CRISES D'HYSTÉRIE COUPÉES PAR SUGGESTION
de la période inconsciente ne peuvent jamais être rappelés à la conscience.
Ce fait étant bien établi pour moi, par de nombreuses observations, que les hystériques ont leur conscience pendant leur crise et restent en relation avec le monde extérieur, étant donné d'autre part que les hystériques sont excessivement suggestibles, j'ai eu l'idée d'arrêter net par simple suggestion, l'évolution des crises d'hystérie et j'ai réussidans l'immense majorité des cas.
La première fois, c'était en août 1887, ou m'appela pour un jeune homme tombé tout d'un coup dans la rue et qu'on avait transporté au poste de police. Il y était depuis une demi-heure ; et quand j'arrivai, je le trouvai couché à terre, les quatre membres contracturés, les mains fermées, les mâchoires serrées, les yeux clos, anelgésique, insensible en apparence à tout ce qui se passait. On l'avait frictionné et aspergé d'eau froide inutilement; on croyait à une attaque d'épilepsie. La contracture persistante depuis une demi-heure me fit penser que c'était une crise de contracture hystérique. J'essayai de le réveiller par suggestion malgré son inconscience apparente. Je lui dis : « Vous pouvez ouvrir les mains ; tenez ! je les ouvre, et elles restent ouvertes.Ma intenant, j'ouvre la bouche, et les mâchoires ne sont plus serrées. » Tout en disant cela, je desserre sans difficulté les mains et les mâchoires; j'imprime de même des mouvements aux jambes ; et je termine en disant : « Maintenant, vous allez ouvrir les yeux et vous réveiller. A votre réveil, vous serez tout à fait bien, comme si vous n'aviez rien eu. » En moins de trois minutes le sujet ouvre les yeux et regarde l'air étonné autour de lui. Je le fais se lever; il est tout à fait réveillé et ne se rappelle rien de ce qui s'est passé; il ne me connaissait pas et ne m'avait jamais vu ; il ne m'avait pas entendu parler pendant son sommeil hystérique — Il m'avait certainement entendu, puisque j'avais pu le réveiller par suggestion verbale.
Comme les hypnotisés en sommeil profond, il était seulement dans un autre état de conscience avec amnésie apparente au réveil.
Le lendemain, ce jeune homme vint à ma consultation et en présence de mon ami, le D'' Auguste Ollivier, médecin des hôpitaux de Paris, je lemis d'emblée en somnambulisme avec amnésie au réveil.
Je l'avais perdu de vue lorsque, dix-huit mois plus tard, on me manda dans une pharmacie où on venait de transporter un soldat qui venait de tomber dans la rue, en proie, disait-on, à une attaque d'épilepsie. Je le trouvai à terre, insensible, raide des quatre membres; on le frictionnait, on lui faisait respirer des odeurs fortes, sans résultat. Je dis au pharmacien : « Ce n'est pas de l'épilepsie, c'est une contracture hystérique ressemblant à celle que j'ai vue il y a dix-huit mois. » Je lui raconte le fait et j'ajoute : « Je vais essayer de le réveiller par suggestion comme l'autre. » Je procède de la même manière, beaucoup plus vite que la première fois. Je dis simplement : « Dans trois minutes, vous allez vous réveiller et vous lever, bien à votre aise. » Je lui enlève la contracture par suggestion. Après trois minutes il ouvrait les yeux et comme ses camarades voulaient le soutenir, j'ajoute : t C'est inutile il se tient très bien seul, comme si rien n'était arrivé ! » En effet, il se tenait debout, très étonné de se trouver là et ne sachant pas ce qui s'était passé. Je lui demande si c'est la première fois qu'il était tombé. Il me rappelle alors que, il y a plus d'un an, il était tombé à la Pépinière et que le C Bernheim (il ne me reconnaissait pas plus que je ne le reconnaissais sous son uniiormé) l'avait réveillé. Une autre fois, on m'appelle chez une de mes clientes, unedemoiselle que j'avais traitée déjà par des accidents hystériques; elle était en pleine crise, la face vultueuse, le corps agité par de grands mouvements cloniques, la respiration haletante, avec violente constriction laryngée, les yeux clos, en appa-