NÉVROSE DOULOUREUSE DE LA JAMBE
le bras sont dégagés. Elle dort bien et se sert de son bras. Après suggestion, elle ne sent plus l'cndolorissement qu'elle sentait encore dans la région sous-scapulaire.
3 juillet.— Elle revient à ma consultation. Depuis quatre ou cinq jours, elle a de nouveau une sensation douloureuse dans le bras qui ne l'empêche cependant pas de travailler. Elle dort bien. C'est peu de chose. A la pression, sensibilité dans le biceps qui disparait après suggestion.
A partir de ce jour, la guérison est complète et se maintient.
Il s'agit d'une névrose douloureuse du bras qui une première fois a duré plus de six mois, malgré l'électrisation et tous les moyens énergiques employés. Cette même névrose, existant de nouveau depuis cinq semaines avec impotence fonctionnelle du membre, fut guérie rapidement en quelques jours par la suggestion. N'y a-t-il pas lieu de penser que l'électrisation eût réussi aussi, si on l'avait accompagnée d'une dose suffisante de suggestion ? Cette observation rappelle plusieurs de nos cas de névrose trauraatique : le traumatisme seul fait défaut.
Observation LX. — Douleur et crampes dans le membre inférieur gauche depuis trois ans. — Impotence fonctionnelle du membre. — Guérison passagère par suggestion.
A. M..., âgée de soixante-douze ans, entre à l'hôpital le 22 avril 1890, pour des douleurs avec crampes dans le membre inférieur droit qui 1 empêchent de marcher. Déjà, l'année dernière, elle a passe deux mois au service pour ces douleurs. Elles ont commencé sans cause connue il y a trois ans, à l'aine, à la hanche, au genou sans localisation précise. Depuis deux ans, elle marche difficilement ; depuis quinze mois elle ne peut marcher qu'en s'aidant d'une crosse à droite et d'un bâton à gauche. Au repos, elle a surtout des crampes dans la jambe, en extension ; pendant la marche ces crampes se passent un peu; mais ce sont alors des élance-
Ily a quatre semaines, elle a perdu son mari de Imfluen/aelle-même a ete prise il y a six semaines ; la maladie fut caracténsee par de la toux, des épistaxis chaque matin pendant un quart d heure, une sensation de faiblesse dans les membres de
IIYPNOTISMK. '
l'anorexie ; l'appétit est resté faible depuis. Elle a gardé le lit pendant quinze jours. La malade a toujours été nerveuse, sujette, ditelle, à de grandes colères ; elle avait des mouvements nerveux dans les bras, pas de boule, ni de conslriclion à la gorge, jamais de crises d'hystérie, pas d'autres maladies.
Constitution bonne ; la malade est bien conservée pour son âge. La respiration est assez bonne ; emphysème sénile assez prononcé ; le cœur bat normalement; la digestion est assez bonne.
On constate un point douloureux intense à la pression du quatrième espace intercostal sur la ligne parasternale des deux côtés. La cuisse et la jambe droite, ainsi que l'aine et la région lombaire sont partout douloureuses à la pression ; ces douleurs n'ont pas de localisation précise ; on peut les localiser à volonté sur n'importe quel point. 11 est facile, d'ailleurs, chez elle, de provoquer des douleurs rien qu'en les cherchant sur toutes les l'égions. En touchant par exemple, la région xiphoïdienne et lui demandant si elle a mal, elle y accuse une douleur intense, lancinante, qu'elle compare à des coups de canif. En disant aux élèves que cette douleur occupe ordinairement une zone de l'étendue d'une pièce de deux francs, je délimite au crayon dermographique celte zone très nette qui manifeste une douleur aiguë. Dans le point vis-à-vis de la région vertébrale, je crée, rien qu'en la cherchant, une aire douloureuse analogue. En disant ensuite devant les élèves que cette douleur est habituellement réveillée par la digestion, elle affirme, en effet, que, un quart d'heure après les repas, elle sent dans ces deux endroits des élancements douloureux.
La malade peut se lever facilement de son lit ; la jambe gauche va bien ; si elle marche en se tenant après le lit, la jambe droite n'est pas fléchie, et appuie surtout sur le] bord externe du pied. Au bout de quelque temps de marche, la jambe gauche aussi devient raide.
La jambe droite est alors absolument raide ; on peut mouvoir les articulations de la hanche et du cou de pied ; mais le genou est rigide, et le membre contracture en extension. Si j'affirme à la malade qu'elle peut fléchir le genou, la contracture se résout et elle plie la jambe presque à angle droit. J'arrive, sans endormir la malade, par entraînement suggestif à l'état de veille, à la faire marcher seule, sans crosse, ni canne, en boitant un peu de la jambe droite. Je lui fais faire ainsi une vingtaine de pas. Elle dit que chez elle, elle marchait autrefois en se tenant contre les meubles, mais depuis sept semaines, elle ne pouvait plus faire cela sans crosse, ni bâton. J'affirme qu'elle marchera sans douleur.
KÉVROSE DOULOUREUSE DE LA JAMIiE
25 avril. — Hier malin, à 11 heures, la malade a été reprise de douleur vive depuis le tiers antérieur du pied gauche jusqu'au milieu de la jambe ; elle n'a pas essayé de marcher. En même temps, élancements dans la partie postérieure du mollet et du genou. Hier soir, de 5 heures à 5 heures et demie, elle a eu, ditelle, une douleur d'estomac très vive qu'elle indique à l'épigastre et dans le dos (au niveau des zones suggestionnées). Pendant la nuit, la douleur a été moins vive. Elle dit avoir aussi quelquefois des crampes dans la main gauche. 1, a pression détermine des douleurs dans toutes les régions. Le point xiphoïdien est très sensible à la pression ; la malade contracte douloureusement ses traits quand on la presse à ce niveau.
J'essaie l'hypnose; la malade n'arrive qu'à de l'engourdissement ; je liens les yeux clos, j'affirme la disparition des douleurs je la laisse en disant qu'elle va dormir spontanément. Elle resté les yeux clos, les rouvre de temps en temps, puis les referme comme en somnolence.
26. — La malade est très tenace dans ses impressions. Cependant elle n'a plus eu de crampes ; elle a un peu marché avec sa canne. Elle a encore des douleurs, mais moins fortes au creux epigastrique et dans le dos. En touchant le ventre, aussitôt gu'on arrive sur le point xiphoidien, elle accuse des élancements • de même au pomt symétrique du rachis. Si on presse un peu fort elle a une secousse convulsive douloureuse. Elle éprouve sponta' nement une douleur un quart d'heure après chaque repas Su£r gestion. ' °
27. - La journée a été bonne; mais la nuit elle a été réveillée souvent par des douleurs insupportables vers le rachis et le ster num. Suggestion.
28. - La journée a été bonne ; la digestion a été pénible ; depuis SIX semâmes il en serait ainsi ; cependant elle n'a pas eu de dou eurs en mangeant. La nuit elle a dormi assez mal ; douleur dans
la jambe sans crampes. (Teinture éthérée de valériane dix gouttes dans de 1 eau de mélisse 100 grammes à prendre le soir • potion suggestive qui produira le sommeil toute la nuit). Su^'^LoTa malade arrive au sommeil profond sans souvenir au réveil la laisse dormir spontanément une heure. '
29. - La malade s'est levée hier; elle a marché une demi-heure en s appuyant ; na eu que quelques douleurs fugitives; n'a pluJ eu d élancements douloureux dans l'estomac. Elle a pris sa nonZ sans résultat et n'a dormi que deux à trois heures. Quand on ^emue le pied, elle accuse une douleur dans toute la jambe; le troisièZ
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métcatarsicn est aujourd'hui particulièrement sensible. — Suggestion vigoureuse pour affirmer à la malade que la douleur doit disparaître complètement.
30. — La malade dit qu'elle n'a pas aussi bien dormi depuis trois mois, de 7 heures du soir jusqu'à 5 heures du matin; depuis quinze mois, elle n'a pas marché aussi bien qu'hier. J'évite de lui parler de sa douleur épigastrique et dorsale et de sa digestion pour ne pas appeler son attention sur ces régions; je me contente de lui dire qu'elle n'a plus mal. 11 suffirait de l'interroger et de lui demander si elle a mal pour que l'auto-suggestion réveille des sensations douloureuses. Je continue ce système les jours suivants; j'explore quelquefois ces régions en lui disant à l'avance et lui démontrant qu'elles ne sont plus douloureuses.
1er mai. — La malade est souriante aujourd'hui ; elle n'a plus de douleurs dans la jambe; elle n'a plus eu de crampes depuis la première suggestion. Elle a pu monter et descendre les escaliers en se servant d'un bâton. Depuis plus d'un an, elle ne pouvait plus le faire qu'en se traînant à quatre pattes.
2 - A beaucoup marché hier et assez facilement avec une canne ; n'a senti qu'une légère douleur le soir; elle est descendue dans la cour sans crosse ni canne, et a pu faire plusieurs fois, à pas lents, le tour du jardin, boitant encore légèrement de la jambe droite. Elle a bien dormi' la nuit. Les digestions sont bonnes. Continuation de la suggestion.
3 Continue à marcher sans douleur. N'accuse qu une certaine sensation de raideur et de faiblesse dans la jambe droite L amélioration continue. Le 8 mai, elle adouze petites selles diarrheiques; .lie réclame une purge, parce que, dit-elle, elle a I habitude d en prendre une tous les ans; elle prend, le 9 au matin, 0 grammes de sulfate de soude, a quelques coliques et quinze sel es dans la journée. Elle a encore de petites cohques le 11 et le 12 la diarrhée s'arrête ; les sensations de coliques cèdent à la suggestion.
Le 15 elle ne se plaint plus de rien ; elle marche bœn boitant un peu et se dandinant légèrement, surtout vers le cote dro t X n'a plus aucune douleur; la démarche est toujours assez lente.
La maLe est sortie en ville plusieurs fois ; dans son entourage, on a été étonné de la voir marcher seule.
1er iuin La malade est encore dans la salle, elle n a plus eu laJndredouleurdanslajambe,continueàmar^^^^^^ lentement • la ïambe gauche est moins faible. Il n y a plus ae ûou leur epigastrt^^^ ni dorsale, mais une certaine oppression due a l'emphysème.