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POUR CHAQUE COTÉ

A la suite des expériences d’hypnose unilatérale ou hémicérébrale. se placent naturellement celles dans lesquelles on provoque simultanément, chez un sujet, deux périodes de l’hypnotisme, chaque moitié du corps étant dans une phase différente.

Ces expériences sont toutes d’une date très récente. Les auteurs qui se sont occupés de l’hystérie n’avaient jamais observé cette dissociation chez les malades exposées à tomber spontanément dans l’un ou l’autre des étals de l’hypnotisme.

Pour en trouver une seule observation, il nous a fallu remonter au siècle passé, jusqu’en 1737, époque à laquelle de Lamettrie, décrivant une attaque de catalepsie, disait, en parlant de la malade :

« Elle commençait toujours par tomber en faiblesse et quelquefois en syncope. Lorsque, dans cet état, on s’avisait de la piquer pour la faire revenir ou de lui faire sentir quelque odeur puante, elle devenait cataleptique, mais pour l’ordinaire de la moitié du corps seulement. »

« On l’a vue aussi tomber d’elle-même dans cette demi-catalepsie qui était plus ou moins parfaite (1). »

Il est à peu près certain, d’après ce récit, que Lamettrie s’était trouvé en présence d’une hystérique hypnotisable présentant simultanément les phénomènes d’hémi-catalepsie et d'hémi-léthargie.

(1) De Lamettrie. Traité du vertige, avec la description d’une cata lepsie hystérique. Rennes, 1837, p. 223.

Bien que Lamettrie ait pu reproduire ces effets singuliers en mettant en œuvre l’action de la piqûre ou d’une odeur forte, il a oublié de donner une description complète de l’état de chacun des deux côtés.

Ce n’est donc que tout récemment, ainsi que nous l’avons déjà dit, qu’on est arrivé, à l’aide de pratiques spéciales, à partager expérimentalement l’individu en deux moitiés , dont chacune présente les symptômes d’un état particulier de l’hypnotisme.

En variant toutes les modalités, on pouvait obtenir trois cas différents :

1° L’hémi-léthargie et l’hémi-catalepsie ;

2° L’hémi-léthargie et l’hémi- somnambulisme ;

3° L’hémi-somnambulisme et l’hémi-catalepsie ;

M. le docteur Dcscourtis, alors externe de M. Charcot, à la Salpêtrière, a pu réaliser le premier, en 1878, dans le service de son maître, le curieux phénomène de l’hémi-léthargie et de l’hémi-catalepsie.

Il obtenait ce résultat, lorsque, le sujet étant en léthargie provoquée, il soulevait une des paupières de façon à donner accès à la lumière, ou bien, lorsque le sujet étant en catalepsie il abaissait une des paupières (1).

C’est-à-dire que les membres d’un côté (le côté léthargique) étaient dans la résolution et présentaient le réflexe cutano-musculaire, caractéristique de la léthargie, pendant que les membres de l’autre côté avaient la propriété de conserver les attitudes qu’on leur communiquait.

M. Dcscourtis n’insista pas tout d’abord sur l’intérêt qui pouvait se dégager de cette expérience ; mais, plus tard dans sa thèse, il en tira la conclusion que, dans ce cas, les deux hémisphères exerçaient leur activité d’une manière indépendante et opposée.

Le procédé de M. Descourtis, pour faire l’hémi-catalepsie,

(1) Dcscourtis. Du fractionnement des opérations cérébrales. (Thèse de Paris, 1882, p. 45 et Progrès médical. 21 décembre 1878. (

consistait à faire tomber sur une des rétines du sujet un rayon lumineux.

Dans le service de M. Dumontpallier on chercha ce qu’on obtiendrait en impressionnant seulement, à l’aide des divers agents physiques appropriés, un des organes de l’ouïe, de l’odorat.

C’est ainsi qu’en approchant une montre de l’oreille droite d’une hystérique hypnotisable à l'état de veille, on voit 1 action faible du bruit de montre déterminer de T hémi-catalepsie à droite et de Y hémi-léthargie à gauche (léthargie avec le réflexe cutano-musculaire).

En l’approchant de l’oreille gauche , on produisit les mêmes phénomènes, mais en sens inverse, c’est-à-dire cette fois, l’hémi-catalepsie à gauche et l’hémi-léthargie à droite.

En faisant respirer à la malade un peu d'éther par la narine droite , la narine gauche étant fermée, on détermina de l’hémiléthargie à droite. En faisant respirer l’éther à gauche, on obtint les1 2 mêmes phénomènes, mais en sens inverse.

Dans l’un et l’autre des cas précédents, il est évident que l’action portait sur un seul hémisphère, car deux montres mises de chaque côté déterminaient de la catalepsie totale, de même que l’éther respiré par les deux narines.

Il est aussi à remarquer que l’hémi-catalepsie n’avait pas été produite du même côté par l’odeur et par le son.

Peut-être ne faudrait-il voir là que l'effet d’une différence d’intensité dans l’agent employé. Car ainsi que l’ont, si bien observé Dumontpallier, Tamburini et Seppilli (1), les divers états de l’hypnotisme s’obtiennent à l’aide du môme excitant (mécanique, acoustique, odeur) dont il suffit d’augmenter graduellement l’intensité et la duree.

2° Dans son livre sur l’hystéro-épilepsie,M. Paul Richcr (2)

(1) Tamburini et Sepilli. Contribution à l’étude expérimentale de l’hypnotisme. (Rivista experimentale. di frenet.etdi med. legal., fasc. 4, 1883.)

(2) P. Richer. Études cliniques sur l’hystoro-épilepsie , 1881, p. 420.

a relaté le phénomène (le T hémi-léthargie et de l’hémi-somnambulisme.

Nous renvoyons le lecteur à la description qu’il en donne dans son beau livre, si intéressant à tous égards.

M. Dumontpallier a réalisé les mêmes phénomènes d’hémiléthargie et d’hémi-catalepsie par un autre procédé, basé sur la loi : « l’agent qui fait, défait » (1). Mettant d’emblée la nommée L. C..., âgée de 20 ans, en somnambulisme par la pression sur le vertex, il lui commande de prendre tous les objets nécessaires pour tricoter, aussitôt elle se met à tricoter régulièrement des deux mains. Une pression sur la partie latérale gauche du vertex arrête les mouvements de la main gauche, et la main droite seule continue à tricoter; — une nouvelle pression sur le même point latéral gauche rend à la main du même côté ses mouvements et les deux mains se remettent à tricoter.

De même la pression sur le côté droit du vertex arrête les mouvements de la main droite, tandis que la main gauche continue à agir ; une nouvelle pression sur le même point latéral droit du vertex rend à la main droite ses mouvements, et la malade, comme précédemment, se remet à tricoter des deux mains.

Cela étant bien constaté, une pression sur la région médiane du vertex est faite, et la malade se réveille.

Nous avons cité cette expérience parce qu’elle apporte une nouvelle preuve à la théorie de l’indépendance fonctionnelle des deux hémisphères.

Ainsi, tandis qu’une pression sur la ligne médiane du vertex fait le somnambulisme total, ou le défait quand il existe, la pression portant seulement sur une des régions latérales droite ou gauche fait ou défait le somnambulisme du côté correspondant au point pressé.

En un mot, la pression médiane a eu une action réflexe simultanée sur les deux hémisphères cérébraux, tandis que la

(1) Dumontpallier. Indépendance fonctionnelle de chaque hémisphère cérébral. (Bull, de la Soc. de biol. Déc. 1X82, p. 788.)

pression unilatérale n’a qu’une action réflexe unilatérale croisée sur l’hémisphère du côté opposé à la pression.

3° Enfin, restait à produire rhémi-somnambulismeell’hémicatalepsie. MM. Dumontpallier et Magnin ont été les premiers à réaliser cet état. Ils ont même produit sur une malade la catalepsie alterne croisée avec le somnambulisme alterne croisé.

Dans chacune des expériences qui viennent d’être énumérées et il est nécessaire d’insister sur ce point, les symptômes caractéristiques propres à chacun des états de l’hypnotisme ont été constatés de la manière la plus évidente.

Il faut surtout voir dans ces expériences un procédé des plus commodes pour faire démontrer la différence des symptômes qui varient selon le côté.

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