‹ Hypnotisme et spiritismeChapitre 4 sur 66 · TRANSFERTS DE SENSATIONS DANS L'HYSTÉRIE ET L'HYPNOSE · texte numérisé non relu

TRANSFERTS DE SENSATIONS DANS L'HYSTÉRIE ET L'HYPNOSE

En cette même année 1882, on m'appela un matin chez M119 C. S., âgée de quatorze ans, de père intelligent et actif, de mère lucide et vigoureuse, mais dont les deux frères avaient eu une croissance anormalement rapide au moment de la puberté, avec troubles pulmonaires. Cette jeune fille, d'un physique gracieux, d'une taille de lm,54, avait, elle aussi, grandi brusquement de 0m,15 au moment de la puberté. Ses premières règles s'accompagnèrent de symptômes hystériques, avec vomissements et dyspepsie. Au bout de deux mois vinrent des accès de convulsions hystériques et d'hyperesthésie, qui lui faisaient prendre pour une barre de fer un fil mis sur la main. Le mois suivant se manifestèrent de la cécité et des points hystériques aux doigts, qu'il suffisait de toucher pour obtenir convulsions, mouvements réflexes intenses des jambes, contracture et brusque montée de la force musculaire de 32 à 47 kil. au dynamomètre, à la seule pression de la main. C'est alors qu'elle commença à manifester des phénomènes extraordinaires. Après des accès somnambuliques, accompagnés d'augmentation d'activité, d'affectivité et de divers changements dans le caractère, elle perdit la vision par les yeux en même temps qu'elle acquérait la faculté de voir par l'extrémité

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du nez et le lobe gauche de l'oreille, tout en conservant la même acuité visuelle (7e degré de l'échelle de Yager). C'est ainsi qu'elle put lire une lettre et distinguer les chiffres d'un dynamomètre.

Elle avait une mimique curieuse pour réagir aux excitations portées sur ces organes que nous nommerons provisoires ou transposés. Par exemple un doigt, ou mieux un jet de lumière, dirigés sur l'oreille ou le nez, la faisaient s'irriter, crier qu'on voulait l'aveugler, avancer le bras dans un geste de défense.

Même transposition de l'odorat. Aucune réaction avec l'assa fœtida ou l'ammoniaque mis sous le nez, tandis que d'autres corps à l'odeur moins forte, mis sous le menton, l'affectaient vivement. Plus tard l'odorat se transporta au talon, et alors, à toute odeur déplaisante, elle remuait les pieds et le corps entier ; à toute odeur agréable, elle restait immobile, souriante et respirant vite.

Vint ensuite de la lucidité prophétique, qui lui faisait prédire exactement, parfois une quinzaine à l'avance, le jour et l'heure de ses accès et le métal qui devait les calmer. Plus tard, elle prévit pour son frère et son père des faits qui se vérifièrent au bout de deux ans. Elle put voir aussi à distance des événements au temps même où ils s'accomplissaient.

Ces phénomènes ne sont pas isolés. Déjà, en 1808, Petetin avait étudié huit femmes en catalep-

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sie, chez qui les sens externes étaient transférés à l'épigastre et aux doigts des pieds et des mains.

Carmagnola, en 1840, cite un cas analogue au nôtre. Il s'agit d'une jeune fille de quatorze ans, réglée elle aussi depuis peu, présentant toux convulsive, céphalée, pâmoisons, spasmes, dyspnée, convulsions du visage accompagnés de chants, sommeils durant parfois trois jours, et accès somnambuliques pendant lesquels elle voyait distinctement avec la main et lisait dans l'obscurité. Chez elle comme chez notre C. S., l'application de l'or et de l'argent calmait l'agitation et ramenait la gaieté.

Despine nous parle d'une Estelle de Neuchâtel, âgée de onze ans, devenue parétique après une blessure au dos et améliorée par les bains d'Aix, chez qui la magnétisation amenait le transfert de l'ouïe aux mains, coudes, épaules et, pendant la crise léthargique, à l'épigastre, avec excitation musculaire sous l'influence de l'or.

Le Dr Angonoa a étudié en 1840 la nommée G. L., âgée de quatorze ans, névrosée par un chagrin. A l'état somnambulique, elle voyait avec la nuque et distinguait les odeurs avec le dos de la main. Plus tard, vue et ouïe se transportèrent à l'épigastre. Un autre sujet femme, du même docteur, âgé de vingt-deux ans, hystérique et épileptique, voyait avec la nuque et l'épigastre, dans le sommeil somnambulique, et sentait les odeurs avec les pieds.

Elle disait voir à l'intérieur de son corps trentetrois vers qu'elle rendit peu de temps après.

Ces faits rappellent d'ailleurs ce qu'on savait déjà des somnambules, lesquels distinguent les objets les paupières closes et voient évidemment par ailleurs que par les yeux. Preyer et Berger, et tout récemment Heidenhain, ont observé des faits semblables, qu'ils croient expliquer par l'hyperesthésie tactile et visuelle remarquée dans ces cas. Mais cette explication rend compte tout au plus de la vision dans une chambre obscure et ne s'applique pas au transfert des sensations dans les cas où sensibilité tactile et visuelle ne font qu'un. Ici la perception visuelle a lieu en deux points de la peau, tandis que la sensibilité tactile est médiocre et n'expliqué nullement la lecture d'un manuscrit.

Si les auteurs modernes n'ont pas noté ces cas, et si Hasse les a regardés comme des illusions, c'est par une tendance louable, bien qu'exagérée, à n'admettre que les faits scientifiquement explicables. C'est ainsi qu'on n'a admis qu'à la longue l'action des aimants et nombre de faits constatés empiriquement par les magnétiseurs (catalepsie, hypnose, hyperesthésie), faits aujourd'hui certains et assez bien expliqués.

La vérité est qu'on ne peut donner d'explication vraiment scientifique de ces faits, qui sont au seuil du monde que l'on doit appeler à juste titre occulte, parce qu'inexpliqué.

Aussi, ce n'est que partiellement que la lucidité peut s'expliquer par une sorte d'autosuggestion, ainsi que par une plus grande intensfté de cette conscience instinctive qui rend le moribond attentif à son dernier moment. L'extraordinaire excitation de l'état somnambulique donne d'ailleurs une conscience plus nette de l'organisme, où sont inscrites en puissance les phases successives de la névrose. De ces faits il faut rapprocher un phénomène remarqué pour la première fois par Salvioli. C'est que, dans le sommeil, l'afflux sanguin au cerveau est plus grand qu'à l'état de veille, ce qui augmente l'activité psychique tout comme l'excitabilité musculaire.

Mais cette explication n'est plus valable lorsque la lucidité s'augmente au point de faire voir les événements à l'avance, et elle ne peut non plus rendre scientifiquement compte du transfert des sens. Ce qui ressort de tout ceci, c'est que ces phénomènes se produisent chez les sujets hystériques et dans les accès hypnotiques de la grande hystérie.

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