‹ Hypnotisme expérimentalChapitre 9 sur 30 · PREFACE · texte numérisé non relu

PREFACE

Mon cher Bérillon,

Je viens de lire avec grand intérêt votre livre sur l’indépendance fonctionnelle de chaque hémisphère cérébral.

Votre travail est nouveau et original. Nouveau, parce que, si tout physiologiste ou tout médecin, en faisant appel à ses souvenirs de laboratoire ou de clinique, incline à accepter cette indépendance fonctionnelle, il est juste de reconnaître que la proposition de l’indépendance, nettement affirmée, est chose nouvelle dont vous garderez une certaine part de responsabilité.

De plus, la thèse que vous soutenez constitue un travail original, parce que vous avez démontré scientifiquement l’indépendance fonctionnelle de chaque hémisphère cérébral et cela, en mettant à contribution les expériences nombreuses et variées qui ont été réalisées à l’hôpital de la Pitié, sur l’être humain en état d’hypnotisme.

Dans votre travail vous avez établi la valeur des excitations périphériques capables de déterminer les différentes périodes de l’hypnotisme expérimental et, par cela

même, vous avez démontré que les phénomènes de l’hypnotisme relèvent des réflexes dont l’origine est dans les différents modes de sensibilité ou de sensitivité du système nerveux périphérique.

Puis, limitant le sujet de votre travail à celui de l’indépendance fonctionnelle de chaque hémisphère cérébral, vous avez eu soin d’établir comment il est possible, par certains procédés, de déterminer l’activité ou la parésie de chaque hémisphère, de modifier à volonté le degré et la nature de cette activité, en produisant simultanément les états d’hémi-somnambulisme, d’hémi-catalepsie ou d’hémiléthargie.

Vous avez déplus démontré la possibilité défaire naître à volonté des illusions, des hallucinations de nature différente pour chaque hémisphère cérébral , illusions et hallucinations qui sont extériorées par une mimique faciale, des gestes, des paroles qui témoignent de l’existence simultanée de conceptions, d’idées différentes pour chaque hémisphère.

Ces illusions, ces hallucinations ont été produites en s’adressant aux organes de l’ouïe, de la vision, de l’odorat et du goût, et cela dans la période somnambulique. Mais de plus vous avez démontré que, dans la période cataleptique de l’hypnotisme, le sens musculaire peut déterminer par acte réflexe, dans chaque hémisphère

— vu

cérébral, des idées qui se traduisent par des attitudes secondaires en rapport harmonique, synergique avec l’attitude primitive d’un membre, d’un segment de membre ou d'un groupe de muscles.

Toutes ces expériences, et je ne fais allusion qu’aux principales, ont permis de constater que l’être humain, dans des conditions scientifiquement établies, est double par le cerveau, puisque simultanément l’on peut produire des actes différents pour chaque moitié du corps.

Laissons aux philosophes, aux psychologues, les conséquences à déduire de ces expériences et gardons pour nous, médecins, la démonstration des faits qui nous permettent d’affirmer que le même sujet, dans des conditions spéciales, peut allumer un incendie de la main droite et faire tous ses efforts pour l’éteindre de la main gauche; que le même sujet, au même moment, peut rire avec son cerveau droit et pleurer avec son cerveau gauche.

Il y a donc, dans certaines circonstances, dualité cérébrale , c’est-à-dire un cerveau qui peut penser à mal, un autre qui peut penser à bien, et, à la volonté de l’expérimentateur, les idées opposées peuvent être transférées de l’un à l’autre cerveau.

Voilà ce qui a été démontré expérimentalement à l’hôpital de la Pitié, voilà ce que vous avez établi avec soin dans votre travail où se trouvent consignées les expériences dont je veux vous laisser une juste part.

Il vous a plu, chemin faisant, de rappeler les lois que j’ai établies « de ly agent qui fait , défait », « de la gènêralisationdes réflexes » dans la théorie de l’hypnotisme, et d’en faire ressortir quelques-unes des conséquences expérimentales et cliniques; je vous en remercie.

Cette lettre-préface est déjà assez étendue, et je termine en déclarant que vous vous êtes montré l’interprète fidèle de mon enseignement sur l’hypnotisme expérimental et que votre livre mérite d’être étudié attentivement par les travailleurs qui, dans la science, ne cherchent que la vérité.

DüMONTP ALLIER.

Paris , Août 1884.

DE

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