SUGGESTION INCONSCIENTE
ment des antécédents nerveux ; je lui fais dire qu'il y a dix ans, il est tombé d'une échelle, s'est foulé le pied, est resté quatre semaines couché dans son lit, qu'à la suite il a eu une hyperesthésie dans les deux membres inférieurs, des douleurs articulaires dans les bras. Tout cela, il le confirme et le lendemain, il me le raconte spontanément, sûr que c'est arrivé. J'ai fait de la suggestion volontaire; j'aurais pu, si je ne connaissais le terrain, faire de la suggestion inconsciente et créer sans m'en douter un type morbide préétabli dans mon esprit.
La zone hystérogène ovarique peut réveiller par sa compression des crises hystériques ; elle peut aussi, d'après les auteurs, lorsqu'on la comprime pendant la crise, enrayer celle-ci. La compression de l'ovaire arrête parfois l'hystérie. Cependant cela ne réussit pas toujours. J'ai eu souvent recours à ce procédé sans succès ; je suis tenté de croire que la suggestion joue un rôle dans les résultats heureux de cette compression; elle réussit lorsque le sujet sait pour l'avoir entendu dire ou lorsqu'il devine qu'elle doit avoir pour but d'enrayer la convulsion. Ce que je puis affirmer c'est que les crises d'hystérie les plus violentes peuvent toujours ou presque toujours être arrêtées par la simple suggestion verbale ; car les hystériques ne perdent jamais ou presque jamais conscience; ils sont, comme les hypnotisés, toujours en rapport avec le monde extérieur; ils restent suggestibles pendant leurs crises. Même pendant l'attaque épileptoïde, alors qu'ils ressemblent à de vrais épileptiques, je ne sais si leur conscience est abolie. Ils ne se mordent pas la langue; ils ne se blessent pas en tombant, ils ne se laissent pas briller par le feu, en convulsionnant devant une cheminée, comme les vrais épileptiques. Alors même que, l'accès terminé, ils disent n'avoir aucun souvenir de ce qui s'est passé, j'arrive en général, sans les endormir, par simple suggestion, à l'état de veille, en concentrant leur attention pendant quelques minutes, à ré-
veiller en eux le souvenir de tous les incidents de l'accès. Voici un exemple : En novembre dernier, vous avez vu dans mon service une femme qui avait des crises mal définies. Un jour, elle en eut une dans la salle que la sœur et les personnes présentes crurent être épileptiforme : aura prémonitoire caractérisée par une douleur s'irradiant de la main à l'épaule, puis convulsions cloniques : après quelques minutes, perte de connaissance, continuation des convulsions pendant plusieurs minutes, écume à la bouche. La malade dit n'avoir gardé aucun souvenir de ce qui s'était passé à partir de l'aura et des convulsions initiales. Elle avait, dit-elle, perdu complètement connaissance. Quelques-uns d'entre vous pensaient que l'attaque, bien que ne constituant pas l'accès d'épilepsie classique, avait cependant un caractère épileptiforme : la perte complète du sensorium, l'écume à la bouche pouvaient le faire penser.
l Alors, j'eus l'idée de chercher à évoquer le souvenir de ce qu'elle avait fait pendant la période de soi-disant inconscience, comme je le fais pour évoquer le souvenir des faits accomplis en état somnambulique. Je mis la main sur le front de notre malade et j'affirmai qu'elle allait se rappeler tout ce qui s'était passé pendant l'attaque. Elle se concentra pendant quelques minutes et peu à peu la mémoire se réveilla de tous les détails de sa crise : de grands mouvement cloniques des bras et des jambes, une douleur intense au creux épigastre; elle s'est tournée sur son côté gauche. Caroline, l'infirmière, lui a serré la main : elle a crié tout le temps : « Que 'je souffre, que j'ai mal. » Tout cela est confirmé exact. Donc il n'y avait pas eu inconscience pendant la crise, pas plus qu'il n'y en a chez les hypnotisés; il y avait seulement amnésie au réveil et cette amnésie n'était pas absolue, les souvenirs pouvant être ranimés par suggestion. C'était de l'hystérie. Dans l'épilepsie au contraire, il y a inconscience ; les phénomènes