiens ont plusieurs façons d'interroger le défunt sur la cause de sa mort, rarement considérée comme naturelle. On met le cadavre dans une bière, puis on lui demande si quelqu'un l'a frappé dans le sommeil, s'il le connaît, si c'est un tel ou un tel. Si la bière remue, la réponse est affirmative. On croit que c'est Huinyo, Dieu de la mort, qui la fait bouger. D'autres fois, la bière est soutenue par plusieurs personnes, qui sentent une secousse lorsqu'on nomme le coupable, ce qui est analogue à ce que nous voyons dans nos séances spirites.
Les sorciers des îles Hawaï prétendent voir la figure des coupables à la surface de l'eau (application de la médiumnité au verre d'eau), ou durant le sommeil fatidique qui suit les conjurations. Ils récitent aussi des prières, pendant que l'accusé tient la main sur un verre d'eau, laquelle doit se rider s'il est coupable.
Il est parlé du jugement de Dieu déjà dans les Védas. Le code de Vichnou, qui date de peu de siècles avant notre ère, décrit les épreuves de la balance, du fer rouge, de l'eau froide, du poison, de la potion sacrée.
L'épreuve de la balance consistait à peser deux fois l'accusé, qui la seconde fois, après l'incantation, devait être plus léger, s'il était innocent. Pour l'épreuve de l'eau froide, on mettait l'accusé dans un sac que l'on jetait à l'eau. S'il allait au
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fond, il y avait culpabilité, innocence dans le ca3 contraire.
Remarque intéressante, c'était le contraire au Moyen Age pour l'épreuve de l'eau froide, qui servait à reconnaître sorciers et sorcières. L'accusé était innocent s'il enfonçait, il était coupable s'il surnageait. Cette croyance dans le moindre poids des possédés du diable les faisait peser à la balance, et condamner si on leur trouvait un poids inférieur à la normale. C'est ainsi qu'au fameux procès de Szeghedin, en 172S, on envoya au bûcher treize sorciers qui, jetés à l'eau, avaient: surnagé, dit-on, comme du liège.
Sophocle, dans son Antigone, parle d'un accusé prêt à prouver son innocence en touchant un fer chaud et en traversant le feu.
Les Celtes employaient trois espèces d'épreuves : fer chaud, eau bouillante, duel.
Chez les Germains et jusque dans la moyen âge chrétien, le duel judiciaire mt une institution légale. On croyait que le Très-Haut ne pouvait abandonner un innocent, qu'il centuplait ses forces, s'il était faible, tandis qu'il paralysait celles du coupable. L'épreuve du feu consistait à faire passer entre deux bûchers l'accusé habillé d'une chemise enduite de cire. Pierre Aldobrandini subit victorieusement en 1063 cette épreuve pour prouver la simonie et l'hérésie de l'évêque de Florence. La femme de Charles le Gros, accusée
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d'adultère, fut revêtue d'une chemise enduite de poix, à laquelle on mit le feu, sans que l'innocente épouse subît, dit-on, de dommage.
On trouve dans l'histoire des Camisards un bel exemple d'épreuve du feu. Jean Cavalier, témoin oculaire, raconte ce qui suit : « Mon cousin, qui était aussi notre chef, avait convoqué près de Sévignan, en août 1703, une assemblée où vinrent 500 à 600 des nôtres. Le frère Clary sent tout d'un coup l'Esprit s'emparer de lui et annonce qu'il y a dans l'assistance deux traîtres qu'il désigne et qui se jettent aussitôt à genoux, avouant leur forfait. Pour prouver la vérité de son inspiration, Clary s'offre ensuite à entrer dans un grand feu sans en souffrir. On fait un bûcher, et il y monte au milieu de la foule pleurant et priant à genoux, tandis que sa femme crie désespérément. Il resta dans cet enfer jusqu'à ce qu'il n'y eût plus qu'un petit tas de braise. L'Esprit ne l'abandonna pas dans cette épreuve qui dura plus d'un quart d'heure, et il en sortit intact. »
Fréquente aussi était l'épreuve du fer rouge que subirent victorieusement Cunégonde, femme de saint Henri, duc de Bavière, et Emma, femme d'Ethelred, roi d'Angleterre. Ajoutons l'épreuve de la marmite d'eau ou d'huile bouillantes, en usage de tous temps chez les peuples teutons. Dans les Niebelungen on la voit subie par Gudruna, femme d'Attila, roi des Huns, accusée d'adultère.