CHLORHYDRATE DE MORPHINE
la peau des bras, des mains et des doigts; il s'appuie sur le fauteuil, incline légèrement la tête, se croise les mains, s'endort avec calme et un air de parfaite béatitude (planche XI). L'attitude est des plus naturelles et la coloration de la face tout à fait normale.
Et, chose très remarquable, qui était tout à fait imprévue, c'est que cette phase de sommeil, qui a l'air d'être une phase passive, est encore un phénomène actif qui entre comme effet de la morphine. Cela est si vrai que, si cette action sommifère du chlorhydrate de morphine qui agit sur le système nerveux vient à s'éteindre, on voit alors à ce sommeil spécial, passager, succéder le véritable sommeil de la période léthargique, qui insensiblement envahit l'individu, et sans qu'il s'en doute, sans qu'il ait prononcé une seule parole, arrive à le dominer. La planche XII exprime d'une façon très nette la nouvelle physionomie que prend le sujet, alors qu'il a passé de la période du sommeil morphinique à la période du sommeil léthargique.
Dans le premier cas les traits de la physionomie sont calmes, reposés, placides et l'hyperesthésie
J. Luys. L'Hypnotisme. 12
neuro-musculaire n'existe pas aux avant-bras. Dans le second cas la physionomie exprime une sorte d'état de souffrance vague, les traits de la face sont tirés, et si on interroge la peau de l'avantbras, on constate que l'hyperesthésie neuro-musculaire caractéristique de la période léthargique est de retour.
Valériane
— 2 grammes — Extrait —
Côté gauche. — Le tube, appliqué à la nuque, à déterminé dans six expériences consécutives, et la dernière répétée à un an de distance, la scène intéressante suivante, par laquelle la malade commence par avoir une impulsion qui la pousse à gratter la terre. Il est curieux de noter que MM. Burot et Bourru ont enregistré les mêmes phénomènes chez un sujet soumis à l'action de la valériane *. Il est bon d'ajouter que les chats auxquels on donne
i Bourru et Burot, La Suggestion mentale et l'action à distance de substances toxiques et médicamenteuses, p. 61 et pi. 7, 8 et 9.
VALERIANE 179
de la racine de valériane sont aussi portés à gratter la terre. Une fois en léthargie, le sujet, au bout de quelques minutes, après avoir fait quelques grimaces, commence par être pris d'un accès de tristesse et il arrive ainsi en période de somnambulisme lucide. L'impulsion à gratter la terre se révèlealors, il s'agenouille avec précaution, fait plusieurs signes de croix et se trouve dans un cimetière (planche XX). On le voit alors creuser la terre avec ses mains, simuler une exhumation, recueillir pieusement des ossements qu'il rencontre, en faire un monticule, y déposer les bagues qu'il porte au doigt, fixer une croix en se lamentant, puis après avoir donné un dernier coup d'œil au monticule qu'il a aggloméré, il se relève en ayant l'air d'avoirpris son parti et en disant : « On ne peut pas toujours se lamenter. » Et alors la joie et l'expansion se font jour, et c'est une tout autre attitude dans le geste et dans la physionomie qui se révèle. L'enlèvement du tube ramène à la léthargie.
Au niveau des bras, le tube amène une contracture croisée de la jambe gauche et du bras droit, la tête est inclinée à gauche.
Devant l'oreille, à une distance de 5 centimètres,
l8û RÉCIT DES EXPÉRIENCES
le sujet ouvre les yeux ; regard menaçant, la tête se retourne en sens inverse.
Devant l'œil : les paupières ouvertes se ferment.
Devant la narine, reniflement considérable.
Devant la commissure labiale : expression de dégoût.
Côté droit. — Tube présenté au niveau de la nuque, la jambe gauche contracturée devient flasque ainsi que le bras droit également en contracture. En même temps yeux ouverts, regard mauvais; visage triste; tendance à pleurer, mâchonnement, menton froncé, contractures croisées du bras gauche et de lajambe droite.
Devant l'oreille : cessation des contractures; les yeux s'ouvrent; regard fixe.
Devant l'œil, à distance, les paupières se ferment.
Devant la narine : répulsion.
Devant la commissure labiale : la bouche s'ouvre pour croquer le tube.
Au niveau de la région lombaire : figure hilariante ; le sujet remue ses jupes et a de la tendance à regarder à terre avant de s'agenouiller.
Au niveau du bras gauche, le tube développe une
POUDRE D'IPÉCA l8l
sensation de brûlure. A droite, c'est une sensation agréable, le sujet retient le tube.
Poudre d'Ipéca
— i gramme 50 —
Côté gauche. — Tube placé devant la face, ie sujet ouvre languissamment les yeux, son attitude exprime la lassitude et la prostration, il est envahi par des idées de suicide, il fait le signe de s'armer d'un revolver, de mettre le canon devant sa bouche, de faire partir le coup et de tomber mort.
Devant l'oreille, la menace des idées de suicide persiste, l'œil gauche seul est ouvert et la pupille énormément dilatée (7 à. 8 millimètres) ; l'œil droit reste fermé.
Devant l'œil, la pupille se rétrécit à 4 millimètres et l'œil se ferme.
Devant la narine, rien d'appréciable.
Devant la commissure labiale : contracture grimaçante de la face d'un seul côté, expression de tristesse, état syncopal avec abattement langueur qui fait craindre une lipothymie.
l82 RÉCIT DES EXPÉRIENCES
Le tube placé à la nuque, au lieu d'élection détermine une expression de dégoût avec expulsion des crachats, état nauséeux et secousses de vomissements (planche VII).
Côté droit. — Le tube placé au devant du cou détermine rapidement la bouffissure de la face avec vive rougeur comme si le sujet opérait un effort (planche XXIII). La région sous-maxillaire est turgescente: on détermine en même temps des bruits de cornage ; le gonflement du cou s'élève de 3 1 à }6 centimètres.
Le tube présenté devant l'oreille détermine des troubles de la respiration, le sujet devient haletant.
Devant l'œil, il se ferme et l'autre s'ouvre.
Devant la commissure labiale, elle demeure entr'ouverte.
Devant la peau des bras et des avant-bras, mouvements répulsifs des deux côtés.
Au creux de l'estomac, mouvements répétés d'inspiration et d'expiration alternante.
Au niveau de la région ombilicale, des borbo-