‹ Hypnotisme et spiritismeChapitre 7 sur 66 · ÉTUDES DE MYERS · texte numérisé non relu

ÉTUDES DE MYERS

C'est Myers qui a le plus approfondi l'étude de ces phénomènes mystérieux. D'après lui le sommeil est un état tantôt plus lucide que l'état de veille, tantôt inférieur et marqué par la désintégration psychique. Il n'y a pas lieu alors de s'étonner que l'extase lucide ou le délire puissent également se substituer au sommeil ordinaire. Comme exemple de délire, citons le cas, indiqué par sir Crichton Browon, d'un maniaque qui ne dormait jamais, travaillant tout le jour comme les autres ouvriers et passant la nuit à crier et à se démener, sans en souffrir ni diminuer de poids.

PHÉNOMÈNES BïPRÛTIQUàà ET Sï.fTÉRIQ'JES 23

Ce sont les songes qui ont tout d'abord induit l'homme à croire à l'existence d'un moi intelligent, et toujours on a cru y voir les présages des événements, bien qu'on ne les ait jamais étudiés de façon vraiment scientifique. Il y a aussi des songes, mais assez rares, qui nous incitent à agir. Le rêve peut être regardé comme quelque chose d'intermédiaire entre le sommeil et la veille. On peut l'expliquer en grande partie :

i° Par une plus grande acuité des sens, hyperesthésie capable de provoquer des hallucinations ;

2° Par une plus grande suggestibilité ;

3° Par l'intensification de la mémoire ;

4° Par le ressouvenir de faits oubliés (cryptomnésie) ;

5° Par des rappels et des suggestions de notre vie active de veille.

Ainsi s'explique que dans le sommeil on puisse, comme les somnambules, voir dans l'obscurité, soit par hallucination, soit par souvenirs d'images qui se prolongent dans le rêve, soit par hyperesthésie de la rétine. Par exemple miss Mason, réveillée à l'improviste dans une chambre obscure, y distingue divers objets, et de plus deux barres de fer contre une porte, passées inaperçues à l'état de veille. On comprend mieux qu'on puisse se rappeler en rêve des faits complètement oubliés, ainsi que d'autres perçus sans attirer notre attention.

Des exemples du premier cas sont donnés par

24 BT?Noa.Kra» et Sr-îr.iTrsMB

Delbœuf qui, obsédé en rêve par les mots Asplenium Ruta Muralia et incapable d'en découvrir l'origine, les retrouve ensuite en un ancien manuscrit de sa main. Citons aussi le cas de Borockelbank qui, perdant un couteau et le cherchant en vain, rêve de l'avoir mis dans une poche de pantalon, où il le retrouve en effet. Miss Crellin perd un diamant incrusté dans une bague, voit en rêve le coin où elle l'a laissé tomber et l'y retrouve le lendemain. Miss Flora Tuart, jouant au croquet, perd un anneau de prix et le voit en rêve sous un banc devant la maison.

Un enfant, à qui on avait fait cadeau d'une bague, l'égaré. La première nuit il a un rêve vague qu'il oublie au réveil, et la nuit suivante un autre plus précis qui lui fait retrouver l'objet perdu.

Un jardinier allant en ville perd en route une bourse avec de l'argent et désespère de la ravoir à cause de la grande circulation. Il voit ensuite en rêve l'endroit exact de la chute et y retrouve la bourse. M. Herbert Leurs perd une lettre importante, la cherche tout le jour en vain dans une chambre. Un rêve la nuit suivante la lui fait retrouver dans un coin de cette chambre.

Ce sont là des cas de cryptomnésie, de reviviscence de la mémoire dans le sommeil. Par là s'expliquent aussi les problèmes résolus en rêve.

Hayes, artiste éminent, enseignant la géométrie

à ses fils, ne peut trouver la troisième solution du problème, tirer une droite sur un plan, dont il ne peut citer que deux solutions. Un rêve ultérieur lui montre clairement la figure géométrique donnant le troisième cas du problème.

Un caissier, Davey, fait dans ses comptes une erreur dont il se tourmente toute une semaine sans pouvoir la retrouver. Il refait en songe tous les calculs et découvre l'erreur.

Jusqu'ici l'explication est facile. Mais comment comprendre la connaissance en rêve de choses absolument ignorées du sujet et l'exacte prévision de la date de sa mort? Miss Carleton voit une amie en songe le lendemain du décès de celle-ci, et la morte lui annonce qu'elle reviendra en rêve vingt-quatre heures avant sa mort, ce qui arriva en effet quarante ans après.

Miss Arabella Barret voit en songe sa sœur morte, laquelle lui prédit qu'elle mourrait au bout de cinq ans, ce qui fut vérifié.

Ces cas nous montrent dans le rêve une lucidité vraiment inexplicable.

M. Peterson, occupé d'affaires minières au Bengale, découvre un jour dans sa caisse un fort déficit qu'il ne peut s'expliquer. Dans un songe, la nuit suivante, il entend prononcer le nom de Baboo, lequel fut peu après reconnu l'auteur du vol.

Un magistrat, juge entre deux associés, dont l'un

était mort. Le survivant se disait créancier, tandis que l'héritier du défunt le prétendait débiteur. Le juge, la nuit d'après, voit en songe un livre de commerce d'un des plaideurs et y découvre des renseignements sur l'affaire. Il se le fait apporter, à son réveil, et y retrouve la page vue en rêve.

Un inspecteur, chargé de surveiller une certaine étendue de voie ferrée, entend en rêve une voix qui lui crie par trois fois : « Veille au pont ! » Le jour suivant, il s'aperçoit que les piles en étaient minées par l'eau.

Brighton, capitaine de navire, dormant par temps calme, entend en rêve : « Prends garde, vous allez couler ». L'angoisse le réveille, il court à demi vêtu sur le pont et voit la mer tranquille sans rien de menaçant. Il revient s'habiller dans sa cabine, la voix continue à l'obséder, il retourne sur le pont et, regardant dans la direction de la voix, il voit venir au loin un grand vapeur qui l'aurait infailliblement coulé.

Ajoutons deux cas tout récents, l'un de vision à distance en rêve, l'autre de prémonition, contrôlés par témoins à Chicago et à Turin.

Miss Loganson de Chicago, âgée de dix-neuf ans, voit assassiner en songe son frère Oscar, agriculteur à Marengo, à 80 kilomètres de là, et elle accuse du meurtre avec insistance un cultivateur voisin. Tout d'abord on ne fait pas attention à ses dires, puis on lui permet d'envoyer une dépèche. On reçoit

comme réponse: «Oscar disparu». La jeune fille part alors pour la ferme d'Oscar avec un de ses frères et des agents de police. Elle les conduit directement à la maison d'un certain Bedford, où l'on découvre dans la cuisine des traces de sang. Miss Loganson ne s'y arrête pas et se dirige vers un poulailler. Bien que les agents fassent remarquer la vieillesse du pavage, ils consentent à faire des fouilles devant l'insistance de la jeune fille et sa terrible agitation. C'est ici, dit-elle, que mon frère est enterré. On ne trouve d'abord qu'un manteau, puis, en continuant les fouilles, le cadavre d'Oscar à lm,50 de profondeur. Bedford fut arrêté peu après à Ellis (Nebraska) et reconnu coupable. Miss Loganson déclara que l'esprit de son frère l'obsédait depuis quelques jours.

Bosa Tirone, servante hystérique de trente-cinq ans, rêve qu'un jeune homme de son pays, aimé d'elle, lui dit de jouer à la loterie quatre numéros : 4, 53, 25, 30. Peu après la Tirone joue une certaine somme sur ces nombres, lesquels sortent en effet le samedi suivant.

Cet ensemble de faits permet de conclure à l'existence d'une nombreuse série de phénomènes en dehors des lois de la psychophysiologie et ayant pour caractère commun et constant de se manifester le mieux chez les hystériques et les névropathes ainsi que dans l'hypnose et le rêve. Ces états sont marqués par l'inaction plus ou moins complète

de l'idéation normale et par la prédominance de l'activité inconsciente, laquelle échappe à l'étude scientifique. C'est ce qui montre qu'une fonction peut être suractive lorsque son organe est tout à fait inactif.

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