RÉSUMÉ
Si donc il y a des cas, ordinairement temporaires, où les phénomènes des maisons hantées peuvent s'expliquer par l'action des médiums, il y en a beaucoup d'autres où cette action est bien réduite. Ce sont les cas de très grande durée, parfois séculaire, où l'action des défunts est confirmée par des communications typtologiques, des apparitions, des voix entendues par les personnes sensibles, et elle est signalée partout, depuis les temps les plus anciens, dans la légende populaire.
En somme les maisons hantées nous fournissent les documents les plus anciens, nombreux et probants, de l'action voulue et persistante des défunts, à une époque môme éloignée de leur mort et avec des caractéristiques spéciales : apparition avec le costume de leur temps ; à des heures, jours et époques déterminés, de nuit et surtout après minuit ; répétition des mêmes gestes et mouvements, surtout de ceux dont ils avaient l'habitude de leur vivant ; succession constante et régulière des phénomènes : bruits, mouvements d'objets, voix, enfin apparitions ; but déterminé : se venger, empêcher des actes blâmables, annoncer une mort prochaine, etc.
Lorsque ces phénomènes sont sous l'influence directe d'un ou de plusieurs médiums, leur caractère est plus intense, leur manifestation plus fréquente, bien que moins durable, de quinze jours à deux ans. Mais la plupart semblent indépendants, comme nous l'avons vu, de l'action des médiums, chose naturelle, puisque ces phénomènes ont lieu en des maisons abandonnées, parfois depuis des siècles, et auxquelles ils semblent liés.
Comment expliquer dans ces cas l'action, souvent si énergique des esprits, puisque aucun vivant n'est là pour leur prêter de la force ? On a répondu qu'ils empruntaient la matière de leurs incarnations aux animaux et aux plantes du voisinage, explication peu satisfaisante qui m'a été donnée deux fois par des médiums en trance. 11 vaut mieux admettre l'influence de médiums lointains et invisibles. On cite à ce propos le cas de Varley, qui enlendait des coups dans le mur de sa chambre, à cinq milles anglais de la maison du médium Home, lequel agissait inconsciemment dans le sommeil, et le cas de Tumulo, chez qui un médium éloigné de quinze cents mètres provoquait des mouvements d'objets. Mais ces cas, comme celui de miss Butter dont le double allait d'Irlande à Londres, sont des dédoublements du médium se transportant au loin pour peu d'instants, plutôt que des cas de maisons hantées véritables, où l'action est si persistante et prend si souvent les caractères de celle qu'avaient
les défunts de Leur vivant. En tout cas, ces phénomènes prouvent la possibilité qu'ont les médiums de provoquer des mouvements d'objets et des apparitions à grande distance, ce qui explique une partie des phénomènes des maisons hantées. Pour l'autre partie, il vaux mieux admettre que les esprits eux-mêmes se servent des énergies de médiums lointains par eux choisis. Cette hypothèse semble confirmée par les déclarations de Stasie affirmant i Ochorowicz que, lorsqu'elle se manifestait à Paris, elle empruntait de la force à une névrosée de Londres, laquelle tombait en convulsions à ce moment môme.
Mais ceci n'explique pas complètement la grande durée, l'intense énergie et le cachet très personnel de l'action des esprits dans les maisons hantées. Notons aussi la coïncidence de ces phénomènes avec les morts violentes, homicides et suicides, survenus autrefois en ces lieux, sachant que les esprits sont attirés vers les lieux de leur mort ou de leur sépulture.
A ces cas d'habitations hantées sans médiums apparents, il faut ajouter les pluies de pierres, fréquentes, mais courtes, et les phénomènes lumineux notés à Quargnento, en 1895, par les professeurs Falcomer et Garzino et par l'ingénieur Capello, phénomènes aussi sans médiums apparents.
La masse lumineuse apparue avait des dimen-
sions allant de celle d'une grosse lampe à 60-70 centimètres. Son mouvement de translation se faisait par saccades, de l'église de Saint- Bernard au cimetière, d'où elle revenait vers minuit. Le phénomène, vu par presque tous les habitants, avait lieu en toutes saisons, et il est connu dans le pays sous le nom de feu de Saint- Bernard.
Un phénomène semblable a été observé à Berbenno en Valteline. Même mouvement intentionnel de la masse lumineuse, toujours à la même heure et entre les deux mêmes points. Cette lumière est en dehors de toute loi physique et traverse les arbres sans les brûler. Tout indique une manifestation spirite, vu les fréquentes apparitions de globes lumineux aux séances spirites. Pourtant, ni à Quargnento, ni à Berbenno, ni aux environs, on n'a trouvé de médiums.
À noter le grand nombre de manifestations constatées ces derniers temps, en comparaison du petit nombre observé les deux derniers siècles, sauf dans les couches populaires sans rapports avec les personnes instruites. Ces dernières, doutant des phénomènes, même lorsqu'ils se produisaient sous leurs yeux, ne prenaient pas la peine de s'en assurer, ce qui les faisait oublier. A notre époque,
on les observe et on les étudie, bien qu'on en doute et qu'on s'en moque encore.
Ainsi, dans le cas Fumero, si je n'avais pas insisté, si je n'étais pas retourné sur les lieux, on l'aurait sans doute attribué à la fraude ou à quelque mauvais tour, ce qui en aurait détourné l'attention,