FAMILLES CONSEILLÉES PAR DES ESPRIT
îl faut citer à ce propos le cas curieux raconté par Marquart Feldmann, qui en fut témoin oculaire, de 1584 à 1589, au château de Hudemuhlen en Bohême, propriété des seigneurs de H... « Ce furent tout d'abord des bruits étranges auxquels on ne prit pas garde. Mais peu à peu un esprit se met à.
parler en plein jour aux domestiques, qui s'en effraient au début, puis finissent par s'y habituer. L'esprit ne se gêne plus, même avec le maître, parle à haute voix quand la famille est à table, chante, raille, devient familier et se mêle de tout. Si l'on se moque de lui, il tempête et brise ce qui lui tombe sous la main. On lui demande qui il est et il dit se nommer Hintzelmann, d'une famille de Bohême. Il ne peut souffrir qu'on le traite de mauvais esprit ou de démon, affirme qu'il est un homme naturel et qu'il espère gagner son salut. Le propriétaire ayant cherché vainement à se défaire de son château, auquel ces diableries donnent mauvais renom, va résider quelque temps en Hanovre, espérant ainsi se débarrasser de Hintzelmann. Vain espoir, car là aussi l'esprit se manifeste par ses tours ordinaires, d'ailleurs peu méchants. On fait venir un exorciseur renommé, mais il le frappe, le jette dans l'escalier et lui déchire son livre. La famille, de guerre lasse, revient à Hudemûhlen. Là l'esprit s'humanise de plus en plus. 11 affectionnait particulièrement deux jeunes filles de la famille, Anne et Catherine, et leur parlait volontiers. Tout en se montrant toujours facétieux, il se rendait utile, nettoyait tout, soignait les chevaux, lavait la vaisselle, retrouvait les objets égarés, punissait les serviteurs paresseux et donnait de bons conseils. Il accompagna les deux sœurs lorsqu'elles allèrent habiter le château d'Estrup » ;
248 HÎPNOTISME ET SPIRITISME
ce qui semble indiquer qu'il avait l'une d'elles pour médium.
On pourrait prendre cette histoire pour une légende populaire invraisemblable, si elle n'était confirmée par le cas analogue et récent d'une famille de Bordeaux, garanti par Maxwell. Il s'agit également d'un esprit protecteur, qui se manifeste dès 1867 à la modeste famille V. par des coups très forts aux murs et aux meubles, coups qui se répètent plusieurs nuits. Puis Mme V. et sa bonne, toutes deux hystériques et agissant par suite comme médiums, voient une statuette s'incliner deux fois sur son piédestal, comme pour les saluer, puis se renverser et se redresser. Les armes des panoplies et les tableaux remuent aussi en présence de Mœe V. et surtout de la bonne. Celle-ci, ayant ^té magnétisée sur l'ordre de l'esprit, voit apparaître le fantôme d'un homme un livre à la main. Inspirée par lui, elle disserte philosophie, morale élevée et autres sujets bien au-dessus de ses facultés normales. Un jour, Mme V., entendant une voix l'appeler par son nom, se met en communication avec l'esprit, qui lui dicte l'ordre de bourse suivant: « Fais vendre à Paris six mille francs de rente 3 p. 100 et achète dix mille d'italienne », chose d'autant plus étrange que Mms V. ignorait les combinaisons et les expressions de bourse. Cette opération réussit et rapporta beaucoup. L'esprit en fit faire d'autres tout aussi fructueuses, car il indi-
quait les cours de Paris bien avant le télégraphe . Une partie des bénéfices fut, sur l'ordre de l'esprit, consacrée au soulagement de misères cachées, dont les communications donnaient l'adresse. Plus tard, sous le prétexte de bâtir une chapelle, l'esprit défendit de retirer les bénéfices de chaque opération et s'opposa à chaque insistance de M. V., même lorsqu'on aurait pu réaliser un gain considérable. Son opposition continua même à l'approche de la guerre de 1870, même lorsqu'elle fut déclarée, de sorte que les V. furent ruinés entièrement. L'esprit dès lors ne répondit plus aux demandes et aux reproches de ses victimes. Les V. sont persuadé qu'il n'a eu d'autre but pendant trois ans que de gagner leur confiance, pour mieux les tromper.
Ici évidemment, les deux médiums, maîtresse et servante, n'ont fait que servir d'instrument automatique et involontaire à l'esprit, qui avait son but et son plan contraires aux désirs et aux intérêts de M. et Mme V., dont il a causé le malheur, qu'ils n'auraient pu désirer inconsciemment de façon aussi persistante etdissimulée. Ajoutons que les V... n'auraient pu trouver seuls des renseignements et des prévisions aussi exacts sur les cours de Bourse.
A remarquer dans ces derniers cas le cachet personnel et le caractère intentionnel de l'action des esprits, ce que l'on ne saurait trouver dans l'action des médiums.
Si merveilleux que soient ces faits, ils ne sont pas isolés. L'on trouve une série de phénomènes auditifs dans les Mémoires de Mlle Clairon. En 1743 un jeune Breton tomba amoureux d'elle au point d'en mourir. Le jour même où il expira, il l'avait fait supplier de venir le voir. Loin de l'exaucer, elle donna une fête chez elle. A peine avait-elle fini de chanter quelques morceaux, qu'on entendit sur le coup de onze heures un cri très aigu, qui fit pâlir tout le monde. « Je m'évanouis, dit-elle, plus d'un quart d'heure. Dès lors, le même cri retentit tous les jours sous mes fenêtres. Un acteur de mes amis, incrédule, me sollicite d'évoquer le fantôme. Soit faiblesse, soit audace, j'y consens, et trois fois nous entendons le cri retentir terrible. Puis, de quelque temps, on ne l'entendit plus. » Elle s'en croyait débarrassée, mais il recommença à Saint- Cloud, où elle s'était rendue avec sa troupe.. Vint ensuite un phénomène plus surprenant. Tous les soirs, contre la fenêtre, on entendait une détonation, à laquelle succédaient des battements de mains, puis des sons mélodieux. Enfin tout cessa. Mlle Clairon sut depuis, par une vieille dame qui avait assisté aux derniers moments du jeune Breton, qu'il avait dit avant d'expirer : « La cruelle s'en repentira ; je la poursuivrai mort comme je l'ai poursuivie vivant. »
Dans ces derniers cas, même en admettant l'intervention inconsciente d'un médium, l'action du défunt est prépondérante et indépendante, car el'e
est bien personnelle et contraire aux intérêts du premier. «