HYSTÉRIE ET MAGIE CHEZ LA FEMME
D'où viennent ces contradictions? Comment se fait-il que la femme, méprisée au niveau de l'animal, chez l'homme primitif, soit en même temps l'objet de tant de vénération? C'est que les prêtres sont
conservateurs des usages antiques. Or le costume féminin, réductible à un drap enveloppant le corps, est plus ancien que le masculin, réductible au costume militaire, comme le montre Haeckel.
Lorsque le mâle a adopté un costume spécial, a ltmitatioii du guerrier, le prêtre ne l'a pas suivi et a adopté le costume féminin, avec les voiles, les ornements, la coupe de cheveux et l'absence de barbe. Ce qui s'explique par le fait que la femme est plus apte à l'hypnose et aux phénomènes mystérieux de la télépathie et de la médiumnité, auxquels le prêtre aspirait par-dessus tout et qu'il voulait monopoliser, comme tout ce qui touche à ses fonctions.
On sait que la femme est plus souvent hystérique que l'homme ; mais on sait moins qu'elle est plus facilement sujette aux phénomènes hypnotiques. Pitre affirme qu'un tiers des femmes et seulement un cinquième des hommes est hypnotisable.
Sur 300 personnes hypnotisées par Bertillon, on trouve 265 femmes, 50 hommes et 45 jeunes garçons. Une étude faite sur 17.000 individus indique 12 p. 100 de femmes et 7 p. 100 d'hommes sujets à des hal- Aucinations véridiques. D'après Jastrow, 15 p. 100 des hommes et 26 p. 100 des femmes rêvent souvent; 7 p. 100 d'hommes et 8,3 p. 100 de femmes rêvent toutes les nuits. Or, l'hystérie et l'hypnose prennent facilement chez les peuples primitifs la forme de magie, sorcellerie, prophétie,
et c'est pourquoi ces peuples croient les femmes plus aptes à ces fonctions.
Bodesi calcule que la proportion des sorcière» aux sorciers est comme 50 à 1.
Les Cafres de l'Orange croient la malédiction masculine sans effet et la féminine toujours efficace. Pour les Hindous de Peschawer, les femmes sont toutes sorcières ; leur pouvoir n'agit pas toujours, mais est toujours latent. Môme croyance dans le Gampouret autres régions de l'IIindoustan. Dans le Pangar, s'il arrive trois ou quatre morts successives, les femmes sont vites soupçonnées, et la coupable, ou prétendue coupable, découverte par des moyens spéciaux.
Les nègres de la Côte des Esclaves croient toutes les hystériques possédées par des esprits, et les femmes, destinées pour cette raison aux fonctions religieuses, dominent leurs maris qui leur servent de domestiques.
On sait que les oracles de Delphes étaient rendus par des femmes hystériques et convulsionnâmes, dirigées par des prêtres mâles. Ces femmes, nommées Pythies, ne prophétisaient guère que deux fois par an. Elles s'y préparaient par des jeûnes de trois jours, se baignaient dans la fonîaine Castalie et mâchaient des feuilles de laurier. Au jour établi, Apollon se manifestait en agitant le laurier planté à la porte du temple. La Pythie se plaçait alors sur un trépied, au milieu d'épaisses
MÉDIUMS ET SORCIERS 14i
vapeurs d'herbes odorantes brûlées sous elle. Dès qu'elle sentait le souffle divin, elle se mettait à trembler, les cheveux dressés, les yeux convulsés, la bouche écumante, se débattait aux mains des prêtres en poussant des cris qui' remplissaient tout le temple, et rendait ses oracles. Elle était ensuite longtemps malade, deux mois entiers, dit-on, et parfois mourait.
Les Hébreux, malgré leur mépris pour la femme, ont eu nombre de prophétesses : Marie» sœur de Moïse, Débora, Holda et, dans le Nouveau Testament, Anne-Marie et les quatre filles de Philippe l'Évangéliste.
Les femmes israélites n'avaient pas part aux fonctions sacerdotales, non plus que les femmes bouddhistes, parsies et musulmanes; mais il en était tout autrement chez les Grecs et les Romains, comme le prouve l'exemple des pythies et des vestales. Chez les Étrusques, les femmes étaient admises au sacerdoce en plus grand nombre que les hommes.
Gaulois et Germains croyaient les femmes plus aptes que les hommes à recevoir l'esprit prophétique. Les Germains n'entreprenaient rien sans avoir consulté leurs prêtresses, qu'ils croyaient inspirées. ■' On sait l'importance et le rôle des collèges de druidesses de l'île de Sein, de Namnète à l'embouchure de la Seine, et d'autres lieux saints de
Gaule et de Bretagne. Elles guérissaient les mala-
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dies, rendaient des oracles en consultant les astres, les entrailles des victimes immolées, ou la manière dont leur sang coulait. Les druidesses conservèrent Heur influence sous la domination romaine et même sous les premières dynasties de la France chrétienne. Sous le nom de fées, elles prophétisaient du fond des cavernes et des forêts. On les croyait immortelles et on leur attribuait un pouvoir surnaturel. On demanda même à Jeanne d'Arc, dans son procès, si elle n'était pas fée.
Ce rôle magique de la femme commence dès les premiers âges et explique sans doute son costume. Clhez les peuples primitifs, la femme méprisée jomme femelle, et vénérée comme magicienne, à cause de sa plus grande aptitude à l'hystérie, a pris un costume en forme de draperie, pour arrêter ses émanations génitales, regardées comme maléfiques et comme pouvant troubler les cérémonies sacrées.
Pour monopoliser les pouvoirs magiques et prophétiques, si fréquents chez la femme, et pour empêcher celle-ci d'accaparer ce qu'il désirait monopoliser lui-même, le prêtre n'avait plus qu'à imiter la femme le plus possible. Dans certains pays, il s'adjoignit des femmes, comme les pythies grecqueê, les druidesses gauloises, les prêtresses étrusques et romaines, etc. Mais la supériorité féminine, fondée sur des conditions organiques, .survivait aux efforts des prêtres. Il ne leur restait
donc plus qu'à adopter le costume, les manières et la vie des femmes, et à se dire femmes.
Et c'est ce qu'ils firent un peu partout. Dans les mystères de la Bonne Déesse, à Rome, on ne consacrait que les femmes. Les hommes, pour y être admis, devaient, d'après Juvénal, s'habiller en femmes, se voiler la tête et se mettre des colliers. Les corybantes de Phrygie, tout comme les sorciers peaux-rouges, pratiquaient même l'autoémasculation et, pour compléter la transformation, s'affublaient en femmes et se rasaient la barbe.
En se transformant autant que possible en femmes, les prêtres se sont ainsi assuré la suprématie dans les domaines de la magie et du prophétisme.
Que si maintenant, par la bouche du Vatican et de ses organes, ils lancent des anathèmes contre le spiritisme (qu'ils pratiquaient autrefois sous le nom de prophétisme), et contre l'hypnotisme, c'est que la rapidité des découvertes sur ces sujets ne leur a pas donné le temps de les monopoliser, chose pourtant facile, à leur profit.
Cest ainsi qu'ils condamnaient les météorologistes, comme touchant à leur domaine, et les fondateurs de l'astronomie moderne, Copernic et Galilée. Mais, voyant sans effet leurs anathèmes, ils se sont transformés en astronomes et en météorologistes, fondant partout des observatoires, et jurant d'avoir toujours protégé ces sciences, qu'ils ont pourtant persécutées.
Il en sera sans doute bientôt de même pour les phénomènes médianimiques, quand ils auront assez progressé pour entrer comme fondement dans une religion nouvelle.
L'essentiel dans tout ce qui précède, c'est l'analogie entre les diverses variétés de médiums de tous temps et de tous pays. Les fakirs répètent, en les accentuant, les phénomènes de nos médiums, surtout lévitation, apports, matérialisations, invulnérabilité, incombustibilité, prophétie, xenoglossie, etc. Les faits observés chez les convulsionnaires, les sorciers-médecins peaux-rouges, les Camisards, etc., sont ceux qui permettaient à Clément XII de distinguer entre les vrais et les faux saints, et ceux également que les Hébreux signalaient chez leurs prophètes.
Bien que paraissant isolément invraisemblables, leur vraisemblance, pour ne pas dire leur certitude, résulte de ce qu'ils se répètent aux époques et dans les régions et les races les plus différentes, sans lien historique entre elles, et dont quelques-unes même sont en complet antagonisme eligieux et politique. Comme chez nos médiums, ces phénomènes accompagnent toujours des névroses accentuées et ils atteignent leur maximum dans les états de coma, extase et catalepsie.
Médiums, mages, sorciers, saints, prophètes, fakirs, yoghis, etc., agissent également comme s'ils étaient dans un espace à quatre dimensions, sous l'influence d'êtres différents de nous et leur prêtant une supériorité momentanée sur les vivants privés de ce concours.
A l'observation que les faits merveilleux des médiums sont devenus plus rares, on peut répondre qu'ils sont encore fréquents dans les classes ignorantes, et qu'ils le seraient aussi dans les classes cultivées si l'opinion publique les accueillait mieux.
Pour ma part, j'ai remarqué depuis des années, en étudiant les faits hypnotiques, si voisins des faits spirites, que nombre de ces derniers avaient dû être plus fréquents dans le passé où magie, télépathie, révélations des songes, prophéties étaient des pouvoirs assez répandus pour servir de professions. C'est pourquoi les sauvages qui les constatent chez les femmes, les chastes et les nerveux, choisissent parmi ceux-ci leurs sorciers ou en créent artificiellement. Mais, avec le développement de la civilisation, de l'écriture et du langage, la transmission directe télépathique de la pensée devient incommode et incertaine, trahit les secrets et ne communique les idées qu'avec des confusions et des erreurs. C'est pourquoi elle disparaît de plus en plus et, avec elle le mystère, la magie, la médiumnité. Ii en subsiste bien quelque chose dans nos
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classes ignorantes, .ainsi que chez les sauvages, mais les classes éclairées ne les présentent plus que dans les cas tout à fait pathologiques.
Tout ceci s'accorde avec l'explication géniale de Myers. Selon lui, ces phénomènes s'expliquent parce que nous possédons, en plus de la personnalité consciente ordinaire qui agit et pense, une seconde personnalité inconsciente, qu'il appelle Moi subliminal, d'une portée bien supérieure et possédant les facultés disparues successivement dans la lutte pour la vie, comme les sens de la direction, de la durée, des pressentiments et de la télépathie. Lorsque cette seconde personnalité est dirigée par la première, on a les saints et les génies qui dominent le monde; lorsque les deux personnalités se confondent, on a les hystériques et les fous.
Nos facultés ordinaires sont celles qui l'ont emporté dans la lutte pour l'existence, et elles vont se modifiant continuellement. Les sens artistique, moral, etc., se sont développés aux dépens des sens de la direction, de la durée, de l'odorat et de bien d'autres facultés possédées par les premiers hommes.
La démonstration de l'existence et de la puissance des médiums, ainsi que de leur origine pathologique, est donc confirmée par la croyance
de tous les peuples anciens et sauvages. Cette croyance est poussée jusqu'à leur faire adorer l'épilepsie et produire artificiellement des névroses, d'où proviennent les pouvoirs magiques et prophétiques des sorciers, qui sont les génies de ces peuples. Ceux-ci méprisent d'ordinaire les chastes et les femmes, mais, reconnaissant leur médiumnité supérieure, ils respectent et exigent la chasteté et la féminité chez leurs sorciers et leurs prêtres, au point de leur imposer le célibat et de les affubler en femmes.
Tout ceci confirme et prouve la grande part du médium dans les phénomènes spirites. Ils semblent bien dus à la projection et à la transformation de son énergie, vu son épuisement après les séances, sa perte de force et de poids, la production des phénomènes dans son voisinage immédiat, etc. Mais il serait exagéré de croire que le médium explique tous les phénomènes, bien que cette hypothèse puisse séduire à première vue.
Il est en effet facile de supposer que la pensée, mouvement du cerveau, puisse se transmettre à distance, par vibrations éthérées, entre deux cerveaux prédisposés, et aussi se transformer, de force psychique en force motrice et inversement. Puisque nous avons dans le cerveau des centres qui président au mouvement et à la pensée, il est logique d'admettre que lorsque ces centres sont irrités, comme dans l'épilepsie, ils provoquent, tantôt des mouvements violents des membres?
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tantôt les grandes inspirations du génie, tantôt le délire de la folie.
Mais Ermacora m'a fait observer avec raison que, l'énergie du mouvement vibratoire étant en raison inverse du carré de la distance, on peut bien s'expliquer les transmissions de pensée à courte distance, mais non pas les cas de télépathie sans déperdition d'un hémisphère de la terre à l'autre. L'extériorisation de la motricité et de la sensibilité, découverte par de Rochas, explique bien des phénomènes spirites, par exemple que le médium voie au loin, dans l'obscurité et les yeux bandés, sente les piqûres faites au fantôme, se transporte au loin en pensée et même en corps, remue un objet à distance au moyen des appendices fluidiques de son double, et produise même un fantôme ou double de sa propre personne. Mais cette explication ne rend pas compte du développement de force bien supérieur à sa force propre, ni de la formation de fantômes absolument différents de lui-même, ni des faits de prophétie, de matérialisation et de dématérialisation.
Quant à l'explication, donnée surtout pour les médiums écrivains, que seul l'hémisphère cérébral droit est actif, le gauche restant inerte, elle ne s'applique qu'à ceux qui écrivent simultanément deux communications.
Il faut rappeler ici la simultanéité de multiples phénomènes dans les séances spirites. Un jour
qu'Eusapia était au summum de te. trance, une figure de femme apparaît à ma droite et en même temps le rideau se gonfle au-dessus de moi, une table remue dans le cabinet obscur et un objet est porté sur la table du milieu. Dans une autre séance, Barzini touche une main dans les cheveux d'Eusapia, pendant que la partie gauche du rideau s'avance au-dessus de la tête des contrôleurs et que Bozzano se sent touché plusieurs fois au£ épaules. « Pendant qu'un fantôme me touche e|t s'appuie contre mon dos, raconte Visani Scozzi, je vois à la fenêtre la silhouette d'un autre, tandis qu'un troisième touche Mainardi ». Une autre fois[ au moment où j'étais caressé par un fantôme, la princesse Ruspoli se sent toucher la tête par une main, et Imoda a la tête serrée par une autre main.
J'ai vu maints médiums écrivant à la fois des deux mains, tout en parlant à un tiers. Mansfeld écrivait simultanément des deux mains en deux langues différentes, tout en parlant d'autre chose avec les assistants. Mosers a entendu trois instruments, trompette, piano et tambourin, jouant à la fois dans une même séance.
Gomment expliquer que la force psychique du médium puisse non seulement se transformer en force motrice, mais encore agir simultanément dans trois directions différentes ? Et, si celte multiple attention est impossible à un homme bien
éveillé et sain d'esprit, comment l'admettre chez un médium en état d'automatisme ?
On constate d'ailleurs des faits contraires à la volonté du médium et même à celle du soi-disant esprit. Apprenant qu'à une séance chez le duc des Abruzzes la table avait marqué par le mouvement de ses quatre pieds le rythme de la marche royale> îe dis en plaisantant qu'à Turin la table et John King étaient monarchistes. Je n'avais pas fini que la table se met à protester par des mouvements* expressifs même pour un profane en langage typtologique. Et comme je répète : « John, tu n'es donc pas monarchiste? », la table nie fortement par les deux battements ordinaires. Croyant que l'idée rient d'Eusapia, bien que le populaire de Naples soit chaudement monarchiste, je l'interroge à ce sujet et je m'assure que la pauvre femme ne se soucie guère de politique, disant que le meilleur gouvernement, à son avis, est celui qui s'occupe le plus des pauvres. La manifestation monarchiste ci-dessus, loin donc de venir d'Eusapia ou de John, était en opposition avec leurs sentiments.
Parfois le médium se refuse à dire un nom et la table le révèle ; on réclame des lettres et l'on obtient des chiffres qui ne disent rien, si l'esprit n'en donne pas la clé. D'autres fois on obtient des mots écrits à l'envers, l'orthographe est simplifiée de la manière la plus curieuse, et les messages se
suivent si vite qu'on a peine à les comprendre. Souvent les esprits s'opposent aux désirs du médium. Aksakofî cite le cas d'un médium qui, désirant communiquer avec sa mère morte, reçoit typtologiquement ce message : « Je ne veux pas que tu t'occupes de spiritisme ». Un veuf, opérant avec d'intimes amis de sa femme morte, n'obtient aucune communication de celle-ci, tandis qu'il se met facilement en rapport avec d'autres défunts.
Bozzano propose un jour une nouvelle séance pour le lendemain à Eusapia. Elle refuse, se sentant fatiguée, mais John exige la séance. Staintoli Moses, médium très religieux, obtient souvent par écriture automatique des communications athées et sataniques. « Mes écrits automatiques, dit-il, sont contraires à mes convictions ». Des médiums pieux écrivent inconsciemment des blasphèmes et des obscénités.
Un jour Eusapia dit à M. R. : « Un fantôme va venir pour toi », et elle tombe en trance. Apparaît alors une très belle femme. Comme on demande de la photographier, Eusapia et John y consentent; mais l'apparition refuse du geste et brise par deux fois la plaque photographique ainsi qu'une empreinte sur cire. Nous sûmes depuis qu'il s'agissait d'une femme vivante, mais endormie, amante de R., demeurant dans la même ville, et qui avait intérêt à ne pas laisser de traces de son identité. Dans les phénomènes spirites peut donc
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intervenir une volonté autre que celles du médium, de son esprit-guide et des assistants, et contraire à toutes celles-ci.
Aksakoff parle d'un médium à qui son esprit avait interdit viande, thé, café et tabac. Lorsqu'il voulait passer outre, l'esprit l'avertissait par des coups ou des mouvements de la table et même à haute voix. Voulant un jour fumer un cigare, il fut jeté à terre pendant la trance, tandis qu'un bout de cigare lui était mis de force dans la bouche. La santé du médium se rétablit par ces contraintes de son esprit-guide.
Lorsque le médium abuse de ses facultés aux dépens de sa santé, les esprits qui se servent de lui recourent parfois à des moyens violents pour le ramener à la raison. Aksakoff cite une veuve fatiguée par des séances trop fréquentes et que les esprits avaient plusieurs fois avertie de modérer son zèle. Comme elle ne voulait pas les écouter, ils lui suggèrent un jour de descendre à la cave et d'entrer dans un tonneau. Son frère, qui déjà la croyait folle, la trouvant dans cette position, est confirmé dans sa croyance et la fait enfermer dans une maison de santé. Et, comme elle se plaignait aux esprits du mauvais tour joué, ils lui répondent qu'ils l'ont fait pour son bien et pour rétablir sa santé morale et physique menacée.
Les faits qui précèdent pourraient à la rigueur s'expliquer par la volonté inconsciente des sujets
désirant ce qui leur est utile. Mais il y a des personnes que les esprits ont persécutées sans raison aucune, ou bien pour les forcer au rôle de médiums. Ainsi le Dr Dexter, sceptique en matière de spiritisme et répugnant à s'en occuper, y est contraint par une série de persécutions. Chez Harry Phels, jeune fils d'un pasteur protestant d'Amérique, on voit soudain bouger chaises, tables, etc. ; ses habits sont mis en lambeaux ; en quelques semaines, soixante et onze objets se brisent près de lui ; en promenade des pierres sont lancées sur sa voiture par des mains invisibles, et ces phénomènes ne cessent que lorsqu'il consent à communiquer avec les esprits. Le fermier russe Schtchapov raconte, dans le Rébus de 1886, les persécutions qu'il subit pendant six mois avec toute sa famille. Elles commencent, comme à l'ordinaire, par des coups aux murs et aux meubles, des déplacements d'objets, etc. ; un globe lumineux surgit sous le lit de la fermière et s'approche d'elle en augmentant de grosseur. Les époux terrifiés vont habiter la ville voisine; mais les persécutions continuent de plus belle. Des objets sont lancés en l'air; couteaux et fourchettes sortent de leurs boîtes et se plantent aux portes et aux murs ; un lourd canapé se lève de terre et se met à danser ; des objets brûlent spontanément, et un jour la femme de Schtchapov se voit tout à coup entourée de flammes qui consument ses habits sans la toucher elle-même.
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Ces accidents ne peuvent venir de la volonté inconsciente du médium. Il s'agit certainement d'une force étrangère, étant donné qu'il chercherait à se défendre instinctivement contre ces ennuis. Il en est de même des premiers propagateurs involontaires du spiritisme en Amérique, les membres de la famille Fox, dont les révélations furent provoquées par des persécutions violentes, auxquelles ils cherchaient vainement à se soustraire.
Il est à remarquer que la trance spirite manifeste des énergies physiques et psychiques très différentes de celles du médium, parfois bien supérieures, et qui font supposer l'intervention d'une intelligence et d'une activité autres que la sienne, bien que transitoires.
Ainsi l'état de trance peut augmenter dans de grandes proportions la force physique d'Eusapia. Dans une séance à Turin, elle a pu soulever de terre une table portant l'éditeur Bocca et traîner un moment Bottazzi et sa chaise, soit 93 kilos. Le médium d'Ochorowicz passe, en trance, de sa forcé naturelle de 120 à 240 kil.
Il est déjà difficile d'expliquer ces phénomènes par la projection et la transformation des forces du médium. Que dire alors des cas où le médium s'enlève lui-même de terre avec sa chaise, sans pousser des pieds et sans point d'appui, parfois même contre la volonté des contrôleurs qui le tiennent?
Comment expliquer le cas de Home faisant le tour des fenêtres d'une maison, lévite même pendant son sommeil, et aussi le cas des deux Pansini, de Bari, parcourant 45 kilomètres en 15 minutes?
John a bien révélé à Ochorowicz qu'un fluide émané des mains du médium et des assistants soulève et soutient les corps, lesquels tombent si la chaîne est rompue. Mais qui assistait Home et les Pansini dans leurs lévitations?
Remarquons que les objets mus dans les séances ont une sorte d'orientation, comme s'ils étaient tenus par une main. On a même vu en pleine lumière cette main fluidique pincer la mandoline, battre du tambour, mettre en mouvement le métronome, et cette main était bien plus grande que celle d'Eusapia. La plupart des phénomènes ont toujours lieu dans le voisinage du médium, surtout à son côté gauche, où il est le plus fort, étant gaucher dans la trance. Ces phénomènes sont aussi accompagnés de mouvements synchroniques du médium. On voit souvent sortir de sa robe et de son dos en pleine lumière un corps fluidique lui servant de bras et mouvant les objets. Mais si le médium a une grande part, la plus grande même, dans les phénomènes, il n'en résulte pas qu'ils viennent exclusivement de lui. On ne peut davantage expliquer par son influence les manifestations où les lois ordinaires de gravité, cohésion, impéné-
trabilité de la matière, paraissent suspendues, ce qui n'est possible que dans un espace à quatre dimensions.
Et, pour l'intelligence, comment expliquer que le médium en trance devine l'avenir et voie ce qui se passe au loin? Eusapia, par exemple, est presque illettrée, déchiffre mal les imprimés et ne comprend pas les manuscrits. Or, à une séance à Turin, un jeune homme venant avec un bracelet en poche, elle devine qu'il lui est destiné, le lui enlève avec une main fluidique, à un mètre de ses mains de chair tenues par les contrôleurs, et se le passe au bras. Gomme on lui demande si le jeune homme a autre chose en poche, elle répond : « Oui, une lettre contenant une demande ». On le trouve en effet porteur d'une lettre oubliée et non lue, où l'on demandait une entrevue avec Eusapia. Comment le médium illettré a-t-il pu lire dans l'obscurité ? Gomment, ignorant la sculpture, a-t-il pu improviser de très beaux moulages?
Et que dire de miss Edmonds qui, à une séance à New-York, annonce à Mme Evangelidès que son fils se mourait en Grèce, ce qui était exact, alors qu'elle le croyait bien portant?
Un jour, à Venise, un médium ignorant le latin écrit à Timproviste : Sordidi surit hic, peltenda sunt sordida. On ne comprit ce dont il s'agissait que lorsque la table, dans son langage typtolo-
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gique, annonça : « un tel a un livre ». La personne désignée avoua en effet avoir en poche le Temple de Vénus.
On sait qu'Eusapia ne sait pas se servir des instruments de précision, et cependant on l'a vue manier adroitement, en séance, interrupteurs électriques, sphygmographes, sthétoscopes et métronomes.
Et, tandis que le médium n'est souvent que simple récepteur de la pensée des assistants, alors qu'on le croit inventeur, il y a pourtant des cas où cette influence des assistants doit être rejetée. C'est ainsi que Bûchner complimentant l'auteur américain du livre philosophique Arcana of nature, cet auteur, simple paysan, lui répond qu'il n'a fait qu'écrire sous la dictée d'un esprit. Nombre de communications soi-disant dictées par Galilée, Bruno, Kant, etc., ne sont pas indignes de ces grands hommes. Les trois chants en tercets que Dante aurait dictés au médium écrivain Scaramuzza, ignorant en poésie, sont très beaux à mon avis.
Barkas obtint de savantes réponses sur la science musicale, aucun musicien n'étant présent. L'esprit de Spencer Stattforde révéla le téléphone, trente ans avant son invention, à MUe d'Espérance, ignorante en physique, à une séance où n'assistait aucun physicien.
Que dire de ce jeune Anglais se mettant à écrire
en chinois, et de la dame, citée par Richet, écrivant des pages entières de grec, dont elle ignore même l'alphabet?
Aux séances de Milan, Naples et Turin, John répondait de préférence en anglais, compris d'un seul assistant et ignoré d'Eusapia. Bottazzi obtint une communication en arabe, et à New-York miss Edmonds parla grec, hindou, polynésien, langues ignorées de tous les assistants. Comment le médium, employant ces langues pour la première fois, arrive-t-il à les comprendre, parler, écrire facilement?
Les observations de Stainton Moses sont importantes, par son autorité personnelle et la nature des faits. Communiquant avec un esprit qui dit se nommer Home, né en 1710, fils d'un maître de musique, ces particularités précises sont reconnues exactes. Priant l'esprit de reproduire les dernières lignes de la page 94 d'un livre de sa bibliothèque, dernier volume de la troisième rangée, dont il ignore le titre, ces lignes sont données exactement. Impossible d'expliquer ce fait par des traces, d'ailleurs inexistantes , demeurées dans l'inconscient du médium.
C'est, dira-t-on, de la vision à distance. Explication inadmissible dans le cas de miss Edmonds obtenant un message d'une nommée Debieî, inconnue de tous et morte depuis cinq ans.
Il ne peut guère y avoir influence de médium?
160 HYPNOTISME ET SPIBITISME
ou d'assistants dans les phénomènes des maisons hantées, où l'on voit se mouvoir à l'improviste chaises, tables, lits, puisque ces maisons sont d'ordinaire inhabitées et que ces faits s'y répètent parfois depuis des générations. On invoque bien une influence à distance de médiums sans le savoir, surtout de médiums enfants ; mais l'aide d'autres êtres est nécessaire pour expliquer la grande force mécanique déployée dans ces phénomènes.
Le cas de miss Smith écrivant en sanscrit qu'elle ignore, mais dont elle a vu une seule fois une grammaire, peut s'expliquer par la cryptomnésie, souvenir inconscient d'anciennes perceptions, ou par l'ecmnésie, surexcitation de la mémoire. Hypothèse plausible, bien que n'expliquant pas tout , dans ce cas et dans le suivant.
Aksakoff écrit sur une feuille les lettres des alphabets russe et français et se sert d'une planchette dont les mouvements indiquent les lettres.
Après maintes phrases en français et en russe, on obtient en caractères français les mots : « emek habbacha ».
— Mais ces mots n'ont pas de sens ; ce n'est pas du français, observe Aksakoff.
' — Et qui vous dit que ce soit du français ? c'est de l'hébreu, cela signifie « vallée de larmes » ;■ l'auteur est Cardovy, savant juif portugais.
LIMITES A L'INFLUENCE BU MÉDIUM loi
On vérifia les mots dans un dictionnaire hébraïque, et un dictionnaire biographique fit connaître l'existence au xvne siècle, en Portugal, du savant juif Cardovy, dont un livre portait en épigraphe les mots hébreux ci-dessus.
Mais ni ecmnésie, ni cryptomnésie n'expliquent le fait suivant. En 1887, à Wilna, une institutrice suisse, Emma Stramm, reçoit de son frère Louis, mort depuis longtemps, la nouvelle par l'écriture automatique que son fiancé est mort le jour même. Elle en eut confirmation trois jours après par lettre. On ne peut parler ici ni de vision à distance, ni d'inconscient, ni de cryptomnésie.