‹ Hypnotisme, suggestion, psychothérapie (volume 2)Chapitre 130 sur 160 · SCLÉROSE EN PLAQUES · texte numérisé non relu

SCLÉROSE EN PLAQUES

Le 11 février, il marche droit sans tituber; le tremblement des mains a presque disparu: la sensation du ballottement de la tête n'existe plus légèrement que quand il marche. — Suggestion tous les jours.

Le 12, il marche très bien presque sans traces de litubation ; la sensibilité plantaire est revenue ; il n'a plus la sensation de marcher sur des éponges.

Le malade continue à marcher sans tituber ; sa main ne tremble plus; il écrit très bien et dit n'avoir pas aussi bien écrit depuis le mois d'octobre 1887.

11 accuse encore une sensation de cotistriction à la base du thorax depuis le février environ ; cette sensation très rebelle à la suggestion, ne diminua que vers le 7 mars sans disparaître complètement. 11 accuse encore vers le 15 février des irradiations douloureuses allant de la région sous-occipitale jusqu'aux régions susorbilaires. Ces douleurs disparaissent par suggestion, mais reviennent au bout de quelques heures. A partir du 20 février le malade prend 1 gramme de phénacétine; il n'est défmitivement débarrassé de cette douleur que le 5 mars.

Le 13 mars le malade quitte l'hôpital, en apparence guéri ; il se sert de sa main comme avant sa maladie et marche très bien.

La guérison ne pouvait être complète ni définitive. Il ne put reprendre son travail, parce qu'au bout d'une heure, il se sentait trop fatigué. Cependant jusque vers le 20 avril, il continua à se servir de ses mains sans trembler et à marcher sans tituber. Puis le tremblement reparut dans les deux mains, . moins intense que la première fois. En même temps titubation et de nouveau douleurs de tête remontant delà nuque jusqu'au front; douleurs revenant toutes les deux à quatre heures et ne consistant qu'en un coup de lancette. Le malade rentre à l'hôpital le 29 avril.

La main gauche tremble moins que la droite; son écriture est fortement tremblée et peu lisible; invité à tracer une ligne droite, il la fait onduleuse. 11 marche en zigzag très prononcé.

Après la suggestion hypnotique faite le 29 avril, il n'y a pas encore de changement notable immédiat.

Mais le lendemain 30, il tremble beaucoup moins, porte mieux un verre à sa bouche, écrit son nom incomparablement mieux et trace une ligne droite beaucoup moins sinueuse. La céphalalgie est moindre, la titubation existe au même degré. Après une nouvelle suggestion hypnotique, l'écriture est ti'ès ferme et une ligne tracée par lui n'est presque plus tremblée.

La suggestion est faite tous les jours. Le 1"='' mai, il n'a qu'un

seul élancemenl occipito-frontal; mais le 2 mai, il a de nouveau des élancements douloureux pendant trois quarts d'heure, un élancement toutes les cinq ou six minutes. La titubation dim'inue un peu les jours suivants, le tremblement reste très faible. Le 7 mai, on constate quand il marche, de temps en temps, un ■ entraînement du corps soit à droite, soit à gauche. Phénomène du pied et du genou très marqué à droite, moins à gauche. Les mouvements de la jambe droite pendant la marche sont plus raides; le coup de pied s'étend et se fléchit moins aisément. Sensibilité tactile abohe à la face plantaire des orteils gauches et de plus, à la face dorsale des deux derniers. Analgésie sans anesthésie à la plante du pied droit, moitié antérieure, et dans les deux tiers antérieurs de la plante du pied gauche. Sensibilité à la douleur diminuée dans les deux avant-bras surtout vers les extrémités, en se rapprochant des mains. Cette sensibilité n'est pas restaurée par la suggestion.

A partir du 8 mai, il n'a plus de douleur de tête; le tremblement n'est pas enlevé complètement, comme la première fois, mais il est beaucoup atténué. Le malade continue à écrire; il peut tracer une ligne droite.

Le 12 mai le malade vomit quatre fois. De plus, il ressent un vertige quand il veut fixer un objet. Les vomissements et le vertige continuent le 13 (six fois dans la journée); le vertige devient continu; la tête est lourde. Le tremblement tend un peu à augmenter le 14; mais le malade écrit encore bien et peut porter un verre plein à la bouche, sans verser le contenu.

Le 14 il n'y a plus de nausées, ni de vomissements, mais toujours du vertige, de la douleur de tête.

Le 13 il se tient difficilement debout : quand il marche, tout le corps tremble, il ne peut se retourner, sans tomber.

Le 16, il n'a plus de vertige; mais le 17, il en a de nouveau. Le 17, à 6 heures et demie du soir, nouveaux élancements à la tète toutes les quinze à vingt minutes.

Le tremblement diminue de nouveau à partir du 20; le vertige continue, malgré la suggestion; il augmente tous les jours; le 24^ il s'accompagne de nausées. Le 25 la marche redevient bonne, le vertige diminue sans disparaître; le malade marche de nouveau bien, n'ayant plus qu'une légère titubation. L'état reste de nouveau stationnaire ; le tremblement des mains reste léger et lui permet d'écrire convenablement.

Le malade quitte l'hôpital dans les premiers jours de juin.

Le diagnostic de sclérose en plaques cérébro-spinale n'est

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pas douteux. Le tremblemeut caractéristique, la paralysie, la titubation, les vertiges, les douleurs de tête, les vomissemeuts, l'évolution progressive des symptômes avec rémissions dans la première période, caractérisent raffection. La suggestion a fait ce qu'elle a pu; elle a restauré les fonctions, tant que cette restauration était compatible avec la lésion organique. Une première fois, elle a supprimé le tremblement et la titubation, parce que le désordre fonctionnel dépassait, comme cela est ordinaire, le champ de la lésion organique. Celle-ci retentit dynamiquement sur les fibres et cellules nerveuses non altérées ; la suggestion rétablit le dynamisme altéré. Il y eut guérison apparente. Il n'y eut pas arrêt de l'évolution organique. Celle-ci continuant sa marche fatalement progressive, le tremblement, la titubation, les vertiges, les douleurs de tête, les vomissements revinrent au bout de dix semaines. La suggestion agit encore, mais avec moins d'efficacité et plus lentement, car l'altération avait fait des progrès. Le tremblement diminue sans disparaître; la titubation ne cède pas complètement, ni le vertige. La maladie suit son cours.

Observation LXXXVIII. — Pneumonie infectieuse avec otite externe. — Mrjélite infectieuse dorso-lombaire. Amélioration instantanée par la suggestion. Guérison rapide.

Louis S..., âgé de huit ans, entre à l'hôpital le 10 mai 1890, avec des signes de paraplégie consécutive à une pneumonie. Orphelm, il a perdu son père en janvier de gastrite, dit-il, suite d'influenza ; sa mère est morte suite d'une couche; il a un frère et une sœur bien portants.Ilya quinze jours, l'enfant, se promenant en famille, bien portant, on s'est aperçu que l'oreille gauche coulait; il n'avait pas de douleur; le lendemain l'enfant ayant de la fièvre dut s'aliter. Le médecin craignait une flu-vion de poitrine ; puis les jours suivants il aurait diagnostiqué une fièvre continue. L'enfant n'a pas eu de céphalalgie, ni de vertiges, ni de bourdonnements d'oreilles, ni d'épistaxis. Le troisième jour il eut une angoisse précordiale vive; il croyait mourir. Le 4 mai, il aurait eu un point douloureux sur la ligne parastcrnale droite vers le cinquième espace^

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point qui persiste jusqu'au 9. Il dit d'ailleurs avoir toussé et craché depuis le début de la maladie. Tels sont les renseignements fournis pari enfant lui-même. Depuis quinze jours qu'il est malade, on n a pas essayé de le lever, il n'a pas marché; il n'a jamais accusé dans les membres ni douleur, ni sensation anormale. L'enfant a d ailleurs toujours été délicat, sans maladie antérieure Sa grandmere qui l'avait recueilli depuis la mort de son père étant elle-même tombée malade, on s'est décidé à mettre l'enfanta l'hôpital.

Etat actuel. — Constitution délicate. Tempérament lymphatique. Température normale. Pouls dOO. Langue chargée. L'oreille gauche coule encore un peu ; l'otite est externe; le tympan n'est pas perforé; le tic tac de la montre n'est entendu que si la montre est appliquée sur le pavillon de l'oreille. L'enfant a assez bien mangé depuis hier ; il ne tousse pas et ne crache pas.

Le IhoraK est bien conformé. Sous la clavicule droite, la percussion donne un son tympanique aigu peu ample, pot fêlé; et l'auscultation des râles sous-crépitants très sonores dans toute la hauteur; à droite "sonorité normale, bruit vésiculaire sans râles En arrière, son tympanique aigu peu ample dans la fosse sus et sousépineuse, son plus ample à la base, son normal à droite. Inspiration rude, expiration soufflée dans la fosse sus-épineuse, respiration rude au-dessous, faible dans les trois derniers espaces ; à l'aisselle gauche, submatilé à la base, râles sous-crépitants dans toute la la hauteur. A droite respiration rude et rugueuse.

J'essaie de mettre l'enfant debout; il ne peut se tenir seul. Lorsqu'on le soutient, il se tient le corps Incliné fortement en arrière ; si on veut le faire marcher, en le tenant par les deux mains pour qu'il ne tombe pas, il avance en laissant gUsser les pieds sur le sol, sans faire aucun mouvement articulaire ; malgré toutes mes instances, il ne peut se tenir seul, ni détacher les pieds du sol. Je le fais recoucher dans son lit; je constate qu'il exécute tous les mouvements, étant couché; il n'y a pas de raideur; mais les réflexes tendineux du pied et du genou sont exagérés; surtout ceux du pied; en soulevant la pointe des pieds, il se produit une trépidation réflexe qui continue indéfmiment. La sensibilité est normale. L'enfant n'a aucun vertige. Diagnostic : Tneumonie du sommet gauche en défervescence. Myélite infectieuse dorso-lombaire diffuse dans les faisceaux pyramidaux, ou myélite transverse partielle avec irritation descendante des faisceaux pyramidaux.

L'otite primitive est peut-être aussi infectieuse, due aux pneumocoques ; l'état général du début qui a précédé les signes physiques

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de la pneumonie, a pu faire songer à une fièvre continue; la détermination pulmonaire et la myélite concomitante sont dues au même agent infectieux.

Dès rentrée du petit malade, le 10 au matin après avoir constaté sa paraplégie, j'essaie l'hypnose ; je mets facilement l'enfant en sommeil profond et je suggère la disparition de la paralysie. Au réveil, l'enfant peut se tenir debout seul, avec une certaine hésitation; il arrive à faire quelques pas sans glisser les pieds sur le plancher, en faisant les mouvements articulaires.

Continuation de la suggestion les jours suivants.

12 mai. - Même état du thorax. Apyrexie, L'exagération des réflexes persiste au même degré. L'enfant se tient debout seul, le corps incliné en arrière: il marche bien mieux, fléchit un peu en marchant les genoux et les pieds.

13. — Persistance du son tympanique aigu dans toute la région sus-mamillaire gauche et dans la fosse sus-épineuse; la respiration est plus nette, peu de râles sous-crépitants, ronchus trachéaux. Persistance du phénomène du pied. L'enfant se tient debout, les jambes écartées ; la pointe du pied droit est plus tournée en dehors ; pendant la marche, les orteils sont soulevés en flexion dorsale; et quand l'enfant s'arrête, il tend à se produire un mouvement de recul et d'entrainement latéral gauche. — Même état de l'oreille. — Suggestion.

14. — Persistance du pot fêlé, mais le son tympanique est un peu plus ample. Respiration rude en avant; ronchus et quelques râles sous-crépitants. En arrièi'e au sommet respiration rude sans râles ; ceux-ci ont disparu à l'aisselle. L'enfant se tient plus solide en marchant, et marche plus vite, seul, sans être soutenu; il écarte encore les jambes; le pied droit est plus tourné encore en dehors. Pendant la station debout, l'enfant étant déshabillé, on constate encore des contractions involontaires des extenseurs des orteils qui les soulèvent, surtout ceux du pied droit. Pendant la marche ce pied tend à se renverser sur son bord externe, et entraine une latéropulsion du corps à droite. Quelquefois l'enfant voulant se retenir et prévenir cette déviation, s'incline à gauche. On constate aussi que la tendance au recul et l'inclination du corps en arrière sont dues à l'extension des orteils. Les phéno mènes du pied persistent au même degré. La paralysie est en voie de guérison.

16. — Son sous-claviculaire droit encore plus aigu et moins ample. Le pot fêlé a disparu. Même son dans la fosse sus-épineuse droite. La respiration est rude sans râles. Les réflexes tendineux persistent. L'enfant marche très bien, n'écarte plus les jambes; on

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constate encore les contractions dans les extenseurs des orteils du pied;drûit: le gros orteil surtout est presque constamment relevé. Il a encore quelque tendance à s'incliner à droite. L'enfant monte au lit et en descend seul sans difficulté. L'oreille ne coule plus. Le tic tac de la montre n'est encore perçu que contre l'oreille.

17. — L'enfant marche très bien; la jambe droite pendant la marche est un peu jetée, le pied légèrement en dehors. Plus de contraction involontaire des extenseurs, plus d'inclination en arrière, ni latérale.

20. — L'enfant court très bien ; le pied n'est plus en dehors; la jambe n'est plus jetée. Seul, le phénomène du pied persiste au même degré, des deux côtés. La sonorité et la respiration sont redevenues normales.

25. — Laguérison continue rapidement; le pied droit a encore son exagération du réflexe tendineux ; la trépidation provoquée continue indéfiniment; à gauche elle ne provoque plus que quatre ou cinq secousses. L'oreille entend la montre à 5 centimètres de distance.

27. — Les phénomènes du pied ont beaucoup diminué des deux côtés; on n'obtient plus dans les deux pieds que trois à quatre secousses. L'oreille entend de nouveau à 10 centimètres de distance la montre.

29. — Les phénomènes des pieds ont totalement disparu. L'enfant marche et court comme avant. A l'examen de la poitrine on ne constate plus la moindre trace de la pneumonie. L'enfant est tout à fait guéri et rentre chez lui, très gai, ayant très bonne mine, engraissé, le 30 mai.

Il s'agit d'une myélite infectieuse greffée sur une fièvre pneumonique. La myélite eût pu passer inaperçue, si nous n'avions pas examiné l'enfant avec soin; on aurait pu attribuer à de l'amyosthénie simple, la difficulté de l'enfant à selever et à se tenir debout. On l'aurait traité par un régime reconstituant et l'enfant eût sans doute guéri spontanément. Car si la suggestion a réussi, c'est qu'il s'agissait d'unemyélite curable, d'une localisation passagère du processus pneumonique qui n'avait pas réalisé heureusement de lésion irrémédiable. Il est certain toutefois que la psychothérapie a affirmé son efficacité en opérant une amélioration immédiate. En quelques minutes l'enfant qui ne.

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