‹ Hypnotisme et spiritismeChapitre 8 sur 66 · PHÉNOMÈNES PHYSIQUES ET PSYCHIQUES CHEZ LES SUJETS HYPNOTISÉS · texte numérisé non relu

PHÉNOMÈNES PHYSIQUES ET PSYCHIQUES CHEZ LES SUJETS HYPNOTISÉS

Tous ou presque tous les phénomènes observés chez les hypnotisés m'ont paru sortir des lois de la physiologie et de la pathologie et rentrer dans l'inconnu. Donnons les résultats de quelques recherches sur ce sujet.

Mémoire. — Les phénomènes de mémoire sont ceux qui m'ont le plus frappé par leurs singulières variations suivant les individus et les cas. Tandis que l'intelligence, comme nous le verrons, est obscurcie dans l'état hypnotique, il est curieux de voir combien la mémoire y est parfois surexcitée.

Énonçant à Chiarl., jeune étudiant hypnotisé, douze groupes de chiffres, il me répète au bout d'une demi-heure les six premiers groupes, avec une seule erreur. Bien qu'il ignore l'allemand, je lui ordonne de lire une ligne de cette langue et de la transcrire au bout d'une demi-heure. Il réussit à en reproduire les lettres, dans leur forme gothique,

avec trois erreurs seulement sur soixante lettres. Le livre fermé, il put retrouver la page et la ligne.

J'ai pu vérifier, comme Delbœuf, que le souvenir d'un rêve suggéré se conserve au réveil chez le sujet, pourvu qu'il ait à la main un objet en rapport avec le rêve. L'ordre de conserver le souvenir de l'acte accompli en rêve ne m'a pas paru très efficace. J'ai remarqué parfois la persistance d'un souvenir vague, sans ordre préalable.

A remarquer aussi le grand changement de la personnalité, tant dans la pensée que dans l'écriture, sous l'influence de la suggestion. On suggère au sujet Col. le personnage de Garibaldi, et il écrit ce vibrant ordre du jour : « Soldats, nous attendons aujourd'hui de vous des prodiges de valeur », d'une écriture très énergique.

Les ordres à exécuter au bout d'un certain temps le sont très exactement dans la proportion de cinq sur sept. Les sujets, une fois réveillés, distraits et occupes de toutes façons, se troublent et s'interrompent soudain, juste à l'heure suggérée, et exécutent l'ordre.

C'est ce que l'on savait déjà des hystériques, qui souvent prévoient exactement, des semaines et des mois à l'avance, le jour, l'heure et même la minute de leurs accès, alors que montres et pendules sont arrêtées et qu'on les distrait de toutes façons.

Ce fait, déjà signalé par Richet, paraît inexpli-

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cable, la division du temps étant œuvre humaine artificielle. Il faut admettre qu'il peut se former dans le cerveau, par l'exercice, un centre spécial pour la mesure du temps, tout comme pour l'écriture, centre pouvant devenir ultra-sensible dans les états ci-dessus.

Il existe pourtant des exceptions. Chiarl. en présente en ce cas comme en bien d'autres ; de même la femme Verol. Ces deux sujets oublient parfois, même au bout de peu de temps, d'exécuter un ordre au moment suggéré. Ils se montrent cependant agités, comme s'ils oubliaient un devoir pressant. Mais cette inquiétude disparaît dès qu'on leur rappelle, la chose à faire, et aussitôt ils exécutent l'ordre avec ardeur, comme poussés par un besoin irrésistible. Si par exemple on suggère à Chiarl. de lire au bout de vingt-huit minutes une ligne donnée d'un livre allemand, ce temps écoulé, il paraît soucieux et regarde de tous côtés sans rien faire. Mais, dès qu'on lui met sous les yeux le livre mêlé à d'autres objets, il se précipite dessus avec un sourire de satisfaction, l'ouvre et lit la ligne.

Ces cas montrent que dans l'hypnose se vérifie la marche normale des associations d'idées se réveillant les unes les autres et déterminant les volitions. Même vérification des lois d'association dans les cas suivants.

Suggérant à Col. un personnage de brigand, il n'accepte la suggestion qu'avec répugnance. Mais,

dès qu'elle est reçue, il se montre violent, brandit une plume en guise de poignard et transperce des ennemis imaginaires. Il écrit une lettre de l'écriture brutale des criminels. Un moment après, lui ayan suggéré une personnalité d'enfant, il écrit d'un écriture enfantine et douce. Plus tard les deux suggestions se confondent, la seconde se superposant à la première, et l'écriture présente le même mélange, ainsi que le style.

On a ici la preuve de ce que Sergi appelle la stratification du caractère. La seconde suggestion fait partiellement oublier le personnage antipathique de brigand et fait prévaloir le rôle sympathique de l'enfant. A remarquer la facilité avec laquelle les hypnotisés, même mégalomanes, acceptent ce dernier. Ce qui s'explique par le souvenir toujours doux de cet âge, par la sympathie qu'il inspire même aux plus durs, et surtout parce qu'il est le mieux en rapport avec l'état de passivité mentale du sujet.

Mêmes confusions et superpositions de suggestions, par des suggestions nouvelles, et aussi par de simples changements dans les mouvements musculaires. En faisant froncer à l'hystérique V. le muscle ciliaire droit, on provoque chez elle des idées tristes; en agissant sur le muscle risorius, des idées gaies apparaissent et se mêlent aux premières.

Même effet de l'hypnose provoquée sur des sujets

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sains. Chiarl., à qui l'on fait simultanément contracter les muscles ciliaires et risorius, dit riant et pleurant à la fois qu'un singe fait mourir son patron à force de grimaces. Exemple de superposition rapide amenant une fusion instantanée. Cette observation n'est pas neuve, car elle remonte à Dumontpellier et au docteur Silva. Mais dans les cas ci-dessus elle se vérifie sur des sujets simplement hypnotisés et non pas seulement sur des hystériques.

Écriture. — J'ai pu confirmer, sur hystériques et hypnotisés, une observation de Richet concernant le rapport entre l'écriture et le caractère.

J'ai réussi à donner en moins d'une heure à l'étudiant Chiarl. les caractères et les écritures d'enfant, de paysanne, de Napoléon, de professeur de calligraphie, de vieille femme ; à l'étudiant Lesc. les caractères d'enfant, de jeune mariée, de paysan, de brigand ; à l'étudiant Col. ceux d'enfant, de brigand, etc.

On peut ainsi par la suggestion changer le sexe, la condition, le caractère, et modifier simultanément la façon de penser, le style et l'écriture.

Il est singulier que l'essentiel de nous-mêmes, la personnalité, puisse ainsi prendre des formes nombreuses et différentes dans l'état hypnotique.

Les états hypnotiques, tant provoqués que prove-

nant de maladies, ont une grande variété, bien que toujours analogues dans leurs grandes lignes. Nous l'avons vu pour la mémoire. Voyons maintenant pour la volonté.

Volonté. — Elle est d'ordinaire abolie et souvent remplacée par celle de l'hypnotiseur. On sait que les sujets hypnotisés se rebellent parfois contre les suggestions opposées à leur caractère ; et c'est ce qui permet de mesurer jusqu'à un certain point la force de caractère.

Une femme hystérique et débauchée, mise en état d'hypnose, acceptait volontiers les personnages de voleur, de séducteur, d'officier, mais se révoltait lorsque je voulais la transformer en savant ou en prédicateur de morale. Il lui répugnait plus de changer de caractère que de sexe.

La plus curieuse preuve de cette répugnance m'a été donnée par deux étudiants, Col. et Chiarl., à qui j'avais suggéré le rôle de voleur. Plutôt que de m'obéir, ils s'échappèrent de la chambre, courant comme des fous dans la cour. Mais l'un d'eux consentit après hésitation au rôle de brigand, plus acceptable par son côté héroïque. Les rôles de femme et de chiffonnier furent rejetés avec dédain, ce qui s'explique par la tendance mégalomane manifeste chez les hypnotisés comme chez les enfants et les sauvages.

Le même Chiarl. se réveillait de suite si on lui

imposait des suggestions absurdes ou contraires à son caractère. Mais il acceptait celles qui ne l'étaient pas trop. C'est ainsi qu'il consentait à être Napoléon en même temps qu'enfant, le génie même passant par l'enfance. Tout ceci prouve que le caractère nous détermine plus que l'intelligence, et que la suggestion a une limite, toutefois reculable par l'éducation hypnotique»

Intelligence. — Elle semble souvent diminuée. La parole surtout est affaiblie. Aussi les sujets se décident difficilement à parler, à moins d'ordre formel ou de forte excitation. Une hystérique ne répond que si on lui comprime les dernières vertèbres, en lui ordonnant énergiquement de parler. Les sujets se prêtent à agir et à écrire. L'excitation même de la suggestion hypnotique, l'invasion de la nouvelle personnalité suggérée, font qu'ils agissent et écrivent parfois bien mieux que dans la veille.

Un banquier, à qui l'on suggère d'être photographe, exécute parfaitement les opérations de ce métier qu'il ignore à l'état de veille. Le jeune Ghiarl., devenu Napoléon, s'exprime éloquemment en langue française qu'il ne sait guère. Il chante, joue et écrit la musique bien mieux qu'à l'état de veille. Le jeune L., à qui l'on suggère d'être femme, exécute une broderie compliquée. Il ignore la broderie, mais il a dû voir broder ses sœurs, sans y prêter attention, suite d'opérations qui s'est fixée

et développée dans l'inconscient et qui a reparu sous l'influence de la suggestion.

Toutefois les individus incultes acceptent et jouent mal le rôle de personnages illustres, restent vulgaires et ont de la répugnance à écrire.

Actions de diverses substances. — Après Bourrou, Burot et Richet, nous avons étudié, sur des sujets hypnotisés, les effets de divers médicaments agissant à l'extérieur du corps. Un flacon de teinture de cantharide, appliqué sur la main, provoque chez Victorine M., et plus encore chez la femme R., des gestes erotiques bien nets; l'alcool produit chez elles des signes d'ivresse : langue empâtée, gestes hésitants, etc. Un marin, qui pouvait boire impunément une certaine dose d'alcool et de chloral, tombe ivre et s'endort, une fois hypnotisé, au seul contact de ces deux corps. Une solution de morphine dans du laurier-cerise, mise dans les mains d'une hystérique, provoque le sommeil et des hallucinations gaies. Chef le même sujet, un flacon de valériane, substitué à la morphine, produit aussitôt de l'excitation et une sensation de brûlure, qu'un tube de chloral calme instantanément. L'alcool lui fait voir des bêtes féroces.

Chez une hystérique en état de somnambulisme, Luys a constaté qu'une même substance, appliquée derrière la tête, pouvait produire des expressions

de physionomie différentes, suivant qu'on la mettait du côté droit ou gauche, et il a vérifié ce phénomène pour trente-cinq médicaments différents, enfermés en des tubes.

Un pot de jaborandi provoque de la salivation et des sueurs abondantes. Le laurier-cerise produit des convulsions et aussi de l'extase et des visions religieuses ; l'alcool éthylique une ivresse furieuse ; la pilocarpine sucre la salive.

Cette méthode permet de calmer de violents accès de convulsions. Les contractions hystériques cessent au contact de tubes de valérianate d'ammoniaque. Luys note, chez beaucoup d'hystériques, la diminution du nombre des accès par la seule action d'un tube de bromure de sodium, tenu à distance.

Chez mon sujet Chiarl., un paquet d'un centigramme de quinine, appliqué derrière la nuque, produit immédiatement des sensations de bruit violent et de saveur amère.

Les médicaments ont ainsi des effets physiologiques et psychiques, que les médecins ne connaissaient guère jusqu'ici. Toutefois les homéopathes, à qui la science médicale doit tant, avaient déjà soupçonné ces actions à distance et en avaient signalé quelques-unes. On connaissait celle de l'aimant. L'homéopathe Bichmann avait montré qu'un flacon de mercure, en simple contact avec la main, produit souvent des accidents mercuriels.

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