‹ Hypnotisme, suggestion, psychothérapie (volume 2)Chapitre 112 sur 160 · RHUMATISME ARTICULAIRE ET SPINAL · texte numérisé non relu

RHUMATISME ARTICULAIRE ET SPINAL

douleurs vives sont ressenties dans les articulations correspondantes. Les deux membres sont très maigres.

Membres inférieurs. — Ils sont amaigris tous les deux ; atrophie musculaire notable. Le pied droit est équin; le pied gauche est équin varus. La malade soulève les deux talons jusqu'à 15 centimètres et les tient en l'air. Quelques mouvements persistent dans le coude pied droit; ils sont nuls dans le gauche; la malade fléchit et étend un peu les orteils droits, mais presque pas les gauches. — Elle plie le genou droit à angle droit, le talon glissant sur le lit; elle fléchit plus péniblement et moins complètement le genou gauche; de plus, la jambe gauche est tournée en dedans. On peut fléchir et étendre les cou de pieds sans trop de douleur, avec une forte résistance à gauche; de même pour les genoux où la résistance est aussi plus forte à gauche. Sensibilité à la pression dans les genoux, dans la partie inférieure des fémurs, dans le cou de pied. Mouvement du pied et du genou des deux côtés ; trépidation continuant indéfiniment. La malade accuse des fourmillements dans les deux membres inférieurs, souvent pendant la journée; elle accuse aussi de l'engourdissement, et des élancements douloureux dans les jambes et les pieds qui l'empêchent de dormir pendant la nuit.

La sensibilité existe sur le tronc. Anesthésie, analgésie et abolition du sens musculaire dans le membre supérieur droit à partir de l'insertion deltoïdienne. Sensibilité conservée dans le membre supérieur gauche. Anesthésie et analgésie dans le membre inférieur gauche en commençant vers le milieu de la cuisse. Sensibihté conservée dans le membre inférieur droit. Pas de douleur rachidienne. Sensibilité à la pression de la fosse sous-épineuse et du trapèze droit.

La pyrodine est employée contre des névralgies sus-orbitaires qui durent du o au 9 août et sont momentanément calmées par ce médicament; eUes disparaissent spontanément.

Tel était encore l'état de la malade vers le 15 novembre 1889. Depuis plus de deux ans, elle ne marchait plus du tout. Depuis un an, elle n'avait même pu être assise sur une chaise et restait alitée; on était obligé de lui donner à manger, la malade ne pouvant se servir de son bras droit raide.

Je reviens à la suggestion ; j'hypnotise la malade, et procédant par insinuation douce, j'arrive à diminuer la raideur du bras et à l'élever presque jusqu'à la verticale; je fais lever la malade; elle se tient le corps courbé en deux, j'arrive aussi par suggestion à

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la faire tenir un peu plus droite et à la faire avancer de quelques pas, en la tenant par les deux mains.

Je continue la suggestion à l'état de veille; le résultat iramédi;il est très net ; mais la malade est toujours sous l'impression des tentatives antérieures douloureuses que j'avais faites; elle a peur que je n'aille trop loin et que je ne lui fasse mal. — L'amélioration obtenue ne me parait pas susceptible de dépasser une certaine mesure; après quelques jours dessais, je ne poursuis pas, peu encouragé par les essais précédents, et n'ayant pas d'ailleurs le temps de ra'occuper d'elle avec la patience que me donnerait l'espoir d'un résultat plus notable.

La sœur Catherine de mon service avait suivi d'un œil attentif mes essais; elle avait vu que je réussissais à lever le bras de la malade jusqu'à la verticale, à lui faire mouvoir les doigts, à la faire marcher un peu Elle eut l'idée de continuer cet entraînement suggestif; s'occupant avec persévérance de la malade, elle l'obligea à se lever, à marcher, à élever son bras tous les jours, en lui disant : i Voyons, levez votre bras, ouvrez la main. Tenezvous debout ! Vous pouvez vous tenir. Cela va, etc. »

Au bout de trois semaines de suggestion ainsi continuée avec douceur et patience à l'état de veille, la malade arriva à se tenir debout seule, à se servir de son bras, et un beau matin je la vis venir à moi, marchant seule, lentement, appuyée sur une chaise, le corps encore fortement incliné en avant. Elle pouvait se servir de son bras droit, l'élever verticalement en l'air, fermer la main complètement sans raideur et sans douleur. La contracture avait disparu presque totalement, l'exagération des réflexes tendineux avait diminué notablement ; il n'y avait plus d'anesthésie. Ue plus, l'appétit était restauré; la malade qui ne mangeait plus, qui vomissait, qui avait de la fièvre et dont l'évolution tuberculeuse semblait marcher assez rapidement, mangeait avec appétit, digérait bien, dormait bien.

La guérison continua. Tous les jours un progrès; au bout de quinze jours, la malade se tenait droite, sans tendance à se courber; elle marchait avec un bâton; puis seule, en tenant encore les jambes un peu raides, surtout la droite.

En janvier 1890, elle put descendre seule l'escalier, se peigner seule, raccommoder ses affaires. — La force musculaire restait encore faible. En avril, la main gauche arrivait à 10 avec le dynamomètre; mais la main droite ne pouvait encore déplacer l'aiguille. La malade exécute d'ailleurs tous les mouvements, lève le bras au-dessus de latête, fléchit et étend les doigts, avecunléger trem-

CONTRACTURE NERVO-ARTIIRITIQUE

bleraent. L'équinismc est encore assez marqué dans les deux pieds; il est légèrement varus à gauche. Le pliénomène du genou est encore assez marqué, celui des pieds a à peu près disparu. On constate encore de la sensibilité au cou de pied gauche et les pieds sont enflés le soir quand la malade a marché.

14 juin. — Voilà six mois que la malade est guérie sans rechute. Elle se sent plus forte et son organisme se reconstitue. Elle n'a plus de fièvre, ne tousse plus; et à l'auscultation on ne perçoit que de la respiration rugueuse, sans souffle, dans les fosses susépineuses. Quand elle marche vite, elle se plaint de manquer un peu de respiration. La main droite peut pousser l'aiguille du dynamomètre jusqu'à 10; la gauche à 17; elle se plaint de ne pas pouvoir porter l'arrosoir longtemps de la main droite. Elle travaille et s'occupe toute la journée; le tremblement n'est plus que très peu marqué. Les deux jambes enflent encore un peu le soir, autour des chevilles, et désenflent par le séjour au lit. Elle marche très bien, sans aucunappui, monte et descend bien les escaliers, tenant la jambe gauche un peu plus raide que l'autre. Elle accuse encore surtout le soir une certaine sensibilité à la pression dans le mollet et le cou de pied gauche. Ce pied a encore une légère tendance à tomber en équinisme, mais cet équinisme est beaucoup moins marqué et la malade le redresse bien.

L'appétit est excellent. La face est colorée. Tout respire le retour de la santé.

La guérison s'est affirmée et maintenue parfaite.

En résumé, une malade à la suite de rhumatisme articu laire aigu, est prise de symptômes qu'on attribue à une myélite: fourmillement dans les jambes, paraplégie incomplète avec rigidité et exagération des réflexes tendineux plus marquée dans la jambe gauche, contracture du bras droit, anesthésie du membre supérieur droit, du membre inférieur gauche, et d'une partie du tronc du côté droit. — S'agit-il . de troubles dynamiques liés au nervo-arthritisme ?

S'agit-il d'une myélite diffuse rhumatismale ? L'exagération persistante des phénomènes tendineux réflexes nous a fait admettre cette dernière hypothèse. Il est possible toutefois que les troubles nervo-arthritiques se soient greffés sur une lésion médullaire ou que celle-ci curable ait laissé à sa

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suite des symptômes purement dynamiques, que le trouble fonctiounel ait survécu à la lésion organique.

La suggestion hypnotique a produit des résultats passagers : mais n'a pu amener la [guérison. Après deux ans et demi d'infirmité douloureuse, alors que la malade, percluse dans son lit. était [considérée comme incurable, que sa santé générale minée par une tuberculose commençante, par l'inappétence, la dénutrition, l'insomnie, les douleurs, dé. clinait rapidement, alors que la malade semblait condamnée dans un avenir prochain, la sœur du service, instruite par ce qu'elle m'avait vu faire, obtint en peu de semaines une guérison définitive.

Cette observation est pleine d'enseignement. Si je n'ai pas réussi, c'est que j'ai procédé [avec trop de brusquerie, j'ai violenté la malade "en voulant décontracturer trop vite pendant le sommeil hypnotique les membres raidis et douloureux. J'étais convaincu que la contracture du bras était en grande partie dynamique, que la restauration fonctionnelle pouvait s'obtenir par une action psychique. Qui trop embrasse, mal étreint! En brusquant la malade pour obtenir un succès rapide, j'ai réveillé la douleur, et alors la peur de la douleur faisant appel à son auto-suggestion, la malade s'est raidie contre la douleur redoutée ! Je n'obtenais plus rien, ma suggestion appelait la contre-suggestion.

La sœur procédant avec douceur, laissant la malade ellemême restaurer lesmouvements, sans intervenir autrement que par la parole, a fait à l'état de veille ce que je n'avais pu faire pendant le sommeil.

C'est un argument en faveur de ce principe, que le mode de suggestion doit être adapté à l'individualité psychique.

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