SCLÉROSE EN PLAQUES
portants ; sa mère a im tempérament nerveux, mais n'a jamais eu de crises. Il a un frère bien portant. L'affection actuelle a débuté en février 1887. Très bien portant auparavant, il commença par traîner la jambe gauche, qui était, dit-il, comme paralysée. A ce moment les piqûres ne déterminaient pas de douleur dans tout le membre inférieur gauche jusque vers l'aine et quand il marchait, il lui semblait marcher sur des éponges avec le pied gauche ; la jambe droite était indemne. Il éprouvait aussi des douleurs dans la région lombaire et dorsale inférieure ; pas dans les membres. Dès le début, il n'allait à la selle que par lavements et purgations. Il lui est arrivé une fois d'uriner au lit. ^
Quelque temps après, le bras droit se parésia et s'anesthésia a son tour, le bras gauche est resté indemne.
Le 11 novembre 1887, il entra à l'hôpital de Pompey pour des vomissements continuels. Ace moment le membre intérieur gauche €t le bras droit étaient seuls pris. La jambe droite ne tarde pas à se paralyser, en même temps que la paralysie augmentait et se complétait dans les deux autres membres; bientôt il ne peut plus faire un mouvement ; l'anesthésie s'associa à la paralysie.
11 perdait ses urines et ses selles; le sens génésique était aboli. En outre il ne pouvait plus parler ; il comprenait ce qu'on disait, mais ne pouvait plus articuler les mots ; sa langue était, disait-il, comme attachée. En septembre il avait eu de la diplopie passagère et des bourdonnements d'oreille.
Après avoir été paralysés complètement pendant trois mois environ, ses membres commencèrent de nouveau à exécuter quelques mouvements. 11 put quitter l'hospice en septembre 1888 ; la diplopie, les bourdonnements d'oreille, la paralysie de la langue avaient disparu.
Depuis deux mois environ, il a souvent des douleurs dans la tête, il lui semble qu'on la lui traverse avec une aiguille, d'arrière en avant; il éprouve souvent une sensation de froid dans le côté ■droit de la face.
Il y a quinze jours, s'étant baissé pour lier un fagot, il tomba par terre. Depuis ce moment il ne peut plus monter une côte ou un escalier; ses reins, dit-il, ne peuvent plus le porter. Il n'a jamais eu de douleurs fulgurantes.
Etat actuel (30 janvier). — Constitution assez bonne ; tempérament mixte. Intelligence nette; mémoire conservée. Rien de particulier à l'examen de la face ; pupilles égales : acuité visuelle ïiormale.
Membres supérieurs. — Force musculaire conservée des deux cô-
tes. Quand il porte uu verre à la bouche, la main droite est agitée de tremblement à grandes oscillations qui augmentent à mesure qu il approche du but ; le contenu du verre est renversé ; pas de tremblement à gauche. Ce tremblement existe depuis trois semâmes; il avait existé au début de l'affection pendant trois à quatre mois. La sensibilité au contact et à la chaleur est conservée des deux côtés; la sensibilité à la doulenr n'existe qu'à la main droite où elle est cependant diminuée, et par places à gauche.
Membres iiiférieurs. — Les membres inférieurs ne présentent ni atrophie ni contracture ; il lève les deux jambes à 60 centimètres environ au-dessus du plan du lit ; la gauche se fatigue rapidement.
La sensibilité au contact et à la chaleur est conservée; sensibilité àla douleur diminuée à la plante des pieds, surtout à gauche; elle est assez bien conservée à la face dorsale des deux pieds, puis disparait aux jambes et aux cuisses pour reparaître vers les aines.
Réiïexes cutanés plantaires abolis des deux côtés ; les réflexes tendineux rotuliens sont exagérés; phénomène du pied assez prononcé à droite, non à gauche.
Le malade se tient debout facilement sur les deux jambes; difficilement sur une seule, plus difficilement sur la gauche. Quand il marche, il titube, va de droite à gauche et de gauche à droite; le zigzag est très prononcé. Les yeux fermés, il est entraîné à droite et la titubation s'exagère. Il titube même en se surveillant, en marchant lentement et en regardant où il pose le pied; ce symptôme existe depuis le 25 octobre. Il dit avoir la sensation de marcher sur des éponges. Cependant quand on le fait passer du parquet sur un tapis, il sent la différence, mais seulement avec le pied droit, non avec le pied gauche.
Le malade est traité par suggestion; il entre facilement en sommeil profond, avec amnésie au réveil. Après trois ou quatre séances de suggestion, le 5 février', le tremblement du bras droit a presque complètement disparu; la marche n'est pas encore modifiée; il titube comme un homme ivre. La disparition du tremblement a été graduelle, et une diminution considérable a été constatée immédiatement après chaque séance.
La titubation diminue aussi progressivement. Le 10 février il n'a plus qu'une très légère titubation ; il accuse encore quand il marche et même au repos, une sensation de ballottement dans la tête qui oscillerait rapidement de côté et d'autre sans étourdissenient.