‹ Hypnotisme et spiritismeChapitre 39 sur 66 · FANTOMES · texte numérisé non relu

FANTOMES

Ceci n'est cependant pas tout à fait vrai, car les esprits ont réussi à se faire voir des médiums, et même des personnes non médiums, dans les matérialisations, sous forme de fantômes ayant été photographiés et ayant vécu une vie terrestre momentanée.

Le cas de Katie King, observée pendant trois ans, 1882-84, par les plus grands savants anglais me parait mettre hors de doute le phénomène contesté de la matérialisation.

178 HÏPNOTISME ET SPIRITISME

Florence Caok se sentit tout à coup poussée à la médiumnité après avoir assisté chez une amie à une séance spirite, alors qu'elle n'avait pas encore quinze ans. La table d'expérience s'éleva en sa présence jusqu'au plafond, et des écrits directs et des raps révélèrent son extraordinaire faculté médianimique. Au bout de quelques séances commença à apparaître une grande et belle jeune fille, que tous les assistants purent voir et toucher. Dans le doute et pour éviter toute fraude, le médium fut attaché dans une niche, les membres entourés de fils électriques signalant ses moindres mouvements, et soumis au contrôle de Crookes, Gully, Wallace, Varley. Mais le fantôme n'en continua pas moins à se montrer pendant trois ans, souvent visible en même temps que le médium en trance. Il se disait fille de John King, jouait avec les enfants, parlait, écrivait, apparaissait tout formé en dehors du cabinet noir, se dématérialisait parfois en vue des spectateurs, se dissolvant en quelque sorte dans le plancher. Il était plus grand que le médium et lui ressemblait vaguement, malgré de grandes différences dans le teint du visage et la couleur des cheveux. Son cœur, ausculté par. Crookes, présentait 75 pulsations, au lieu de 90 chez le médium. Le poumon de Katie semblait plus sain que celui de Florence souffrante de catarrhe.

Les apparitions de Yolande, sous l'influence de Mlle d'Espérance, durèrent plus longtemps encore,

et l'on put les photographier ensemble. Le fantôme sortait d'un globe de vapeur lumineuse, émanée du corps du médium, et il se matérialisait aux dépens de ce dernier, dont les membres inférieurs disparaissaient au moment de l'apparition. Yolande fît l'effet d'une fille à demi sauvage, inintelligente, mais très curieuse; elle ne témoigna d'affection à personne, tout en jouant avec les enfants de Fioller par habitude; en dix ans elle apprit à peine quelques lettres de l'alphabet, parut avide de louanges et sut vite l'usage des bijoux. Son corps semblait si charnellement féminin que quelqu'un la prit pour une femme véritable et voulut lui porter offense, au grand dommage du médium, qui en fît une maladie presque mortelle.

Marata, avec le médium Carmen Dominguez, obtint dès la quatrième séance, à Barcelone, l'apparition d'Eléonore, fantôme complètement matérialisé, qui salua les assistants d'une voix un peu voilée et resta un jour près d'une heure, montrant une intelligence supérieure. Elle s'assit plusieurs fois sur une chaise, donna la main à diverses personnes, laissa toucher ses cheveux noirs, ainsi que ses vêtements blancs, qui paraissaient de tulle très fin aux reflets lumineux.

Estelle Marthe apparut à son mari Livermore cinq années de suite, pendant des heures entières, en 388 séances avec le médium Kate Fox, d'abord

dans l'obscurité complète. Sa matérialisation fut graduelle et ne devint parfaite qu'à la quatrième séance ; elle put enfin supporter la lumière et être photographiée. Elle parlait peu, se communiquait plutôt par écrits, avec le style et l'écriture qu'elle avait de son vivant, souvent en langue française que le médium ignorait et pendant que ce dernier avait les mains bien contrôlées. En 1866 le fantôme cessa d'apparaître matérialisé, mais continua à se communiquer par messages et photographies transcendantes.

J'ai raconté plus haut les multiples apparitions de ma mère, sous l'influence d'Eusapia.

Richet a obtenu, dans vingt séances successives, chez le général Noël à Alger, l'apparition de Béni Boà, fantôme casqué et enturbanné, et il a pu percevoir le bruit de ses pas, sa chaleur, sa respiration, palper les os de ses mains, et même entendre sa voix. Ayant prié Béni Boà de souffler dans un tube dont l'extrémité plongeait dans une solution de baryte, la respiration du fantôme provoqua le blanchiment du liquide, ce qui prouvait qu'il avait expiré de l'acide carbonique comme un vivant. Le plus curieux c'est que, entendant les applaudissements qui saluaient la réussite de l'expérience, il ressortit du cabinet pour remercier en s'inclinant de façon comique, croyant qu'ils lui élaient adressés. Vanité qui se continue même dans l'au delà. A une séance, à peine Béni Boà

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était-il rentré dans le cabinet, qu'on vit se former entre le rideau et la table une boule blanche et lumineuse roulant sur le sol. Béni Boà en sortit comme d'une trappe, pour disparaître peu après avec un bruit de clic-clac. Le même phénomène se renouvela plusieurs fois à cette séance et à d'autres. Il est bien difficile d'attribuer à la fraude la formation de cette boule d'où sort un être vivant. Une autre fois Béni Boà apparut grandi au point d'être obligé de se courber pour sortir de l'ouverture du rideau.

Ces séances eurent lieu dans un kiosque séparé de toute habitation, et devant sept personnes de la ■famille Noël, dont Marthe, médium de dix-neuf ans, femme du fils du général, et la servante Aïscha, négresse probablement médium. Ces apparitions furent photographiées à plusieurs reprises, simultanément par plusieurs témoins, à la lumière du magnésium, avec un stéréoscope-vérascope Richard, et les épreuves en furent développées par des photographes ignorant ce dont il s'agissait, précautions qui excluent toute fraude.

Certes il y a des lacunes dans ce fantôme dont certaines parties ne sont pas toujours nettes et bien formées. Mais, comme il ne s'agit pas d'êtres vivants et complets, les lacunes sont la règle et non pas l'exception. Dans ces différentes photographies, la stature de Béni Boà varie beaucoup, est tantôt grande, tantôt petite, mais la stéréos-

copie enlève toute possibilité de fraude. D'ailleurs le médium Marthe est d'une honnêteté absolue. Supposer qu'elle ait pu apporter le casque, le turban, le manteau, qui avant la séance n'étaient pas dans le cabinet et en ont disparu ensuite, est ridicule, d'autant que ses vêtements n'auraient pu couvrir le corps volumineux du fantôme. Ajoutons que Béni Boà semblait vivant, marchait et parlait, qu'il n'y avait pas de cavités dans le sol pour le cacher, et que le cabinet médianimique et le kiosque avaient été soigneusement visités avant et après la séance.

Tout ceci montre que quelques-uns au moins des fantômes apparaissent, non pas fragmentaires* et pour quelques instants, mais avec leur corps entier et pendant des années, de façon qu'on puisse noter leur poids, leur température, leurs pulsations, analyser l'air qu'ils expirent et étudier leur caractère, doux et charitable chez Katie King, vaniteux et bavard chez Walter et Finoit, génial et ambitieux chez Pelham, fruste chez Yolande. Ajoutons que deux d'entre eux ont pu être photographiés en même temps que leur médium.

D'ailleurs, si les fantômes complets sont assez rares, les apparitions fragmentaires, mais bien plus fréquentes, de mains, bras, visages, n'en sont

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pas moins de même nature. Lors même qu'on n'en verrait jamais, on aurait pourtant la preuve de leur présence et de leur action dans les mouvements et les actes intelligents, parfois artistiques, qui ont lieu au delà de la sphère d'extériorisation du médium et sont au-dessus de sa compétence.

Flammarion a beau dire que rien d'intéressant, ni de supérieur au niveau des assistants, n'a été révélé par les médiums et les esprits, on ne s'explique pas que, aux séances où n'assiste aucun sculpteur et où le médium est incapable d'un travail artistique, on puisse obtenir de merveilleuses sculptures que les artistes ne pourraient achever si vite, et des peintures parfois très belles. Et d'où vient la prédiction de faits absolument imprévisibles et cependant vérifiés?

On en peut dire autant des séries de mouvements qui supposent une main habile, comme faire jouer mandoline, violon, piano fermé.

On comprend mal qu'Eusapia puisse, même en extériorisant sa motricité, arrivera des résultats qui, à l'état de veille, lui seraient impossibles avec sa main de femme, si habile qu'on la suppose. On comprend au contraire que cela soit possible aux formes fluidiques animées par le corps vivant du médium, et qu'un esprit plus ou moins éclairé, s'unissant au corps d'Eusapia, puisse donner lieu à des énergies et à des actes dont seule elle serait incapable, tout comme le spermatozoïde, stérile

par lui-même, devient fécond au contact d'un ovule.

Les apparitions de fantômes, étudiées dans le beau livre Fantasm of the Living, de Gurney. Myers et Podmore, prouvent par leur nombre même leur réalité. Sur 5.705 personnes soumises à leur enquête, 96 ont eu des hallucinations véridiques de fantômes, 44 de personnes mortes depuis des années, 13 de morts récents, 23 des hallucinations visuelles de vivants endormis ou malades, et 150 environ de personnes mortes dans les douze heures.

Gomme ces nombres dépassent de beaucoup la probabilité accidentelle, que la plupart de ces apparitions n'ont pas été prévues, qu'un bon nombre^ 93, ont été vues par plusieurs personnes à la fois et en différents lieux, que beaucoup ont été à la fois visuelles, auditives et tactiles, il faut admettre l'influence du mourant, ou de la personne morte depuis peu, sur le fantôme passager qui presque toujours n'apparaît qu'une fois.

Ces fantômes ayant été souvent perçus par des animaux domestiques, il faut admettre qu'ils n'existent pas seulement dans l'imagination surexcitée. Samuel Johnson cite le cas de chevaux se :abrant lorsque leur cavalier voit un fantôme. Un pantôme a été vu en l'air par deux adolescentes de treize ans et par un cheval, qui frissonna et refusa d'avancer. Zecchini avait un petit chien qui sortait

de sa niche, sautillait et aboyait de joie, lorsqu'on évoquait l'esprit du jeune Emile, avec qui il jouait de son vivant.

Il semble donc que la force médianimique s'allie à une autre transitoire, qui serait celle des défunts, dont la survie paraît prouvée par la tradition de tous temps et de tous pays, et par l'observation expérimentale.

J'ajoute que nombre d'apparitions ont un caractère historique.

Le feld-maréchal de Grumbkow se trouvait • malade à Crossen-sur-FOder, où il était venu saluer le roi Frédéric-Auguste, lequel était ensuite reparti pour la Pologne. Un jour il entend soudain du bruit dans sa chambre et, dans la pénombre des persiennes closes, il voit ledit roi s'approcher de son lit et le toucher, en lui disant : Je viens de mourir à Varsovie. Au bout de trois jours arrivait la confirmation de la mort du souverain, survenue à l'heure même et au jour où le maréchal avait vu et entendu le fantôme.

Pétrarque vit lui apparaître en rêve l'évêque Colonna, alors à la tête d'un diocèse de Gascogne. Ayant pris note de cette vision et de ses détails, il en fit le récit à ses amis. Vingt-cinq jours après, il eut la nouvelle officielle de la mort de l'évêque et il remarqua qu'elle avait eu lieu à l'heure et au jour notés.

L'abbé de Saint-Pierre, dans ses Discours pour

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expliquer la cause de quelques apparitions, raconta la vision qu'eut un certain Bézuel, vision dont les détails sont confirmés par enquête. En 1876, Bézuel, alors âgé de quinze ans, s'était pris d'amitié pour le fils du procureur Desfontaines, et les deux jeunes gens s'étaient mutuellement promis que le premier d'entre eux qui mourrait viendrait l'annoncer à l'autre. Un an s'était passé depuis cette promesse funèbre, et il y avait près de sept semaines que Bézuel n'avait plus de nouvelles de son ami établi à Caen, lorsqu'un jour qu'il se trouvait dans un grenier à fourrage, il se sent pris d'étourdissement et s'évanouit. Revenu à lui, il se met à descendre l'escalier, quand il aperçoit Desfontaines au pied des marches. Le fantôme lui prend le bras droit, le conduit à l'écart et lui dit : « Je me suis noyé dans la rivière de Caen avant-hier à quatre heures », et il ajoute divers autres détails. Toutes les circonstances racontées par le mort furent reconnues exactes, après enquête de Bézuel, qui eut encore par la suite d'autres apparitions de son ami.

La confirmation de l'existence des fantômes, la preuve absolue qu'ils ne sont pas une hallucination subjective, nous seraient données par les photographies dites spirites, si quelques-unes n'étaient pas mises en doute. En voici l'histoire et la légende.

Vers 1861, Mumler, graveur de la maison Bigelow, Bros et Kermand, faisant de la photographie à ses heures de loisir, vit un jour apparaître sur une de ses épreuves une figure étrangère au groupe qu'il avait photographié. Il en conclut qu'une plaque déjà impressionnée était mêlée aux plaques neuves. Mais la seconde épreuve donna le même résultat.

Il s'agissait donc de la première photographie spirite ou transcendante. Le bruit s'en répandit vite, et bientôt le pauvre amateur futassiégé de demandes. Pour les satisfaire, il dut consacrer deux heures par jour à cette nouvelle industrie, puis, la clientèle devenant plus nombreuse, renoncer à son métier de graveur. D'importants personnages

défilèrent incognito devant l'objectif de Mumler, qui, dit-on, acceptait toutes les conditions de contrôle exigées. Les figures apparues étaient celles dont le souvenir préoccupait la personne qui posait.

Le grand photographe de Boston, M. Black, l'inventeur des bains au nitrate, fit une enquête sur la méthode de Mumler. Il examina avec soin objectifs, plaques, récipients et bains, et obtint lui aussi des photographies de fantômes. Mumler, de plus en plus encouragé à prouver ses résultats, ouvrit un cabinet à New-York et continua à opérer avec le même succès, sous le contrôle d'autres photographes de la ville. Il n'en fut pas moins arrêté un jour, sous l'accusation de sorcellerie et de fraude. Dans son procès retentissant, il fut sauvé par de nombreux témoignages favorables et remis en liberté. Mais le doute subsista.

Citons encore les expériences de John Beattie de Cleafton, honnête homme, incapable de fraude et habile photographe, qui voulut s'entourer d'un contrôle certain et opéra avec un bon médium, Butland. Ce dernier indiquait pendant la pose la forme des apparitions, que la plaque reproduisait ensuite, bien qu'elles fussent invisibles à l'œil humain. Remarquons la rapidité de formation de ces images sur les plaques, rapidité bien supérieure à celle du développement des images normales.

Nous avons donc ici les produits d'une certaine matière, invisible à nos yeux, et impressionnant la

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plaque par des radiations auxquelles notre rétine est insensible, radiations douées d'une telle énergie photométrique que les impressions par elles produites apparaissent avant les autres images, dont le développement demande plus de temps.

Beattie fut également suspecté. Mais des expériences semblables furent tentées avec 1-e même succès par Guppy, Parkes, Reeves, Russel, Slater, Williams, en Angleterre, Reimers en Allemagne, Damiani en Italie. Wagner obtint en Russie, avec Slater, le portrait de sa sœur placée entre deux figures fantomatiques, dont l'une était indubitablement lord Brougham, mort peu auparavant. Dans l'autre, Slater reconnut Robert Owen, son intime ami, qui lui avait promis, avant de mourir, de lui apparaître, s'il existait un autre monde.

L'éditeur Dow, de Boston, avait parmi ses employées une jeune fille qu'il aimait beaucoup et qui mourut à vingt-sept ans. Sept jours après cette mort un médium lui dit qu'une jeune fille voulait le voir et lui donner des roses. Plus tard, à Saratoga, Dow fit la connaissance d'un autre médium, Slade, qui dès la première séance écrivit automatiquement sur l'ardoise : « Je suis toujours avec vous », communication suivie de la signature de la morte.

« De retour à Boston, écrit Dow, je me présente au médium Hardy et, avec son concours, j'obtiens l'apparition de mon amie, qui dit m'avoir donné une preuve de son identité à Saratoga. Elle ajoute

qu'elle est toujours près de moi, puis me suggère d'aller chez le photographe Mumler. J'obéis, on fait deux poses infructueuses, mais une troisième, Mm# Mumler étant en trance, reproduit mon amie, la main appuyée sur mon épaule et la tête couronnée de fleurs ». A noter que M. Dow était sceptique en matière spirite et doutait des photographies de Mumler. C'est pour ces raisons que j'ai choisi cet exemple, entre autres très nombreux que j'aurais pu citer de Mumler.

Hartmann, de Cincinnati, également accusé de fraudes, obtint des résultats aussi probants devant une commission de ses adversaires surveillant ses expériences.

Au milieu de tant d'incertitudes, ce qui parle le plus en faveur des photographies spirites, c'est que, loin de cesser après les procès retentissants intentés aux photographes, elles ont continué à se répandre de plus en plus.

Carreras a mentionné récemment les curieuses photographies de ce genre obtenues par les frères Randone, médiums très honnêtes et non payés.

Le 18 mars 1901 au matin, Philippe Randone se sent irrésistiblement poussé à faire un essai de photographie spirite, avec sa sœur pour médium. Il dispose deux chaises voisines, l'une pour sa sœur, l'autre pour l'esprit qui pourrait se matérialiser. D»vs que le médium est tombé en trance, on voit se former autour de lui des flocons de vapeur

cotonneuse, laquelle se condense rapidement en une nuée blanche et forme une figure blanchâtre aux cheveux noirs, à demi étendue à côté du médium, qui dort en gémissant, comme c'est le cas dans l'état de trance. Philippe Randone prend alors une épreuve, avec une pose de trente secondes, au bout desquelles le fantôme disparaît. On développe la plaque, où l'on distingue à côté du médium l'image d'une jeune fille de dix-sept à dix-huit ans, vêtue de blanc, aux cheveux longs et noirs. Personne de l'assistance ne la connaissait, mais, par des communications successives obtenues par la [sœur de Randone, l'apparition fit savoir qu'elle était jeune et belle de son vivant, que ses parents étaient riches et habitaient un château à Ar.., .qu'on l'appelait Bebella, qu'elle était morte en 1889, qu'après trois jours d'exposition publique on l'avait enterrée dans une chapelle sur une hauteur au milieu d'un bois, etc. Par ces détails, narrés dans un style un peu puéril et avec la confusion d'idées qui caractérise nombre de communications, on put savoir que le prince M... avait réellement perdu à Ar... en 1889, de scarlatine compliquée de néphrite, une fille de dix-sept ans, appelée familièrement Bebella pour Isabelle, et répondant presque exactement au portrait obtenu, ainsi qu'aux détails donnés par ses communications. Le même fantôme revint à d'autres séances, fit des apports et put être encore photographié.

Tummolo, à Rome avec le médium Politi, a pu obtenir la photographie de sa fillette morte depuis quelques années. Pour éviter tout soupçon de fraude, il acheta lui-même la plaque d'expérience et la marqua d'un signe.

Plus intéressants encore, par l'autorité des expérimentateurs, sont les résultats obtenus par Stead et Ochorowicz. Stead avoue qu'il est facile de truquer en photographie. Aussi s'est-il servi de plaques marquées à l'avance et développées par lui-même. Elles reproduisent, et c'est là la meilleure garantie, les portraits parfaitement authentiques et reconnaissables de défunts inconnus de lui et de ses aides. « J'ai obtenu, dit-il, nombre de photographies semblables, mais je me borne à un cas bien frappant. Le photographe à qui sa médiumnité permet de photographier l'invisible est vieux et sans instruction, clairvoyant et clairaudient. A l'époque de la guerre boer je lui demandai une séance. A peine étais-je assis qu'il médit: « L'autre jour, j'ai eu une surprise. Un vieux Boer m'est apparu, armé d'un fusil, et son regard farouche m'a effrayé. Le voici encore, il vient d'entrer avec vous ; il est désarmé et son regard semble plus rassurant.

— Pourriez-vous le photographier, dis-je, et lui demander son nom ?

— Il me dit s'appeler Piet Botha.

— Piet Botha, objectai-je avec un geste de doute,

je connais un Philippe, un Louis, un Chrétien et bien d'autres Botha, mais je n'ai jamais entendu parler de ce Piet.

— Il affirme que tel est bien son nom, dit le photographe.

Sur la plaque développée je pus distinguer une figure hirsute et barbue, appuyée contre mes épaules. Je ne dis rien et attendis la fin de la guerre. A l'arrivée du général Botha à Londres, je lui fis remettre la photographie par M. Fischer, ministre de l'Etat d'Orange. Le lendemain, je recevais la visite d'un autre délégué boer, M. Wessels, qui me dit être très étonné de voir entre mes mains cette photographie d'un sien parent, Pétrus Botha, appelé familièrement Piet, le premier commandant boer tué au siège de Kimberley. La photographie fut également identifiée par d'autres délégués qui avaient connu Piet Botha. Ce fait est inexplicable par la télépathie et personne en Angleterre ne connaissait Piet Botha ».

Ochorowicz a obtenu la photographie de l'espritguide de son médium. Il m'a écrit lui-même : « Je vous envoie la photographie de la petite Stasie, prise le 6 avril 1909, dans une chambre tout à fait obscure et vide, voisine de celle où je me tenais avec le médium Tomaczyk, de Vesme et Manuel assis-

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tant à la séance. Nous avons constaté une douzaine d'éclairs médianimiques en différents points de la chambre, et assez près du médium, dont les mains étaient bien tenues. Leur lumière n'éclairait que le fantôme et la chaise où il était assis. Nous l'avons photographié à un demi-mètre avec un appareil Sutar et des plaques Lumière. »

Dans les dernières Annales des sciences psychiques Ochorowicz donne plus de détails. « Par l'intermédiaire de mon médium T..., nous reçûmes de son esprit -guide Stasie l'avis typtologique suivant : « Je veux me photographier, préparez « les appareils, disposez-les au milieu de la « chambre, pas besoin de magnésium ni même « de médium ». Le lendemain nous faisons nos préparatifs, et après dîner Stasie s'annonce par des raps et répète typtologiquement : « Je veux « me photographier, mettez l'appareil sur la table, « près de la fenêtre, réglez-le pour la distance d'un « demi-mètre, mettez devant la table une chaise « et donnez-moi quelque chose pour me couvrir ». Nous étendons une serviette sur le dossier de la chaise où le fantôme devait s'asseoir, j'ouvre l'obturateur et je rejoins le médium dans la chambre à côté, fermant la porte derrière moi. Nous attendons assis, sans trop compter sur le succès, quand tout à coup le médium aperçoit un éclair à travers une fissure de la porte et obtient le message typtologique suivant : « C'est fait,

développez la plaque ». J'obéis et j'obtiens la figure de Stasie, dont le buste incomplètement matérialisé est recouvert par la serviette. Celleci, posée auparavant sur la chaise, était maintenant sur la table. Or, personne n'étant entré dans la chambre, qui avait pu changer la serviette de place, et d'où était venu l'éclair ayant permis la photographia? Stasie, à qui l'on demanda ces renseignements, répondit qu'elle s'était assise en face de l'objectif, qu'elle avait réussi à se matérialiser le visage et un peu les cheveux, que sa figure n'était qu'un amas des globules de vapeur lumineuse dont elle était formée, qu'elle avait provoqué l'éclair, etc. »

Une nombreuse série de photographies spirites a été obtenue ces deux dernières années par le Dr Imoda, aidé du médium Lina G..., sous le contrôle des D" Marzocchi et Audenino. Le médium avait pour guide l'esprit Vincent, dont il est parlé dans le chapitre Identité. Cet esprit montra au début le caractère brutal et cynique qu'il avait de son vivant, et il provoqua des phénomènes désordonnés, chute d'objets lourds, ruptures de meubles et d'instruments scientifiques, et même coups aux personnes. Par la suite il s'humanisa un peu dans ses actes et son langage, conservant son individualité bien marquée. Il promit avec du temps et de la patience des photographies de mains et de figures médiaDimiques, et il tint sa promesse au

bout d'un an. D'abord il laissa voir son image à peine perceptible, puis une main entourant comme un collier la tète du médium, plus tard un chrysanthème sur la tête d'un contrôleur, puis encore des mains. Au bout de trois mois de ces apparitions incomplètes, apparut, selon sa promesse, la face voilée et sans tronc d'une jeune femme se disant amie de Vincent, puis une jolie figure d'enfant de quatre ans, que Vincent dit être la fille de la précédente. Dans les séances suivantes, on obtint une belle et nette figure de femme se disant rivale de la précédente, ainsi que d'autres images jolies et fraîches, presque vivantes; en tout trois femmes et trois enfants, aux troncs et aux membres inférieurs à peine formés, drapés de voiles médianimiqu6s cachant le corps, ou plutôt en masquant l'absence. A noter que dans ces photographies les figures ne donnent d'ombre que lorsqu'elles ont un voile. Bien que leur authenticité soit certaine, puisque nous les avons développées sous nos yeux, l'absence d'ombre les fait ressembler à des portraits retouchés. Ce ne sont sûrement pas des peintures directes du médium qui ignore le dessin ; il ne peut les apporter, en cachette puisqu'on le visite avant et après les séances. Ce seraient plutôt des apports spirites.

Combien doivent paraître fictives aux profanes ces images manquant d'une partie du corps et

ressemblant à des paquets ou à des fantoches raides plantés sur des bâtons! Mais nous certifions les avoir vues dans une maison privée, où nous avions préparé nous-mêmes le cabinet médianimique, et où personne ne pouvait être soupçonné de fraude.

Nous avons vu plus haut le tronc 'et le buste de Stasie presque complets sur la photographie, et pourtant Ochorowicz a pu constater qu'ils étaient formés de papier et d'étoffe qui se trouvaient dans la chambre. De même que nous humanisons les instincts de l'animal, de même nous prêtons la personne complète d'un être vivant à ces fantômes presque toujours fragmentaires et incomplets, qui s'affublent à la diable de leur voile médianimique et des objets à leur portée, afin de prendre une forme plus accessible à nos yeux, lorsqu'ils n'ont pas l'aspect de lueurs errantes, qui sont peutêtre leur forme la plus ordinaire.

D'après les derniers travaux de Taylor et de de Rochas, les photographies spirites doivent se classer en six espèces :

1° Portraits d'entités spirites invisibles dans les conditions normales.

2° Fleurs, couronnes, lumières, images étrangères à la pensée du médium ou de l'opérateur au moment de l'impression.

3° Sujets qui semblent être la reproduction de statues, peintures ou dessins. Ces images, attri-

buées parfois à tort à des trucs grossiers, ne sont d'ordinaire que la reproduction d'images mentales plus ou moins conscientes chez le médium, ou bien des signes volontaires donnés par des intelligences étrangères de l'espace.

4° Images de formes matérialisées visibles à tous les assistants.

5° Reproduction du corps astral ou double de personnes vivantes.

6° Épreuves où il semble que le développement n'ait rien fait apparaître, mais où le médium ou tout autre clairvoyant distinguent des images bien indépendantes de la personnalité de l'observateur.

Du même ordre que la formation des images est, ce me semble, l'exécution de sculptures parfaites par des médiums ignorants de l'art, et par suite n'en pouvant pas être les vrais auteurs (voir plus haut les sculptures obtenues avec Eusapia).

Denton, en 1875, avec le médium Hardy, a obtenu sur paraffine des empreintes de mains et de pieds, le médium se tenant à 60 centimètres de distance. Il a même pu réussir l'expérience avec de la paraffine enfermée dans une caisse bien close, recouverte de maillons de fer et d'une toile pardessus le tout. Au bout de quarante minutes on entendit des coups pour ainsi dire animés qui annonçaient la réussite. Dès qu'on eut ouvert les différentes enveloppes, l'on trouva la forme complète d'une grande main. Le sculpteur 0' Brien

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n'hésite pas à dire qu'à peine un sur cent d'artistes exercés serait capable de modeler une main semblable avec sa finesse de détails.

On a renouvelé cette expérience en 1876 avec Reiners, en enfermant le médium dans un sac de toile lui couvrant la tète et les mains. Les doigts de l'empreinte obtenue sur paraffine ont un centimètre de moins de long et deux de moins de tour que ceux du médium.

Les photographies spirites ne sont»pas seules à prouver que les communications typtologiques et les apparitions sont plus qu'une illusion imaginative des médiums ou des assistants.

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