STIGMATES DES SAINTS
Lorsque saint François d'Assise se démit du généralat de son ordre et se retira dans une solitude de l'Apennin, il crut entendre la voix du Très- Haut lui ordonner d'ouvrir l'Évangile, afin d'y lire ce qu'il aurait à faire de plus agréable au Seigneur. Trois fois le saint ouvrit le livre sacré, et trois fois ses yeux tombèrent sur le récit de la Passion du Christ. Dès lors il s'absorba dans la contemplation des peines divines. Le jour de l'Exaltation de la Croix, il vit un ange descendre à lui du ciel, portant un homme crucifié. Saint François sentit alors aux mains et aux pieds des douleurs très fortes, et il y vit des plaies sanguinolentes avec des excroissances de chair en forme de clous. Il avait aussi au côté le stigmate de la lance. Ces stigmates, qui durèrent jusqu'à sa mort, n'eurent jamais besoin de soins, ne suppurant pas.
Après saint François, les stigmatisés abondent, sans doute par imitation et émulation. Les femmes sont aussi nombreuses que les hommes. Citons sainte Catherine de Sienne. Quelques-unes ont même vécu au siècle dernier. On a pu observer en 1812 les stigmates de Catherine Emmerich. Le prussien von Hartwig a pu voir en 1S40 Maria Moerl, dont les plaies saignaient tous les vendredis. Il cite aussi Marie Lazzari, de Cipriani en Trentin,
qui avait, en plus des signes de la crucifix lion, ceux de la couronne d'épines. Pic de la Mirandole a vu et décrit l'empreinte de la couronne que portait sur la tête sainte Catherine de Racconigi.
Les stigmates ne sont pas un privilège réservé aux saints. La Vie de saint Ignace de Loyola cite une jeune femme de mœurs légères, tombant souvent en extase et ayant aux pieds, aux mains et à la tête les blessures de la crucifixtion. Le père Drebegne, trappiste et médecin, nous parle (1840) d'une autre femme stigmatisée malgré sa conduite déréglée.
Les hérétiques ont aussi nombre de stigmatisés. Presque deux cents parmi les convulsionnaires de Saint-Médard éprouvaient les douleurs de la Passion.
Le docteur Arnhard a vu des stigmatisés mahométans ayant les signes des blessures reçues par le Prophète en luttant pour la foi.
On a constaté, chez les saints en extase, I'incombustibilité observée chez certains martyrs, dans les jugements de Dieu et chez quelques médiums. On dit que sainte Catherine de Sienne, lévitée en extase, fut jetée plusieurs fois devant témoins dans les flammes par une force invincible, sans que le feu eût d'action sur elle. On raconte qu'un charbon allumé tomba un jour sur un pied de Siméon d'Assise en extase et y brûla complètement, sans lui occasionner douleur ni lésion. La célèbre Bernadette de Lourdes garda un quart d'heure
impunément entre les doigts la flamme d'une torche, devant des centaines de témoins.
Ce phénomène n'est pas un privilège des thaumaturges chrétiens. Maints passages de la Bible sont relatifs au culte de Moloch, à qui l'on rendait hommage « en traversant le feu sans se brûler ».
Strabon cite les prêtresses de Diane en Cappadocc courant pieds nus sans se brûler sur des charbons ardents. Pline en dit autant des fidèles d'Apollon dans le pays des Falisques, près de Rome, et Virgile y fait aussi allusion dans l'Enéide (XI, 785).
Même phénomène chez les Nistinaires, secte religieuse très ancienne des environs de Bourgas (Roumélie), cas cité par André Lang dans la Coniemporary Revieiu d'août 1896. et aussi chez certaines tribus de l'Inde et de Polynésie.
Mais le cas le plus extraordinaire est celui de Marie Sonnet, connue à son époque sous le nom de salamandre. On sait que le Paris du milieu du xviii' siècle fut bouleversé par les prodiges des convulsionnaires. Carré de Montgeron dit à ce sujet : « Tout Paris a vu Marie Sonnet s'étendre sur des charbons ardents sans dommage pour elle ni pour ses habits. D'autres convulsionnaires ont pu rester impunément au milieu des flammes, avaler de la braise allumée, mettre la tête au feu sans en souffrir, marcher sur le feu qui consumait leurs souliers en laissant leurs pieds intacts ».
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