MOURANTS ANNONÇANT LEUR MORT
Un homme, doué d'écriture automatique, parfois en latin qu'il ignore, sent frémir le bâton qu'il tient à la main, un jour qu'il marche loin de son village, et il trace ces mots sur la neige : « Reviens chez toi, ton père est mort ce matin; R... te donnera de ses nouvelles ». Revenant chez lui, il trouve en route ledit R..., qui lui apprend que son père s'est tué en tombant d'un grenier. Plus tard,
il tombe maJade lui-même et son crayon lui fait écrire automatiquement : « Tu mourras aprèsdemain à trois heures », ce qui eut lieu en effet.
Miss Laura Edmonds reçoit typtologiquement un message d'une dame Dabiel, de Glasgow, connue par elle quelques années auparavant, et qui lui annonce son entrée dans le monde des esprits. La nouvelle de cette mort était vraie.
Un soir, dit Myers, Mme Padeson s'entend appeler par son nom et aperçoit sa mère, morte depuis seize ans ; elle tient deux enfants dans ses bras et lui dit : « Prends-en soin, ils viennent de perdre leur mère ». Le jour d'après arrivait la nouvelle que sa belle-sœur était morte en couches laissant deux orphelins.
D'autres cas semblables sont cités dans les Phantasm of the Living. Trois de ces apparitions ont eu lieu avant la mort de la personne apparue, les autres probablement après. Une promesse jurée ou une vive passion semblent avoir une grande influence sur le phénomène et, en tout cas, prouvent l'identité des personnes apparues. Un phtisique, ayant promis de se mettre en rapport avec sa fiancée sans l'effrayer, se fait voir à la sœur de celle-ci.
Edwin Roussen devait chanter à l'église Saint- Lucas, à San-Francisco, quand il est frappé d'apoplexie en pleine rue et meurt. Trois heures
après, le maître de chapelle, qui l'attendait, igno- , rant sa mort, voit apparaître son fantôme.
Owen mentionne le cas de Sherbrooke et Wynard, tous deux officiers au 2e d'infanterie à Sydney. Le 15 octobre 1895, à neuf heures du matin, tandis qu'ils buvaient le café chez eux, ils voient un jeune homme passer lentement du corridor dans une chambre à coucher. « Grand Dieu, s'écrie Wynard, c'est mon frère John ». On apprenait le décès de ce dernier peu après par lettre.
Or Sherbrooke, qui n'avait jamais connu John Wynard de son vivant, reconnut plus tard en Angleterre un des frères du mort à sa ressemblance avec le fantôme. Ici l'identité de ce dernier résulte de ce qu'il a été vu par deux personnes à la fois, dont l'une ne l'avait jamais vu vivant.
Plus probant encore est le cas de la veuve du capitaine Weatcroft, tué aux Indes le 14 novembre 1857. A cette même date, dormant dans sa maison de Cambridge, elle voit en rêve son mari en uniforme, pâle et sanglant, la main sur sa poitrine trouée. Peu de temps après, un télégramme lui annonce sa mort, le 15 novembre, à Sucknow. Son avocat lui dit qu'une amie médium a eu également la vision du capitaine mort dans la nuit du 14. Des renseignements ultérieurs rectifièrent le télégramme, qui s'était trompé d'un jour sur la date de la mort. Dans ce cas, la même apparition a été vue au même moment par deux personnes éloi-
gnées l'une de l'autre, et la date qu'elle indiquait pour le décès confirmée par renseignements officiels. La concordance est donc parfaite.
Tout récemment, dans la Revue des Revues de anvier 1909, Stead a donné de nouvelles preuves de grande valeur sur l'identité des esprits. Il avait deux amies, très liées entre elles, Julie et miss M. E., dont chacune avait promis d'apparaître à l'autre en cas de mort. Peu de temps après ce pacte funèbre, Julie meurt à Boston, et M. E. la voit apparaître un soir rayonnante de bonheur, rester un moment à son chevet sans rien dire, puis se dissoudre lentement en un nuage léger qui reste une demi-heure dans la chambre. L'apparition se renouvelle plusieurs fois en Angleterre où M. E. était venue s'établir, et le fantôme muet est aussi visible qu'un être vivant. Stead, qui est médium écrivain, prié d'obtenir une communication, voit sa main écrire cette phrase : « Dites à mon amie de se rappeler ses paroles la dernière fois chez Minerve ». Cette phrase, absurde pour Stead, donnait à miss M. E. une preuve d'identité de l'esprit, car elle et Julie, peu avant la mort de cette dernière, avaient fait une visite à une amie commune surnommée Minerve.
C'est peut-être là un cas de cryptomnésie. Mais
que dire des prédictions véritables faites par la défunte? Miss M. E., employée chez Stead, était intelligente, mais distraite. Stead reçoit un jour de Julie ce message par écriture automatique : « Sois patiente avec M. E.. qui va me rejoindre à la fin de l'année », message répété d'aimées fois, et dont rien ne faisait prévoir la réalisation. Quelques mois après, M. E. avale par malheur un petit clou, et les médecins ^désespèrent de sa vie. Elle guérit cependant, ainsi que l'avait prédit un nouveau message de Julie. Elle guérit également d'une influenza grave. A Noël, elle tombe malade de nouveau, et Julie consultée par Stead, lui répondit : « Dites-lui adieu, vous ne la reverrez plus sur terre ». Deux jours après, elle se jetait d'une fenêtre, dans un accès de fièvre, et se tuait. La prédiction, faite en janvier, était ainsi réalisée. « Je puis prouver, dit Stead, l'authenticité du fait par les manuscrits des divers messages, et par le témoignage de mes deux secrétaires, auxquels j'hais communiqué les avertissements de Julie ». Miss M. E. qui, de son vivant même, et loin de Stead, se communiquait à lui par écriture automatique, lui avait fait quatre promesses : se servir de sa. main pour lui dire comment elle se trouvait outre-tombe ; apparaître à deux de ses amis ; se faire photographier; lui envoyer, par l'intermédiaire d'autres médiums, des messages dont l'authenticité serait prouvée par un signe convenu
une croix dans un cercle. Or Stead certifie la réalisation de toutes ces promesses.