COGNAC
Chez la nommée Gabrielle, que j'ai eue à plusieurs reprises dans mon service pour y être traitée d'accidents nerveux de nature hystérique, j'ai constaté des phénomènes de même ordre très nettement caractérisés, représentés planches XXVI et XXVIII, sous l'influence d'un tube contenant la même quantité de cognac, Gabrielle a senti rapidement les effets de la substance, seulement elle ne parlait pas ; chez elle, les réactions somatiques se développaient en silence : elle s'intoxiquait sans mot dire et on voyait insensiblement sa physionomie prendre un air hébété, son corps s'appliquer sur le fauteuil dans une résolution complète, les jambes s'allonger, les bras flasques, incapables de tout mouvement. Elle était incapable de rester assise, et si on n'y eût pris garde elle se serait roulée à terre. Avant d'arriver à cette phase extrême de l'alcoolisation, nous avons constaté que chez ce sujet (planche XXVII) le tube contenant le cognac présenté à distance au niveau de la région thyroïdienne, était pareillement apte à déterminer comme dans les planches XXII et V, des phénomènes de turgescence subite de cette même région, laquelle présentait à ce moment 41 centimètres de
pourtour au lieu de ^ qu'elle avait au début de l'expérience. La planche XXV qui représente l'état normal, permet de comparer les transformations qui se sont opérées entre l'état normal et l'état nouveau produit par l'expérience.
Eau simple
— 10 grammes —
Désirant, dans l'intérêt des expériences ultérieures, éliminer l'action spéciale de l'eau destinée à tenir les substances en suspension, je commençai tout d'abord par me rendre compte de l'action d'une certaine quantité d'eau simple présentée à distance à un sujet hypnotisé; et cette expérience a une très haute importance, non seulement par ellemême et pour les résultats qu'elle a fournis, mais encore pour répondre à certaines objections qui touchent à ce genre d'études et qui font supposer qu'il y a entre l'hypnotiseur et l'hypnotisé un véritable état de suggestion qu'on appelle suggestion mentale. Pour certaines personnes, en effet, c'est l'état de l'esprit de l'hypnotiseur qui se transmet
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à l'hypnotisé et qui détermine ces réactions. Sachant, par exemple, qu'un tube contenant du cognac pourrait déterminer l'ivresse, qu'un autre contenant de la morphine va déterminer le sommeil, certaines personnes ont admis que ces idées préconçues pouvaient influencer l'état mental du sujet. Cette manière de voir est complètement erronée et tombe d'elle-même devant ce fait qu'en mettant pour la première fois devant le cou du sujet un tube contenant une certaine quantité d'eau simple, j'ignorais complètement les réactions qui allaient apparaître. Donc il n'y avait aucune suggestion mentale possible.
Voici les phénomènes curieux qui se sont déroulés (planche XVI) : le sujet ayant été mis en léthargie par les procédés habituels, j'appliquai le tube à gauche, au lieu d'élection ; et bientôt quelle ne fut pas ma surprise de le voir ouvrir les yeux silencieusement, prendre une physionomie grave et terrifiée, en même temps que les muscles de la face se contracturaient, quelques mouvements de déglutition difficile s'opéraient, les muscles du cou ainsi que ceux de la région sus et sous-hoïdienne devenaient raides et le regard prenait une expres-
j. Luys. L'Hypnotisme. 15
sion sinistre. La bouche était hermétiquement fermée, les lèvres contracturées et en même temps la salive bavante s'écoulait d'une commissure. Les bras étaient pareillement pris de contracture; j'étais évidemment en présence de l'état symptomatique décrit sous le nom d'hydrophobie. Pendant toute cette phase, le sujet était complètement resté silencieux; il a suffi d'enlever le tube pour qu'en quelques minutes cet ensemble symptomatique disparaisse et fasse place à la période de léthargie de retour.
Chez un autre sujet, Gabrielle (planche XXVI), les mêmes symptômes de l'hydrophobie expérimentale se sont révélés avec les mêmes caractères, sauf que les yeux sont restés fermés, mais chez elle j'ai constaté la raideur du cou, en avant et en arrière, la contracture des muscles de la face, la gêne de la respiration, la contracture des lèvres, l'écoulement de la salive et la contracture du bras gauche ainsi que de la jambe. Cet état disparut rapidement par la soustraction du tube contenant l'eau.