‹ Hypnotisme et spiritismeChapitre 37 sur 66 · AUTOMATISME ET PRÉCOCITÉ DES MÉDIUMS · texte numérisé non relu

AUTOMATISME ET PRÉCOCITÉ DES MÉDIUMS

La plupart des gestes des médiums sont automatiques comme le prouve l'uniformité de leurs mouvements. Chez le médium écrivain l'automatisme est évident, car sa main écrit pendant que son esprit est occupé ailleurs. Il est probable que cet automatisme dépend d'un fait découvert depuis peu, à savoir que presque tous les phénomènes spirites viennent du côté gauche du médium, ou sont sentis à gauche, alors même qu'ils ont lieu à droite. On a emarqué aussi que la faculté d'être gaucher se transmet même aux contrôleurs du médium, comme on a pu le vérifier au dynamomètre. Dans la trance

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spirite, comme dans l'état d'hypnose, prévaut le travail du côté droit du cerveau, celui qui participe le moins à l'activité consciente. D'où l'automatisme des actes accomplis en trance. Quelle âme anime cet automate, et comment concilier l'automatisme du médium avec ses activités multiples et ses productions artistiques ?

Il faut admettre ici l'hypothèse d'une intervention extérieure. Ce serait justement celle de l'esprit qui, impuissant par lui-même, devient capable d'agir en s'associant au corps vivant du médium. On a beau recourir à l'inconscient de ce dernier, quand il s'agit d'une langue ou d'un art que lui ou les assistants ignorent tout à fait, que devient le principe Nihil est in intellectu quod prius non fuerit in sensu ?

De même que l'automatisme, et comme preuve de ce dernier, il faut noter l'extraordinaire précocité de maints médiums agissant en très bas âge comme des adultes robustes et entraînés.

Attwood, de Waterford (New-York), encore au sein, faisait mouvoir tables, chaises etc., et obtenait même des communications typtologiques. Jencken donne des réponses par ravs à deux mois, et il commence à écrire automatiquement à cinq mois. La nièce de la baronne Seymour Kirkups écrit à l'âge de neuf jours. A. Omerod donne des communications typtologiques quatre semaines après sa naissance.

Ces faits paraîtraient incroyables, s'ils n'étaient confirmés par d'autres faits historiques analogues observés chez les Camisards dont les enfants prêchaient excellemment, étant encore au sein. Vernet en entendit un de treize mois s'exprimer en un français très pur. Bonnemère et Figuier expliquent ces cas par l'exaltation religieuse ; mais celle-ci ne peut créer des facultés qui n'existent pas encore. Nous verrons que les rares médiums des maisons hantées sont presque toujours des enfants.

Le médium peut donc expliquer partiellement, mais non pas totalement, les phénomènes spirites. Ils s'expliquent par la combinaison de la force du médium avec une autre force qui, bien que fragmentaire et passagère, acquiert momentanément, au moyen du médium, une grande puissance. La croyance de tous les temps et de tous les pays, confirmée par l'observation expérimentale, prouve l'action survivante des défunts. Davin attribue 60p. 100 des phénomènes spirites aux esprits, seulement 16 p. 100 à l'autosuggestion du médium, et j'ajouterai à sa désintégration psychique momentanée dans l'état de trance, ce qui est aussi le cas de l'inspiration géniale et des phénomènes merveilleux du sommeil hypnotique.

Cette désintégration momentanée, qui explique l'automatisme des médiums, fait aussi comprendre

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que l'esprit des défunts puisse avoir accès chez eux et se servir de leurs organes. Ce fait, que nous essayons de mieux prouver plus loin, explique que le médium en trance manifeste parfois une force et une intelligence bien supérieures à celles qu'il possède normalement.

On ne peut bien étudier le grand problème spirite qu'au moyen d'instruments de précision empêchant les erreurs de jugement et les autosuggestions. Grâce à eux, d'ailleurs, on a obtenu la solution de grands problèmes scientifiques.

Poids. — L'étude physique la plus importante, peut-être, est celle du poids des médiums et des soi-disant esprits. Crookes a noté que la femme médium Cook perdait presque la moitié de son poids, dès l'apparition du fantôme, et qu'elle le récupérait en entier à sa disparition. Ce fait, d'ailleurs confirmé d'autres fois, montre que les fantômes se forment aux dépens du corps des médiums.

A une séance avec miss Fairlamb, le médium fut pour ainsi dire cousu dans un hamac, dont les points d'attache étaient pourvus d'un appareil permettant d'enregistrer les oscillations de son poids. Au bout de quelques minutes de trance, le poids diminua graduellement et, au moment de l'appa-

ntion du fantôme, on enregistra une perte de 60 livres dans le poids du médium, soit la moitié de son poids normal. Lorsque le fantôme se dématérialisa, le poids du médium se remit à augmenter et, à la fin de la séance, il ne lui manquait plus que 3 à 4 livres.

Marselli a noté chez Eusapia, après la trance, une diminution de plus de 2 kilos ; en dehors de la irance et en pleine lumière, une chute de 60 à 56 Mlos, puis une montée de 56 à 60, et ainsi de suite à plusieurs reprises, sans qu'il fût possible de découvrir la moindre fraude.

A Milan en 1892, Eusapia, pesée à plusieurs reprises à peu de minutes d'intervalle, avec toutes ïes précautions nécessaires pour prévenir les fraudes, tombait de son poids normal de 62 kilos à 52 kilos. On demanda le phénomène contraire, «t la balance monta au poids de 72 kilos.

D'Arsonval, à Paris, a mesuré de seconde en seconde les variations de poids d'Eusapia en trance, et il a constaté que, au moment de la lévitation de la table, le poids du médium s'augmentait de tout le poids de la table.

En d'autres expériences, au lieu des médiums, on pesa les fantômes. C'est ainsi que l'on constata, à sine séance avec miss Wood, que le poids des fantômes se matérialisant sous son influence variait de 34 à 176 livres, ce dernier nombre représentant son poids normal. Ce fait concorde avec la

disparition d'une partie ou de la totalité du corps de MUe d'Espérance en trance, au moment de l'apparition du fantôme, et aussi avec la disparition du bras de Marthe à l'apparition du fantôme Béni Boà (Richet).

D'autres résultats intéressants ont été obtenus en étudiant l'altération du poids des corps soumis à l'influence des médiums. Crookes a constaté que le poids d'un corps soumis à l'influence de Home montait de 8 livres à 36 et 48, pour redescendre à 46, et une autre fois de 23 à 43 pour redescendre à 27.

Pour étudier ces variations dans le poids des corps sous l'influence des médiums, Crookes, et avant lui le docteur Hare, ont construit des appareils spéciaux et obtenu des résultats intéressants. Home par exemple, par simple imposition des doigts à distance, a fait baisser l'un des bras d'une balance en équilibre, et il a obtenu une autre fois, toujours à distance, une tension de,, 18 livres au dynamomètre.

Bechterew. de l'Université de Pétersbourg, a fait un appareil construit de façon à ce que la pression des mains de Home ne pût pas augmenter la tension d'un dynamomètre, lequel cependant marqua 150 livres au lieu de la normale 100.

Morselli a noté, à la fin d'une séance, une diminution de 6 kilos à droite et de 14 à gauche chez cinq assistants. Il a remarqué qu'Eusapia en trance

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est devenue droitière, de gauchère qu'elle était, et que lui-même est devenu momentanément gaucher sous son influence.

J'ai vu, il y a déjà longtemps, la force d'Eusapia monter de 36 kil. au dynamomètre à 42, en plein jour, avec l'aide d'un bras fluidique qu'elle disait appartenir à John. Maintenant qu'elle est malade de diabète et d'albuminurie, et épuisée par l'abus des séances, elle est descendue à 15 et même 12 kil. Elle a pu cependant développer, à une séance avec Morselli, une force capable de rompre une table et évaluable à une centaine de kilogrammes.

Crookes a noté que le nombre des pulsations cardiaques du fantôme Katie King différait de celui du médium. Richet a analysé l'émission d'acide carbonique dans la respiration du fantôme Béni Boà.

Mais les résultats les plus remarquables ont été obtenus ces dernières années, en appliquant à l'étude des phénomènes médianimiques les méthodes d'enregistrement graphique, dont l'importance est si grande dans les sciences expérimentales modernes.

Mettant dans le cabinet médianimique un cardiographe de Marey, communiquant, au moyen d'un tube traversant le rideau de ce cabinet, avec une plume placée au-dessus d'un cylindre noirci à la fumée, nous prions John d'appuyer sur le bouton du cardiographe. Peu de minutes après, nous entendons le bruit de la plume courant sur le cylindre,

et nous obtenons deux groupes de courbes indiquant une grande fatigue et différant des tracés normaux, par leurs irrégularités et leur peu d'ampleur. Elles sont l'œuvre de John ou du double d'Eusapia, sûrement pas d'elle, car ses deux mains étaient tenues par les contrôleurs.

Bottazzi, entre autres expériences avec Eusapia, mit dans le cabinet un tambour récepteur de Marey et, au moyen d'un tube de caoutchouc, le fit communiquer avec un manomètre à mercure placé dans une pièce voisine. On pria John d'appuyer sur le bouton du tambour, et le tracé obtenu donna deux groupes de lignes blanches, ascendantes et descendantes, de hauteurs inégales. Aux plus hautes correspondaient naturellement les pressions les plus fortes. Vu la façon dont le tout était disposé, il fallait qu'une main ou un pied invisibles eussent appuyé avec force sur la membrane du tambour récepteur.

Herlitzka, Foà et Agazzotti, en deux séances à Turin avec Eusapia, ont aussi obtenu des résultats intéressants, dont voici le résumé :

« Le cylindre mobile était en dehors du cabinet, bien en lumière, recouvert d'un voile, et éloigné d'Eusapia tenue par les contrôleurs. Un tracé y apparut cependant. Impossible d'admettre une participation même inconsciente de l'un de nous, car la surveillance portait sur les assistants autant que sur le médium.

Une petite table très solide se brisa en morceaux, sans contact avec le médium, et bien en vue de tous, sans que nul de nous la touchât. On ne peut admettre une intervention frauduleuse des mains ou des pieds du médium, dont tous les membres étaient contrôlés et que l'on surveillait par devant et par derrière. Pourtant l'effort nécessaire pour rompre la table exigeait logiquement des mouvements violents, amples et impossibles à dissimuler, de la part du médium.

Une plaque photographique, clouée au-dessous de la table, passa brusquement au-dessus de celleci, pendant que les assistants se tenaient debout et formaient la chaîne; tout le monde, y compris le médium, était pourtant éloigné de la table, bien visible de tous côtés.

Une plaque photographique, enveloppée dans du papier noir et placée au-dessus de la tête d'Eusapia, fut néanmoins impressionnée. Une fois développée, elle donna l'empreinte négative en noir de quatre doigts. C'est évidemment là un phénomène de radioactivité, et non pas de luminosité, car la plaque fut impressionnée à travers un milieu opaque.

RADIOACTIVITÉ

Evidemment, à côté de l'action du médium, s'en manifeste une autre différente, que nous présumons

être celle des défunts, qui se procurent, par leur fusion avec le médium, une énergie propre supérieure à la sienne. C'est ce que nous verrons mieux dans le chapitre suivant.

Rappelons ici les nombreux indices d'un état, radio-actif des médiums, en présence des supposés défunte : Eusapia déchargeant un électroscope avec ses mains à une distance de 10 centimètres, ce qui est un phénomène de radioactivité ; l'empreinte de quatre doigts qu'elle laisse sur une plaque photographique recouverte de trois feuilles de papier noir ; les nébulosités phosphorescentes que l'on remarque au-dessus de sa tète et de la table d'expérience, de même qu'auprès d'autres médiums, et les nébulosités fluorescentes sortant du ventre de M118 d'Espérance, à l'apparition des fantômes ; les lumières vues aux séances de Politi, Eusapia et Randone; les lueurs en formes d'étoiles ou de globes, parfois de 60 à 70 centimètres de diamètre, sans chaleur, montant lentement, descendant et passant vite, lueurs bleues, vertes ou jaunâtres, répondant aux raps et se dirigeant avec des mouvements intentionnels, projetées et dirigées par le médium, comme avec un fil conducteur; semanifestant aussi pendant des années en certains lieux, hors de toute influence de médiums, et ayant un parcours et un horaire toujours les mêmes, et vraiment intentionnels, comme à Berbenno et Quargnento.

Ajoutons aussi le cas de Stasie, dont le corps fantomatique est formé de globules lumineux et peut provoquer des éclairs autour de lui, et le fait de la reproduction dans l'obscurité des fantômes obtenus par le comte de Boullet et Reiners, avec le médium Firman, et récemment par Ochorowicz.

Autre fait troublant et significatif. Une plaque photographique, couverte de papier noir, placée par Herlitzka et Foà au-dessus de la tête du médium, devant le rideau du cabinet noir, afin de photographier un fantôme, est repoussée par une main formidable, laquelle l'impressionne et y laisse l'empreinte de quatre doigts. Comme cette main ne pouvait appartenir à aucun des assistants, ni au médium, il est évident qu'il peut se manifester dans les séances des volontés énergiques contraires aux volontés de ceux-ci. Ce fait étrange, atténué par les observateurs par pudeur scientifique, mais dont ils m'ont donné l'assurance, semble prouver que les radiations partent du corps incarné dont l'image s'est présentée la première. Il a pu impressionner la plaque, tout comme d'autres êtres semblables ont pu laisser sur paraffine, plâtre, etc., des empreintes sans analogie avec les formes du médium. Ces expériences, si je n'erre pas, nous rapprochent plus intimement des phénomènes spirites, et aussi de i'orgaaisme dit spirite de ces représentants transitoires et en quelque sorte évanescents de la vie de l'au

delà, que l'on nie encore par pudeur scientifique, bien que la croyance universelle en leur réalité soit confirmée par les faits innombrables qui se répètent sans cesse sous nos yeux. Il se trouve que ces corps semblent appartenir à cet autre état de la matière, l'état radiant, qui a désormais pris pied dans la science, offrant ainsi la seule hypothèse qui puisse concilier la croyance antique et universelle de la persistance de quelque phénomène de vie après la mort, avec les postulats scientifiques affirmant qu'il n'y a pas de fonction sans organe et pas d'activité sans perte de poids, et ceci se concilie avec les divers phénomènes des expériences spirites.

En effet, sauf les cas exceptionnels de Katie King à Londres et d'Eléonore à Barcelone, restant des jours entiers, des années même, au milieu des vivants, les fantômes présentent rarement une tête ou un corps entier. Ils ne montrent d'ordinaire que les mains, un bras, etc., sortant de quelque partie du médium ou du cabinet, et ils ont une tendance instinctive à rentrer dans ce dernier, tout comme à se cacher sous leurs voiles. Lorsqu'on les touche, ce n'est que rarement et pour peu de temps qu'on les sent solides ; ils sont le plus souvent formés d'un corps fluide qui fuit sous notre main. On ne peut néanmoins les dire inexistants. Ils sont formés d'une matière très subtile, comme ces gaz dont nous nierions l'existence, si la chimie ne la

confirmait. Evidemment ces êtres ne peuvent acquérir une consistance complète et s'incarner qu'en empruntant une partie de leur substance au médium, qui est assoupi, presque agonisant au moment de leur formation, et qui perd momentanément une partie de son poids et même de son volume. Mais emprunter les forces et le corps du médium ne veut pas dire s'identifier à lui.

Tout porte donc à croire que l'âme est une matière radiante, sinon immortelle, du moins pouvant durer des siècles, et tendant ses énergies au point de rejoindre celles des vivants, en assimilant à sa matière propre la matière radiante qui surabonde chez les médiums en trance, et en se servant de leurs organes; et c'est ce qui expliquerait la grande puissance des médiums.

Les savants officiels ont tendance à dissimuler ei à nier les faits rebelles aux explications, tels que les influences si incroyables d'outre-tombe. Pourtant, malgré le risque de déconsidération, je n'hésite pas à répéter que les faits spirites ne s'expliquent guère qu'en admettant que les défunts conservent assez d'énergie pour accomplir, sous l'influence des médiums, plus que les médiums et les assistants ne pourraient faire seuls. Rappelons que les peuples primitifs, croyant aux mages et en fabriquant d'artificiels, sont persuadés que la grande puissance de ces mages vient surtout du conseil et de l'aide des esprits. Le pouvoir des esprits a été admis par tous les peuples antiques, comme nous le verrons. Il l'est encore par presque tous les peuples sauvages, et cette croyance, qui est sans doute le fondement de toutes les religions, présente une universalité et une uniformité qui sontr sinon une preuve certaine, du moins un signe important de vérité.

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