INTRODUCTION
Le travail que nous publions aujourd’hui est le résultat de nombreuses expériences, entreprises dans le service de M. Dumontpallier, à la Pitié, sur l’hypnotisme expérimental.
Bien que ces expériences soient assez démonstratives par elles-mêmes, nous avons cru devoir rechercher, avec le plus grand soin, si elles ne seraient pas, par quelque côté, en contradiction avec les données actuellement acquises dans chacune des diverses branches des sciences biologiques.
A mesure que nous avancions dans cette étude, nous étions de plus en plus frappé de voir que l’idée de l’indépendance fonctionnelle de chaque hémisphère cérébral découle d’un grand nombre de faits rigoureusement analysés par nos maîtres les plus éminents, anatomistes, physiologistes et cliniciens.
Cependant, dans aucun livre classique on ne trouve énoncée, d’une façon précise, la notion de la dualité cérébrale et de l’indépendance fonctionnelle des deux hémisphères cérébraux.
C’est que, jusqu’ici, nos professeurs les plus autorisés ne
Bérillon. 1
consentaient pas à considérer comme suffisants pour être appliqués à la physiologie humaine, les faits dus à l’expérimentation sur les animaux.
D’autre part, l’apparence trop souvent contradictoire des observations cliniques et physiologiques faites sur l’homme lui-même, s’opposait à ce qu’on pût, dans ce cas particulier, formuler des conclusions définitives, faute de contrôle expérimental.
En un mot, la preuve concluante de l’indépendance fonctionnelle des hémisphères cérébraux chez rhomme, manquait complètement; et rien ne laissait prévoir qu’elle pût être sitôt donnée. Grâce à l’hypnotisme expérimental, cette preuve vient d’être acquise.
La relation des expériences entreprises à la Pitié, sur ce sujet, constitue la partie essentielle, originale de ce travail.
Avant d’aborder cette étude, nous n’avons pas reculé devant une tâche considérable, celle de réunir la plus grande partie des preuves éparses dans les divers ordres anatomique, physiologique, pathologique, etc., qui militent en faveur de l’idée que nous soutenons. Toutefois nous considérons, avant tout, l’hypnotisme comme un des meilleurs moyens de contrôle, pour ne pas dire le seul, qui, dans des circonstances déterminées, permette l’analyse de certains phénomènes biologiques.
C’est à ce titre que, selon nous, l’hypnotisme expérimental, tel qu’on le considère aujourd’hui, tel qu’il est pratiqué par les médecins compétents, doit être considéré comme une des branches les plus fructueuses de la biologie.
En effet, ce nouveau mode d’investigation physiologique, offrant l’avantage d’être applicable à l’homme même, peut devenir, dans bien des circonstances, un moyen de vérification inespéré.
Il nous apporte, en particulier, pour la démonstration de la théorie de l’indépendance fonctionnelle des deux hémisphères cérébraux, une preuve aussi nouvelle qu’indiscutable, susceptible d’être constatée à nouveau par tout observateur consciencieux qui se placera exactement dans les mêmes conditions expérimentales.
Aussi notre travail se compose-t-il de deux parties :
Dans la première, nous avons groupé, avec méthode, un grand nombre de preuves de l’indépendance fonctionnelle des deux hémisphères, et nous étudions successivement :
1° Les preuves tirées de l’anatomie.
id.
de la physiologie.
id.
de l’embryogénie.
id.
de la thermométrie cérébrale.
id.
de la pathologie comparée.
id.
de la pathologie humaine.
id.
de la pathologie mentale.
id.
de l’observation psychologique.
Dans la seconde, il nous restera à établir la relation qui existe entre les phénomènes observés chez les hystériques à l’état de veille et ceux qu’on observe à l’état d’hypnotisme.
Nous aurons donc à examiner :
1° Les preuves tirées des phénomènes observés chez les hystériques, à l’état de veille.
2° Les preuves tirées de l’hypnotisme expérimental.
Avant de commencer, il nous reste un devoir agréable à remplir, celui de remercier notre excellent maître M. Dumontpallier, médecin de la Pitié, qui a bien voulu faire de nous son dévoué collaborateur, et MM. les professeurs H. Bouley, Paul Bert et A. Milne-Edwards, membres de l’Institut, qui nous ont donné avec tant de bienveillance les meilleurs encouragements.
Nous prions aussi M. le Dr Magnan, médecin de l’asile Sainte-Anne, et M. le Dr Gaëtan Delaunay, d’agréer l’expression de notre gratitude pour la bonté avec laquelle ils ont mis à notre disposition leurs conseils et le fruit de leur expérience.